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4 août 2021 3 04 /08 /août /2021 23:19
La politique monétaire à l’ère de la robotisation

Certains s’inquiétaient des effets pervers de la robotisation sur l’emploi avant qu’éclate l’épidémie de Covid-19 [Acemoglu et Restrepo, 2020 ; Acemoglu et alii, 2020]. La pandémie a accentué ces craintes, dans la mesure où elle accroît les incitations des entreprises à automatiser leur production [Saadi Sedik et Yoo, 2021]. Mais l'issue tient peut-être aux politiques conjoncturelles. Martin Sandbu (2020) estime qu’une économie à haute pression est nécessaire pour que l’automatisation s’avère bénéfique aux travailleurs : l’adoption de politiques expansionnistes réduirait le risque que celle-ci provoque un chômage de masse chronique.

Dans le raisonnement de Sandbu, une politique monétaire accommodante soutient l’emploi en stimulant la demande globale. En l'occurrence, une baisse des taux d’intérêt devrait stimuler la consommation et l’investissement ; face à un surcroît de demande, les entreprises sont poussées à produire plus, ce qui les incite à recourir davantage au travail, et elles devraient avoir davantage tendance à augmenter leurs prix. C’est précisément l’enchaînement que les banquiers centraux ont en tête lorsqu’ils réduisent leurs taux directeurs, dans l'objectif de ramener l’économie au plein emploi ou raviver une inflation jugée trop faible.

Mais l’enchaînement peut être tout autre dès lors que les entreprises ont la possibilité d’automatiser une partie de leur production. Dans la logique néoclassique, le taux d’intérêt correspond au coût du capital. Par conséquent, si une banque centrale réduit les taux d’intérêt, le coût du capital diminuera, ce qui rendra plus rentable pour les entreprises de substituer du capital au travail. Nous avons là un second effet qui va dans le sens inverse du premier : si dans le premier cas l’assouplissement monétaire tend à stimuler la demande de travail et l’inflation, il tend dans le second cas à les déprimer. Avec l’automatisation, l’impact de la politique monétaire sur l’emploi et l’inflation est donc loin d’être évident, or le lien entre politique monétaire et automatisation a été peu exploré par la littérature. 

Pourtant, il est peut-être clé dans le débat qui se tient outre-Atlantique autour des mesures de relance. En effet, certains, comme Olivier Blanchard (2021) et Larry Summers (2021), estiment que les mesures budgétaires de l’administration Biden vont probablement entraîner une surchauffe de l’économie américaine et un dérapage de l’inflation en poussant la production bien au-delà de son potentiel, si bien qu’ils appellent la Réserve fédérale à resserrer sa politique monétaire. De leur côté, les partisans de la Bidenomics doutent que celle-ci conduise à une hausse durable de l’inflation, dans la mesure où le maintien de l’économie au-delà de son potentiel est susceptible d’accroître ce dernier. En l’occurrence, Mike Konczal et J. W. Mason (2021) pensent que le maintien d’une politique monétaire expansionniste va pousser les entreprises à davantage investir dans des technologies économisatrices en travail, ce qui va contenir les pressions d’inflation en stimulant la productivité.

Afin de visualiser plus clairement les implications de l’automatisation pour la politique monétaire, Luca Fornaro et Martin Wolf (2021) se sont appuyés sur le modèle que Daron Acemoglu et Pascual Restrepo (2018) ont développé pour étudier les répercussions macroéconomiques de l’automatisation. Ce cadre leur permet notamment de considérer le cas où les avancées technologiques élargissent l’éventail de tâches de production pour lesquelles le capital peut se substituer aux travailleurs. A un niveau donné de demande globale, le progrès technique se traduit alors par une hausse du taux de chômage. Fornaro et Wolf retrouvent alors la conclusion de Sandbu : le maintien d’une politique monétaire expansionniste apparaît nécessaire pour maintenir l’économie au plein emploi. 

