Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:34

L’expansion déséquilibrée que connut la Grèce au cours de la dernière décennie, le choc récessif qui suivit et les mesures publiques déployées pour contenir ce dernier entretiennent de nombreuses similarités avec l’effondrement argentin au début du siècle. L’ancrage au dollar et l’appartenance à la zone euro ont finalement eu un rôle sensiblement similaire en favorisant la montée des déséquilibres en temps d’expansion et en accentuant puissamment les effets de la crise lorsque celle-ci survint. En 2001, la profonde récession, les paniques bancaires et l’exaspération sociale ont amené l’Argentine à faire défaut et à abandonner son système d’ancrage au dollar. Son économie connut la reprise après la poursuite un temps de la contraction de l’activité et des déséquilibres financiers.

Ainsi, durant l'avant-crise, l’Argentine et la Grèce ont connu une profonde détérioration de leur compétitivité avec la hausse relative du coût du travail [Kretzmer et Levy, 2012]. Le peso argentin étant alors ancré au dollar, l’appréciation de la devise étasunienne entraîna une forte perte de compétitivité pour l’Argentine en accroissant son coût du travail unitaire. Les salaires augmentèrent en Grèce plus rapidement que la productivité du travail.

Tous deux connurent une période de croissance fortement déséquilibrée. En Argentine, alors que la faible épargne domestique contraignait la production, la forte hausse de la consommation et des importations durant la seconde moitié des années quatre-vingt-dix a rendu fortement déficitaire le compte courant. L’expansion grecque des années deux mille fut largement alimentée par l’endettement ; la consommation se maintint à de hauts niveaux, tandis que l’investissement et la production demeuraient à de faibles niveaux, ce qui entraîna également un large déficit courant.

Ayant tout comme l’Argentine de faibles recettes fiscales, le gouvernement grec a creusé un large déficit primaire en maintenant un fort niveau de dépenses publiques. Plus spécifiquement, l’appartenance à la zone euro a permis à la Grèce de profiter de coûts d’emprunt particulièrement faibles : les rendements obligataires grecs étaient inférieurs d’un point de pourcentage aux rendements obligataires allemands. Les deux pays expérimentèrent un fort endettement du secteur privé. En l’occurrence, la dette des ménages grecs passa de 27 % à 77 % du PIB entre 2000 et 2008. Les titres de dette des deux pays furent largement détenus par le reste du monde. 

Le choc négatif que subirent les deux économies fut d’origine externe. Dans le cas de l’Argentine, la forte appréciation du dollar, entraînant automatiquement celle du peso, et la forte dévaluation de la devise brésilienne réduisirent dramatiquement la compétitivité et les exportations argentines. La Grèce subit tout comme les autres économies développées la crise financière de 2007 et le ralentissement subséquent de l’activité en 2008. L’instabilité de son économie en a toutefois profondément aggravé les répercussions. Le PIB réel de l’Argentine diminua d’un cinquième entre le deuxième trimestre de 1998 et le troisième trimestre 2002, tandis que celui de la Grèce déclina d’environ 17 % depuis début 2008. Le taux de chômage atteignit pratiquement 24 % en Argentine, alors qu’il se maintient au-dessus de 20 % en Grèce. Dans les deux économies, les rendements obligataires s’envolèrent ; les sources de financement et les dépôts s’effondrèrent.

Avec respectivement le système d’ancrage au dollar et l’appartenance à la zone euro, l’Argentine et la Grèce ne peuvent procéder aux ajustements via des variations de taux de change. L’Argentine chercha en vain à restaurer sa compétitivité en procédant à une déflation domestique et à améliorer les comptes publics. La consolidation budgétaire était une condition imposée par le FMI pour délivrer une aide financière. Les autorités grecques, cette fois-ci aiguillonnées par la « troïka », adoptent les mêmes mesures. La contraction fiscale ne parvient pourtant pas à rétablir la confiance. En Argentine et en Grèce, elle n’a su qu’intensifier les effets de la récession et comprimer davantage les recettes fiscales. La réponse politique face à de tels développements fut de renforcer les mesures d’austérité, maintenant l’économie dans un cercle vicieux et un chômage élevé. Une telle situation accélère la fuite de capitaux, les retraits bancaires et les violences sociales.

