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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 23:30

Italian-debt.jpg

William R. Cline, en se basant sur ses propres simulations, estime dans une contribution sur le portail VoxEU.org que l’endettement public de l’Italie peut tout à fait être soutenable, même si les taux d’intérêt reviennent durablement aux niveaux élevés qu’ils avaient atteints fin 2011. Deux raisons laissent à penser que le ratio de la dette publique ne va pas connaître une incontrôlable spirale haussière. D’une part, l’Italie est susceptible de dégager un excédent primaire suffisamment important pour lui éviter d’avoir à emprunter davantage pour faire face à la charge de la dette. D’autre part, la maturité de la dette est relativement longue, donc seule une faible part de la dette doit être refinancée chaque année.

Par conséquent, non seulement les multiples appels fin 2011 à une restructuration de la dette publique italienne apparaissent peu justifiés puisque la solvabilité semble assurée, mais il est probable qu’une telle restructuration aurait entraîné des ruées bancaires et une nouvelle vague d’instabilité financière, ce qui se serait au final traduit par l’éclatement de la zone euro.

Malgré cette perspective optimiste quant à la soutenabilité de la dette italienne, Cline rappelle toutefois qu’une sévère crise de la liquidité reste probable, ce qui ne dément pas l’urgence de mettre en place un véhicule suffisamment puissant et crédible pour effectivement jouer le rôle de prêteur en dernier ressort. Dans cette optique, démultiplier la capacité financière du Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF) et procéder à l’émission d’euro-obligations sont aux yeux de Cline deux impérieuses mesures pour renforcer la stabilité macro-financière en Europe.

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11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 21:12

Jolie petite illustration par le CEPII de la montée des émergents et du déclin des pays de l’OCDE.

La Grande Récession s’était traduite par une brutale contraction des échanges mondiaux, mais la reprise est rapidement intervenue, avec une poursuite, voire une intensification des tendances lourdes qui étaient précédemment à l’œuvre. Ainsi, les pays en développement ont très rapidement retrouvé et dépassé leurs volumes d’exportations et d’importations de 2007, alors que les pays développés peinent encore à retrouver leurs niveaux d’avant-crise.

GRAPHIQUE  Evolution des exportations et importations (en volumes)

cepii.jpg
Source : CEPII, d’après les données du CPB World Trade Monitor                    

Les exportations et les importations des économies développées se sont respectivement accrues de 31 % et 21 % entre 2000 et 2011, tandis que les pays en développement ont vu leurs volumes d’exportations et d'importations augmenter respectivement de 133 % et 149 % sur la même période. Si le nouveau millénaire marque clairement le rattrapage des économies développées par les économies en développement, la crise de 2008 semble avoir accéléré le rythme de convergence. Ces tendances globales ne doivent pas occulter le fait que les pays en développement demeurent un ensemble disparate, aux taux de croissance différents, et que ce sont essentiellement les émergentes Chine et Inde qui gouvernent la dynamique d’ensemble.

La géographique mondiale de la croissance continue à se redessiner, finissant de brouiller la trop simple ligne de partage Nord-Sud. Le centre de gravité de l’économie-monde, après avoir traversé l’Atlantique, tend à se repositionner sur l’Asie dans un lent mais irrésistible mouvement vers l’ouest. L’actuel ralentissement de l’activité économique en Chine et en Inde pourrait toutefois un peu retarder le cours des événements…

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publié par Martin Anota - dans Economie internationale
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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 19:54

Suite à la restructuration sans précédent de dette souveraine conclue hier, Paolo Manasse tire deux enseignements de la gestion européenne de la crise grecque (« Two lessons from the Greek Crisis »).

Tout d’abord, indéniablement, « le retard est coûteux ». Il fallut au final attendre quatre ans pour qu’un plan de restructuration de la dette grecque voit enfin le jour. Durant ce laps de temps, la Grèce a connu une puissante contraction de son activité économique et une envolée de sa dette publique, deux événements qui, non seulement auraient été d’une moindre ampleur avec une restructuration immédiate, mais pèsent sur la pérennité de la solution adoptée cette semaine. Les politiques imposées par les créanciers n’ont qu’aggravé la situation. L’Europe apparaît comme la principale responsable dans cet atermoiement.

Ensuite, « plus d’Europe » ne constitue pas forcément une solution. La réponse européenne à la situation grecque fut la création de nouvelles institutions ad hoc (telles que le Fonds Européen de Stabilité Financière ou le Mécanisme Européen de Stabilité), insuffisamment financées, desservies par des règles contre-efficaces (par exemple les prises de décisions soumises au principe d’unanimité) et disposées à ne fournir leur aide qu’en la fractionnant en tranches. La création de ces nouvelles institutions se traduisit par un assujettissement des décisions techniques aux autorités publiques nationales et l’apparition de multiples conflits d’intérêts (que ce soit entre les banques et les contribuables européens ou entre les Etats-membres créditeurs et les Etats-membres débiteurs), qui eurent ainsi pour conséquences de retarder inutilement la restructuration de la dette grecque et d’amplifier dangereusement le risque d’une contagion de la crise au reste de la périphérie européenne.