Plus exactement, le modèle de Fornaro et Wolf fait apparaître deux équilibres de plein emploi. Au mauvais équilibre de plein emploi, le taux d’intérêt est élevé et la demande globale faible. Ces deux forces contribuent à déprimer l’investissement, notamment dans l’automatisation. Le plein emploi n’apparaît alors que si les entreprises peuvent fixer un faible salaire. Au bon équilibre de plein emploi, le taux d’intérêt est faible et la demande globale élevée. Dans la mesure où le coût du capital est faible, les entreprises ont particulièrement recours à l’automatisation. Cette dernière se traduit par une forte productivité du travail et des salaires élevés, mais le plein emploi n’est alors possible que si la demande globale est suffisamment forte pour maintenir la demande de travail au niveau adéquat. Ces deux équilibres présentent le même niveau d’emploi et d’inflation, si bien qu’une banque centrale est a priori indifférente entre les deux. Pour que l’économie se place au bon équilibre,  les autorités monétaires ne doivent donc pas se focaliser seulement sur l’emploi et l’inflation, mais considérer un ensemble plus large de variables macroéconomiques comme l’investissement et les salaires.

La prise en compte de l’automatisation a d’autres implications pour la conduite de la politique monétaire. Fornaro et Wolf étudient également le cas où l’économie est au plein emploi, mais où la banque centrale baisse son taux directeur. La crainte, dans une telle situation, est que la stimulation de la demande mette l’économie en surchauffe et alimente l’inflation. Mais comme le coût du capital baisse également, les entreprises sont davantage incitées à automatiser leur production. Le maintien durable d’une politique monétaire expansionniste va avoir pour effet d’accroître la productivité et les salaires, tout en contenant, d’une part, les effets pervers de l’automatisation sur l’emploi et, d’autre part, les pressions inflationnistes. Si l’économie était initialement au mauvais équilibre de plein emploi, l’assouplissement monétaire contribue à la placer au bon équilibre. 

Fornaro et Wolf ont enfin observé le cas où l’économie souffre d’un phénomène de stagnation séculaire ou subit un puissant choc récessif qui la fait basculer dans une trappe à liquidité. En l'occurrence, la demande globale peut être tellement faible que les autorités monétaires ne peuvent suffisamment baisser les taux d’intérêt pour maintenir l’économie au bon équilibre de plein emploi : le taux d’intérêt d’équilibre est alors en territoire négatif. Fornaro et Wolf montrent alors que la banque centrale fait alors face à un arbitrage entre emploi et automatisation : soit elle fixe de faibles taux d’intérêt pour alimenter l’automatisation, mais l’économie connait alors un chômage de masse ; soit elle fixe des taux d’intérêt élevés pour inciter les entreprises à recourir aux travailleurs plutôt qu’au capital pour produire, mais la productivité du travail et les salaires seront alors faibles. Une relance budgétaire semble alors nécessaire pour que l’économie retourne au bon équilibre de plein emploi. Celle-ci a en effet pour conséquence  non seulement de stimuler la demande globale, mais aussi de pousser le taux d’intérêt d’équilibre à la hausse.

 

Références

ACEMOGLU, Daron, Claire LELARGE & Pascual RESTREPO (2020), « Competing with robots: Firm-level Evidence from France », in AEA Papers and Proceedings, vol. 110.

ACEMOGLU, Daron, & Pascual RESTREPO (2018), « The race between man and machine: Implications of technology for growth, factor shares and employment », in American Economic Review, vol. 108, n° 6.

ACEMOGLU, Daron, & Pascual RESTREPO (2020), « Robots and jobs: Evidence from US labor markets », in Journal of Political Economy, vol. 128, n° 6.

BLANCHARD, Olivier (2021), « In defense of concerns over the $1.9 trillion relief plan », in PIIE, Realtime Economic Issues Watch (blog), 18 février.

FORNARO, Luca, & Martin WOLF (2021), « Monetary policy in the age of automation », CEPR, discussion paper, n° 16416.

KONCZAL, Mike, & J.W. MASON (2021), « How to have a roaring 2020s (without wild inflation) », in New York Times, 15 juin.

SAADI SEDIK, Tahsin, & Jiae YOO (2021), « Pandemics and automation: Will the lost jobs come back? », FMI, working paper, n° 21/11.

SANDBU, Martin (2020), The Economics of Belonging: A Radical Plan to Win Back the Left Behind and Achieve Prosperity for All, Princeton University Press.

SUMMERS, Lawrence (2021), « The inflation risk is real », 24 mai.

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11 juillet 2021 7 11 /07 /juillet /2021 15:11
La convergence, enfin !

