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24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 14:16
La géographie des régimes de change en ce début de vingt-et-unième siècle

Plusieurs études ont montré que la réalité des pratiques de change (de facto) ne correspond pas forcément au régime de change (de jure) annoncé officiellement par les autorités monétaires. Par exemple, Guillermo Calvo et Carmen Reinhart (2002) ont constaté que le comportement des taux de change et des réserves de change de plusieurs pays qui déclaraient laisser leur monnaie flotter librement se distinguait peu de celui des pays qui déclaraient contrôler le flottement de leur monnaie, ce qui suggéraient qu’une grande partie des premiers ne laissaient pas aussi librement flotter leur monnaie qu’ils ne l’annonçaient. Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2004) estiment en outre qu’il faut prendre en compte le taux sur le marché des changes parallèle pour jauger du degré de flexibilité exact des taux de change ; c’est crucial dans le cas des pays émergents aujourd’hui comme dans le cas des pays développés, en particulier européens, durant l’ère de Bretton Woods. En effet, lorsque les primes de change sont élevées sur le marché parallèle, le taux de change de ce dernier offre une meilleure indication de l’orientation sous-jacente de la politique monétaire que le taux de change officiel (qui est souvent ancré sur une autre devise). Pour cette raison, les régimes de change de facto ne sont jamais aussi rigides que ne l’annoncent les autorités monétaires.

GRAPHIQUE 1  Géographie des régimes de taux de change en 1950

La géographie des régimes de change en ce début de vingt-et-unième siècle

En étudiant un échantillon de 194 pays pour la période s’étalant entre 1946 et 2016, Ethan Ilzetzki, Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2017) constatent que la littérature a surestimé l’adoption de régimes de change plus souples après la fin du système de Bretton Woods ; le fait que le FMI classe depuis 2007 les pays-membres de la zone euro comme ayant des taux de change flottants a notamment contribué à fausser la perception des choses. En fait, les régimes de flexibilité limitée restent majoritaires. En effet, les taux de change peu flexibles concernent environ 80 % de l’ensemble des pays et environ la moitié du PIB mondial ; le décalage entre ces deux chiffres s’explique par le fait que certaines des économies les plus riches laissent librement flotter leur monnaie et que les plus grands pays émergents ont récemment adopté des régimes de flottement contrôlé. En outre, si l’on compare aux années du système de Bretton Woods, les régimes intermédiaires sont plus fréquents. Les ancrages de jure et les bandes étroites annoncées sont moins communes aujourd’hui. Les effondrements de devise qui accompagnent les épisodes de forte inflation sont également moins fréquents en ce début de vingt-et-unième siècle ; mais au lieu de considérer comme beaucoup que ces situations relèvent du flottement libre, Ilzetzki et ses coauteurs préfèrent parler de « chute libre ». Au final, ils notent que de plus en plus de pays ont adopté un flottement contrôlé et que le flottement libre n’est toujours adopté que par une poignée de pays. 

GRAPHIQUE 2  Géographie des régimes de taux de change en 2015

La géographie des régimes de change en ce début de vingt-et-unième siècle

Ilzetzki et ses coauteurs montrent aussi que le dollar américain est au moins aussi dominant aujourd’hui en tant que devise de réserve et de référence qu’il l’a été dans les premiers temps de l’ère de Bretton Woods. Il reste la principale devise sur laquelle les pays ancrent leur monnaie. Selon certains indicateurs, le dollar est même encore plus utilisé aujourd’hui qu’il y a 70 ans. L’euro est certes la deuxième devise la plus utilisée au monde, mais loin derrière le dollar. L’introduction de la monnaie unique a consolidé la zone franc et la zone deutschemark, mais la progression de l’usage de l’euro dans le monde semble avoir atteint un palier ces dernières années. Selon certains indicateurs, son importance dans le monde pourrait même avoir décliné, avec la décroissance de la part de la zone euro dans la production mondiale. Aucune devise, même le renminbi, ne concurrence toutefois pour l’instant l’euro. En effet, malgré le rôle de plus en plus important de la Chine dans la production et les échanges mondiaux, sa devise reste trop liée au dollar.

