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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 16:00
Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

Les données relatives à la répartition du patrimoine sont très imparfaites et parfois insuffisantes, en particulier lorsque l’on se focalise sur les décennies, voire les siècles passés. Ainsi, nous ne disposons de séries de données de long terme qui soient réellement fiables que pour une poignée du pays, en l’occurrence les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France et la Suède, notamment grâce aux travaux de Tony Atkinson, Emmanuel Saez, Thomas Piketty ou encore Gabriel Zucman.

Bertrand Garbinti, Jonathan Goupille-Lebret et Thomas Piketty (2016b) ont récemment proposé des séries de données cohérentes et unifiées sur la répartition de la richesse en France entre 1800 et 2014. Pour cela, ils ont utilisé et combiné différentes sources, notamment des données fiscales, des registres testamentaires, des comptes nationaux et des enquêtes. Leur analyse confirme que la répartition du patrimoine est extrêmement inégalitaire (cf. graphique 1) Par exemple, en 2012, le patrimoine net par adulte s’élevait en moyenne à environ 200.000 euros. Les 50 % les plus modestes possédaient environ 5 % du patrimoine national ; leur patrimoine moyen s’élevait à 20.000 euros, c’est-à-dire était dix fois plus faible que le patrimoine moyen de l’ensemble des adultes. Les « classes moyennes », c’est-à-dire les personnes plus riches que les 50 % les plus modestes, moins aisées que les 10 % les plus riches, possédaient environ 40 % du patrimoine national ; leur patrimoine moyen s’élevait à environ 200.000 euros, c’est-à-dire était égal à la moyenne de l’ensemble des adultes. Enfin, le décile supérieur, c’est-à-dire les 10 % les plus riches, possédaient environ 55 % du patrimoine national ; leur patrimoine moyen s’élevait à environ 1,1 millions d’euros, c’est-à-dire représentait 5,5 fois le patrimoine moyen de l’ensemble des adultes.

GRAPHIQUE 1  Parts du patrimoine total détenues par… (en %)

Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

Garbinti et ses coauteurs constatent que le niveau exact des inégalités de patrimoine varie fortement au cours du temps (cf. graphique 1). La concentration des richesses a suivi à très long terme une évolution en forme de U depuis un siècle. En effet, tout au long du dix-neuvième siècle et au tout début du vingtième siècle, la part du patrimoine détenue par les 10 % les plus aisés était comprise entre 80 et 90 %. Les « classes moyennes » ne possédaient alors qu’une faible part du revenu national : celle-ci était légèrement supérieure à 10 %. La part du patrimoine national détenue par les 10 % les plus riches a baissé entre les années 1910 et les années 1980, décennie au cours de laquelle elle fluctuait entre 50 et 60 %. Ce sont en fait les classes moyennes qui ont vu leur part s’accroître : la part du patrimoine des 50 % les plus modestes est quant à elle restée inférieure à 5 %. La hausse de la part du patrimoine détenue par les classes moyennes entre 1914 et 1945 s’explique, non pas par le fait qu’elles aient accumulé rapidement du patrimoine, mais plutôt par le fait qu’elles aient moins perdu de patrimoine que les 10 % les plus riches. Ces pertes en patrimoine s’expliquent notamment par les destructions d’actifs associées aux deux guerres mondiales, aux épisodes d’inflation et aux épisodes de chutes de prix d’actifs. Par contre, au cours des décennies qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, la progression de la part du patrimoine national détenue par les classes moyennes s’explique par le fait qu’elles ont accumulé plus rapidement du patrimoine que les 10 % les plus riches. Garbinti et ses coauteurs notent que la baisse de la part du patrimoine détenue par les 10 % les plus riches que l’on observe à long terme s’explique entièrement par l’effondrement de la part détenue par le centile supérieur, c’est-à-dire par les 1 % les plus riches : ces derniers possédaient entre 15 % et 20 % du patrimoine, contre 55-60 % à la veille de la Première Guerre mondiale (cf. graphique 2).