Les modèles de croissance néoclassique, en premier lieu celui de Robert Solow (1956), partent de l'idée qu'un pays se caractérise par un stock de capital par travailleur d’autant plus faible et partant une productivité marginale du capital d’autant plus élevée qu’il est pauvre. Ils en concluent que les pays pauvres devraient accumuler plus rapidement du capital que les pays riches, donc connaître une plus forte croissance que ces derniers. Autrement dit, ces modèles amènent à prédire une convergence absolue (ou inconditionnelle) : le niveau de vie des pays pauvres devrait avoir tendance à rattraper celui des pays riches, et ce indépendamment des conditions initiales.

Dans les années 1990, les économistes ont multiplié les analyses empiriques pour tester l’hypothèse d’une convergence absolue. Ils ne sont guère parvenus à la valider. Au contraire, ils ont plutôt eu tendance à mettre en évidence une divergence des niveaux de vie. Dans une étude pionnière s'appuyant sur les données tirées d’un large ensemble de pays, Robert Barro (1991) conclut que ceux-ci avaient connu une faible divergence depuis les années 1960. Les analyses portant sur des données de plus long terme, mais sur des échantillons de pays plus restreints, suggéraient une forte divergence depuis au moins le seizième siècle : selon Lant Pritchett (1997), le rapport entre les revenus par tête des pays les plus riches et ceux des pays les plus pauvres a été multiplié par cinq entre 1870 et 1990. Plus récemment, Dani Rodrik (2012, 2014) et Paul Johnson et Chris Papageorgiou (2020) ont également conclu que les pays les plus pauvres ne tendaient pas, en moyenne, à croître plus rapidement que les pays les plus riches. 

L’obtention de ces résultats a notamment entraîné un relatif abandon des modèles de croissance néoclassique et le développement de nouveaux modèles ; ces derniers incluent par exemple les modèles de trappe à pauvreté, qui suggèrent qu’un pays ne parvient guère à connaître une croissance significative tant que son niveau de vie n’atteint pas un certain seuil, et les modèles AK, qui s’inspirent du modèle de croissance endogène de Paul Romer (1986) et qui peuvent prédire une divergence des niveaux de vie.

Le rejet de l’hypothèse d’une convergence absolue a également conduit les économistes à davantage se focaliser sur les déterminants du revenu à l’état stationnaire, ce qui les a amenés à réaliser des régressions de croissance et des tests de convergence conditionnés à ces déterminants [Barro et Sala-i-Martin, 1992 ; Mankiw et alii, 1992 ; Durlauf et alii, 2005]. Ces travaux ont suggéré qu’il n’y avait certes pas convergence absolue, mais qu’une convergence conditionnelle semblait être à l’œuvre : les pays les plus pauvres tendraient à rattraper les pays les plus riches, mais à condition de partager certains caractéristiques communes avec ces derniers, par exemple un même stock de capital humain ou des institutions similaires. 

Plus de trois décennies se sont écoulées depuis que des travaux empiriques ont commencé à tester de façon robuste l’hypothèse d’une convergence absolue. La période a été marquée par de longs épisodes de forte croissance parmi plusieurs pays émergents, notamment des pays asiatiques comme la Chine et l’Inde, tandis que les pays riches présentaient des performances décevantes, en particulier dans le sillage de la crise financière mondiale. Certains, comme Arvind Subramanian (2011), ont alors suggéré qu’un processus de convergence absolue a pu finir par se mettre en œuvre. Plusieurs études se sont appuyées sur les données additionnelles offertes par ces dernières décennies pour de nouveau soumettre à l’examen empirique l’hypothèse d’une convergence absolue. Elles amènent à croire que ces ultimes décennies marquent une rupture par rapport à près de cinq siècles de divergence. 

Dans l'une d'entre elles, Dev Patel, Justin Sandefur et Arvind Subramanian (2021) concluent en effet que les pays en développement ont amorcé un processus de convergence absolue vis-à-vis des niveaux de revenu des pays développés au milieu des années 1990 et que ce rattrapage s’est accéléré dans les années 2000. Ce ne sont pas juste la Chine, l’Inde et une poignée de pays asiatiques qui ont réalisé de bonnes performances économiques ; c’est l’ensemble des pays en développement qui ont vu leur revenu par tête augmenter plus vite que celui des pays développés. En régressant la croissance sur dix ans du revenu par tête sur le revenu par tête et observé l’évolution de cette relation depuis 1960, Michael Kremer, Jack Willis et Yang You (2021) ont quant à eux décelé une tendance vers la convergence depuis la fin des années 1980 et ils estiment qu’elle a fini par se traduire par une convergence absolue à partir de 2000 : la période allant de 1985 à 1995 est marquée par une divergence des revenus par tête au rythme annuel de 0,5 %, tandis que la période allant de 2005 à 2015 se caractérise par une convergence au rythme annuel de 0,7 %. Patel et ses coauteurs confirment que la vitesse de convergence a été lente ; si elle se poursuit au même rythme, il faudra que s’écoulent 170 ans avant que le pays en développement moyen réduise de moitié l’écart entre son revenu actuel et son revenu à l’état stationnaire.

