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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 11:37

En France, les inégalités avant redistribution ont augmenté de 2,9 points de pourcentage au cours de la période s’écoulant entre 2007 et 2011, amenant le coefficient de Gini à 0,51, soit un niveau supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE (en l’occurrence 0,47). En comparaison avec les autres pays avancés, les inégalités de revenus primaires sont relativement élevées en France. En l’occurrence, les inégalités du revenu du travail sont certes plus faibles en France que dans l’ensemble des pays de l’OCDE, mais les inégalités du revenu du capital sont sensiblement plus élevées. Thomas Piketty a montré que les inégalités du revenu du capital ont augmenté en France ces trois dernières décennies en raison d’un accroissement des dons et des héritages, dans un contexte de baisse des impôts sur le revenu du capital et sur le patrimoine.

Par conséquent, les politiques sociales ont naturellement à jouer un rôle déterminant dans la réduction des inégalités de revenu. Elles reposent notamment sur la mise en place d’un salaire minimum visant à réduire les écarts de salaires, ainsi que sur une fiscalité et une redistribution visant à réduire les inégalités de revenu disponible. Malgré la détérioration des inégalités de revenus primaires, le coefficient de Gini mesurant les inégalités de revenu disponible n’a augmenté que de 0,7 point de pourcentage entre 2007 et 2011pour atteindre 0,3, soit à peu près la moyenne de l’ensemble des pays de l’OCDE. Le système fiscal et redistributif réduit ainsi plus amplement les inégalités en France qu’ailleurs. Pour autant, Raphael Espinoza et Esther Pérez Ruiz (2016) notent que la redistribution française se caractérise par une moindre progressivité que parmi les autres pays de l’OCDE (cf. graphique). Du côté des dépenses sociales, des pensions de retraite peu progressives dominent des transferts de revenu plus progressifs. Du côté des prélèvements obligatoires, en comparaison avec la fiscalité des autres pays de l’OCDE, la fiscalité française repose davantage sur les taxes sur la consommation et moins sur les impôts sur le revenu personnel. Autrement dit, si le système fiscal et redistributif réduit fortement les inégalités, ce n’est pas en raison de sa progressivité, mais de son ampleur.

GRAPHIQUE Ampleur et progressivité des transferts de revenu dans les pays de l'OCDE

Comment les politiques sociales affectent-elles les inégalités de revenu en France ?

source : Espinoza et Pérez Ruiz (2016)

Le modèle français d’Etat-providence fait depuis l’objet de vives critiques et ces dernières ont pu s’accentuer ces dernières années, dans un contexte où les dépenses publiques représentent en France 57,5 % du PIB et la dette publique 95,5 % du PIB en 2014 et où le taux de chômage se maintient autour de 10 %. D’un côté, il est possible que certaines politiques visant à réduire les inégalités se traduisent par une perte en termes d’efficacité pour l’ensemble de l’économie française, en l’occurrence par une détérioration des finances publiques et par des pertes en termes d’emploi et de production. Sur ce plan, Andrew Berg, Jonathan Ostry et Charalambos Tsangarides (2014) ont beau avoir mis en évidence que la redistribution favorisait la croissance économique, ils notaient également que la redistribution avait atteint une telle ampleur en France (ainsi que dans d'autres pays développés) que tout surcroît supplémentaire de la redistribution était susceptible de freiner la croissance. D’autre part, il est également possible que certaines politiques soient contre-productives, c’est-à-dire qu’elles parviennent effectivement à réduire les inégalités de revenu disponible ex post, mais en contribuant à fortement accroître les inégalités de revenus primaires ex ante. 

Dans leur récente contribution pour le FMI, Espinoza et Pérez Ruiz ont alors cherché à éclairer ces deux possibles arbitrages. Pour cela, ils ont utilisé un modèle d’équilibre général avec les données du revenu du travail et du revenu du capital de différentes catégories d’individus, en l’occurrence, les chômeurs, les travailleurs non qualifiés, les travailleurs qualifiés et les fonctionnaires. Pour chacune de ces catégories, ils combinent les données relatives à la répartition du revenu avec les résultats des simulations pour évaluer l’impact d’un ensemble de mesures politiques sur la production, le solde budgétaire, le coefficient de Gini et la forme de la courbe de Lorenz. 

Au terme de leurs simulations, Espinoza et Pérez Ruiz constatent que la plupart des formes d’expansions budgétaires accroissent certes le déficit et la dette publique à court terme, mais qu’elles stimulent la production à long terme et réduisent les inégalités de revenu, à l’exception des réductions d’impôts sur les revenus du capital. Une réduction du salaire minimum a un impact ambigu sur la répartition du revenu.  Elle tend à améliorer les marges de profits des entreprises, si bien qu’elle stimule l’investissement, la production et l’emploi des moins qualifiés. Par conséquent, le coefficient de Gini augmente, mais le premier quintile de revenu améliore sa position relative dans la répartition des revenus grâce aux plus fortes créations d’emplois parmi les bas revenus. Espinoza et Pérez Ruiz identifient plus politiques susceptibles de réduire les inégalités de revenu, tout en stimulant la production et l’emploi. C’est le cas de certaines réductions ciblées des impôts sur le revenu du travail, couplées à une réduction de la masse salariale dans la fonction publique, à condition que cette dernière ne détériore pas la motivation et la productivité des fonctionnaires. Un meilleur approvisionnement en services publics (notamment dans le domaine de la santé et de l’éducation) présente également des bénéfices, tant sur le plan de la répartition des revenus que de l’efficacité macroéconomique, dans la mesure où il génère des externalités positives.

 

Référence

BERG, Andrew, Jonathan D. OSTRY, & Charalambos G. TSANGARIDES (2014), « Redistribution, inequality, and growth », staff discussion note, n° 14/02, février.

ESPINOZA, Raphael, & Esther Pérez RUIZ (2016), « How do fiscal and labor policies in France affect inequality? », FMI, working paper, n° 16/41, février.

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commentaires

ANDREW HARBORD 03/03/2016 16:40

Bonjour,
Merci pour votre article intéressant. J'ai relevé certaines coquilles qui peuvent nuire à la compréhension, notamment dans la deuxième phrase :
"des pensions de retraire"
"Autrement dit, si le système fiscal et redistributif réduit fortement les inégalités, ce n’est pas en raison de son ampleur, mais de son ampleur"
"Sur ce plan, Andrew Berg, Jonathan Ostry et Charalambos Tsangarides (2014) ont beau mis en évidence"
Bien à vous,
A.H.

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