Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 18:47
Quel est l’impact de l’immigration sur le niveau de vie ?

Beaucoup des natifs des pays développés craignent que l’immigration fasse pression à la baisse sur leurs salaires et les expose davantage au chômage. Ces craintes sont particulièrement vives lorsque la croissance ralentit, que le chômage augmente et que les inégalités se creusent, c’est-à-dire précisément dans le contexte que connaissent plusieurs pays développés depuis les chocs pétroliers et surtout dans le sillage de la récente crise financière mondiale. Le thème de l’immigration a ainsi été très présent dans les débats qui se sont récemment tenus au Royaume-Uni, lors du référendum du Brexit, et aux Etats-Unis, lors de la campagne qui a conduit à l’élection de Donald Trump.

Si une large littérature s’est développée autour de l’impact de l’immigration sur le marché du travail domestique (sans pour autant aboutir à un réel consensus), l’impact de l’immigration sur le niveau de vie et la croissance des pays d’accueil a fait l’objet d’un nombre plus restreint d’études.

Bien sûr, l’immigration alimente la croissance du PIB. D’une part, elle contribue à accroître l’offre globale, notamment parce qu’elle met davantage de travailleurs à la disposition de l’économie. D’autre part, l’immigration stimule également la demande globale, non seulement parce que les immigrés consomment et que la consommation porte nécessairement sur des produits domestiques, mais aussi parce que les entreprises sont susceptibles d’avoir à davantage investir pour équiper le supplément de main-d’œuvre dont elle dispose. Ainsi, l’immigration agit sur le PIB peu ou prou de la même façon qu’une hausse de la fertilité, mais ses effets sont plus immédiats : puisqu’ils sont souvent en âge de travailler, les immigrés accroissent assez rapidement la population active.

Par contre, l’impact de l’immigration sur le PIB par tête est moins évident : ce n’est pas parce qu’elle accroît l’ensemble des richesses créées par l’économie qu’elle accroît forcément le revenu que reçoit chacun de ses résidents. Sur le plan théorique, plusieurs raisons amènent toutefois à penser que l’immigration est susceptible d’avoir un impact positif sur le niveau de vie [Jaumotte et alii, 2016]. Premièrement, elle peut accroître la part des actifs dans l’ensemble de la population, surtout si les immigrés sont rapidement intégrés. Deuxièmement, elle peut stimuler la productivité par travailleur. C’est évidemment le cas si les immigrés sont en moyenne plus qualifiés que les actifs du pays d’accueil, notamment via l’innovation. Mais il est possible que ce soit aussi le cas si les immigrés sont peu qualifiés, en l’occurrence si les qualifications de ces derniers se révèlent complémentaires à celles des autochtones. Troisièmement, puisque les immigrés sont souvent en âge de travailler, ils réduisent les ratios de dépendance et tendent à contribuer aux prélèvements obligatoires, en particulier s’ils sont rapidement intégrés sur le marché du travail ; l’allègement subséquent des finances publiques permet alors à l’Etat de ralentir le rythme de ses consolidations budgétaires, voire même d’obtenir une plus ample marge de manœuvre pour stimuler l’activité économique.

Les études empiriques ont toutefois des difficultés à mettre en évidence un impact positif de l’immigration sur le niveau de vie des pays d’accueil, notamment parce que l’immigration est une variable endogène : si les données suggèrent qu’une hausse de l’immigration est synchrone avec une accélération de la croissance du niveau de vie, ce n’est peut-être pas (seulement) parce que l’immigration stimule le niveau de vie, mais peut-être (aussi) parce qu’un pays dont le niveau de vie est élevé et/ou en croissance rapide est une destination de choix pour les migrants. 

Prenant en compte la possibilité d’une causalité inverse entre le PIB par tête et l’immigration, Alberto Alesina, Johann Harnoss et Hillel Rapoport (2016) ou encore Francesc Ortega et Giovanni Peri (2014) ont constaté qu’une hausse de la part des immigrés dans la population tend à accroître le PIB par tête, et ce même après prise en compte des autres déterminants susceptibles d’influencer le niveau de vie, comme la géographie, l’éducation ou encore les institutions.

