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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 22:23

Beaucoup partent du principe que la croissance du PIB par tête aux Etats-Unis s’élèvera autour de 2 % par an à moyen terme. Il s’agit du rythme moyen qu’il a atteint aussi bien à long terme, entre 1870 et 2007, que plus récemment. Si la population s’accroît au rythme de 0,75 % par an au cours de la prochaine décennie, cela suggère que la croissance du PIB étasunien s’élèvera en moyenne à environ de 2,75 % par an.

GRAPHIQUE Taux de croissance annuel moyen du PIB par heure aux Etats-Unis (en %)

A quel point la croissance américaine sera-t-elle faible à long terme ?

source : Fernald (2016)

Mettant en question de telles estimations, John Fernald (2016) s'est demandé quel sera le rythme soutenable de la croissance du PIB aux Etats-Unis, c’est-à-dire lorsque l’économie américaine s’émancipera des faiblesses de court terme associées à la Grande Récession. Il estime plausible que la croissance du PIB par tête s’élèvera autour de 0,9 % par an à très long terme, tandis que la croissance du PIB sera comprise entre 1,5 et 1,75 % par an. En l’occurrence, cette dernière s’élèvera à 1,6 % par an, dans les 7 à 10 prochaines années, selon l’estimation privilégiée par Fernald. Cela implique que les salaires moyens et les niveaux de vie des ménages américains progresseront plus lentement que par le passé. Cela signifie pour les entreprises que leurs ventes s’accroîtront elles-mêmes plus lentement. Les administrations publiques verront leurs recettes fiscales augmenteront plus lentement. Enfin, cela signifie également que le taux d’intérêt d’équilibre, le « taux d’intérêt naturel », sera lui-même plus faible que par le passé, ce qui confirme l’idée que les taux directeurs de la Fed se maintiendront à de plus faibles niveaux qu’au cours des précédentes décennies.

Selon Fernald, la faiblesse de la croissance américaine s’expliquera essentiellement par deux facteurs, en l’occurrence la scolarité et la démographie. Premièrement, Fernald estime qu’il est peu probable que le niveau d’éducation connaisse à nouveau la même croissance qu’il a pu connaître au vingtième siècle. Par conséquent, l’élévation de la réussite scolaire va moins accroître la qualité du travail qu’elle ne le fit par le passé, si bien qu’elle contribuera par là même moins à la croissance de la productivité. Deuxièmement, en raison du vieillissement et des départs à la retraite des baby boomers, l’emploi va s’accroître plus lentement que la population totale, alors même que cette dernière risque elle-même d’être plus lente qu’elle ne le fut par le passé. Au cours de la seconde moitié du vingtième siècle, l’entée des baby boomers et des femmes dans la population active permettait au PIB par tête de s’accroître plus rapidement que le PIB par heure, mais désormais c’est l’inverse : avec le vieillissement démographique, le PIB par tête s’accroît plus lentement que le PIB par heure.

Bien sûr, ces diverses prévisions sont entourées d’une forte incertitude. Les modestes prévisions de croissance auxquelles aboutit Fernald supposent que la croissance de la productivité se maintiennent au même rythme que celui qu’elle atteignait en moyenne au cours de la période comprise entre 1973 et 1995 ou bien après 2004. Ces prévisions, pour être exactes, exigent donc que la croissance de la productivité soit plus rapide que ce que nous avons pu observer depuis 2010. L’une des questions qui se pose est si le ralentissement postérieur à 2004, que Fernald (2014) a lui-même tout particulièrement étudié et qui est souvent attribué à l’essoufflement des gains associés à la diffusion des nouvelles technologies d’information et de la communication, est pleinement structurel et se poursuivra à l’avenir ; certains, comme Diego Anzoategui, Diego Comin, Mark Gertler et Joseba Martinez (2016), affirment toutefois qu’il pourrait, du moins en partie, être d’origine conjoncturelle, ce qui suggère que la croissance de la productivité américaine puisse sensiblement s’accélérer à mesure que la reprise se poursuit.

