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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:18

Selon les modèles néoclassiques à la Solow, les pays les plus pauvres devraient connaître une croissance plus rapide que les pays les plus riches, si bien que le niveau de vie des premiers devrait naturellement converger vers celui des seconds. Selon la « loi d’airain de la convergence » de Robert Barro, les pays éliminent les écarts en termes de niveaux de vie à un rythme proche de 2 % par an [Barro et Sala-i-Martin, 1991]. Avec une croissance se maintenant à un tel rythme, il faut 30 ans pour que le niveau de vie d’un pays se rapproche de moitié de sa valeur de long terme et 115 ans pour combler 90 % de l’écart initial [Barro, 2015]. Beaucoup, notamment Barro, estiment toutefois que cette convergence est conditionnelle dans le sens où la situation de long terme d’un pays dépend de variables telles que la qualité de ses institutions ou de son stock de capital humain : seul un sous-ensemble de pays présentant des niveaux similaires dans ces variables connaît une convergence. Par conséquent, un pays peut alors échouer à converger vers un pays riche si ses institutions ou son stock de capital humain restent de mauvaise qualité.

Robert Barro (2016) s’est penché à nouveau sur les déterminants de la croissance empirique à partir de deux échantillons. Le premier échantillon comprend 89 pays observés entre 1960 et 2010. Les données relatives à cet échantillon concernent non seulement le PIB réel par tête, mais aussi un large échantillon de variables explicatrices (que Barro qualifie de « variables X ») susceptibles d’aider à prédire la croissance économique. Barro juge toutefois que la période couverte par cet échantillon est insuffisante pour étudier un phénomène de long terme comme la croissance. Il observe donc également un deuxième échantillon couvrant une plus large période, en l’occurrence celle s’étalant entre 1870 et 2010, mais qui comporte seulement 28 pays et dont les données ne concernent qu’un moindre éventail de variables X. 

Dans son premier échantillon, Barro constate un taux de convergence conditionnelle de 1,7 % par an. Il tire de son second échantillon un taux de convergence conditionnelle de 2,6 % par an. Ces deux valeurs sont donc bel et bien proches des 2 % de sa loi d’airain de la convergence. Barro précise alors les déterminants de la croissance à partir de son premier échantillon. L’espérance de vie, l’indicateur d’Etat de droit, le ratio d’investissement, l’ouverture internationale et les améliorations des termes de l’échange ont des effets positifs sur la croissance. Le taux de fertilité initial et le taux d’inflation ont des effets négatifs. L’impact de l’indicateur de degré de démocratie est non linéaire : il est positif pour de faibles valeurs, mais devient négatif à partir d’un certain seuil. La relation avec la durée initiale de scolarité est faible, mais cette faiblesse s’explique peut-être par le fait que c’est la qualité de cette scolarisation qui importe pour la croissance.

Barro cherche ensuite à déterminer quels pays ont réussi leur convergence entre 1990 et 2014. Il estime que l’on peut parler de « réussite » à propos d’une convergence si celle-ci conduit à (au moins) un doublement du PIB réel par tête entre 1990 et 2014, ce qui impliquerait alors une croissance moyenne par tête d’environ 2,9 % par an. D’autre part, dans le cas d’une convergence d’un pays vers le statut de pays au revenu intermédiaire, cette convergence est une réussite si elle permet à ce pays d’atteindre en 2014 un PIB réel par tête d’au moins 10.000 dollars PPA par tête (aux prix de 2011) ; dans le cas d’une convergence d’un pays vers le statut de pays à haut revenu, cette convergence pourra être qualifiée de succès si le pays en question obtient au moins le niveau de vie de 20.000 dollars PPA. Sur la période de son échantillon, Barro identifie plusieurs réussites en termes de convergence vers le statut de pays à revenu intermédiaire : la Chine, l’Indonésie, le Pérou, la Thaïlande et l’Uruguay. Plusieurs pays ont également réussi leur convergence vers le club des pays à haut revenu : le Chili, la Corée du Sud, l’Irlande, la Malaisie, Singapour et Taïwan. En l’occurrence, l’Irlande, Singapour et Taïwan font désormais partie des économies ayant les plus hauts niveaux de vie au monde. 

Barro étudie alors les performances en termes de croissance que la Chine a réalisées entre 1960 et 2010, ainsi que ses perspectives futures. Sur les premières décennies de l’échantillon étudié par Barro, la croissance chinoise a été bien plus faible que ce que l’on aurait pu attendre des valeurs qu’elle atteignait pour les diverses variables X, même si celles-ci étaient effectivement peu favorables à sa croissance. Entre 1960 et 1990, la croissance annuelle moyenne s'élevait à 2,5 %, alors que le modèle de Barro prédit une croissance de 4,9 % pour cette période. En d’autres termes, la Chine était alors si pauvre que l’on aurait pu s’attendre à ce qu’elle connaisse une croissance plus rapide. Barro explique bien sûr cette contre-performance par le régime communiste en place ; ce dernier a réduit les incitations essentielles à la croissance économique. Par contre, le taux de croissance du PIB réel par tête chinois a été particulièrement élevé depuis 1990. En l’occurrence, il a été bien supérieur à ce que l’on peut prédire à partir des performances internationales dans un cadre de convergence conditionnelle. Pour la période s’étalant entre 2005 et 2010, le taux de croissance par tête observé a été de 8,9 %, alors que la valeur attendue était de 4,2 %.

Mais, si un pays peut dévier de la trajectoire attendue pendant un certain temps, il ne peut en dévier éternellement. La Chine ne peut s’échapper à jamais de la « loi d’airain de la convergence » : sa croissance ne peut se maintenir à 6 % à long terme. Selon les prévisions de Barro, le taux de croissance par tête chinois est susceptible de chuter en passant d’environ 8 % à 3-4 % par an, c’est-à-dire bien en-deçà de 6-7 % annoncés officiellement par les autorités chinoises. Une telle croissance, maintenue sur trois ou quatre décennies, est suffisante non seulement pour qu’un pays passe du statut de pays à faible revenu à celui de pays à revenu intermédiaire (chose que la Chine a déjà accompli), mais aussi pour passer du statut de pays à revenu intermédiaire pour acquérir celui de pays à haut revenu (chose que la Chine n’a pas encore accompli). En analysant son échantillon de pays, Barro estime qu’il n’existe pas de piège du revenu intermédiaire (trappe à revenu intermédiaire), contrairement à ce que plusieurs auteurs ont cru déceler. Pour être plus exact, il n’est pas plus difficile pour une économie de passer du statut de pays à revenu intermédiaire vers celui de pays à haut revenu que de passer du statut de pays à faible revenu vers celui de pays à revenu intermédiaire. Par conséquent, Barro en conclut qu’il est plus que probable que la Chine parvienne rapidement à rejoindre le club des pays à haut revenu.

 

Références

BARRO, Robert J. (2015), « Convergence and modernization », in Economic Journal, vol. 125.

BARRO, Robert J. (2016), « Economic growth and convergence, applied especially to China », NBER, working paper, n° 21872, janvier.

BARRO, Robert J., & Xavier SALA-I-MARTIN (1991), « Convergence across states and regions », in Brookings Papers on Economic Activity, n° 1.

 

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