Finalement, si le fédéralisme budgétaire au niveau de la zone euro est préférable à la multiplicité budgétaire, ces dernières années montrent que toute réforme ou innovation institutionnelle (telle que la création du FESF ou l’hypothétique émission d’euro-obligations) visant à passer du second cadre institutionnel au premier, ou du moins de s’en rapprocher, peut susciter davantage d’effets pervers que de gains pour la zone euro. Les configurations institutionnelles intermédiaires sont moins efficaces que les configurations extrêmes. En d’autres termes, tant que l’Union européenne s’attardera dans une configuration institutionnelle indéterminée, bâtarde, elle n’aura le choix qu’entre multiplier les décisions inadéquates et adopter un attentisme aggravateur.

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publié par Martin Anota - dans Intégration européenne
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 18:02

Dominique GOUX et Eric MAURIN

Editions du Seuil, 2012 Goux et Maurin, Classes moyennes

 

Au fur et à mesure de l’essor de leurs effectifs, les classes moyennes ont peu à peu acquis une place centrale dans la société française. Traversé tout entier par la « peur du déclassement » et obsédé par la destinée de ses enfants, ce groupe social doit (s')investir toujours plus massivement pour affronter une compétition toujours plus intense, que ce soit dans le cadre scolaire, sur les marchés du travail ou de l’immobilier, et ainsi maintenir sa position sociale. Dominique Goux et Eric Maurin dressent le portrait de cette classe terriblement angoissée par l’avenir et réalisent une cartographie des différents fronts sur lesquels les classes moyennes sont amenées à s’engager pour réussir dans la lutte des classements.

La notion de classes moyennes a tout d’abord désigné les actifs non salariés vivant à la fois de leur travail et de leur capital (artisans et petits commerçants). Ce groupe social connaît un déclin accéléré depuis la Seconde Guerre mondiale pour ne plus représenter en 2009 que 6 % de la population active. Mais parallèlement se développent les professions intermédiaires. Regroupant désormais le quart des actifs, ce salariat intermédiaire compose véritablement le « cœur des classes moyennes ». Bénéficiant de fortes possibilités de promotion interne et faisant l’objet d’un important effort de formation, les salariés intermédiaires entretiennent des relations particulièrement durables avec leurs employeurs. La spécificité de leurs diplômes et de leurs compétences (généralement acquises au travail) les protège contre les pertes d’emploi, mais limite aussi leur aptitude à changer d’environnement. Si leurs emplois apparaissent parmi les plus protégés du salariat, les conséquences d’une éventuelle perte d’emploi sont pour eux particulièrement lourdes. Bien qu’objectivement cette catégorie soit relativement moins exposée par le chômage, elle apparaît comme la plus inquiète face à l’avenir.

Les frontières des classes moyennes sont floues et l’intensification des flux de mobilité depuis les années quatre-vingt ne concourt pas à les préciser. Malgré le ralentissement économique et la hausse du risque de déclassement, la société reste selon Goux et Maurin dominée par des flux de promotion. Le rôle de pivot que jouent les classes moyennes dans la mobilité sociale participe à leur identité, mais trouble leur délimitation d’avec le reste de la société. D’après les deux auteurs, les cadres se maintiennent comme partie intégrante des classes supérieures, malgré la dévalorisation des postes entraînée par leur multiplication. Leurs ressources économiques, relationnelles et culturelles demeurent bien plus importantes que celles détenues par le salariat intermédiaire. En outre, la catégorie des cadres ne demeure un horizon réaliste que pour une minorité surdiplômée de salariés intermédiaires.

 L’essor du salariat intermédiaire dans l’après-guerre est indissociable de la modernisation et du rattrapage industriel de l’économie française. Le ralentissement de la croissance au début des années quatre-vingt et la désindustrialisation entraînent de nombreuses mutations socioéconomiques non sans répercussions sur la structuration même de l’espace social : précarisation, fragmentation et déclin de la classe ouvrière, déclin accéléré des agriculteurs, etc. Les couches intermédiaires poursuivent leur essor pour représenter désormais 30 % des actifs occupés, contre 20 % dans les années soixante. Avec l’expansion du groupe des cadres, le salaire moyen des couches moyennes s’est éloigné du sommet de la distribution salariale et se rapproche du salaire médian. L’ensemble de la structure sociale se rééquilibre autour des classes moyennes, toujours plus vastes et centrales. Les couches moyennes recrutent de plus en plus dans leurs propres rangs, ce qui contribue à affermir leur identité. En leur sein, les individus déclassés par rapport à leurs parents sont moindres que ceux en ascension sociale. Même si les emplois intermédiaires se sont banalisés, la situation des classes moyennes demeure objectivement des plus enviables. Comparées aux ouvriers et employés, elles restent relativement protégées du chômage et de la précarité, bénéficient de rémunérations bien plus élevées et accèdent plus facilement à la promotion interne.