GRAPHIQUE 1  Taux de croissance moyen selon le quartile de revenu (en %)

La convergence, enfin !

Source : Kremer et alii (2021)

Ces deux études expliquent la convergence observée ces deux dernières décennies par la conjonction, d’une part, de l’accélération du rythme de rattrapage des pays pauvres sur les pays riches et, d’autre part, du ralentissement de la croissance des pays situés à la frontière technologique. En effet, le quart des pays les plus riches présentait la croissance la plus rapide dans les années 1980, mais la croissance la plus lente depuis ; de leur côté, les autres pays ont vu leur croissance s’accélérer significativement dans les années 1990 et au début des années 1990 (cf. graphique 1). Cela dit, Patel et ses coauteurs estiment que la convergence s’explique davantage par l’accélération de la croissance dans les pays en développement que par le ralentissement de la croissance dans les pays développés. Ils notent en effet que la répartition de la croissance parmi les pays riches est restée stable au cours du temps, alors qu’elle s’est élevée dans l’ensemble de la distribution des pays pauvres. En outre, alors que 42 % des pays à faible revenu avaient connu une décroissance au cours des années 1980, ce n’est plus le cas que de 16 % des pays appartenant à ce groupe dans les années 2000 et 2010. Toutefois, le mouvement de convergence n’est pas uniforme d’une région à l’autre : les pays d’Afrique subsaharienne peinent toujours à rattraper les pays les plus riches.

GRAPHIQUE 2  Taux de croissance moyen selon le groupe de revenu (en %)

La convergence, enfin !

source : Patel et alii (2021)

Ces résultats amènent Patel et ses coauteurs à écarter l’hypothèse d’une trappe à revenu intermédiaire (middle-income trap), qui avait notamment été avancée par Barry Eichengreen et alii (2013) : alors que les pays à revenu intermédiaire et à faible revenu ont connu une plus forte croissance que les pays riches depuis les années 1990, les pays à revenu intermédiaire ont bénéficié d’une plus forte croissance que les autres groupes de pays depuis les années 1980 (cf. graphique 2). Patel et ses coauteurs observent en outre que la croissance a été moins volatile et plus persistante ces dernières décennies dans les pays en développement. Cela leur suggère que ce sont, non seulement les performances moyennes de croissance entre pays riches et pauvres, mais aussi le processus même de croissance au sein des pays, qui ont changé.

Kremer et alii (2021) observent également que plusieurs déterminants (ou « corrélats ») de la croissance, comme le capital humain, les politiques, les institutions et la culture, ont également connu à partir des années 1990 une convergence en allant dans le sens associé aux pays à haut revenu. Cette convergence des corrélats de la croissance pourrait expliquer la convergence absolue des niveaux de vie, mais, comme le suggère la théorie de la modernisation, il se peut également que la causalité aille en sens inverse, la seconde entraînant la première. En poursuivant leur analyse, Kremer et ses coauteurs estiment que c’est bien la convergence des corrélats de la croissance qui explique la convergence des niveaux de vie : l’économie mondiale a convergé vers la convergence absolue parce que cette dernière a convergé vers la convergence conditionnelle. Ou, pour le dire autrement, dans la mesure où les pays ont fini par partager des politiques et institutions similaires, ils se sont retrouvés dans le même « club de convergence ». Kremer et ses coauteurs notent également que la relation entre la croissance et ses déterminants a eu tendance à s’aplatir. Ils interprètent cet aplatissement comme suggérant que ces facteurs deviennent de moins en moins importants pour la croissance économique à mesure que celle-ci se poursuit. Par exemple, certaines politiques et institutions sont peut-être nécessaires pour que s’amorce la convergence, mais qu’elles s’avèrent ensuite moins déterminantes une fois la convergence opérée.