Le rythme futur auquel se poursuivra l’innovation reste profondément incertain, comme l’illustrent les débats entre les techno-pessimistes et les techno-optimistes. Parmi les seconds, Brynjolfsson et McAfee (2014), Martin Neil Baily, James Manyika et Shalabh Gupta (2013) et Chad Syverson (2013) s’attendent à une accélération de la croissance de la productivité. De leur côté, John Fernald et Charles Jones (2014) suggèrent que le futur modèle de croissance pourrait fortement différent du précédent, notamment parce qu’il risque de dépendre davantage du potentiel innovateur des robots et de l’apprentissage automatique ou bien encore de l’essor de la Chine, de l’Inde et d’autres pays émergents comme centre de recherche. 

 

Références

ANOATEGUI, Diego, Diego COMIN, Mark GERTLER & Joseba MARTINEZ (2016), « Endogenous technology adoption and R&D as sources of business cycle persistence », NBER, working paper, n° 22005, février.

BAILY, Martin Neil, James MANYIKA & Shalabh GUPTA (2013), « U.S. productivity growth: An optimistic perspective », in International Productivity Monitor, vol. 25.

BRYNJOLFSSON, Erik, & Andrew MCAFEE (2014), The Second Machine Age, Norton.

FERNALD, John G. (2014), « Productivity and potential output before, during, and after the Great Recession », 29ème conference annuelle du NBER en macroéconomie.

FERNALD, John G. (2016), « Reassessing longer-run U.S. growth: How low? », Federal Reserve Bank of San Francisco, working paper, n° 2016-18, août.

FERNALD, John G., & Charles I. JONES (2014), « The future of U.S. economic growth », Federal Reserve Bank of San Francisco, working paper, n° 2014-02, janvier.

SYVERSON, Chad (2013), « Will history repeat itself? Comments on “Is the information technology revolution over?” », International Productivity Monitor, vol. 25.

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 22:39

Toute transaction marchande, toute coopération, requièrent un minimum de confiance vis-à-vis d’autrui, en particulier en situation d’asymétrie d’information. Un surcroît de confiance n’incite pas seulement les agents à multiplier les relations marchandes, il contribue également à réduire les coûts de transaction. Au niveau agrégé, il est ainsi susceptible de stimuler la croissance économique en favorisant plusieurs de ses déterminants, comme les échanges, le crédit, l’investissement, l’entrepreneuriat, l’innovation, etc. [Algan et Cahuc, 2013]. En identifiant les déterminants du développement économique à long terme, les économistes ont ainsi pu noter l'importance de la culture et de la religion, dans la mesure où les valeurs qu'elles véhiculent sont plus ou moins propices à la croissance. La qualité des institutions se révèle elle-même essentielle aux performances macroéconomiques de par leurs effets sur la confiance. Or plusieurs études, notamment celles réalisées par Robert Putnam, suggèrent que la confiance et plus largement le capital social ont décliné dans plusieurs pays développés. Aux Etats-Unis, la part des sondés estimant qu’ils peuvent faire confiance à la plupart des personnes est passée d’environ 50 % à 33 % entre le début des années soixante-dix et 2010. Beaucoup ont alors conclu le manque de confiance, voire la défiance, ont pu freiner la croissance.

D’un autre côté, ces dernières décennies ont également été marquées par un creusement des inégalités de revenu et de richesses, tout du moins dans les pays développés. Or, de plus en plus d’analyses, notamment celles du FMI ou de l’OCDE, concluent que l’effet net des inégalités sur la croissance se révèle négatif. Certains ont alors naturellement relié le creusement des inégalités et le déclin de la confiance au ralentissement de la croissance, mais aussi suggéré qu’ils pouvaient être directement liés l’un à l’autre.

En cherchant à préciser quels facteurs sont susceptibles d’influencer la croissance via leurs effets sur la confiance, plusieurs études ont en effet souligné le rôle joué par les inégalités de revenu et de richesse. Par exemple, Stephen Knack et Philip Keefer (1997) constatent que la confiance et les normes civiques sont plus fortes dans les pays présentant de plus hauts revenus et une plus grande égalité de revenus. Plusieurs raisons, sur le plan théorique, amènent effectivement à penser que l’essor des inégalités alimente la défiance [Barone et Mocetti, 2016]. Par exemple, les inégalités économiques génèrent ou renforcent la distance sociale entre les individus : plus les inégalités économiques sont fortes, plus les barrières sociales entre les différents groupes sont importantes et moins leurs membres se sentent à l’aise à l’idée de tisser des liens entre eux. En outre, les inégalités peuvent alimenter le sentiment d’injustice et la croyance que les autres disposent d’avantages immérités. Enfin, des communautés inégalitaires peuvent ne pas parvenir à s’accorder sur la manière par laquelle financer et partager les biens publics. 