GRAPHIQUE 2  Parts du patrimoine total détenues par les plus riches (en %)

Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

Depuis les années 1980, la concentration du patrimoine tend légèrement à s’accroître : la part du patrimoine détenue par les 10 % les plus riches a légèrement augmenté, tandis que la part du patrimoine détenue par les classes moyennes a légèrement diminué. La part du patrimoine détenue par les 10 % les plus riches est passée de 15-20 % à environ 25 % entre le début des années 1980 et le début des années 2010. La concentration du patrimoine a toutefois connu d’amples fluctuations de court terme ces dernières décennies en raison des fluctuations des prix d’actifs. En effet, la part du patrimoine détenue par les 10 % les plus riches a fortement augmenté jusqu’à 2000, lorsque les cours boursiers augmentaient plus rapidement que les prix de l’immobilier, avant de fortement décliner, avec l’éclatement de la bulle internet.

GRAPHIQUE 3  Parts du patrimoine, du revenu total, du revenu du travail et du revenu du patrimoine détenues par le centile supérieur (en %)

Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

S’appuyant sur leur étude parallèle sur la répartition des revenus [Garbinti et alii, 2016a], les trois auteurs confirment que les inégalités de patrimoine sont systématiquement plus élevées que les inégalités de revenu et surtout que les inégalités du revenu du travail. Par exemple, la part du revenu du travail rémunérant les 10 % les mieux rémunérées a fluctué entre 25 % et 35 % entre 1900 et 2014 ; au cours de cette même période, la part du patrimoine total allant aux 10 % les plus riches a fluctué entre 50 % et 90 %. La part du revenu du travail rémunérant les 1 % les plus rémunérés fluctue entre 5 % et 8 %, tandis que la part du patrimoine nationale détenue par les 1 % les plus riches fluctue entre 15 % et 60 % (cf. graphique 3). La concentration du revenu total, qui inclut non seulement les revenus du travail, mais aussi les revenus du capital, se situe à un niveau intermédiaire entre la concentration du patrimoine et la concentration des revenus du travail, mais elle est toutefois plus proche de cette dernière, ce qui est tout à fait normalement, dans la mesure où ce sont généralement entre 65 % et 75 % du revenu total qui rémunèrent le travail.

GRAPHIQUE 4  Profil du patrimoine selon l’âge

Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

Garbinti et ses coauteurs se sont ensuite focalisés sur le profil du patrimoine en fonction de l’âge (cf. graphique 4). Il apparaît que la richesse moyenne est toujours très faible à l’âge de 20 ans ; elle est inférieure à 10 % du patrimoine moyen par adulte. Elle s’accroît ensuite fortement avec l’âge jusqu’à 50-55 ans et se stabilise à des niveaux élevés (entre 150 % et 160 % du patrimoine moyen par adulte) entres 60 et 85 ans. Ce profil a été stable sur la période s’écoulant entre 1970 et 2014. A la différence de ce que suggère la théorie du cycle de vie standard, la richesse moyenne ne semble pas décliner à des âges élevés, les individus meurent en laissant un patrimoine important et ils tendent à le transmettre à leur descendance. En outre, les personnes âgées font beaucoup de donations, c’est-à-dire transmettent beaucoup de patrimoine avant même leur décès. Ces donations sont généralement faites dix ans avant le décès. Le flux agrégé de donations a fortement augmenté ces dernières décennies : il représentait 80 % du flux agrégé de legs dans les années 2000-2010, contre 20-30 % dans les années 1970.

