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24 septembre 2013 2 24 /09 /septembre /2013 20:12

La littérature économique mainstream développe deux explications concurrentes des cycles économiques. Selon la théorie des cycles d’affaires réels, les fluctuations de l’activité trouvent leur origine dans les chocs d’offre. Ceux-ci incluent notamment les changements météorologiques, les désastres naturels, les chocs et contre-chocs pétroliers, les guerres, l’instabilité politique, les décisions gouvernementales en matière de régulation (la mise en place de quotas à l’importation par exemple) et les chocs technologiques. Ces derniers, auxquels les nouveaux classiques donnent une place particulièrement importante dans leurs modélisations, comprennent les changements dans la qualité des facteurs de production, la modification de l’organisation du travail, le développement de nouveaux produits et procédés de fabrication, etc. [Snowdon et Vane, 2005]. Ces divers chocs sont susceptibles de profondément affecter l’activité en entraînant de fortes variations de la productivité.

La théorie des cycles d’affaires réels a été initialement formulée dans l’article de Finn Kydland et Edward Prescott (1982). Jusqu’à sa parution, les nouveaux classiques (notamment Robert Lucas) acceptaient l’idée que les cycles d’affaires soient générés par des chocs monétaires ; Kydland et Prescott affirment que les fluctuations conjoncturelles ne sont engendrées que par les seuls chocs réels. Les deux auteurs radicalisent la vision néoclassique d’un système intrinsèquement harmonieux en considérant que l’économie est constamment à l’équilibre, c’est-à-dire en tout point du cycle, même au cœur d’une récession. Les agents ont beau ne pas désirer les récessions, celles-ci résultent toutefois de l’agrégation de leurs réactions individuelles aux modifications des contraintes auxquelles ils font face, par exemple les contraintes technologiques. Même si l’économie est plongée dans une récession, celle-ci demeure une situation optimale, car les agents agissent en maximisant leur bien-être. Pour stimuler l’activité et réduire le chômage, les nouveaux classiques préconisent l’adoption de politiques d’offre. En effet, les politiques de relance sont non seulement inefficaces, mais surtout elles nuisent à l’activité en contrariant les calculs d’optimisation des agents privés. Dans ce cadre, la fiscalité apparaît par exemple comme particulièrement perturbatrice en réduisant l’offre de travail, la consommation, la production, l’investissement et les incitations à innover. La politique monétaire est, quant à elle, sans effets sur l’activité, car les décisions individuelles dépendent des variables réelles et non des variables monétaires. 

A la différence des nouveaux classiques, les nouveaux keynésiens donnent un rôle essentiel au crédit et surtout à la demande pour expliquer les cycles d’affaires. Ils mettent en avant les problèmes de défaut de coordination : notamment en raison des asymétries d’information, chaque agent prend des décisions sans forcément tenir compte de leurs répercussions sur l’activité des autres agents et, par là même, sur leur propre activité. Si la demande globale décline, il est rationnel pour les entreprises de réduire leur production et de licencier du personnel pour maintenir leurs profits, mais chaque firme fait alors face à une nouvelle chute de la demande et des profits. L’économie peut donc se retrouver dans un équilibre sous-optimal caractérisé par une demande insuffisante et un chômage élevé. L’intervention des pouvoirs publics est alors nécessaire, de manière à ramener l’économie au plein emploi, notamment en stimulant la demande globale via les politiques conjoncturelles. Si les nouveaux keynésiens ont particulièrement mis l’accent sur la rigidité des prix et salaires dans leurs travaux, celle-ci n’apparaît toutefois pas cruciale pour expliquer les fluctuations de l’activité : même si les prix et salaires étaient pleinement flexibles, la production serait instable et la flexibilité tendrait même à accentuer cette instabilité

Ces deux conceptions ne sont pas contradictoires en soi. Les nouveaux keynésiens admettent l’idée que l’économie est régulièrement sujette à des chocs d’offre, mais, selon eux, ces derniers ne suffisent pas pour expliquer l’ampleur des fluctuations de l’activité. En l’occurrence, ce sont les chocs de demande qui jouent un rôle primordial dans le cycle conjoncturel. Le débat sur l’importance relative des chocs d’offre et de demande est essentiel, car leur nature conditionne l’utilité et l’efficacité des politiques conjoncturelles [1] [2]. Il s’est cristallisé à plusieurs reprises autour du comportement de l’inflation. En effet, selon les nouveaux classiques, un choc d’offre positif, en relevant la production, conduit à une baisse des prix afin de maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande ; autrement dit, si l’économie est avant tout sujette aux chocs d’offre, le niveau de production et le taux d’inflation devraient évoluer dans le sens inverse l’un de l’autre. Si ce sont au contraire les chocs de demande qui sont principalement à l’origine du cycle d’affaires comme le soutiennent les nouveaux keynésiens, les prix devraient évoluer de façon procyclique ; autrement dit, l’inflation et la production devraient évoluer dans le même sens.