Les ajustements budgétaires ne parvinrent donc pas à restaurer la solvabilité et la confiance des investisseurs en Argentine, au contraire. En décembre 2001, le pays fit défaut sur sa dette nationale. L’ancrage au dollar fut abandonné et le peso put alors librement flotter. Dans le cadre du processus de « pesification », tous les contrats signés en dollars furent automatiquement convertis en pesos à l’ancienne parité. En quelques mois, le peso perdit les trois quarts de sa valeur face au dollar. Les débiteurs virent leur dette diminuer d’un quart, tandis que la richesse financière des déposants fut réduite de trois quarts. La dépréciation accéléra dans un premier temps considérablement l’inflation, ce qui réduisit les revenus réels et accentua la contraction de l’activité. La dépréciation stimula dans un deuxième temps les exportations. La reprise de l’activité économique et de l’emploi intervint en 2003.

Aujourd’hui, sur certains aspects, les problèmes réels et financiers de la Grèce s’avèrent pires que ceux affrontés autrefois par l’Argentine, ce qui complique la (stratégie de) sortie de crise. Les déficits courant et public ainsi que le ratio dette publique sur PIB sont trois fois plus importants aujourd’hui en Grèce qu’hier en Argentine. Alors que la dette gouvernementale de l’Argentine s’éleva à 50 % du PIB avant son défaut, celle de la Grèce avoisine aujourd’hui 155 % du PIB et poursuit ascension. La restructuration de la dette ne résout pas les problèmes de compétitivité et de décrochage de l'activité. La Grèce fait face à une forte contrainte en ne pouvant dévaluer sa devise pour gagner en compétitivité. La poursuite et l’accentuation de la politique budgétaire restrictive accélèrent la contraction de la demande domestique. L’essentiel de l’ajustement va donc largement reposer sur les salaires réels. Les membres de la zone euro ne s’accordent aucunement sur l’éventualité d’impulser une plus forte intégration budgétaire et de procéder à un large transfert de revenus des pays du nord vers ceux de la périphérie sud. Dans une telle situation, la sortie de la zone euro et la dévaluation de la nouvelle devise apparaissent comme un scénario moins coûteux socialement que les programmes d’ajustement budgétaire et le plus favorable au développement de la demande externe. Pourtant, quelque soit la suite des événements, il semble peu probable que l’investissement et les exportations puissent s’accroître à moyen terme en Grèce pour stimuler la croissance.

 

Références Martin ANOTA

KIGUEL, Miguel (2011), « Argentina and Greece: More similarities than differences in the initial conditions », in VoxEU.org, 16 août.

KRETZMER, Peter, & Mickey LEVY (2012), « Greece’s predicament: Lessons from Argentina », in VoxEU.org, 16 mai.

VELASCO, Andres (2012), « An Argentine Guide to the Greek Crisis », in Project Syndicate, 30 mai.

Partager cet article
Repost0
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 21:19
Charlemagne Jul 30th 2011 | from the print edition AT THE emergency meeting of euro-zone leaders on July 21st Jean-Claude Trichet, president of the European Central Bank, circulated a set...
Peter Schrank

Dans la zone euro, la politique monétaire est décidée par une unique autorité centrale, tandis que les politiques budgétaires restent déterminées au niveau national. Une banque centrale indépendante et un cadre de discipline budgétaire sont pourtant insuffisants pour rendre viable une union monétaire. La crise de la dette souveraine, en rendant insoutenables son hétérogénéité structurelle et les faiblesses de son architecture institutionnelle, menace l’existence de l’euro. En l’absence de véritable mobilité de la main-d’œuvre entre les Etats-membres, une politique monétaire unique se révèle insuffisante à stabiliser les économies. L’unification budgétaire apparaît comme une solution crédible pour éviter l’éclatement de la zone euro et l’effondrement subséquent de l’activité économique en Grèce comme parmi les autres Etats-membres.

Afin d’ébaucher un tel projet institutionnel, Bordo et al. (2011) ont analysé les unions budgétaires expérimentées par l’Allemagne, l’Argentine, le Brésil, le Canada et les Etats-Unis. Ces derniers constituent des unions monétaires dans la mesure où ils possèdent une unique devise commune et une unique banque centrale. Ils constituent en outre des unions budgétaires au sens où une politique budgétaire couvrant l’ensemble de l’union est mise en œuvre par une autorité centrale. Ces cinq unions budgétaires sont structurées en fédérations, avec des entités fédérées disposant d’une relative indépendance.