La question qui se pose est bien sûr de savoir si la convergence absolue qui a été observée au cours des dernières décennies se poursuivra. Johnson et Papageorgiou (2020) estiment qu’elle n’est que temporaire et qu’elle s’explique par les prix élevés des matières premières observés au cours de la période. Kremer et ses coauteurs sont plus optimistes, dans la mesure où ils continuent d’observer la tendance à la convergence dans leur échantillon lorsqu’ils excluent de ce dernier les pays abondants en matières premières. Mais comme le notent Patel et ses coauteurs, ces décennies de convergence ont pu également s’expliquer par la faiblesse des coûts de financement internationaux, la croissance chinoise et la mondialisation, or ces facteurs n’ont pu être que temporaires ; la croissance de l'économie tout comme celle du commerce international ont par exemple fortement ralenti au cours de la dernière décennie. D’une part, il semble que les régimes démocratiques se détériorent à travers le monde [Acemoglu et Molina, 2021 ; Pande et Enevoldsen, 2021]. Si la démocratie est le principal corrélat de la croissance, sa détérioration peut alors saper la convergence des autres corrélats. D’autre part, les coûts économiques du changement climatique se manifestent de plus en plus, or ils sont supportés de façon disproportionnée par les pays en développement [Pande et Enevoldsen, 2021]. 

 

Références

ACEMOGLU, Daron, & Carlos A. MOLINA (2021), « Converging to converge? A comment », NBER, working paper, n° 28992.

BARRO, Robert J. (1991), « Economic growth in a cross section of countries », in The Quarterly Journal of Economics, vol. 106, n° 2.

BARRO, Robert J., & Xavier SALA-I-MARTIN (1992), « Convergence », in Journal of Political Economy, vol. 100, n° 2.

DURLAUF, Steven N., Paul A. JOHNSON & Jonathan R. TEMPLE (2005), « Growth econometrics », in Handbook of Economic Growth.

EICHENGREEN, Barry, Donghyun PARK & Kwanho SHIN (2014), « Growth slowdowns redux: New evidence on the middle-income trap », in Japan and the World Economy, vol. 32. 

JOHNSON, Paul, & Chris PAPAGEORGIOU (2020), « What remains of cross-country convergence? », in Journal of Economic Literature, vol. 58, n° 1.

KREMER, Michael, Jack WILLIS & Yang YOU (2021), « Converging to convergence », in NBER Macroeconomics Annual 2021, vol. 36, University of Chicago Press.

MANKIW, N. Gregory, David ROMER & David N. WEIL (1992), « A contribution to the empirics of economic growth », in The Quarterly Journal of Economics, vol. 107, n° 2.

PANDE, Rohini, & Nils ENEVOLDSEN (2021), « Discussion of "Converging to convergence" by Kremer, Willis, and You ».

PATEL, Dev, Justin SANDEFUR & Arvind SUBRAMANIAN (2021), « The new era of unconditional convergence », Center for Global Development, working paper, n° 566.

PRITCHETT, Lant (1997), « Divergence, big time », in Journal of Economic Perspectives, vol. 11, n° 3.

RODRIK, Dani (2012), « Unconditional convergence in manufacturing », in The Quarterly Journal of Economics, vol. 128, n° 1.

RODRIK, Dani (2014), « The past, present, and future of economic growth », in Challenge, vol. 57, n° 3.

ROMER, Paul M. (1986), « Increasing returns and long-run growth », in Journal of Political Economy, vol. 94, n° 5.

ROY, Sutirtha, Martin KESSLER & Arvind SUBRAMANIAN (2016), « Glimpsing the end of economic history? Unconditional convergence and the missing middle income trap », Center for Global Development, working paper, n° 438.

SOLOW, Robert M. (1956), « A contribution to the theory of economic growth », in Quarterly Journal of Economics, vol. 70, n° 1.

SUBRAMANIAN, Arvind (2011), Eclipse: Living in the Shadow of China’s Economic Dominance, PIIE.

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29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 15:52
Quels ont été les effets de la grippe espagnole sur l'économie américaine ?