GRAPHIQUE 5  Composition du patrimoine en France selon le niveau de patrimoine en 2012

Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

Au cours des dernières décennies, la composition du patrimoine a fortement changé (cf. graphique 5). Les parts respectives des actifs immobiliers et des actifs financiers se sont fortement accrues entre 1970 et 2014, tandis que les parts des actifs professionnels ont fortement décliné, en phase avec le recul du travail indépendant. Les actifs financiers autres que les dépôts bancaires se sont fortement accrues à partir des années 1980 ; ils ont atteint un pic en 2000, avant qu’éclate la bulle internet et que chutent les cours boursiers. Les prix de l’immobilier avaient par contre tendance à chuter à la fin des années 1990, avant de fortement s’accroître durant les années 2000. Ces variations des prix relatifs des actifs ont eu de profondes répercussions sur la dynamique des inégalités de richesse, dans la mesure où les différents groupes n’ont pas les mêmes portefeuilles d’actifs. En 2012, les 30 % les plus modestes détenaient principalement des dépôts. Les actifs immobiliers constituent la principale forme de patrimoine pour les classes moyennes. Ensuite, à mesure que l’on se rapproche du sommet de la répartition des richesses, les actifs financiers autres que les dépôts bancaires prennent une part de plus en plus importante dans le patrimoine.

GRAPHIQUE 6  Parts du patrimoine détenues par les plus riches en France et aux Etats-Unis (en %)

Quelle est la répartition du patrimoine en France ?

Enfin, Garbinti et ses coauteurs comparent l’évolution des inégalités de patrimoine en France avec celle observée dans les autres pays. La dynamique suivie par la concentration des richesses s’apparente par exemple à celle observée au Royaume-Uni et en Suède : extrêmement élevée au dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle, elle a fortement décliné entre la Première Guerre mondiale et la fin des années 1970, avant de s’accroître à nouveau, modestement, à partir des années 1980. La répartition des richesses était plus inégale en France qu’aux Etats-Unis au début du vingtième siècle ; c’est désormais l’inverse depuis quelques décennies (cf. graphique 6). Cela a pu s’expliquer par le fait que les parts du revenu du travail détenues par les salariés les mieux rémunérées ont augmenté plus rapidement aux Etats-Unis qu’en France.

 

Références

GARBINTI, Bertrand, Jonathan GOUPILLE-LEBRET & Thomas PIKETTY (2016a), « Income inequality in France, 1900-2014: Evidence from distributional national accounts (DINA) », WIID, working paper.

GARBINTI, Bertrand, Jonathan GOUPILLE-LEBRET & Thomas PIKETTY (2016b), « Accounting for wealth inequality dynamics: Methods, estimates and simulations for France (1800-2014) », WIID, working paper.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 17:28
L’insidieux impact à court terme du ralentissement de la productivité

Malgré de très faibles taux d’intérêt, la croissance économique a été lente ces dernières années aux Etats-Unis et surtout dans la zone euro. Certains estiment que des facteurs conjoncturels ont contribué à freiner la reprise : ce peut être le cas du désendettement des ménages et de la frilosité des banques à prêter, deux legs de la crise financière mondiale ; ce peut aussi être le cas des plans d’austérité que les gouvernements ont adoptés suite à l’envolée de leur dette publique dans le sillage de la crise financière et de la récession.

Pour d’autres, cette configuration de faible croissance et de faibles taux d’intérêt suggère que des dynamiques plus structurelles sont à l’œuvre. Pour Robert Gordon (2014), c’est avant tout l’essoufflement de l’innovation qui freine durablement la croissance économique, mais d’autres facteurs du côté de l’offre sont à l’œuvre, comme le vieillissement de la population qui réduit les taux d’activité et déprime la productivité des travailleurs. Selon Larry Summers (2014), les pays développés feraient actuellement face à une stagnation séculaire en raison de phénomènes aussi divers que l’excès d’épargne dans les pays émergents, la hausse des inégalités et le vieillissement démographique qui pèseraient sur la demande globale. Ces deux théories amènent à penser que la croissance ces dernières années aurait été faible même si la Grande Récession n’avait pas eu lieu. D’ailleurs, à mesure que le temps passe, les freins conjoncturels pesant sur l’activité se dissipent : par exemple, les banques se sont désendettées et ont accru leur offre de crédit, tandis que les gouvernements ont réduit le rythme de la consolidation budgétaire. Or la croissance reste malgré tout faible, ce qui rend encore plus crédible l’hypothèse de la stagnation séculaire.