A partir de l’histoire de ces fédérations budgétaires, Bordo et al. ont tiré des leçons politiques pertinentes pour la zone euro aujourd’hui. Cinq conditions leur apparaissent essentielles pour assurer la pleine efficacité d’une union budgétaire. La première et plus importante d’entre elles est l’instauration d’une règle de non renflouement concernant les membres de l’union fiscale. L’adoption d’une telle règle sera crédible et efficace si elle s’accompagne de la mise en place d’un système de surveillance et de contrôle des politiques budgétaires et de l’endettement des Etats-membres. La deuxième condition est l’indépendance de revenus et dépenses des membres de l’union fiscale. La troisième condition est un mécanisme de transfert pleinement effectif lors des périodes de détresse. Le déploiement d’un tel mécanisme de transfert peut être facilité par l’établissement d’un marché obligataire spécifique à la zone euro, permettant de résoudre les problèmes de liquidité et crédibilité actuellement affrontés par certains Etats européens et ainsi de réduire les taux d’intérêt qu’ils subissent. Quatrièmement, une union budgétaire doit s’adapter aux changements économiques et politiques en apportant les réformes adéquates à son architecture institutionnelle. En cela, l’unification budgétaire s’apparente à un constant processus d’essais et d’erreurs.

D'après Münchau (2012), l’unification budgétaire de la zone euro doit en outre nécessairement s’accompagner des quatre innovations institutionnelles suivantes afin d’empêcher son éclatement. Tout d’abord, il met également l’accent sur la nécessité d’une obligation propre à la zone euro. Cette émission d’eurobonds, couvrant une large part de la nouvelle dette, impliquerait que les Etats-membres transfèrent une partie de leur souveraineté aux autorités centrales. Ensuite, la BCE devrait voir intégrer la responsabilité spécifique de la stabilité financière dans son mandat. Elle doit être libre de conduire des opérations sur le marché secondaire. De plus, il est nécessaire de mettre en place un système d’assurance dépôt couvrant l’ensemble de la zone euro et couplé avec la garantie que les dépôts seront remboursés en euros même si le pays hôte quitte la zone euro. Enfin, une institution financée par la zone euro doit être mise en place et dotée du pouvoir discrétionnaire de recapitaliser les banques. Parallèlement, la régulation et la supervision bancaires doivent être davantage centralisées. Les deux premiers changements institutionnels impliqueraient une profonde révision des traités européens, ce qui n’est en revanche pas le cas des deux derniers, qui peuvent être ainsi immédiatement mis en œuvre.

Une unification budgétaire de la zone euro apparaît toutefois insuffisante pour résoudre ses problèmes structurels et conjoncturels aux yeux d'Austan Goolsbee (2012). En l’occurrence, les architectes de l’unification monétaire ont été convaincus que celle-ci entraînerait de facto une convergence réelle des Etats-membres, or la zone euro demeure structurellement hétérogène. En effet, depuis le début des années deux mille, les pays du sud de l’Europe ont connu des progressions salariales plus rapides que les gains de productivité, tandis que les pays du nord connaissent une évolution opposée. La politique de déflation compétitive que l’Allemagne a mis en œuvre en contractant les salaires a profondément accentué la divergence dans la compétitivité des Etats-membres. Dans ce contexte, l’unification monétaire rend impossible de quelconques ajustements par des variations de taux de change pour résoudre les déséquilibres. Au lieu d’égaliser les taux de croissance et d’inflation, une telle hétérogénéité structurelle, marquée par la faible mobilité de la main-d’œuvre, a finalement conduit à une divergence dans les taux de chômage et les taux d’intérêts.

Par conséquent, si une union budgétaire était réalisée dans la zone euro, elle devrait être accompagnée de larges transferts du nord de l’Europe vers le sud. En effet, selon Goolsbee, l’union budgétaire des Etats-Unis a pu efficacement fonctionner car elle constitue avant tout un mécanisme d’assurance de dimension supra-étatique. Au cours des deux dernières décennies, les Etats du Mississipi, du Nouveau Mexique et de la Nouvelle Virginie ont par exemple chacun reçu annuellement des transferts publics équivalents à 12 % de leur propre PIB, un montant relativement supérieur au déficit grec de l’année 2011. Sans de tels transferts publics, la périphérie européenne se maintiendra durablement dans une situation de chômage élevé et la probabilité d'un éclatement de la zone euro ira croissante.

 

Références Martin ANOTA

BORDO, Michael, Lars JONUNG & Agnieszka MARKIEWICZ (2011), « A fiscal union for the euro: Some lessons from history », NBER working paper, n° 17 380.

GOOLSBEE, Austan (2012), « A Fiscal Union Won't Fix the Euro Crisis », in The Wall Street Journal, 29 mai. 

MÜNCHAU, Wolfgang (2012), « How to build a fiscal union to save the eurozone », in Financial Times, 27 mai.