Pour déterminer les répercussions aussi bien sanitaires qu’économiques et sociales que l’épidémie de Covid-19 pouvait avoir, beaucoup se sont tournés vers la grande pandémie du début du vingtième siècle, en l’occurrence celle de la grippe espagnole. Entre mars 1918 et mars 1920, en trois vagues, celle-ci a peut-être infecté 500 millions de personnes à travers le monde, soit un tiers de la population mondiale à l’époque, et tué entre 50 et 100 millions de personnes [Patterson et Pyle, 1991 ; Johnson et Mueller, 2002 ; Killingray et Phillips, 2003]. L’impact sanitaire de la grippe espagnole a été effroyable, mais les études ne sont pas encore parvenues à un consensus sur l’importance de ses répercussions économiques. Il faut dire que cette littérature reste balbutiante : cet épisode n’avait relativement guère attiré l’attention des économistes jusqu’à ce qu’éclate l’épidémie de Covid-19 [Boianovsky et Erreygers, 2021].

Dans leur compte rendu sur les cycles d’affaires aux Etats-Unis, un pays où la grippe espagnole a tué entre 500.000 et 675.000 personnes, Arthur Burns et Wesley Mitchell (1946) estimaient que la récession associée à la pandémie avait été « d’une exceptionnelle brièveté et d’une amplitude modérée ». En étudiant des données à haute fréquence relatives à l’économie américaine, François Velde (2020) est allé dans leur sens : dans le sillage de la pandémie, il détecte une baisse forte, mais extrêmement courte, de la production industrielle, peu d’effets sur les ventes de détail et a priori aucun effet sur les probabilités de faillites des entreprises, ni sur le fonctionnement du système financier. D’après son analyse, le rebond suite à l’épidémie a été plutôt rapide et il n'est pas exclu que les effets décelés aient davantage résulté de l’armistice que de la pandémie. 

Tous les économistes ne partagent ce relatif optimisme. Robert Barro et alii (2020) estiment que la grippe espagnole a provoqué, au niveau mondial et dans les pays qu’elle a tout particulièrement touchés, l’une des plus puissantes contractions de l’activité économique observées depuis la fin du dix-neuvième siècle : en moyenne, un pays gagné par la pandémie a vu son PIB et sa consommation chuter respectivement de 6 et 8 %. Selon leurs estimations, le PIB américain aurait chuté de 1,5 %. Dans le cas des Etats-Unis, Sergio Correia et alii (2020) estiment que la pandémie a entraîné une chute de 18 % de la production manufacturière et de 23 % de l'emploi manufacturier, notamment parce que certaines des villes clés pour l'industrie manufacturière ont présenté les taux de mortalité les plus élevés. Les effets de la pandémie aurait été selon eux durables ; ils étaient encore visibles en 1923.

Dans une nouvelle étude, Johan Fourie et Johannes Norling (2021) ont cherché à déterminer quel a pu être l’impact de la grippe espagnole sur le revenu et la consommation des ménages aux Etats-Unis. Contrairement à l’essentiel des études précédemment citées, ils ont opté pour une approche plus microéconomique. En l’occurrence, ils se sont appuyés sur les données tirées d’une enquête sur le coût de la vie menée par le BLS entre juillet 1918 et février 1919 pour comparer la situation des ménages 99 villes américaines. 

Fourie et Norling estiment que le revenu réel des ménages américains a chuté de 6 % lors de la grippe espagnole, soit bien plus amplement que lors de l’épidémie de Covid-19. Il y a en effet une énorme différence entre les deux épisodes : contrairement à l’année dernière, le gouvernement ne cherchait pas à soutenir le revenu des ménages il y a un siècle. La chute des revenus observée lors de la grippe espagnole s’explique par celle des salaires des hommes ; à cette époque, les salaires constituaient en effet la quasi-totalité des revenus perçus par les ménages. La baisse des rémunérations des hommes fut toutefois en partie compensée par l’accroissement du taux d’activité des femmes : elles ont eu 20 % de chances en plus de travailler. Cette situation contraste également avec celle qui a prévalu aux premiers temps de l’épidémie de Covid-19 : lors de celle-ci, ce sont avant tout les femmes qui ont réduit leur offre de travail, en particulier aux Etats-Unis [Alon et alii, 2020 ; Albenasi et Kim, 2021 ; Fabrizio et alii, 2021 ; Alon et alii, 2021 ; Bluedorn et alii, 2021].

La grippe espagnole a amené les ménages à changer de comportement en matière de consommation. Fourie et Norling notent en effet que les ménages ont moins dépensé dans les achats de biens non durables et surtout de services, à peu près autant dépensé en biens durables qu’auparavant et par contre davantage dépensé dans la santé. 