Certains ont alors cherché à déterminer explicitement si le déclin du capital social et l’essor des inégalités sont effectivement liés l’un à l’autre. Par exemple, en utilisant des données relatives à la Suède sur la période comprise entre 1994 et 1998, Magnus Gustavsson et Henrik Jordahl (2008) ont constaté que les inégalités entre les ménages réduisent la confiance, en particulier lorsqu’elles se concentrent dans la moitié inférieure de la répartition des revenus. En outre, ils constatent que l’effet est plus important dans le cas des inégalités du revenu disponible que dans le cas des inégalités du revenu primaire et pour les personnes qui présentent la plus forte aversion face aux écarts de revenu. De leur côté, en étudiant les résultats de l’enquête internationale World Values Survey, Guglielmo Barone et Sauro Mocetti (2016) confirment que les inégalités réduisent la confiance, mais l’effet n’est statistiquement significatif que parmi les pays développés : dans ces derniers, une hausse de 1 point de pourcentage de l’indice de Gini se traduit en moyenne par une baisse de 2 points de pourcentage de la part des individus qui déclarent que l’on peut faire confiance à la plupart des gens. A l’inverse de Gustavsson et Jordahl, ils constatent que la relation négative entre les inégalités et la confiance s’explique par le sommet de la répartition des revenus. Enfin, leurs résultats suggèrent que l’impact des inégalités sur la confiance est plus faible lorsque la mobilité intergénérationnelle est plus forte.

Dans une récente contribution pour le FMI, Eric Gould et Alexander Hijzen (2016) ont étudié l’impact des inégalités sur le niveau de confiance que chaque individu tend à accorder à autrui et sur divers autres indicateurs habituellement utilisés pour mesurer le capital social. Pour cela, ils ont utilisé les données de l’American National Election Survey (ANES) relatives à la période 1980-2010 pour les Etats-Unis et les données issues de l’European Social Survey (ESS) relatives à la période 2002-2012 pour les pays européens. Les résultats que Gould et Hijzen obtiennent confirment que les inégalités de revenu réduisent le niveau de confiance que chaque individu place en autrui dans les pays développés. Dans le cas des Etats-Unis, il semble que ce soit principalement l’accroissement des inégalités en bas de la répartition des revenus qui pèse sur la confiance et cette dynamique affecte essentiellement les moins éduqués et ceux qui appartiennent au tiers le plus pauvre de la répartition des revenus. Les niveaux de confiance des Européens sont également affectés par l’accroissement des inégalités, mais, à l’inverse des Etats-Unis, l’impact des inégalités sur la confiance en Europe est davantage généralisé. L’accroissement des inégalités au sommet et à la base de la répartition des revenus pèse sur la confiance et cet effet négatif s’observe indépendamment du niveau de diplôme des individus. Certaines preuves empiriques suggèrent que les inégalités sur l’ensemble du spectre amènent les Européens à désirer un surcroît d’action publique pour réduire les inégalités de revenu, alors qu’il y a peu de preuves empiriques allant dans ce sens dans le cas des Américains. Dans la mesure où de nombreuses études ont relié la confiance à la croissance économique, ces divers résultats suggèrent un canal indirect, mais important, via lequel les inégalités de revenu freinent la création de richesses.

 

Références

ALGAN, Yann, & Pierre CAHUC (2013), « Trust, growth, and well-being: New evidence and policy implications », in Philippe Aghion & Steven Durlauf (dir.), Handbook of Economic Growth.

BARONE, Guglielmo, & Sauro MOCETTI (2016), « Inequality and trust: New evidence from panel data », in Economic Inquiry, vol. 54, n° 2, avril.

GOULD, Eric D., & Alexander HIJZEN (2016), « Growing apart, losing trust? The impact of inequality on social capital », FMI, working paper, n° 16/176, août.

GUSTAVSSON, Magnus, & Henrik JORDAHL (2008), « Inequality and trust in Sweden: Some inequalities are more harmful than others », in Journal of Public Economics, vol. 92, n° 1-2, février.

KNACK, Stephen, & Philip KEEFER (1997), « Does social capital have an economic payoff? A cross-country investigation », in Quarterly Journal of Economics, vol. 112, n° 4, novembre.

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