Partager cet article
Repost0
28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 11:44

Les économies développées et en développement ont connu un accroissement des inégalités de revenus en leur sein depuis les années quatre-vingt. Le commerce s’est davantage globalisé sur la même période. De nombreuses études ont visé à déterminer si la mondialisation avait participé à l’intensification des inégalités. Elles ont pour cela cherché à identifier les divers canaux par lesquels le développement du commerce international a pu influencer les dynamiques salariales [FMI, 2007 ; Pavcnik, 2011].

Les premières réflexions furent réalisées à partir du modèle que proposèrent Hecksher et Ohlin du commerce de biens finaux entre des pays dont les dotations relatives en facteurs diffèrent. Une version simplifiée de ce modèle suggère que chaque pays va se spécialiser et exporter la production qui utilise le facteur dont il est le plus relativement doté. Par conséquent, selon le théorème Stolper-Samuelson, la libéralisation des échanges commerciaux va entraîner un ajustement des salaires relatifs. En l’occurrence, lorsqu’une économie en développement, abondamment dotée de travail peu qualifié, s’ouvre davantage au commerce extérieur en diminuant ses tarifs douaniers, la demande pour le travail peu qualifié va s’accroître ; les salaires de ses travailleurs peu qualifiés tendent alors à augmenter, tandis que les salaires des travailleurs hautement qualifiés diminuent, ce qui entraîne une réduction des inégalités de revenus. En revanche, dans une économie abondamment dotée en travail très qualifié, par exemple une économie avancée, un processus inverse se met en œuvre : la demande de travail qualifié va s’accroître au détriment du travail non qualifié. Par conséquent, les salaires des travailleurs qualifiés devraient augmenter, tandis que les salaires des travailleurs peu qualifiés tendent à diminuer, ce qui entraîne cette fois-ci un accroissement des inégalités salariales.

Selon les travaux empiriques, les évolutions dans la répartition salariale épousent fort peu les dynamiques prédites par le théorème Stolper-Samuelson. Celui-ci ne peut expliquer l’évolution des primes de compétence, c’est-à-dire du surcroît de salaires obtenu par les salariés qualifiés par rapport aux travailleurs non qualifiés. Les déplacements de main-d’œuvre dans les secteurs industriels sont insuffisants pour expliquer la hausse des inégalités salariales. Les gains salariaux concernent également les secteurs non exportateurs. En outre, les pays en développement ont notamment connu une hausse, et non une baisse, des salaires des travailleurs qualifiés, donc un accroissement des inégalités. Ensuite, les inégalités salariales ne s’expliquent pas seulement par les primes de compétences ; elles se composent également d’inégalités résiduelles, c’est-à-dire d’inégalités salariales concernant des individus possédant les mêmes caractéristiques observables (niveau d’éducation, âge, sexe, etc.). L’insuffisance de preuves empiriques soutenant le théorème Stolper-Samuelson a finalement amené nombre d’économistes à privilégier le progrès technique biaisé en faveur du travail qualifié comme principale explication à l’accroissement des inégalités.

Toutefois, le commerce international peut contribuer à exacerber les inégalités salariales par d’autres canaux que le mécanisme à la Stolper-Samuelson. Les primes salariales dans l’industrie pourraient en l’occurrence refléter des rentes que les firmes partagent avec la main-d’œuvre avant l’ouverture du pays au commerce international. L’intensification de la concurrence sur le marché des biens finaux que provoque l’élimination des barrières au commerce va alors réduire les salaires dans le secteur industriel. Le commerce peut également influencer les primes salariales de l’industrie à travers la productivité du travail. En effet, si les entreprises industrielles confrontées aux plus fortes réductions de tarifs suite à la libéralisation de leur secteur parviennent à améliorer leur productivité relative, elles pourront transférer une partie de ces gains de productivité sous forme de hausses salariales. Ainsi, selon les canaux sous-jacents à l’œuvre, les réductions de tarifs douaniers peuvent entraîner soit une hausse, soit une baisse des salaires dans l’industrie. Ces divers mécanismes de transmission offrent une explication aux inégalités résiduelles.

