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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 23:50

La Chine a connu ces trois dernières décennies une forte croissance, une urbanisation rapide et une puissante industrialisation, ces dynamiques ayant eu tendance à se renforcer mutuellement. C’est sur ces trois évolutions et leur interaction que se sont penchés Siqi Zheng, Cong Sun, Ye Qi et Matthew Kahn (2013). Ils rappellent tout d’abord que 20 % de la population chinoise était urbaine en 1980 et que cette part atteignait 52 % en 2012. L’urbanisation a toutefois été très inégale et les entreprises industrielles ne se sont pas localisées n’importe où : elles se sont fortement concentrées sur les provinces côtières à l’est de la Chine, en particulier dans celles du Guangdong et du Jiangsu. Au milieu des années deux mille, plus de 90 % de l’ensemble des exportations et environ 60 % de la production industrielle étaient réalisés dans ces villes côtières. En cohérence avec les enseignements de la nouvelle économie géographique à la Paul Krugman (1991), les barrières à l’échange ont joué un rôle important dans les décisions de localisation des entreprises chinoises. Puisqu’elles bénéficiaient d’un meilleur accès au marché mondial, les villes côtières apparaissaient particulièrement attractives pour les entreprises industrielles intensives en main-d’œuvre et orientées vers l’exportation. L’industrialisation de la côte a alors accéléré son urbanisation.

Les forces d’agglomération n’ont pas été les seules à l’œuvre. Avec la densification ubaine et la concentration des activités économiques, les forces répulsives se sont peu à peu renforcées. La production industrielle dans les villes côtières y a détérioré la qualité de l’environnement. En raison de son extrême dépendance au charbon, les firmes industrielles sont en effet les principales émettrices de pollution en Chine : elles étaient responsables de près de 90 % de la consommation finale d’énergie en 2011. Surtout, la hausse du coût du travail et de la terre en raison des phénomènes de congestion a incité les entreprises côtières à moderniser leur capital physique ou bien à se relocaliser. C’est ainsi à un profond bouleversement géographique de la production industrielle auquel nous avons pu assister depuis le milieu des années deux mille : les régions les plus à l’est de la Chine ont eu tendance à se désindustrialiser, tandis que les villes moins développées à l’intérieur des terres ont au contraire connu un processus soutenu d’industrialisation. L’affaiblissement de la demande mondiale avec la Grande Récession a notamment contribué à alimenter ce redéploiement spatial à partir de 2008.

Si cette dynamique a stimulé l’urbanisation des provinces intérieures et contribué à la convergence des revenus entre les différentes régions chinoises, elle a également bouleversé la géographie des émissions polluantes. Tout comme l’est côtier deux décennies plus tôt, l’émission de gaz à effet de serre s’est accélérée et la qualité de vie s’est dégradée dans les provinces intérieures. Les usines nouvellement établies dans ces dernières ont toutefois davantage utilisé de technologies propres. Ainsi, si les effets d’échelle et de composition ont poussé la consommation totale et l’intensité énergétique des villes intérieures à la hausse, un effet technologique a au contraire eu tendance à réduire leur intensité énergétique. 

Siqi Zheng et ses coauteurs mettent particulièrement l’accent sur le rôle que les gouvernements centraux et locaux ont joué dans les dynamiques spatiales observées au cours de la dernière décennie. D’une côté, les maires des provinces intérieures ont su attirer les entreprises industrielles sales et celles-ci, en s’implantant, stimulèrent l’activité locale, créèrent des emplois et démultiplièrent les recettes fiscales. De l’autre, dans les villes côtières, la hausse du niveau de vie a conduit les habitants des villes côtières à exiger une meilleure qualité de vie. Le resserrement des règles environnementales dans les provinces côtières a alors incité les industries polluantes à se relocaliser là où la régulation environnementale était plus laxiste, en l’occurrence dans la Chine intérieure.

Les auteurs estiment que le même scénario pourrait à nouveau se répéter. L’industrialisation et l’urbanisation des provinces intérieures va également se traduire par une hausse du coût du travail local. L’amélioration du niveau de vie dans un contexte de détérioration environnementale va conduire les habitants des provinces intérieures à exiger une meilleure qualité de vie et conduire les autorités locales à resserrer la régulation environnementale. Les industries sales pourraient alors êtres incitées à se relocaliser à l’étranger, dans les pays caractérisés par de faibles salaires et un réglementation laxiste dans le domaine environnementale, notamment le Vietnam, les Philippines, voire les pays africains.

 

Références 

KRUGMAN, Paul (1991), « Increasing returns and economic geography », in Journal of Political Economy, vol. 99, n° 3.

ZHENG, Siqi, Cong SUN, Ye QI & Matthew E. KAHN (2013), « The evolving geography of China’s industrial production: implications for pollution dynamics and urban quality of life », NBER working paper, n° 19624, novembre.

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publié par Martin Anota - dans Economie géographique
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