C’est pourtant une autre explication qu’a avancée Olivier Blanchard (2016) : si la demande globale reste excessivement faible, c’est parce que les agents ajustent leur comportement face à un avenir assombri. Cette idée ne remet pas en cause l’hypothèse de stagnation séculaire : Blanchard estime que le rythme de croissance potentielle et les taux d’intérêt seront plus faibles que par le passé. Cependant, une fois que les entreprises et les ménages auront pleinement ajusté leur comportement face à ces perspectives assombries, la demande globale devrait s’en trouver stimulée et les taux seraient réajustés à la hausse. La croissance particulièrement anémique ou les taux d’intérêt historiquement faibles que les pays développés ont connus ces dernières années seraient ainsi temporaires. 

C’est cette idée qu’ont développée Olivier Blanchard, Guido Lorenzoni et Jean Paul L’Huillier (2017) dans un récent document de travail où ils se sont focalisés sur l’économie américaine. Ils ont tout d’abord observé la relation historique entre, d’une part, les révisions effectuées sur les prévisions de croissance potentielle à long terme et, d’autre part, les variations non anticipées de la consommation et de l’investissement. Ils constatent une relation particulièrement forte entre les deux (cf. graphique ci-dessous). En s’appuyant sur des données remontant à 1991, ils constatent que les révisions ont souvent été associées à des erreurs de prévision du même signe concernant la consommation et l’investissement. En supposant que les variations conjoncturelles de la production n’affectent pas les prévisions de croissance potentielle de très long terme, Blanchard et ses coauteurs interprètent cette relation comme étant causale : la révision à la baisse de la croissance potentielle freine la croissance de la demande. En outre, il apparaît que cet impact est large. En effet, une révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage de la croissance potentielle future entraîne une baisse de la croissance de la consommation au cours de l’année compris entre 0,4 et 0,7 %.

GRAPHIQUE  Révisions de croissance potentielle et erreurs de prévision dans la consommation

L’insidieux impact à court terme du ralentissement de la productivité

source : Blanchard et alii (2017)

Blanchard et ses coauteurs ont ensuite passé en revue les différents canaux à travers lesquels une révision à la baisse des prévisions de croissance de la productivité à long terme est susceptible d’affecter la production ou l’inflation à court terme. Du côté de l’offre, les travailleurs peuvent se montrer réticents à accepter un ralentissement de la croissance de leurs salaires réels ; cette rigidité des salaires à la baisse est alors susceptible d’entraîner une hausse temporaire du taux de chômage naturel. Du côté de la demande, une plus faible croissance du revenu du travail futur anticipé peut contraindre les consommateurs à réviser à la baisse leur estimation de leur revenu permanent, donc les inciter à réduire leur consommation. De leur côté, les entreprises peuvent anticiper une plus faible croissance de la demande à l’avenir, ce qui les incite à réduire leurs investissements. Ces deux réactions dépriment la demande globale, si bien qu'elles contribuent à pousser le chômage à la hausse. Quant au comportement de l’inflation, il dépend de l’évolution respective du taux de chômage observé et du taux de chômage naturel : si le taux de chômage tend à s’accroître davantage que le taux de chômage naturel, les pressions inflationnistes déclineront, accentuant le risque d’une déflation ; si le taux de chômage s’accroît moins que le taux de chômage naturel, les pressions inflationnistes s’intensifieront.

Selon leurs simulations, Blanchard et ses coauteurs estiment que les révisions à la baisse de la croissance de la productivité ont pu réduire la demande globale aux Etats-Unis de 0,5 à 1 % par an depuis 2012. Par conséquent, une fois que les ménages et entreprises auront fini d’ajuster leurs anticipations et leur comportement en conséquence, ce frein sur la demande globale disparaîtra, stimulant la croissance économique et poussant les taux d’intérêt à la hausse. Si les marchés financiers n’ont pas pleinement pris en compte cet effet, alors il est possible que l’actuelle pente de la courbe de rendement sous-estime la hausse prochaine des taux d’intérêt.