Plus récemment, Florence Jaumotte, Ksenia Koloskova et Sweta Saxena (2016) ont estimé l’impact à long terme de l’immigration sur le PIB par tête pour un échantillon restreint de pays développés. Prenant en compte la possibilité d’une causalité inverse, elles constatent que l’immigration accroît le PIB par tête des pays de destination, principalement en accroissant le taux d’activité et surtout en stimulant la productivité du travail. En l’occurrence, selon leurs estimations, une hausse de la part des migrants dans la population adulte de 1 point de pourcentage s’accompagne d’une hausse du PIB par tête de plus de 2 % à long terme. L’effet est plus faible que les estimations généralement obtenues par les études précédentes, mais il reste toujours significatif, surtout pour les pays développés. En outre, Jaumotte et ses coauteurs constatent que ce sont à la fois les immigrés très qualifiés et peu qualifiés qui contribuent à stimuler le niveau de vie à long terme, ce qui confirme l’idée que les qualifications des immigrés sont souvent complémentaires à l’ensemble existant des qualifications de la population. En l’occurrence, une hausse de la part des immigrés peu qualifiés tend à accroître le taux d’activité des femmes natives, notamment via la plus grande disponibilité des services aux ménages et de la garde d’enfants. Enfin, Jaumotte et ses coauteures constatent que les gains de l’immigration tendent à être largement partagés au sein de la population. En effet, si la part des immigrés n’influence pas le coefficient de Gini, l’immigration contribue à accroître aussi bien le revenu moyen des 10 % les plus riches que celui des 90 % les moins riches.

Toutes les études n'aboutissent pas forcément à des résultats aussi positifs. Par exemple, Francesco Furlanetto et Ørjan Robstad (2016) ont récemment étudié les données norvégiennes relatives à la période comprise entre le premier trimestre 1990 et le deuxième trimestre 2014. Certes, ils constatent qu'un choc d'immigration tend à s'accompagner d'une baisse du chômage (même parmi la population autochtone), ainsi qu'à exercer un effet positif sur les prix et les finances publiques à moyenne. Par contre, Furlanetto et Robstad estiment qu’un tel choc a un effet négatif sur la productivité.

 

Références

ALESINA, Alberto, Johann HARNOSS &, Hillel RAPOPORT (2016), « Birthplace diversity and economic prosperity », in Journal of Economic Growth, vol. 21, n° 2.

FURLANETTO, Francesco, & Ørjan ROBSTAD (2016), « Immigration and the macroeconomy: Some new empirical evidence », Norges Bank, working paper, n° 18.

JAUMOTTE, Florence, Ksenia KOLOSKOVA & Sweta C. SAXENA (2016), « Impact of migration on income levels in advanced economies », FMI, spillover note, n° 8, octobre.

ORTEGA, Francesc, & Giovanni PERI (2014), « Openness and income: The role of trade and migration », in Journal of International Economics, vol. 92.

Partager cet article
Repost0
8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 18:15
L’hystérèse, ou comment la politique budgétaire a retrouvé sa légitimité

Ces dernières décennies, la littérature orthodoxe a eu tendance à distinguer les chocs d’offre des chocs de demande en considérant que seuls les premiers avaient un effet durable sur la production, tandis que les seconds n’auraient qu’un effet transitoire sur celle-ci. Les choses sont en réalité un peu plus complexes : l’offre globale n’est peut-être pas insensible à la conjoncture, donc à la demande globale. Certains ont qualifié d’« effets d’hystérèse » (ou d’« hystérésis ») les mécanismes par lesquels une insuffisance durable de la demande globale conduit non seulement à un enkystement du chômage, mais aussi à rendre permanentes les pertes en production que subit l’économie.

Par exemple, lorsque le chômage augmente lors d’une récession, la durée moyenne passée au chômage tend à augmenter. Or, plus un travailleur passe de temps au chômage, plus ses compétences s’usent et deviennent obsolètes, notamment parce qu’il ne peut, par définition, en acquérir de nouvelles en travaillant : un chômeur ne profite pas de l’apprentissage par la pratique (learning-by-doing). Voyant leurs perspectives d’embauche décliner, les chômeurs de longue durée tendent à se décourager et à sortir de la population active. Ainsi, le maintien du chômage à un niveau élevé tend non seulement à accroître le taux de chômage structurel (le « NAIRU »), mais aussi à dégrader la production potentielle, dans la mesure où l’économie dispose de moins de travailleurs et où les chômeurs, même s’ils finissent par être réembauchés, seront moins productifs que s’ils ne s’étaient pas retrouvés au chômage.