Ainsi, démontrer la présence ou l’absence de coévolution entre l’inflation et la production apparaît pour certains comme une manière de révéler la nature des chocs et ainsi de trancher le débat entre les deux écoles de pensée. C’est ce qu’ont justement cherché à faire Michal Andrle, Jan Bruha et Serhat Solmaz (2013). En observant la zone euro entre 1995 et le premier trimestre de l’année 2013, les auteurs font apparaître une coévolution entre l’inflation et la production à la fréquence des cycles d’affaires. Ils notent que l’inflation réagit avec un retard d’un trimestre aux variations de la production. En outre, les dynamiques de l’inflation sont également en phase avec les mouvements du chômage. Au final, la forte relation entre la production et l’inflation amène les auteurs à conclure que les cycles d’affaires en zone euro sont principalement conduits par les chocs de demande. Ils rejettent ainsi la thèse des cycles d’affaires réels.

 

[1] On peut douter de la pertinence du concept de chocs. Par exemple, les travaux réalisés dans le sillage des écrits d’Irving Fisher et d’Hyman Minsky montrent que le cycle du crédit est endogène puisque les marchés financiers et immobiliers connaissent naturellement et régulièrement un boom et un effondrement des prix. Quant aux chocs technologiques dont parle l’école des cycles d’affaires réels, ils ne sont pas non plus pleinement exogènes : par exemple, l’innovation dépend des dépenses de recherche-développement que réalisent les firmes (une idée que développera notamment Robert Lucas dans l’un des premiers modèles de la croissance endogène).

[2] Même si l’on accepte le concept de chocs, on peut douter qu’il soit pertinent de distinguer strictement les chocs d’offre des chocs de demande. Comme plusieurs nouveaux keynésiens (notamment Stiglitz) le suggèrent, si l’économie connait un choc de demande (par exemple, si les entreprises vendent beaucoup moins qu’elles ne l’avaient anticipé), celui-ci se mue alors en choc d’offre (les entreprises réduisant leur production). Cela rejoint d’ailleurs l’idée keynésienne que l’on ne peut analyser les marchés isolément, mais bien au contraire directement au niveau macro, en raison des interdépendances qui existent entre ces marchés et plus largement entre les agents économiques : on ne peut étudier séparément l’offre et la demande globales. En outre, des phénomènes d’hystérèse sont également à l’œuvre durant une récession : lorsque l’activité reste durablement atone, les chômeurs perdent leurs compétences, voient leur santé se dégrader, deviennent moins productifs, voire quittent la population active, tandis que les entreprises réduisent leurs dépenses investissements ; autrement dit, les capacités de production (ce que la littérature moderne désigne comme étant la production potentielle) s’en trouvent affectées. Dans tous les cas, même si la distinction entre chocs d’offre et de demande n’est pas nette, cela n’empêche pas pour autant les nouveaux keynésiens de conclure à la nécessité pour les autorités publiques de fortement stimuler l’activité lors des récessions pour ramener rapidement l’économie au plein emploi, de manière à ne pas laisser le chômage conjoncturel devenir structurel et la croissance potentielle se dégrader. 

 

Références

Michal ANDRLE, Jan BRUHA & Serhat SOLMAZ (2013), « Inflation and output comovement in the euro area: Love at second sight? », IMF working paper, n° 13/192, septembre. 

KYDLAND, Finn E., & Edward C. PRESCOTT (1982), « Time to build and aggregate fluctuations », in Econometrica, vol. 50, n° 6, novembre. 

SNOWDON, Brian, & Howard R. VANE (2005), Modern Macroeconomics. Its Origins, Development and Current State, éditions Edward Elgar.