Dans l’environnement anxiogène instillé par la montée du chômage et la précarisation, la réussite scolaire n’a jamais été aussi cruciale et l’échec aussi pénalisant qu’aujourd’hui. L’école est l’espace d’une concurrence toujours plus intense. L’allongement de la durée d’études multiplie et renouvelle les enjeux et les luttes de classement. Dans cette compétition, les familles de classes moyennes n’ayant, à la différence du salariat supérieur, que peu de capital économique et de capital social à transmettre à leurs enfants, l’école leur apparaît comme le seul vecteur de promotion sociale de leurs enfants. Elles démultiplient alors les stratégies pour leur éviter le déclassement scolaire. Chaque allongement de durée de scolarité obligatoire a ainsi intensifié la concurrence exercée par les classes populaires. Classes moyennes et supérieurs, en abordant des études toujours plus longues pour se distancier des catégories qui leur sont inférieures, surinvestissent désormais dans l’enseignement supérieur. Toutefois, si l’augmentation du nombre d’enfants de cadres et de professions supérieurs en compétition complique l’obtention d’un bon classement scolaire pour les enfants de classes moyennes, ces derniers n’ont connu aucun déclassement scolaire, les rangs atteints par les différents milieux sociaux étant particulièrement stables au cours du temps. En outre, les enfants de classes moyennes réussissent de plus en plus dans l’enseignement supérieur, mais échouent toujours massivement dans l’entrée des filières d’élite, quasi réservées aux classes supérieures.

La démocratisation scolaire est synchrone avec un recul du déclassement intergénérationnel parmi chacun des groupes sociaux. Les enfants de classes moyennes ont amélioré leur situation relative tant par rapport à leurs concurrents qu’à leurs parents. La modernisation économiques et les évolutions sociales érodent toutefois la situation relative des individus reproduisant la position sociale de leurs parents. Avec notamment la multiplication des emplois de cadres et la diminution des emplois d’ouvriers non qualifiés, tous les groupes sociaux ont connu une érosion de leur rang moyen. Malgré la concurrence croissante des enfants de cadres, les enfants de classe moyenne ont maintenu leur position sociale. Les classements dans la hiérarchie sociale présentent, tout comme les classements scolaires, un véritable « statu quo ». La plus grande mobilisation des familles de classes moyennes et le renouvellement de leurs stratégies neutralisent la tendance au déclassement que les mutations scolaires et économiques exercent sur le destin de leurs enfants. Avec la faible croissance de l’économie française observée ces dernières décennies et la fragilisation des relations d’emplois (en particulier dans le secteur privé), les enfants de classes moyennes démontrent de nos jours une forte prédilection pour les concours de la fonction publique.

« Le destin des groupes sociaux n’est jamais tout entier contenu dans les contraintes historiques et politiques qui s’imposent à eux. Il s’écrit comme une continuelle adaptation à ces contraintes, une lutte pour en comprendre les nouveautés et en déjouer les pièges ».  

 

Le territoire est tout autant que l’école l’espace d’une forte concurrence, tant le quartier de résidence est constitutif du statut social. Les classes moyennes visent alors à résider dans les quartiers les plus sûrs, les mieux fréquentés et les plus rentables pour la destinée sociale des enfants. Si les plus riches disposent davantage de ressources pour effectivement opérer un séparatisme résidentiel, chaque classe tend à se séparer spatialement des catégories qui leurs sont inférieures dans la hiérarchie sociale et les classes moyennes elles-mêmes ne sont pas dénuées de tensions territoriales entre ses fractions. Les déménagements sont généralement destinés soit à progresser dans la hiérarchie territoriale (souvent pour concrétiser une promotion sociale), soit à éviter le déclassement territorial (pour assurer le maintien de la position sociale). Le territoire est en fait émaillé de quartiers en déclin et en ascension sociales ; au sein de chacun, coexistent de nombreux exilés en ascension et tout autant de familles en voie de déclassement. La moitié des ménages installés depuis dix ans dans leur logement ont connu une détérioration sociale de leur environnement spatial. Les quartiers où s’installent les classes moyennes sont non seulement moins riches, mais aussi davantage menacés par le déclin que les quartiers où s’installent les classes supérieures. Avec la flambée des prix immobiliers, ce sont toutefois les ouvriers et les employés qui sont les plus exposés au déclassement territorial, voire à la relégation dans les cités. Les loyers augmentant moins rapidement que les prix du logement, les ménages des classes moyennes ont eu tendance à renoncer à la propriété du logement pour éviter la relégation territoriale et préserver leurs statuts patrimonial et territorial.