Les données relatives aux restrictions de change que compilent Ilzetzki et ses coauteurs confirment l’approfondissement de l’intégration des marchés de capitaux depuis les années 1940. En 1946, environ 70 % des pays indépendants avaient soit un taux de change dual, soit un taux de change multiple, soit des marchés de change parallèles actifs avec de substantielles primes de change. En 2016, la part s’élevait à environ 20 %, malgré une forte hausse depuis 2014. Toutefois, l’approfondissement de l’intégration des marchés de capitaux ne s’est pas opéré de façon régulière ; elle s’est par exemple stoppée entre la fin des années 1960 et le milieu des années 1990, avant de reprendre à un rythme soutenu.

Enfin, Ilzetzki et alii suggèrent que l’accumulation record de réserves de change après 2002 s’explique par la volonté de plusieurs pays de stabiliser leurs taux de change dans un environnement où les marchés des capitaux sont de plus en plus intégrés. D’une certaine façon, les réserves ont joué le rôle de substitut aux contrôles de capitaux. En outre, les actifs de réserve sont toujours émis dans leur majorité par les Etats-Unis, si bien que la situation est propice à l’apparition d’un dilemme à la Triffin. Mais à la différence de l’époque de Bretton Woods, celui-ci ne résulte pas de la demande de réserves émanant des autres pays développés, mais de celle émanant des pays émergents. Le désir de stabiliser les taux de change a pu contribuer à ce phénomène. Enfin, Ilzetzki et ses coauteurs notent que le numéraire pour les réserves n’est plus lié à une offre d’or en faible progression comme durant les années 1970, mais à une offre de biens et services américains en faible progression.

 

Références

CALVO, Guillermo A., & Carmen M. REINHART (2002), « Fear of floating », in Quarterly Journal of Economics, vol. 117, n° 2.

ILZETZKI, Ethan, Carmen M. REINHART & Kenneth S. ROGOFF (2017), « Exchange arrangements entering the 21st century: Which anchor will hold? », NBER, working paper, n° 23134

REINHART, Carmen M., & Kenneth S. ROGOFF (2004), « The modern history of exchange rate arrangements: A reinterpretation », in Quarterly Journal of Economics, vol. 119, n° 1.

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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 18:13
Dans quelle mesure la croissance domestique est-elle influencée par le reste du monde ?

Dès lors qu’une économie s’ouvre à l’extérieur, son activité domestique est susceptible d’être affectée par les dynamiques à l’œuvre dans le reste du monde. Beaucoup considèrent en l’occurrence que les échanges commerciaux et les relations financières constituent les principaux canaux par lesquels les chocs se transmettent d’un pays à l’autre. En effet, si une économie tombe en récession, la contraction de l’investissement et de la consommation domestiques se traduit par une baisse des importations, ce qui déprime l’activité des partenaires à l’échange et accroît les chances que ceux-ci basculent à leur tour en récession ; réciproquement, lorsque la croissance économique s’accélère dans un pays, les importations tendent à augmenter avec la demande domestique, ce qui accroît les exportations des partenaires à l’échange et stimule par là leur activité. Les liens financiers jouent par contre un rôle plus ambigu, dans la mesure où ils peuvent aussi bien amplifier qu’amortir la transmission des chocs d’une économie à l’autre. D’un côté, si un pays bascule en récession, les banques domestiques risquent de réduire leur activité (notamment l’octroi de crédit) aussi bien à l’intérieur du pays que dans le reste du monde, si bien que la finance contribue par ce biais à transmettre les chocs d’une économie à l’autre. De l’autre, si un pays bascule en récession, les résidents pourront continuer de bénéficier de hauts rendements dans les économies en forte croissance s’ils ont la possibilité de placer leur épargne à l’étranger, auquel cas la finance contribue par ce biais à lisser les chocs sur la demande domestique.