Les études empiriques confirment l’hypothèse selon laquelle les récessions ont des effets permanents sur le niveau de la production. Par exemple, Laurence Ball (2014) a estimé les effets de long terme de la crise financière mondiale de 2008-2009 sur la production potentielle dans 23 pays. Il a constaté que la plupart des pays ont souffert d’effets d’hystérèse, dans la mesure où la production n’est pas revenue à la trajectoire tendancielle qu’elle suivait avant la Grande Récession, mais a suivi après celle-ci une trajectoire tendancielle plus basse. Autrement dit, la population aurait été plus riche si la Grande Récession n’avait pas eu lieu. La Grande Récession de 2008-2008 n’est pas la seule crise économique à avoir eu un effet permanent sur la production. Olivier Blanchard, Eugenio Cerutti et Lawrence Summers (2015) ont analysé les répercussions des diverses récessions qui se sont produites au cours des 50 dernières années dans 23 pays. Ils ont constaté qu’environ les deux tiers des pays avaient souffert d’effets d’hystérèse.

La présence d’effets d’hystérèse amène à reconsidérer le rôle des politiques conjoncturelles et notamment de la politique budgétaire, or beaucoup d’analyses ne les prennent pas en compte, ce qui peut les amener à tirer de mauvaises prescriptions en matière de politique économique. C’est pour cette raison que Larry Summers (2015) a pu critiquer la tendance des modèles d’équilibre général dynamiques stochastiques (DSGE) et plus largement la nouvelle macroéconomie keynésienne à ignorer les effets d’hystérèse. En effet, dans les modèles des nouveaux keynésiens, les politiques conjoncturelles n’influencent pas le niveau moyen de la production au cours du temps : les politiques conjoncturelles contracycliques ne peuvent contribuer qu’à réduire l’ampleur des fluctuations économiques. Du point de vue des nouveaux keynésiens où les chocs que subit l’économie éloignent la production de sa trajectoire tendancielle, les politiques conjoncturelles ne peuvent que ramener la production à sa trajectoire précédente. Or, si des effets d’hystérèse sont présents, ils peuvent non seulement contribuer à ce que les chocs de demande aient un effet permanent sur la production, mais ils sont aussi susceptibles d’accroître la sensibilité de l’activité économique vis-à-vis de la politique budgétaire : lorsque l’économie est en récession, les effets d’hystérèse accroissent l’efficacité d’un plan de relance et aggravent la nocivité d’un plan d’austérité.

Il y a quelques années, Brad DeLong et Larry Summers (2012) avaient suggéré que le multiplicateur budgétaire était supérieur à l’unité dès lors que des effets d’hystérèse sont à l’œuvre dans l’économie : lors d’une récession, un plan de relance est susceptible de s’auto-financer, dans la mesure où le surcroît de recettes publiques que génère l’accélération subséquente de l’activité compense la hausse de la dette publique. S’appuyant sur cette étude, Antonio Fatas et Larry Summers (2016) ont montré que les plans d’austérité adoptés immédiatement suite à la Grande Récession ont tout particulièrement contribué à rendre permanentes les pertes de production qu’elle avait provoquées. Dans une plus récente contribution, Philipp Engler et Juha Tervala (2016) ont analysé les implications de l’hystérèse pour la conduite de la politique budgétaire dans un modèle DSGE. Ils supposent un mécanisme d’apprentissage par la pratique simple où l’insuffisance de la demande globale et le chômage que celle-ci génère sont susceptibles d’affecter de façon permanente le niveau de la productivité. Ils montrent que le multiplicateur budgétaire est bien plus large en présence d’hystérèse. Le principal bénéfice de la relance budgétaire en présence d’hystérèse est de réduire les dommages d’une récession pour le niveau à long terme de la productivité et donc de la production.

Les effets d’hystérèse ne conduisent pas seulement à justifier l’adoption d’un plan de relance lors des seules récessions. Aux Etats-Unis, plusieurs économistes et responsables de la politique économique ont récemment plaidé pour un maintien des politiques expansionnistes malgré le retour de l’économie au plein emploi. Autrement dit, ils plaident pour laisser l’économie américaine en surchauffe, la laisser devenir une « économie à haute pression » (high-pressure economy), du moins temporairement, pour renverser les effets négatifs que la crise a pu avoir sur l’offre [Yellen, 2016 ; Blanchard, 2016]. En effet, si l’on pense que la production potentielle tend à se déprimer lorsque la production reste inférieure à celle-ci (et si le NAIRU tend à s’accroître lorsque le taux de chômage demeure supérieur à celui-ci), alors la réciproque pourrait être vraie : le maintien de la production à son maximum pourrait contribuer à stimuler la production potentielle, tout comme le maintien du chômage en-deçà du NAIRU pourrait contribuer à réduire ce dernier.

Par exemple, lorsque la reprise se confirme et que le chômage commence à décliner, suggérant de meilleures perspectives d’embauche, les personnes qui avaient précédemment quitté la population active par découragement vont repartir à la recherche d’un emploi. Certes, un tel mouvement freine la baisse du chômage, mais la hausse du nombre de personnes en emploi contribue à accélérer la croissance économique, en stimulant à la fois la demande globale et en accroissant les capacités de productions.