 

Références

BLANCHARD, Olivier (2016), « The state of advanced economies and related policy debates: A fall 2016 assessment », PIIE, policy brief, n° 16-14, septembre 2016. Traduction française, « Etat des lieux des perspectives et politiques macroéconomiques dans les pays développés ».

BLANCHARD, Olivier, Guido LORENZONI & Jean Paul L’HUILLIER (2017), « Short-run effects of lower productivity growth: A twist on the secular stagnation hypothesis », NBER, working paper, n° 23160.

GORDON, Robert J. (2014), « The demise of U.S. economic growth: restatement, rebuttal, and reflections », NBER, working paper, n° 19895, février.

SUMMERS, Lawrence (2014), « U.S. economic prospects: Secular stagnation, hysteresis, and the zero lower bound », in Business Economics, vol. 49, n° 2.

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 11:30
Petit aperçu du rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale

Ayhan Kose, Csilla Lakatos, Franziska Ohnsorge et Marc Stocker (2017) ont analysé le rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale. Ils se sont tout d’abord demandé quelle est l’importance des liens économiques entre l’économie américaine et le reste du monde. Ils rappellent que la population américaine est la troisième plus importante au monde. En 2016, le PIB américain s’élevait à 18.000 milliards de dollars en 2016, si bien que les Etats-Unis constituent la plus grande économie au monde, du moins aux taux de change du marché (cf. graphiques 1). Ils contribuent à plus de 25 % du PIB mondial, à environ 22% de la production mondiale et à un tiers de la capitalisation boursière. Depuis les années quatre-vingt, la part des Etats-Unis dans la production et le commerce est restée assez stable, alors qu’elle a eu tendance à diminuer dans les autres pays développés.

GRAPHIQUES 1  La taille des Etats-Unis vis-à-vis du reste du monde

Petit aperçu du rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale

En raison de la taille des Etats-Unis et de la force des liens liant ceux-ci au reste du monde, les chocs touchant l’économie américaine se transmettent au reste du monde via de multiples canaux. Le premier canal de transmission est celui du commerce international. En effet, les Etats-Unis contribuent à un dixième des flux commerciaux (cf. graphique 1b). En l’occurrence, ils représentent 14 % des importations mondiales de biens et 9 % des importations mondiales de services, si bien qu’ils constituent le premier exportateur et le premier importateur de biens et services. Les biens manufacturés constituent plus des trois quarts des importations américaines de biens ; le pétrole constitue l’essentiel du reste. Les deux tiers des importations américaines de biens manufacturés proviennent de Chine, de l’UE, du Mexique et du Canada. En outre, les Etats-Unis constituent la principale destination pour les exportations d’un cinquième des pays. L’essentiel du commerce américain s’opère sous le régime de la nation la plus favorisée, au droit de douane moyen de 3,5 %. En plus des accords multilatéraux, les Etats-Unis ont négocié 14 accords commerciaux bilatéraux ou régionaux avec 20 pays, qui représentent 32 % de leurs importations. Le plus important de ces accords est celui de l’ALENA, en vigueur depuis 1994.

Le deuxième canal est celui des liens financiers. Les marchés financiers américains les plus larges et les plus liquides au monde, mais en outre ils sont aussi très intégrés aux marchés internationaux. Les actifs et passifs internationaux ont fortement augmenté ces trois dernières décennies et représentent en moyenne désormais trois fois le PIB, soit le même niveau que dans les autres pays développés (cf. graphique 2b). Pour autant, les Etats-Unis constituent le plus grand débiteur et le plus grand créancier au monde. Ils contribuent à un cinquième des entrées et sorties d’IDE, si bien qu’ils sont la principale source et la principale destination des IDE. Le dollar américain constitue la devise la plus utilisée lors des échanges commerciaux et sur les marchés financières ; il constitue la première devise de réserve au monde.