SUMMERS, Lawrence H. (1986), « Some skeptical observations on real business cycle theory », in Federal Reserve Bank of Minneapolis Quarterly Review, automne.

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 17:21

La mondialisation et le progrès technique ont beau avoir entraîné un déclin des coûts de transport et des autres barrières à l’échange, cela n’a pas sonné la fin de la « tyrannie de la distance » [Prager et Thisse, 2010]. L’espace joue toujours un rôle déterminant dans la répartition des activités économiques et les flux de biens, de services, de capitaux, de travailleurs, etc. En l’occurrence, les contraintes géographiques continuent de puissamment façonner le commerce international. Depuis toujours, chaque pays privilégie les territoires qui lui sont proches pour échanger des biens et services. Certes, le commerce avec les pays éloignés s’est accru au cours du temps ; mais, parallèlement, les échanges avec les pays à proximité se sont accrus encore plus rapidement.

Jan Tinbergen (1962) s’est inspiré de la loi de la gravitation universelle énoncée par Newton pour décrire la dynamique des échanges bilatéraux. En physique, deux corps quelconques s’attirent en raison directe de leur masse et en raison inverse de la distance séparant leurs centres de gravité. Selon l’équation de gravité du commerce international établie par Tinbergen, le volume d’échanges (X) que réalisent deux pays A et B entre eux est, d’une part, proportionnel à leur produit intérieur brut (PIB) et, d’autre part, inversement proportionnel à la distance (d) qui les sépare.

gravity-equation.png

Autrement dit, plus la taille des partenaires économiques est importante, plus ils échangent entre eux ; ou encore, plus ils sont éloignés l’un de l’autre, moins leurs échanges bilatéraux sont importants. Les études économétriques ont alors cherché à évaluer G, α, β et γ. Elles concluent que les exposants α et β sont stables et proches de l’unité. Si la distance avait un impact négligeable sur les flux commerciaux, l’exposant γ de la distance serait proche de zéro. Or, toutes les estimations empiriques de l’équation de gravité suggèrent que la valeur de γ est également proche de l’unité. Anne-Célia Disdier et Keith Head (2006) ont compilé 1467 estimations de l’équation de gravité à partir de 103 articles et trouvent que l’effet moyen est d’environ 0,9 %, avec 90 % des estimations comprises entre 0,28 et 1,55. Autrement dit, une hausse de 10 % de la distance se traduit en moyenne par une baisse de 9 % des échanges bilatéraux. Ces divers coefficients se sont révélés stables dans le temps et dans l’espace, si bien que l’équation de gravité apparaît comme l’une des régularités empiriques les plus stables et robustes en science économique.

Le rôle que joue la taille des économies sur leurs échanges extérieurs est bien compris. Par exemple, le modèle de Paul Krugman (1980), pionnier dans les nouvelles théories du commerce international, montre comment le volume des échanges qu’un pays entretient avec le reste du monde est proportionnel à sa taille et négativement affecté par les barrières commerciales. En raison des rendements croissants et des coûts de transport, les entreprises sont incitées à concentrer leur production au plus proche de leur marché. Puisque les consommateurs ont un goût pour la variété, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans une variété donnée d’un bien (de manière à profiter des économies d’échelle) et d’importer ses autres variantes (afin d’accroître le bien-être de la population), donc des pays relativement similaires ont tout de même intérêt à échanger. 

En revanche, si l’importance de la distance pour les échanges est vérifiée au niveau empirique, il est apparu difficile de la justifier théoriquement. Plusieurs auteurs ont avancé des explications, mais celles-ci reposent sur des facteurs (par exemple, les techniques de transport, les droits de douane, la nature des biens échangés, etc.) qui ont connu de profondes évolutions au fil des décennies, si bien qu’aucune d’entre elles ne parvient véritablement à expliquer la stabilité de l’exposant γ de la distance.

Thomas Chaney (2013) cherche à expliquer pourquoi cet exposant s'est révélé stable au cours du temps à partir d’une modélisation des chaînes de production verticales. Dans son modèle, les entreprises combinent du capital et du travail avec les biens intermédiaires fournis par les firmes présentes en amont. L’auteur suppose que les entreprises ont deux manières de contourner les obstacles liés au commerce international. Soit elles payent un coût direct pour créer un contact à l’étranger, soit elles communiquent avec leurs contacts existants et cherchent à en apprendre davantage sur leurs propres clients, ce qui implique une interaction directe et un coût indirect. Si le progrès technique affecte le premier coût et peut-être même la fréquence des interactions en facilitant les déplacements et la communication, il ne réduit pas pour autant la nécessité d’une interaction directe. La répartition des exportations d’une entreprise dans l’espace dépend alors de la manière par laquelle la distance influence le coût direct associé à la création de contacts.