La récession amplifie la compétition sociale. Les classes moyennes n’ont jamais été aussi inquiètes quant à l’avenir de leurs enfants. Face à ces constats, Goux et Maurin concluent leur livre par l’esquisse d’une réorientation des politiques fiscales et sociales en fonction des angoisses que nourrit cette classe sociale toujours plus imposante et désormais véritable « juge de paix » dans l’espace social. Ses membres, en se percevant comme des oubliés de l’action publique, partagent un sentiment d’injustice. Une fraction non négligeable de la population vit grâce à une aide sociale qu’ils financent en grande partie, mais dont ils bénéficient trop peu. Dans une société dominée par la logique de concours, tout ce qui est perçu comme un obstacle à la concurrence apparaît insupportable aux yeux des compétiteurs, or les classes moyennes sont confrontées à des obstacles persistants dans un contexte de compétition accrue et de recul de l’Etat-providence. Selon Goux et Maurin, « tant que ce modèle n’aura pas été réformé, tant que les transitions entre école et emploi, emploi et chômage, activité et retraite, resteront perçues comme d’opaques échéances-couperets, les classes moyennes resteront les agents et les victimes d’une société crispée par le soupçon, la défiance mutuelle et l’insécurité sociale. »

 

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Martin Anota

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publié par Martin Anota - dans Stratification sociale
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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 00:28

Barry Eichengreen et Kevin O’Rourke comparent depuis 2009 la crise que traverse l’économie mondiale avec l’épisode de la Grande Dépression, en actualisant régulièrement leur analyse au fil des nouvelles données disponibles. Ils mettent ainsi en lumière le rôle majeur que les politiques économiques de stimulation ont pu jouer pour empêcher la Grande Récession d’être aussi longue et profonde que la crise des années trente. Les dernières tendances macroéconomiques semblent confirmer la reprise de l’activité, mais les inquiétudes demeurent, en particulier concernant la zone euro. Ainsi, si la consolidation budgétaire et le resserrement de la politique monétaire apparaissent à terme nécessaires selon les deux économistes, mettre en œuvre actuellement de telles politiques, dans un contexte d’activité économique encore fragile, paraît véritablement prématuré. Les inquiétudes des autorités publiques en ce qui concerne la soutenabilité de l’endettement public ou d’éventuelles tensions inflationnistes ne doivent pas les inciter à adopter dans la précipitation des mesures préjudiciables à l’économie mondiale.
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La chute de la production industrielle mondiale suite au pic d'avril 2008 fut aussi sévère que durant la Grande Dépression, mais sa reprise intervient bien plus rapidement (cf. figure 1). Sa croissance semble toutefois se ralentir ces derniers mois. Si le Japon et les émergents asiatiques apparaissent comme particulièrement dynamiques, d’autres régions du monde, en premier lieu la zone euro, connaissent une diminution de leur production industrielle.

Eichengreen-Fig2.jpgSi le commerce international a connu un effondrement bien plus sévère que durant la Grande Dépression, la reprise (en débutant dès 2009) fut, là aussi, plus rapide (cf. figure 2). Le commerce mondial reste toutefois à un niveau à peine supérieur à celui observé en avril 2008. Ses récentes fluctuations ne laissent présager clairement aucune évolution à moyen terme, si ce n'est une possible stagnation.
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La chute des valeurs boursières fut en 2008 plus sévère que lors de la Grande Dépression (cf. figure 3). Si elles connaissent depuis 2009 une nouvelle dynamique haussière, voire un véritable boom en ce qui concerne les Etats-Unis, elles demeurent à des niveaux sensiblement inférieurs à ceux observés avant la crise.

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 17:48

Emmanuel Saez a actualisé ses données pour son article retraçant l’évolution des inégalités de revenu aux Etats-Unis (« Striking it Richer: The Evolution of Top Incomes in the United States ») en intégrant les estimations pour les années 2009 et 2010. Le revenu réel moyen par famille a diminué avec la Grande Récession de 17,4 % entre 2007 et 2009. Le revenu réel moyen du centile supérieur (c'est-à-dire du 1% des ménages ayant les plus hauts revenus) a diminué plus rapidement, soit de 36,3 %. La part du revenu national détenu par le centile supérieur a par conséquent diminué de 23,5 % à 18,1 %. L’effondrement boursier, en réduisant les possibilités de réaliser de gains de capital, explique l’essentiel de la chute des hauts revenus. En outre, le revenu moyen du reste de la population a diminué de 11,6 % ; celle-ci a donc vu fondre les hausses de revenus qu’elle avait obtenues entre 2002 et 2007.