Plusieurs études ont mis en évidence une composante commune dans les fluctuations des productions nationales, suggérant l’existence d’un véritable cycle d’affaires international, voire mondial. C’est le cas de Robin Lumsdaine et Eswar Prasad (2003), qui se sont focalisés  sur un échantillon de 17 pays développés, ou encore d’Ayhan Kose, Eswar Prasad et Marco Terrones (2003), qui ont analysé un large échantillon composé aussi bien de pays développés que de pays en développement. Beaucoup ont affirmé que les effets de débordement internationaux ont gagné en intensité ces dernières décennies, dans la mesure où les économies se sont davantage ouvertes. Par exemple, Ayhan Kose, Christopher Otrok et Charles Whiteman (2008) estiment que le facteur commun explique en moyenne une plus grande part de la production, de la consommation et de l’investissement entre 1986 et 2003, c’est-à-dire lors de la récente période de mondialisation, qu’entre 1960 et 1972, marquant l’ère de Bretton Woods. Toutes les études ne concluent toutefois pas à une plus grande synchronisation des cycles économiques. Par exemple, Eric Monnet et Damien Puy (2016) ont récemment affirmé que la période de mondialisation n’est pas associée à une plus grande synchronisation des productions au niveau mondial : le cycle d’affaires mondial a été aussi fort durant l’ère de Bretton Woods que durant ces dernières décennies. Ils estiment toutefois que l’intégration commerciale et financière affecte puissamment la façon par laquelle la production d’un pays se synchronise avec celle du reste du monde. En l’occurrence, si l’intégration commerciale tend à synchroniser les productions nationales au cycle mondial, l’intégration financière a par contre tendance à désynchroniser les productions. 

Letizia Montinari et Livio Stracca (2017) ont cherché à déterminer comment le cycle d’affaires de chaque pays tend à être affecté par les conditions macroéconomiques prévalant dans d’autres pays. Ils se penchent non pas sur le degré de synchronisations entre les cycles d’affaires, mais sur la sensibilité des variables domestiques vis-à-vis de la croissance étrangère. En utilisant les données relatives aux pays développés et en développement entre 1970 et 2014, ils testent notamment le rôle respectif du commerce, de la finance, des flux d’IDE et d’autres facteurs dans la transmission des chocs étrangers à chaque économie domestique. Leur analyse confirme que l’ouverture commerciale et l’ouverture financière amplifient la transmission des chocs. 

Montinari et Stracca ont également étudié le rôle d’un ensemble de caractéristiques  des pays comme le degré d’ouverture extérieure, le degré d’ouverture financière, le régime de taux de change et des variables budgétaires, qui peuvent aussi bien susceptibles d’amplifier qu’atténuer la transmission des chocs.  Leur analyse suggère que l’intégration commerciale, mesurée par l’ouverture commerciale et l’importance des flux commerciaux bilatéraux, favorise la transmission des cycles d’affaires. Les résultats relatifs à l’intégration financière sont plus nuancés. En effet, le degré d’ouverture financière joue certes un rôle important dans la sensibilité de chaque pays à la croissance étrangère, même en dehors des périodes de crise, mais les liens financiers bilatéraux ne jouent par contre qu’un rôle minime en tant que canal de transmission. Ils n’identifient pas de différences pour les liens financiers en temps de crise, lorsque les chocs financiers sont susceptibles d’être plus importants ; d’un autre côté, l’effet global de croissance étrangère sur la croissance domestique est plus ample durant la crise financière mondiale en raison de la nature mondiale de l’effondrement. Montinari et Stracca notent également que le régime de change ne semble pas jouer de rôle significatif dans l’amplification ou l’absorption des chocs étrangers. Par contre, ils constatent que la politique budgétaire et en particulier les stabilisateurs automatiques semblent jouer un rôle crucial. Les dépenses publiques et la dette publique semblent amortir de façon significative la transmission des chocs étrangers à l’économie domestique. Le résultat concernant l’endettement public remet en cause l’idée souvent admise qu’une moindre marge de manœuvre budgétaire empêche les stabilisateurs automatiques de jouer leur rôle, peut-être parce que la dette publique constitue en soi une mauvaise mesure de la marge de manœuvre budgétaire.

Les deux économistes ont ensuite testé si la transmission des chocs était différente selon la position de l’économie dans le cycle, dans la mesure où beaucoup pensent que la synchronisation des cycles d’affaires est plus importante durant une crise. Leur analyse confirme que la transmission transfrontalière de la croissance étrangère est plus forte en temps de crise qu’en temps normal. Ils ne constatent pas que la récente crise mondiale ait modifié le rôle des caractéristiques des pays sur la transmission.

Enfin, Montinari et Straccaont ont cherché à déterminer si les caractéristiques des pays jouaient un rôle différent selon le niveau de développement de ces derniers. Ils constatent que les effets de débordement associés à la croissance étrangère sont plus amples dans les pays en développement et cela s’explique notamment par l’importance que revêt pour eux l’ouverture commerciale. Le ratio dépenses publiques sur PIB est seulement significatif pour les pays en développement, mais il est plus ample dans les pays développés, quoique sans que cela soit statistiquement significatif.