La répartition géographique des fournisseurs et des clients d’une entreprise donnée va évoluer au cours du temps : comme une firme acquiert de plus en plus de fournisseurs et de clients, les fournisseurs et les clients tendent en moyenne à être de plus en plus éloignés. Ainsi, les plus grandes entreprises importent et exportent sur des distances moyennes de plus en plus longues. L’impact de la distance sur le commerce international dépendra alors de la distribution de la taille des entreprises. Puisque les grandes entreprises échangent sur de longues distances, le volume d’échanges qu’un pays réalise à destination d’une région éloignée dépendra finalement du nombre de grandes entreprises présentes sur son territoire. En particulier, si la distribution de la taille des entreprises est proche de la loi de Zipf (la deuxième plus grande entreprise est deux fois plus petite que la première, la troisième plus grande entreprise est trois fois plus petite que la première, etc.), alors le modèle de Chaney montre que le volume des flux commerciaux est inversement proportionnel à la distance géographique. 

 

Références

CHANEY, Thomas (2013), « The gravity equation in international trade: An explanation », NBER working paper, n° 19285, août.

DISDIER, Anne-Célia & Keith HEAD (2008), « The puzzling persistence of the distance effect on bilateral trade », in Review of Economics and Statistics, vol. 90, n° 1.

KRUGMAN, Paul (1980), « Scale economies, product differentiation, and the patterns of trade », in American Economic Review, vol. 70, n° 5.

PRAGER, Jean-Claude, & Jacques-François THISSE (2010), Economie géographique du développement, La Découverte.

TINBERGEN, Jan (1962), « An analysis of world trade flows », Shaping the World Economy.

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 21:13

La hausse des ratios d’endettement public au cours de la Grande Récession ont conduit de nombreux gouvernements à mener des plans d’austérité budgétaire pour les maintenir sur une trajectoire soutenable et préserver la confiance sur les marchés obligataires. Alors que les gouvernements auraient dû poursuivre une politique expansionniste tant que l’économie n’avait pas retrouvé son potentiel et qu’elle restait éloignée du plein emploi, ils ont au contraire opté pour une politique procyclique en réduisant les dépenses publiques et/ou en relevant les impôts. Non seulement ces mesures d’austérité ont pu retarder la reprise de l’activité économique, voire même entraîner une véritable contraction de l’activité dans certains pays, mais elles ont pu aussi, par là même, conduire à une nouvelle hausse des ratios d’endettement public. Ces tentatives de consolidation budgétaire apparaissent finalement d’autant plus vaines que la stabilisation des marchés obligatoires a finalement davantage reposé sur les engagements de la BCE à jouer pleinement son rôle de prêteur en dernier ressort.

Un peu plus tôt dans l’année, Laurence Ball, Davide Furceri, Daniel Leigh et Prakash Loungani (2013) ont observé comment les épisodes de contraction budgétaire contribuent à aggraver les inégalités de revenu. Leur étude cherchait notamment à préciser les différents canaux par lesquels les plans d’austérité sont susceptibles d’affecter la répartition des revenus. Dans un nouveau document de travail au FMI, Jaejoon Woo, Elva Bova, Tidiane Kinda et Sophia Zhang (2013) analysent les effets des politiques budgétaires sur les inégalités de revenu dans un large ensemble de pays avancés et émergents au cours des trois dernières décennies en se focalisant tout particulièrement sur les épisodes de consolidation budgétaire. Leurs résultats suggèrent que ces derniers sont susceptibles d’accroître les inégalités à travers divers canaux, notamment via leurs effets sur le chômage, confirmant ainsi les résultats obtenus un peu plus tôt par Ball et alii. D’après leur propre analyse, une consolidation budgétaire d’un point de pourcentage du PIB est associée en moyenne à une hausse de 0,4 à 0,7 % du coefficient de Gini au cours des deux années suivantes ; 15 à 20 % de cet accroissement des inégalités s’expliquent par l’aggravation du chômage. En outre, les consolidations budgétaires sont davantage susceptibles de creuser les inégalités lorsqu’elles sont basées sur la réduction des dépenses publiques que lorsqu’elles sont fondées sur la hausse de la fiscalité.