GRAPHIQUE 2  Taille des marchés financiers et ouverture financière des Etats-Unis

Petit aperçu du rôle des Etats-Unis dans l’économie mondiale

Le troisième canal par lequel les chocs touchant l’économie américaine se transmettent au reste du monde est celui du marché des matières premières. Les Etats-Unis sont un grand producteur et consommateur de matières premières. En l’occurrence, ils sont redevenus le premier producteur de pétrole et de gaz naturels au cours des dernières années. Par exemple, ils réalisent 13 % de la production de pétrole mondiale. Ils contribuent également à plus d’un cinquième de la consommation mondiale de gaz naturel et de pétrole.

Kose et ses coauteurs se sont ensuite demandé dans quelle mesure les cycles d’affaires aux Etats-Unis sont synchronisés avec ceux du reste du monde. Ils confirment que les cycles d’affaires américains sont hautement synchronisés avec les cycles d’affaires mondiaux, en raison, d’une part, de la force des liens commerciaux et financiers qui relient les Etats-Unis au reste du monde et, d’autre part, de l’origine commune des chocs touchant à la fois les Etats-Unis et le reste du monde. Ainsi, les quatre récessions mondiales qui se sont produites depuis 1960 (en l’occurrence, celles de 1975, 1982, 1991 et 2009) ont coïncidé avec de sévères récessions américaines. Les cycles d’affaires américains sont toutefois davantage synchronisés avec les cycles d’affaires des autres pays développés qu’avec ceux des pays en développement, à l’exception toutefois du Mexique. La synchronisation est la plus élevée lorsque les Etats-Unis sont en récession. La croissance est souvent plus forte dans le reste du monde lorsque l’économie américaine est en expansion que lors des récessions américaines. 

Kose et ses coauteurs cherchent ensuite à déterminer l’ampleur des répercussions mondiales des chocs générés par l’économie américaine. Ils confirment qu’une accélération de la croissance américaine tend à stimuler l’activité économique dans le reste du monde, notamment via la hausse des importations. Leurs estimations suggèrent qu’une hausse de la croissance américaine de 1 point de pourcentage se traduit par une accélération de la croissance au cours de l’année suivante d’environ 0,8 point de pourcentage dans les autres pays développés et d’environ 0,6 point de pourcentage dans les pays en développement, soit de 0,7 point de pourcentage pour l’ensemble de l’économie mondiale. La réaction de l’investissement est encore plus ample. Ensuite, une hausse de l’incertitude à propos de l’orientation de la politique économique aux Etats-Unis déprime l’activité économique et l’investissement dans le reste du monde. En effet, une hausse soutenue de 10 % de l’incertitude autour de la politique économique américaine réduit la croissance de la production américaine de 0,15 point de pourcentage et la croissance de la production dans les pays en développement de 0,2 point de pourcentage.

En raison de l’importance du dollar dans le commerce mondial et les transactions financières, les variations de son taux de change ont de profondes implications au niveau mondial. Les épisodes d’appréciation du dollar tendent à coïncider avec le désendettement des banques étrangères, le resserrement des conditions de financement mondiales, une plus grande incidence les crises financières et un ralentissement de la croissance dans les pays en développement. La politique monétaire américaine a également de profondes répercussions sur le reste du monde, du fait de son impact sur l’activité domestiques et les marchés d’actifs. Un resserrement de la politique monétaire se traduit par une réorientation des flux de capitaux au détriment des Etats-Unis et en faveur du reste du monde, en particulier des pays en développement. Ainsi, une hausse des rendements obligataires à long terme américains réduit les flux de capitaux à destination des pays émergent de 20 à 45 %. Les effets négatifs associés au resserrement de la politique monétaire américaine et à l’appréciation du dollar sont en partie compensés par le fait que ces derniers surviennent lorsque l’économie américaine est en expansion, c’est-à-dire lorsque les importations américaines augmentent rapidement.

 

Référence

KOSE, M. Ayhan, Csilla LAKATOS, Franziska OHNSORGE & Marc STOCKER (2017), « The global role of the U.S. economy. Linkages, policies and spillovers », Banque mondiale, policy research working paper, n° 7962.

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