 

Références

KOSE, M. Ayhan, Christopher OTROK & Charles H. WHITEMAN (2008), « Understanding the evolution of world business cycles », in Journal of International Economics, vol. 75.

KOSE, M. Ayhan, Eswar S. PRASAD & Marco TERRONES (2003), « How does globalization affect the synchronization of business cycles? », FMI, working paper, n° 03/27.

LUMSDAINE, Robin L., & Eswar S. PRASAD (2003), « Identifying the common component of international economic fluctuations: A new approach », in Economic Journal.

MONNET, Eric, & Damien PUY (2016), « Has globalization really increased business cycle synchronization? » (« La mondialisation a-t-elle vraiment augmenté la synchronisation des cycles économiques ? »), Banque de France, working paper, n° 592. 

MONTINARI, Letizia, & Livio STRACCA (2017), « Trade, finance or policies: what drives the cross-border spill-over of business cycles? », BCE, working paper, n° 1993.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 17:02
Les flux de capitaux sont-ils (toujours) versatiles ?

De nombreuses études sont parvenues au même constat : les mouvements internationaux de capitaux sont versatiles. Par exemple, Andrei Levchenko et Paulo Mauro (2007) ont utilisé un échantillon de 142 pays développés et en développement sur la période 1970 à 2003 pour analyser le comportement de divers mouvements de capitaux. Ils constatent que les investissements directs à l’étranger (IDE), que réalisent en principe les entreprises dont une optique de long terme, constituent la forme de flux de capitaux les moins volatiles. La différence de volatilité est particulièrement manifeste lors des épisodes d’arrêts brusques (sudden stops), en l’occurrence lorsque les entrées nettes de capitaux déclinent de plus de 5 % par rapport à l’année précédente. En effet, au cours de tels épisodes, les IDE se montrent remarquablement stables ; les flux de dette de portefeuille se contractent, mais connaissent rapidement une reprise par la suite ; les autres flux de capitaux, notamment les prêts bancaires et le crédit commercial, se contractent fortement et restent déprimés pendant plusieurs années.

Les plus récentes études, qui se sont davantage focalisées sur les flux bruts plutôt que les seuls flux nets, ont abouti au même constat, conduisant ainsi à forger une véritable croyance conventionnelle en finance internationale. Fernando Broner, Tatiana Didier, Aitor Erce et Sergio Schmukler (2013) ont analysé le comportement des mouvements internationaux de capitaux au cours du cycle d’affaires et durant les crises financières à partir d’un échantillon de 103 pays, essentiellement des pays riches et à revenu intermédiaire, sur la période comprise entre 1970 et 2009. Ils montrent que les flux de capitaux sont très larges et volatiles, en particulier par rapport aux flux de capitaux nets. Lorsque les étrangers investissent dans un pays, les résidents investissent à l’étranger, et réciproquement. Les flux de capitaux bruts sont aussi procycliques. En effet, durant les expansions, les étrangers investissent plus dans l’économie domestique et les résidents davantage dans le reste du monde. Par contre, durant les crises, les flux bruts s’effondrent et il y a une contraction aussi bien des entrées de capitaux réalisés par les étrangers que des sorties de capitaux par les résidents. En outre, Broner et ses coauteurs notent que les entrées et sorties d’IDE ont eu tendance à s’accroître au cours du temps. Ils concluent que les entrées et sorties de capitaux sont devenues de plus en plus volatiles au fil des années, même si les flux nets et leur volatilité n’ont pas changé.

En étudiant les données annuelles relatives aux flux nets et bruts de capitaux pour un échantillon de près de 150 pays développés et en développement depuis 1980, John Bluedorn, Rupa Duttagupta, Jaime Guajardo et Petia Topalova (2013) ont affirmé que les flux de capitaux sont volatiles pour tous les pays, aussi bien développés qu’en développement, et en tout point du temps. Ils présentent une faible persistance, qu’importe le pays ou le type de flux de capitaux. Les pays développés jouissent d’une plus grande substituabilité entre les différents types d’entrées de capitaux et d’une plus grande complémentarité entre entrées brutes et sorties brutes que les pays en développement, si bien qu’ils connaissent une faible volatilité de leurs entrées nettes totales malgré la plus forte volatilité de leurs composantes. En outre, Bluedorn et ses coauteurs notent que les entrées de capitaux tendent à s’accroître, en particulier à destination des pays émergents, lorsque les conditions de financement mondiales sont relativement accommodantes.