 

Références

BALL, Laurence M. (2014), « Long-term damage from the Great Recession in OECD countries », NBER, working paper, n° 20185, mai.

BLANCHARD, Olivier (2016), « What size fiscal deficits for the United States? », in PIIE (blog), 21 novembre. Traduction française, « Quelle devrait être l'ampleur des déficits publics aux Etats-Unis ? », in Annotations (blog).

BLANCHARD, Olivier, Eugenio CERUTTI & Lawrence SUMMERS (2015), « Inflation and activity – Two explorations and their monetary policy implications », FMI, working paper, novembre.

DELONG, J. Bradford, & Lawrence H. SUMMERS (2012), « Fiscal policy in a depressed economy », Brookings Papers on Economic Activity, vol. 44.

ENGLER, Philipp, & Juha TERVALA (2016), « Hysteresis and fiscal policy », DIW, discussion paper, n° 1631, décembre.

FATÁS, Antonio, & Lawrence H. SUMMERS (2015), « The permanent effects of fiscal consolidations », NBER, working paper, n° 22734.

SUMMERS, Lawrence H. (2015), « Advanced economies are so sick we need a new way to think about them », in Financial Times, 3 novembre.

YELLEN, Janet (2016), « Macroeconomic research after the crisis », discours prononcé à la 60ème conférence annuelle de la Banque de réserve fédérale de Boston, 14 octobre. Traduction française, « La recherche en macroéconomie depuis la crise », in Annotations (blog).

Partager cet article
Repost0
1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 23:31
Rattrapage entre pays-membres et optimalité de la politique monétaire unique

Toute une littérature en finance internationale suggère que des pays n’ont intérêt à adopter une monnaie commune (ou, plus simplement, à ancrer leurs monnaies les unes aux autres via un système de changes fixes) que s’ils forment une « zone monétaire optimale ». Ce sera le cas si la zone monétaire que formeront ces pays absorbera facilement les éventuels chocs qui ne toucheront qu’une poignée d’entre eux (les chocs « asymétriques ») ou bien si ces pays ont des cycles d’affaires synchronisés, c’est-à-dire subissent les mêmes chocs (qualifiés alors de « symétriques »). Si c’est le cas, il est alors justifié que les pays adoptent une politique monétaire unique : la banque centrale n’aura pas forcément à réagir aux chocs asymétriques, si bien qu’elle pourra se contenter de contrer les chocs symétriques. Par contre, si la zone monétaire n’est pas optimale, elle risque non seulement de ne pas pouvoir absorber les chocs asymétriques, mais elle risque aussi de les amplifier. Par exemple, la politique monétaire adoptée par la banque centrale de la zone euro peut très bien être excessivement accommodante pour certains pays-membres, mais excessivement restrictive pour d’autres pays-membres, en alimentant les pressions inflationnistes et les bulles spéculatives dans les premiers et en alimentant le chômage et les tensions déflationnistes dans les seconds.

Pour que la zone euro puisse facilement absorber un choc asymétrique, il faudrait par exemple que les facteurs de production (notamment les travailleurs) soient extrêmement mobiles, que le tissu productif de chaque économie soit très diversifié ou encore qu’il soit possible de réaliser de larges transferts budgétaires régionaux ; ce n’est pas le cas. La synchronisation des cycles d’affaires nationaux n’est pas non plus établie. Tamim Bayoumi et Barry Eichengreen (1993) ont suggéré avant même la création de la zone euro que cette dernière comporterait en son centre des pays dont les chocs sont fortement synchronisés et en sa périphérie des pays dont les chocs sont moins synchronisés. Jeffrey Frankel et Andrew Rose (1998) ont toutefois suggéré que la création même de la zone euro contribuerait à synchroniser les cycles d’affaires de ses pays-membres en stimulant les échanges entre eux. Cherchant à actualiser l’étude de Bayoumi et Eichengreen en prolongeant l’échantillon de données jusqu’en 2015, Nauro Campos et Corrado Macchiarelli (2016) ont abouti à des conclusions plus optimistes puisqu’ils estiment que la structure centre-périphérie s’est affaiblie depuis la création de la monnaie unique. Certaines analyses, comme celle de Martin Gächter et Aleksandra Riedl (2014), suggèrent en effet que les cycles d’affaires au sein de la zone euro se sont davantage synchronisés grâce au développement des échanges commerciaux entre les pays-membres. D’autres études doutent toutefois que la monnaie unique ait significativement stimulé les échanges intra-européens ou qu’elle ait permis de synchroniser davantage les cycles d’affaires des pays-membres.