Woo et alii constatent ensuite que la progressivité de l’impôt et les prestations sociales sont associées à de plus faibles inégalités du revenu disponible. De plus, la politique budgétaire peut favorablement influencer la répartition des revenus et la croissance en promouvant l’éducation et la formation des travailleurs à revenu faible et intermédiaire. Une hausse du niveau de scolarité est associée à une diminution des inégalités, tandis que le progrès technique biaisé en faveur du travail qualifié conduit au contraire à les renforcer. Tous ces résultats soutiennent la thèse selon laquelle, les réformes menées depuis les années quatre-vingt dans les pays avancés, en réduisant la générosité de la protection sociale et en réduisant la progressivité de l’impôt sur les revenus, ont joué un rôle significatif dans la hausse des inégalités que l’on observe depuis lors.

En ce qui concerne la récente crise mondiale, cette étude du FMI (tout comme la précédente) suggère que le resserrement budgétaire auquel procèdent les Etats des pays avancés depuis 2010, alors même que leur économie n’a pas renoué avec une croissance soutenue, a eu des répercussions particulièrement nocives sur la répartition des revenus. Les auteurs sont toutefois limités par la disponibilité des données pour évaluer ces effets, puisque les données les plus récentes relatives aux inégalités remontent au mieux à l’année 2010 pour la plupart des économies. Les plus récentes données suggèrent toutefois que les inégalités se sont le plus fortement accentuées dans les pays qui ont connu les plus fortes hausses du chômage et, dans une moindre mesure, dans les pays qui ont fourni le moins de relance discrétionnaire (cf. graphique). Les auteurs se focalisent plus particulièrement sur l’économie irlandaise, puisqu’ils disposent, en ce qui la concerne, de données allant jusqu’à 2011. En l’occurrence, en Irlande, la crise a dans un premier temps réduit les inégalités en raison d’une chute des revenus du capital (et par conséquent d’une chute des plus hauts revenus), d’une hausse des impôts et d’une augmentation des transferts ; mais avec l’approfondissement de la récession et le resserrement ultérieur de la politique budgétaire, les inégalités se sont par la suite creusées. Cette hausse des inégalités est d’autant plus inopportune qu’elle pèse sur la croissance économique en déprimant la demande globale, ce qui complique la stabilisation des ratios d’endettement public. Ces deux documents de travail du FMI rejoignent ainsi les conclusions de l'ONG Oxfam ; cette dernière a suggéré il y a quelques jours que les diverses mesures d'austérité menées en Europe pourraient faire basculer jusqu'à 25 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté en 2015.

GRAPHIQUE Evolution du chômage et du coefficient de Gini dans les pays européens (2007-2010)

IMF-austerity-inequality2.png

source : Woo et alii (2013)

A défaut de les retarder, les auteurs plaident pour que les gouvernements ajustent leurs efforts de consolidation budgétaire de manière à en minimiser l’impact social. En l’occurrence, renforcer la progressivité des impôts et le système de redistribution peut contribuer à atténuer les répercussions des réductions des dépenses publiques sur la répartition des revenus. Leur étude insiste, tout comme celle de Santiago Acosta-Ormaechea et Atsuyoshi Morozumi (2013), sur le fait que les gouvernements ne doivent pas sacrifier les dépenses d'éducation lorsqu'ils sont contraints d'assainir leurs finances publiques.

 

Références

ACOSTA-ORMAECHEA, Santiago, & Atsuyoshi MOROZUMI (2013), « Can a government enhance long-run growth by changing the composition of public expenditure? », IMF working paper, n° 13/162, juillet.

BALL, Laurence, Davide FURCERI, Daniel LEIGH & Prakash LOUNGANI (2013), « The distributional effects of fiscal austerity », IMF working paper, n° 13/51, 21 juin.

WOO, Jaejoon, Elva BOVA, Tidiane KINDA & Y. Sophia ZHANG (2013), « Distributional consequences of fiscal consolidation and the role of fiscal policy: What do the data say? », IMF working paper, n° 13/195, 17 septembre. 

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