Avec la reprise économique, le revenu réel moyen par famille augmente globalement de 2,3 % en 2010, mais ces gains sont très inégalement répartis, puisque le centile supérieur voit son revenu réel moyen augmenter de 11,6 % alors que celui du reste de la population n’augmente que de 0,2 %. La reprise soutenue du marché boursier, marquée par une forte hausse des profits et des dividendes versés, dans un contexte de chômage et de hausses salariales réduites, laisse envisager une nouvelle répartition fortement inégalitaire des hausses de revenus en 2011.

Au final, les hauts revenus n’ont connu qu’une baisse temporaire de leur part du revenu national. Lorsque l'on exclut les gains en capital de l'analyse, la part du revenu versée au décile supérieur, estimée à 46,3 %, est supérieure à celle qui lui a été versée en 2007. L’accroissement des inégalités de revenus aux Etats-Unis semble ainsi se poursuivre après l’épisode de la Grande Récession.

Saez--inequalities.png

source : Saez (2012) 

Les évolutions historiques des inégalités aux Etats-Unis décrivent une courbe en U. La part du revenu détenue par le décile supérieur se maintenait aux alentours de 45 % entre le milieu des années vingt et 1940. La Seconde Guerre mondiale marque un brutal déclin de cette part et celle-ci se stabilise autour de 33 % dans les années soixante-dix. La part du décile supérieur augmente depuis le début des années quatre-vingt et retrouve désormais ses hauts niveaux d’avant-guerre. En atteignant 49,7 % en 2007, elle est alors supérieure aux valeurs observées après 1917 et notamment celle de 1928, année où la bulle boursière des roaring twenties atteignit son expansion maximale.

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 17:49

TIC-conditions-de-travail.jpg

Dans un rapport et une note de synthèse réalisés par Tristan Klein et Daniel Ratier, le Centre d’analyse stratégique passe en revue les différents impacts que les technologies de l’information (TIC) ont pu avoir sur les conditions de travail. Ces technologies ont en effet massivement investi les entreprises depuis le milieu des années quatre-vingt-dix et ont alors profondément bouleversé leur organisation. Aujourd’hui, la quasi-totalité des entreprises est connectée à Internet. Deux actifs sur trois utilisent les TIC dans leur travail et le nombre de salariés usagers poursuit son expansion. Ces technologies jouent un rôle crucial dans le changement au sein des entreprises. Elles leur ont permis de gagner en flexibilité et productivité, de réduire les coûts et d’atteindre de plus hauts niveaux de qualité et de performance.

Nature du travail et compétences se transforment avec la diffusion des TIC. Le travailleur fait face à une abstraction grandissante et ses tâches se ramènent peu à peu à la collecte et manipulation d’informations. Que ce soit avec l’instantanéité des échanges numériques, qui raccourcit les délais, ou la possibilité de travailler à distance, temps et espace sont redéfinis. Le travailleur ne doit pas seulement s’adapter aux bouleversements organisationnels impulsés par l’introduction des TIC ; il doit aussi continuellement s’adapter aux perpétuelles évolutions de ces dernières. Or les efforts de formation fournis par l’entreprise ont décliné depuis le début des années 2000.

Les utilisateurs récurrents des TIC sont particulièrement exposés à une intensification du travail. Les contraintes organisationnelles et les normes de productivité auxquelles ils sont soumis se trouvent renforcées. Les salariés, davantage interdépendants, voient croître la pression sur leur travail et sont exposés à une surinformation croissante, notamment au flux excessif de courriels. L’usage de la messagerie électronique soumet le travailleur au stress, à l’urgence, aux interruptions intempestives, etc. Le rythme du travail étant davantage dépendant des TIC, leurs dysfonctionnements sont la source d’un important stress chez les salariés, notamment ceux en contact direct avec la clientèle.