Mark Mink, Jan Jacobs et Jakob de Haan (2016) notent que les pays-membres de la zone euro qui ont connu les plus fortes baisses du taux d’intérêt avant l’introduction de la monnaie unique sont ceux qui ont été les plus durement frappés lors de la crise de la zone euro : leur solde commercial s’est fortement ajusté, tandis que leur production potentielle par tête et la croissance de leur production ont fortement chuté. La convergence des taux d’intérêt n’a donc pas coïncidé avec une convergence aussi ample de leurs fondamentaux macroéconomiques. Pour qu’il y ait rattrapage au sein de la zone euro, les pays-membres devraient connaître une croissance d’autant plus rapide que leur niveau de vie est faible. Selon certains, la monnaie unique aurait dû accélérer le rattrapage, or la BCE (2015) a confirmé que ce dernier a été plus faible au sein de la zone euro que dans le reste de l’Union européenne.

Mink et ses coauteurs montrent que dans une union monétaire, les différences que l’on observe d’un pays-membres à l’autre en termes de production potentielle par tête peuvent se traduire par des différences en termes de taux d’intérêt naturels, si bien que la politique monétaire unique peut effectivement être (excessivement) restrictive pour certaines pays-membres et (excessivement) accommodante pour d’autres. En effet, les différences en termes de production potentielle par tête, de taux de croissance de la production et de soldes commerciaux expliquent une grande partie les différences en termes de taux d’intérêt que l’on a pu observer d’un (futur) pays-membre à l’autre avant leur entrée dans la zone euro. Par conséquent, un unique taux directeur pour chaque pays-membre pris individuellement ne peut être optimal qu’une fois le rattrapage arrivé à son terme. 

Mink et ses coauteurs ont alors cherché à déterminer dans quelle mesure les pays-membres de la zone euro diffèrent entre eux en termes de production potentielle par tête, de taux de croissance de la production et de soldes commerciaux sur la période s’étalant entre le premier trimestre 1999 et le quatrième trimestre 2015. Ils tirent plusieurs constats de leur analyse. Premièrement, les déséquilibres en termes de croissance de la production dans la zone euro semblent relativement modestes, mais les déséquilibres en termes de soldes commerciaux et surtout en termes de production potentielle par tête sont plus importants. Alors que les déséquilibres en termes de soldes commerciaux sont à peu près aussi élevés qu’aux premiers jours de la zone euro, les déséquilibres en termes de production potentielle par tête se sont fortement accentués depuis. Deuxièmement, les pays-membres qui présentent l’un des trois types de déséquilibre tendent également à présenter les deux autres. Pour autant, ce n’est pas parce qu’un déséquilibre se résorbe à un instant donné que les autres se résorbent. Troisièmement, les déséquilibres ont tendance à persister au cours du temps, si bien que la structuration de la zone euro en un centre et en une périphérie est restée la même depuis la création de la monnaie unique. Ce sont la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne qui accumulent le plus de déséquilibres. Quatrièmement, les déséquilibres sont plus amples dans les pays-membres qui présentent la plus faible production potentielle par tête et la plus petite population. Les déséquilibres et leur ajustement font donc peser un fardeau disproportionné sur les pays les plus pauvres et les plus petits de la zone euro.

 

Références

BCE (2015), « Real convergence in the euro area: Evidence, theory and policy implications », Economic Bulletin, n° 5.

BAYOUMI, Tamim, & Barry EICHENGREEN (1993), « Shocking aspects of European monetary integration », in F. Torres & F. Giavazzi (dir.), Adjustment and Growth in the European Monetary Union, Cambridge University Press.

CAMPOS, Nauro F., & Corrado MACCHIARELLI (2016), « Core and periphery in the European Monetary Union: Bayoumi and Eichengreen 25 years later », Economics Letters, vol. 147.

FRANKEL, Jeffrey A., & Andrew K. ROSE (1998), « The endogenity of the optimum currency area criteria », in The Economic Journal, vol. 108, n° 449.

GÄCHTER, Martin, & Aleksandra RIEDL (2014), « One money, one cycle? The EMU experience », in Journal of Macroeconomics, vol. 42.

MINK, Mark, Jan JACOBS & Jakob de HAAN (2016), « Euro area imbalances », DNB, working paper, n° 540, décembre.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : D'un champ l'autre
  • : Méta-manuel en working progress
  • Contact

Twitter

Rechercher