Comme aujourd’hui, le gouvernement et les autorités locales avaient adopté il y a un siècle des mesures non pharmaceutiques pour contenir la propagation de la pandémie, notamment des fermetures d’écoles et des limitations dans la taille des rassemblements. Ces mesures ont duré plusieurs semaines, voire plusieurs mois, si bien que l’on pourrait s’attendre à ce qu’elles aient eu un impact significatif sur les revenus. Pourtant, Fourie et Norling rejoignent Correia et alii (2020) et Velde (2020) en constatant que le comportement des ménages semble avoir été peu corrélé avec les interventions non pharmaceutiques du gouvernement. Il est possible, comme ce fut le cas lors de l’épidémie de Covid-19, que la pandémie affectait significativement l’activité économique même en l’absence d’interventions publiques, par exemple en privant les entreprises d’une partie de leur main-d’œuvre ou en incitant les ménages à ajuster par eux-mêmes leurs dépenses. Il est également possible que les mesures non pharmaceutiques aient permis d’alléger les répercussions de la pandémie, en limitant par exemple le nombre de morts. Dans tous les cas, aujourd’hui comme il y a un siècle, il n’est pas clair que les autorités fassent face à un arbitrage entre mortalité et récession lorsqu’elles doivent gérer une épidémie.  

 

Références

ALBANESI, Stefania, & Jiyeon KIM (2021), « The gendered impact of the COVID-19 recession on the US labor market », NBER, working paper, n° 28505.

ALON, Titan, Sena COSKUN, Matthias DOEPKE, David KOLL & Michèle TERTILT (2021), « From mancession to shecession: Women’s employment in regular and pandemic recessions », IZA, discussion paper, n° 14223.

ALON, Titan, Matthias DOEPKE, Jane OLMSTEAD-RUMSEY & Michèle TERTILT (2020), « This time it’s different: The role of women’s employment in a pandemic recession », NBER, working paper, n° 27660.

BARRO, Robert J., José F. URSUA & Joanna WENG (2020), « The coronavirus and the Great Influenza Epidemic. Lessons from the “Spanish flu” for the coronavirus’s potential effects on mortality and economic activity », CESifo, working paper, n° 8166.

BLUEDORN, John, Francesca CASELLI, Niels-Jakob HANSEN, Ippei SHIBATA & Marina M. TAVARES (2021), « Gender and employment in the COVID-19 recession: Evidence on “she-cessions” », FMI, working paper, n° 21/95.

BODENHORN, Howard (2020), « Business in a time of Spanish influenza », NBER, working paper, n° 27495.

BOIANOVSKY, Mauro, & Guido ERREYGERS (2021), « How economists ignored the Spanish Flu pandemic in 1918–20 », Center for the History of Political Economy, Duke University, working paper.

BURNS, Arthur F., & Wesley C. MITCHELL (1946), Measuring Business Cycles, NBER.

CORREIA, Sergio, Stephan LUCH & Emil VERNER (2020), « Pandemics depress the economy, public health interventions do not: Evidence from the 1918 flu », document de travail.

FABRIZIO, Stefania, Diego B. P. GOMES & Marina M. TAVARES (2021), « COVID-19 she-cession: The employment penalty of taking care of young children », FMI, working paper, n° 2021/58.

FOURIE, Johan, & Johannes NORLING (2021), « Household income and spending in the United States during the 1918 influenza pandemic », CAGE, working paper, n° 571.

JOHNSON, Niall P.A.S., & Juergen MUELLER (2002), « Updating the accounts: Global mortality of the 1918- 1920 ‘Spanish’ influenza pandemic », in Bulletin of the History of Medicine, vol. 76, n° 1.

KILLINGRAY, David, & Howard PHILLIPS (2003), The Spanish Influenza Pandemic of 1918-1919: New Perspectives, Routledge Chapman & Hall.

PATTERSON, K. David, & Gerald F. PYLE (1991), « The geography and mortality of the 1918 influenza pandemic », Bulletin of the History of Medicine, vol. 65, n° 1.

VELDE, François (2020), « What happened to the US economy during the 1918 influenza pandemic? A view through high-frequency data », Federal Reserve Bank of Chicago, working paper, n° 2020-11.

WHEELOCK, David (2020), « What can we learn from the Spanish flu pandemic of 1918-19 for COVID-19? », St. Louis Fed On The Economy Blog, 1er juin. 

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