Plus récemment, Olivier Blanchard et Julien Acalin (2016) ont publié une étude quelque peu singulière. Les deux économistes ont constaté que les entrées et sorties d’IDE sont fortement corrélées et que les entrées d’IDE dans les pays émergents sont positivement corrélées avec le taux directeur de la banque centrale américaine. Ils ont interprété ce résultat comme suggérant que les chiffres officiels d’IDE dans les pays émergents surestiment fortement les flux réels d’IDE. En l’occurrence, Blanchard et Acalin estiment qu’une partie significative des flux d’IDE enregistrés transitent en fait à travers le pays pour des raisons d’évitement fiscal.

L’ensemble de ces études (à l’exception de celle de Blanchard et Acalin) se sont appuyées sur des données annuelles portant sur une période précédant la crise financière mondiale. Or de profonds changements ont modifié la structure et la réglementation des marchés financiers internationaux depuis celle-ci, ce qui a pu modifier le comportement des flux de capitaux. Par exemple, les sorties d’IDE chinoises ont énormément augmenté par rapport aux autres sources d’IDE ; plus généralement, les flux d’IDE Sud-Sud ont augmenté ; les flux intermédiés par les banques se sont écroulés, dans la mesure où les grandes banques ont dû se désendetter et réduire leurs opérations transfrontalières en réponse au resserrement de la réglementation, etc.

Barry Eichengreen, Poonam Gupta et Oliver Masetti (2017) se sont alors demandé si la croyance conventionnelle était toujours valide aujourd’hui. A partir de données trimestrielles relatives aux pays émergents, ils ont analysé les tendances suivies par les flux de capitaux depuis les années 1990 en prenant en compte la période qui suit la crise financière mondiale. Ils constatent que les dynamiques identifiées par les précédentes études persistent, malgré les récents changements structurels et réglementaires. En effet, les afflux d’IDE restent plus stables que les autres afflux d’IDE. Les afflux d’IDE présentent une moindre volatilité, sont plus persistant et ils déclinent moins amplement lors des épisodes d’arrêt soudain des capitaux. Parmi les autres afflux de capitaux, les flux de dette de portefeuille et les flux bancaires intermédiés s’avèrent être les plus volatiles. Les flux intermédiés par les banques, qui ont pris leur essor au milieu des années 2000, sont tout particulièrement volatiles. En l’occurrence, ils déclinent très brutalement lors des épisodes d’arrêts brusques. 

Par contre, les sorties de capitaux se comportent différemment. En effet, ils ont connu de profonds changements depuis le tournant du siècle. Les sorties d’IDE se sont accrues et sont devenues significativement plus volatils. De même, il y a une hausse significative de la volatilité des autres sorties de capitaux, en particulier des sorties de capitaux intermédiés par les banques. Les sorties d’IDE restent toutefois deux fois moins volatiles que les autres sorties de capitaux entre 2011 et 2015. En ce qui concerne les chocs touchant les balances de paiements, les sorties de capitaux jouent un plus grand rôle que par le passé.

 

Références

BLANCHARD, Olivier, Blanchard & Julien ACALIN (2016), « What does measured FDI actually measure? », PIIE, policy brief, n° 16-17, octobre.

BLUEDORN, John, Rupa DUTTAGUPTA, Jaime GUAJARDO & Petia TOPALOVA (2013), « Capital flows are fickle: Anytime, anywhere », FMI, working paper, n° 13/183, août.

BRONER, Fernando, Tatiana DIDIER, Aitor ERCE & Sergio SCHMUKLER (2013), « Gross capital flows: Dynamics and crises », in Journal of Monetary Economics, vol. 60.

EICHENGREEN, Barry, Poonam GUPTA & Oliver MASETTI (2017), « Are capital flows fickle? Increasingly? And does the answer still depend on type? », Banque mondiale, policy research working paper, n° 7972, février.

LEVCHENKO, Andrei, & Paulo MAURO (2007), « Do some forms of financial flows help protect from sudden stops? », World Bank Economic Review, n° 21.

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