TIC call center

Les TIC démultiplient les effets du contrôle du travail, mais ne conduisent pas forcément à une perte d’autonomie chez leurs utilisateurs. Ce technologies rendent possible une « autonomie encadrée » : elles formalisent certes le travail, mais parallèlement les travailleurs demeurent autonomes dans la réalisation opérationnelle de leurs tâches. En outre, puisque le travail devient l’objet d’un suivi en temps réel, contrôlable et vérifiable a posteriori, l’autonomie du salarié lors de sa réalisation est préservée. L’adoption des plus récents TIC mobiles et le développement des outils collaboratifs issus du web 2.0 devraient rendre les cadres davantage autonomes. Le contrôle peut toutefois au contraire devenir total, avec une précision stricte des objectifs de résultats et de moyens, et les salariés (en premier lieu ceux chargés de travaux d’exécution) voir alors sensiblement diminuer leurs marges de manœuvre.

Les TIC renouvellent les relations collectives de travail. Un nouveau modèle de collectif, qualifié de « nomadisme coopératif » par les auteurs suite aux travaux de Patricia Vendramin, tend à se diffuser, caractérisé par une structuration en réseau autour d’un projet et une moindre formalisation des modalités d’association. Les TIC jouent alors un rôle primordial dans la gestion du projet. Les réseaux sociaux et autres outils collaboratifs facilitent la collaboration de professionnels trans-entreprises. Toutefois dans d’autres configurations répondant à la logique néo-tayloriste (notamment les centres d’appels) où des outils standardisés sont uniformément appliquées à un large effectif de salariés, les TIC tendent à particulièrement appauvrir les liens sociaux.

La sociabilité des usagers se modifie ainsi avec l’usage des TIC. En général, ces technologies tendent plutôt à élargir et non à cloisonner les collectifs de travail. Les salariés adaptent leurs usages en fonction de leurs besoins, en intensifiant et diversifiant les échanges avec certains collègues, en réduisant, formalisant et dépersonnalisant au contraire les échanges avec d’autres. En outre, lorsque les liens se distendent entre l’individu et son équipe de travail, c’est généralement au profit de ses relations avec les équipes extérieures.

TIC mobile

Les frontières spatio-temporelles du travail se brouillent et la ligne de partage entre sphères privée et professionnelle devient poreuse : les TIC, notamment les derniers modèles mobiles (tablettes et smartphones), permettent un surtravail en dehors des horaires habituels, qui se traduit par un accroissement de la charge de travail, dans un contexte de pression croissante du temps réel et de l’immédiateté. Les salariés, désormais déterritorialisés et nomades, disposent toutefois de plus grandes marges de manœuvre pour gérer leur temps de travail. Les espaces collectifs de travail se restructurent. Le développement du travail en réseau, en multipliant les collaborations externes, affaiblit cependant le sentiment d’appartenance à l’entreprise.

Enfin, les TIC semblent avoir sur la santé des effets directs relativement limités, qu’ils soient liés aux ondes électromagnétiques ou à l’ergonomique (fatigue visuelle, TMS, etc.). En participant à l’intensification du travail, elles ont aussi des effets indirects sur la santé (risque psychosociaux, stress, surcharge de travail, etc.) et ces effets sont d’autant plus nocifs que se trouve réduite la latitude décisionnelle de l’individu. Les cadres constituent la catégorie soumise à la plus forte surcharge informationnelle et communicationnelle.

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publié par Martin Anota
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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 13:04

Les événements ayant fait basculer l’économie mondiale dans la Grande Récession rappellent les divers enchaînements consécutifs à l’effondrement de la bulle immobilière au Japon au cours des années quatre-vingt ; la crise de l’économie insulaire apparaît définitivement comme le véritable prototype d’une nouvelle génération de crises. Nombreux désormais sont ceux annonçant pour la zone euro une « décennie perdue » semblable à celle expérimentée par le Japon au cours des années quatre-vingt-dix. Dans un Flash économie de la banque Natixis, Sylvain Broyer, Kohei Iwahara et Peter Kaidusch se sont évertués à comparer les deux épisodes critiques affrontés hier et aujourd’hui par les économies nippone et européennes pour juger la pertinence d’une telle éventualité.

japan lost decade

Les auteurs rappellent tout d’abord les facteurs à l’origine de la décennie perdue au Japon. Du côté de la demande, la chute de l’investissement privé consécutive au surinvestissement des années quatre-vingt, la dévalorisation du patrimoine des ménages (en raison de la chute des prix immobiliers) et la diminution des exportations nettes (due à l’appréciation du yen) sont les principaux facteurs de crise. Les auteurs rejettent l’idée d’une insuffisance de la consommation des ménages, cette dernière variable ayant au contraire contribué positivement à la croissance économique. En revanche, l’insuffisance de la demande globale est entretenue par une politique économique inadéquate, l’investissement public baissant davantage que l’investissement privé. De nombreux facteurs du côté de l’offre ont aussi puissamment pesé sur la dynamique de croissance nipponne. Tout d’abord, les autorités ont pris de peu judicieuses mesures pour résoudre la crise bancaire, notamment une recapitalisation tardive du système bancaire. La réaction de la Banque du Japon fut également tardive et d'une ampleur insuffisante, conduisant notamment à l’appréciation du yen. L’introduction des normes Bâle I ont entraîné un resserrement des conditions de crédit. L’effondrement subséquent du crédit bancaire s’est traduit par une diminution de l’investissement privé et une multiplication des faillites. L’accumulation des déséquilibres macroéconomiques, puis le retard dans l’adoption de mesures adéquates pour résoudre la crise s’expliquent par la trop grande confiance des autorités publiques dans la soutenabilité du modèle de croissance japonais. La déflation des prix d’actifs fut un premier temps considérée comme temporaire.