La plus récente littérature a notamment mis l’accent sur l’hétérogénéité des firmes pour expliquer les évolutions salariales. Par exemple, l’ouverture au commerce international peut inciter les entreprises les plus productives à devenir exportatrices, tandis qu’elle dégrade l’activité des firmes les moins efficaces. Les premières vont chercher à améliorer la qualité de leur produit et leur technologie productive, d’où une hausse de la demande de travail qualifié. En outre, si la production destinée aux exportations est relativement plus intensive en travail qualifié que la production destinée au marché domestique, l’accès accru aux marchés à l’export va également entraîner une hausse de la demande relative pour le travail qualifié et contribuer ainsi à augmenter les primes de compétence. Les firmes exportatrices verseraient notamment des salaires plus élevés pour inciter leurs travailleurs à fournir plus d’efforts pour produire des biens de plus grande qualité.

Enfin, un nombre croissant d’études se penche sur les répercussions du partage mondial de la chaine de valeur ajoutée sur la dynamique des revenus. Cet impact serait d’autant plus important que le commerce de biens intermédiaires représente aujourd’hui les deux tiers du commerce international. La décomposition du processus productif et l’externalisation pourraient notamment expliquer une partie de l’écart croissant entre les salaires des travailleurs qualifiés et non qualifiés. Les firmes réallouent les parts de la production intensives en travail non qualifié dans les pays abondamment dotés en travail non qualifié et garder les étapes intensives en travail qualifié dans les pays développés. Cette réallocation mondiale de la production accroît l’intensité en travail qualifié de la production et donc la demande relative pour le travail qualifié, d’où une hausse des primes de compétence.

Une récente étude réalisée par Helpman et al. (2012) et se basant sur les données de la période 1986-1998 examine l’évolution des inégalités des salaires au Brésil après la libéralisation de son commerce extérieur. Tout d’abord, ils identifient trois faits stylisés. Tout d’abord, la plupart des inégalités salariales observées depuis 1986 au Brésil surviennent dans chaque secteur et profession et non pas entre les secteurs ou entre les professions. Ensuite, une large part des inégalités salariales dans les secteurs et professions sont conduits par une inégalité salariale entre et non pas dans les firmes. Enfin, puisque les deux résultats sont indépendants des caractéristiques visibles des travailleurs, les inégalités salariales entre firmes dans chaque secteur et profession sont avant tout des inégalités résiduelles.

Helpman et al. (2012) développent un modèle économique structural incorporant trois sources d’hétérogénéité parmi les firmes : la productivité, les coûts d’entrée sur le marché d’exportation et des coûts de contrôle des travailleurs. Les firmes exportatrices versent de plus hauts salaires que les firmes non exportatrices pour deux raisons. Tout d’abord, les firmes à haut revenu se montrent plus sélectives sur le marché du travail pour embaucher des travailleurs plus qualifiés. Elles sont notamment plus incitées que les autres à entre sur les marchés d’exportations en raison de la présence de coûts fixes à l’exportation. Ensuite, l’entrée sur le marché d’exportation procure aux firmes davantage de revenus, qu’elles partagent avec leurs salariés.

Une prédiction fondamentale du modèle est une relation en forme de U inversée entre les inégalités salariales et l’ouverture commerciale. Une économie initialement fermée qui réduirait ses coûts d’échange verrait dans un premier temps s’accroître les inégalités salariales. Avec la poursuite du déclin des coûts d’échange, les inégalités salariales atteignent un pic, puis diminuent. En l’occurrence, lorsqu’aucune firme n’exporte, une baisse des coûts d’échange entraîne une hausse des inégalités. Ainsi, quand seules quelques entreprises exportent, leurs travailleurs captent l’essentiel des revenus générés par l’ouverture. Inversement, lorsque toutes les firmes exportent, une hausse des coûts d’échange va pousser certaines entreprises à cesser d’exporter et réduit par là des salaires que versent celles-ci, ce qui accroît les inégalités. Selon Helpman et al. (2012), le Brésil n’aurait pas encore atteint le pic des inégalités sur leur période d’échantillonnage, c’est-à-dire entre 1986 et 1998. D’après leurs conclusions optimistes, la poursuite de l’ouverture de l’économie brésilienne au commerce international devrait par la suite impulser une baisse des inégalités.


Références Martin ANOTA

FMI (2007), « Globalization and inequality », in World Economic Outlook, chapitre 4, octobre.

HELPMAN, Elhanan, Oleg ITSKHOKI, Marc MUENDER & Stephen REDDING (2012), « Trade and inequality : From theory to estimation », in VoxEU.org, 20 mai.

PAVCNIK, Nina (2011), « Globalization and within-country income inequality », in Making Globalization Socially Sustainable, rapport de l’OIT et de l’OMC, chapitre 7, septembre.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : D'un champ l'autre
  • : Méta-manuel en working progress
  • Contact

Twitter

Rechercher