Il existe donc de nombreuses similarités entre la situation actuelle de la zone euro et la situation japonaise au cours des années quatre-vingt-dix. Toutes deux sont associées à une profonde crise bancaire : l’économie japonaise fut le lieu d’éclatement d’une bulle immobilière domestique et elle subit en 1997 et 1998les répercussions des crises asiatique et russe, tandis que la crise en zone euro fut initialement déclenchée par l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis ; la réaction des autorités européennes à la crise mondiale aboutit à une crise de la dette publique et une crise bancaire. La crise bancaire se traduit en zone euro par une contraction des bilans depuis le milieu de l’année 2010 et se caractérise par une réduction du crédit bancaire et par un resserrement des conditions de crédit comparables à celles observées au Japon. En outre, les banques ont subi le renforcement des règles prudentielles avec l’introduction des normes Bâle I en 1993 au Japon, puis actuellement Bâle III en Europe. Le relèvement des ratios de fonds propres et de liquidités, dans un contexte de dégradation des conditions de marché, impacte négativement le crédit bancaire en compliquant la capacité des banques européennes à lever des fonds. A l’instar des autorités japonaises hier, les gouvernements européens adoptent aujourd’hui des mesures d’austérité ; nombreux sont ceux ayant relevé leur taux de TVA. Les plans d’austérité adoptés par les gouvernements espagnol, italien et portugais dans un contexte de récession sont compromis par l’accroissement du poids de la dette publique. Comme au Japon, plusieurs mesures adoptées par les autorités publiques ont conduit à une aggravation de la crise. En outre, les multiples relèvements des taux directeurs opérés en juillet 2008, puis en avril et juillet 2011 apparaissent aberrants dans un contexte d’aggravation ou stagnation de la crise et d’inflation sous-jacente maîtrisée.

Les économies européennes présentent toutefois certains atouts par rapport au Japon des années quatre-vingt-dix. La zone euro profite tout d’abord d’un surcroît de compétitivité avec la dépréciation du taux de change réel favorable aux exportations. De plus, si les prix immobiliers diminuent en Espagne et Irlande, cette baisse n’est pas généralisée à l’ensemble de la zone euro, épargnant aux ménages européens une dévalorisation de leur patrimoine. Ensuite, les autorités publiques européennes ont rapidement procédé aux recapitalisations des établissements et garanti les crédits bancaires. La BCE s’est de son côté attelée à l’achat de covered bonds, puis de dette souveraine, tout en facilitant l’alimentation des banques en liquidité à travers l’assouplissement des opérations d’open market. Enfin, la crise étant mondiale, la zone euro n’est pas la seule à l’affronter. Les négociations menées à travers le G20 ont notamment permis d’adapter et accompagner la réaction des autorités européennes à la crise.

europe lost decade

D’autres aspects laissent au contraire envisager une plus grande gravité de la crise européenne en comparaison de l’épisode japonais. 94 % de la dette publique japonaise étant détenue par des agents résidents, l’économie insulaire n’a pas connu de crise de dette souveraine. La dette publique des pays européens est au contraire majoritairement financée par une épargne étrangère, plus volatile que l’épargne domestique. Ensuite, si le Japon présentait une unité fiscale, la zone euro présente en revanche une multiplicité de systèmes fiscaux, ce qui compromet d’éventuels transferts des pays les plus riches de la zone vers la périphérie.

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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 20:58

China

Yao Yang, chercheur à l’Université de Pékin, identifie dans une contribution au Project Syndicate les diverses menaces qui pèseront ces prochaines décennies sur la croissance chinoise. Il rappelle ainsi tout d’abord que les exportations vers le continent européen ont expliqué environ un neuvième de celle-ci lors de la dernière décennie. La multiplication des plans d’austérité et le ralentissement (en partie subséquent) de l’activité en Europe affecteront ainsi les exportations chinoises. Mais plus important, le resserrement monétaire opéré par les autorités chinoises, notamment afin de contrôler la surchauffe sur le marché domestique du logement, ont des conséquences immédiates sur l’économie. La déflation des prix immobiliers observée depuis peu sur l’ensemble du territoire tend à confirmer l’hypothèse d’un ralentissement généralisé de l’activité.

Plus structurellement, la Chine souffre d’insuffisantes réformes des entreprises publiques et, plus largement, de la forte implication de l’Etat dans l’économie. Ce dernier draine une forte partie du crédit bancaire pour financer les infrastructures et participe amplement au surinvestissement domestique, une situation rappelant la situation nippone au cours des années quatre-vingt. Si les politiques publiques et le versement de subventions par l’Etat ont su maintenir de hauts taux de croissance, ils sont également sources de perturbations pour l’activité économique et en particulier pour la consommation domestique. Cette dernière est passée de 67 % du PIB au milieu des années quatre-vingt-dix à 50 % ces dernières années, un déclin qui pèsera lui-même à moyen terme sur la dynamique de la croissance.

Enfin, les inégalités de revenu se sont accrues entre les différentes catégories sociales et entre les zones géographiques, une évolution préjudiciable à l’hypothétique recentrage du modèle de croissance chinois sur la demande domestique. Les disparités entre les villes et les campagnes s’observent également dans l’accès à l’éducation. La qualité de l’enseignement en zones rurales se dégrade et les dépenses éducatives pèsent sensiblement plus dans le budget des ménages ruraux que dans celui des ménages citadins, ce qui complique l’entrée des enfants d’origine rurale sur le marché du travail. 80 % des 140 millions de travailleurs migrants sont restés scolarisés moins de neuf années.

Afin que la dynamique de la croissance ne soit pas compromise, Yao Yang espère un approfondissement radical des réformes aux niveaux des gouvernements national et locaux, un renforcement des droits politiques, notamment leur diffusion aux migrants.

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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 18:51

Un article récemment publié dans l’American Economic Journal et cosigné par dix-sept économistes (Günter Coenen et alii) questionne l’opportunité de l’instrument budgétaire pour soutenir l’activité. Ses conclusions balaient nombre de jugements hâtivement émis par certains... D’après les auteurs, l’environnement macroéconomique actuel, marqué par une récession persistante et un assouplissement prolongé de la politique monétaire, se révèle particulièrement favorable aux politiques budgétaires de relance ; ces dernières, si elles étaient effectivement mises en place, stimuleraient puissamment l’activité économique.
  
Selon les différents modèles utilisés dans l’article, l’ensemble des mesures de relance, qu’elles prennent la forme de réductions fiscales ou d’accroissements de la dépense publique, entraîne à court terme une élévation du niveau d’activité. L’ampleur de cette élévation est croissante avec le degré d’assouplissement de la politique monétaire. Parmi l’ensemble des mesures testées, les dépenses publiques et les transferts de revenu vers les ménages les plus contraints financièrement apparaissent comme les plus efficaces, en particulier si les agents anticipent une poursuite de la détente monétaire. 

Dans l’hypothèse d’un assouplissement monétaire poursuivi sur deux années, l’impulsion budgétaire se révèle particulièrement puissante environ trois ans ; au-delà, l’ampleur de la stimulation se réduit, les agents anticipant une plus forte inflation malgré le relèvement des taux directeurs. Plus l’impulsion budgétaire est prolongée dans le temps, moins les effets multiplicateurs observés à court terme se révèlent importants, mais ils demeurent toutefois positifs. En outre, cette atténuation de l’effet multiplicateur est davantage marquée dans l’économie étasunienne que dans la zone euro. Les auteurs notent toutefois le risque d’une contraction du PIB que pourraient entraîner à long terme un perpétuel accroissement des dépenses publiques et l’augmentation subséquente de la dette publique. Ils privilégient au final le recours aux transferts de revenu pour neutraliser les pressions récessives et ramener l’économie vers le plein emploi. 

Comme le suggère Jérôme Creel, (dont les travaux aboutissent aux mêmes conclusions que celles de Coenen et alii) cet article offre une nouvelle matière de réflexion pour les choix de politique économique de sortie de crise. N’est-il pas optimal d’adopter aujourd’hui au niveau européen une politique budgétaire expansionniste ? Les mesures d’austérité adoptées collectivement et simultanément au sein de la zone euro ne fragilisent pas seulement son activité économique, mais compliquent également la résorption des déséquilibres budgétaires qu’elles prétendent rechercher. Les économies européennes présentant une forte interdépendance, les effets récessifs ne pourront que s’agréger les uns aux autres et retarder tant la reprise de l’activité que la consolidation budgétaire des administrations publiques. Les effets stimulateurs d’une politique budgétaire expansionniste seraient au contraire maximaux au sein de la zone.

Martin Anota

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