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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 23:39
Quel est l’impact de l’immigration sur l’emploi et les salaires ?

Dans un contexte de lente progression des salaires (notamment aux Etats-Unis) et de chômage élevé (en particulier en France), les populations des pays développés ont pu montrer ces dernières décennies une certaine hostilité vis-à-vis de l’immigration : celle-ci est régulièrement accusée de détruire l’emploi des autochtones ou de pousser leurs salaires à la baisse. La récente vague de réfugiés provoquée par le conflit syrien a accentué ces inquiétudes en Europe. Pourtant, tant les analyses théoriques que les études empiriques sont loin de leur donner raison.

Certes, la théorie néoclassique la plus standard suggère que l’immigration, en accroissant l’offre de travail, est susceptible de réduire les salaires, notamment parce qu’elle accroît la concurrence entre les travailleurs. Si les salaires ne sont pas pleinement flexibles, tout du moins à la baisse, l'ajustement risque de ne pas se faire (seulement) par les prix, mais (aussi) par les quantités : l’accroissement de l’offre de travail est susceptible d’entraîner une hausse du chômage. Ce raisonnement reste toutefois simpliste.

Tout d’abord, les travailleurs immigrés ne sont pas totalement « substituables » avec les travailleurs natifs, si bien que l’une des deux catégories risque d’être plus exposée au chômage que l’autre. Ensuite, dans la mesure où les immigrés n’ont souvent pas le même niveau de qualification que les travailleurs natifs, l’afflux de travailleurs immigrés est susceptible d’avoir de profonds effets redistributifs parmi la population autochtone. En effet, il est susceptible de détériorer les perspectives d’emploi des travailleurs natifs qui présentent des qualifications similaires, avec lesquels ils sont « substituables », et d’améliorer les perspectives d’emploi des travailleurs qui présentent des qualifications différentes, avec lesquels ils sont « complémentaires ». En effet, ces derniers voient leur efficacité augmenter, si bien qu’ils sont davantage demandés (leurs chances de se retrouver au chômage diminuent) et leurs salaires sont poussés à la hausse. Ainsi, l’afflux d’immigrés (peu qualifiés) dans les pays développés est susceptible d’y accroître le chômage des travailleurs peu qualifiés ou de réduire leurs salaires, tout en poussant les salaires des travailleurs qualifiés à la hausse.

L’immigration peut compenser l’un des effets pervers du progrès technique. Les machines sont souvent substituées aux travailleurs les moins qualifiés (ce qui a pu pousser leurs salaires à la baisse) et se révèlent complémentaires avec les travailleurs de qualifications intermédiaires (qui ont alors pu voir leurs salaires être poussés à la hausse). Or, en étudiant les données américaines, Ethan Lewis (2011) a constaté que dans les zones où l’immigration a été la plus forte, les usines ont moins investi dans l’automatisation, ce qui a compensé l’impact de l’immigration sur l’emploi et les salaires des moins qualifiés. En effet, l’immigration pousse le coût relatif du travail (non qualifié) à la baisse, donc le coût relatif du capital à la hausse.

L’immigration peut aussi compenser l’un des effets pervers de la mondialisation. En l’occurrence, l’accroissement de l’offre domestique de travail non qualifié est susceptible de réduire les incitations des entreprises domestiques à délocaliser leurs activités vers les pays à faible coût du travail. Donc elle réduit les chances que les travailleurs (non qualifiés) natifs perdent leur emploi en raison des délocalisations.

Surtout, l’afflux d’immigrés va contribuer à accroître la consommation, si bien qu’il va stimuler les débouchés des entreprises domestiques ; ces dernières vont répondre au surcroît de demande en augmentant leurs capacités de production, c’est-à-dire en embauchant et en investissant davantage. La hausse de l’investissement va elle-même contribuer à accroître les débouchés des entreprises produisant des biens d’investissement, ce qui va également les inciter à embaucher. La hausse de la demande de travail va en outre tendre à pousser les salaires à la hausse. C’est l’ensemble des catégories de travailleurs, autochtones et immigrés, qualifiés et non qualifiés, qui sont alors susceptibles de bénéficier de ces effets. A nouveau, les éventuels effets négatifs que l’immigration est susceptible d’exercer directement sur l’emploi et les salaires des autochtones non qualifiés s’en trouveront compensés par ce biais-là.

Quelques études ont cherché à s’appuyer sur des expériences naturelles qu’ont pu constituer les vagues de réfugiés passées. Jennifer Hunt (1992) a par exemple étudié le rapatriement des centaines de milliers de pieds-noirs en France en 1962, suite à l’indépendance de l’Algérie. Elle a constaté que l’impact de ce rapatriement s’est résorbé en quelques années. David Card (1990) a quant à lui étudié l’« exode de Mariel » de 1980, un épisode au cours duquel plusieurs dizaines de milliers de Cubains migrèrent à Miami. Cette vague de réfugiés a immédiatement augmenté la part des travailleurs non qualifiés parmi les actifs de Miami. Pourtant, Card ne parvient pas à mettre en évidence un impact durable qui soit significatif sur les salaires ou l’emploi des natifs les moins qualifiés de la ville ; le chômage à Miami a par exemple brutalement augmenté, mais il s’est ensuite résorbé en quelques mois. Enfin, Rachel Friedberg (2001) a étudié la vague d’immigration qu’a connue Israël au début des années quatre-vingt-dix suite à l’éclatement du bloc soviétique ; elle ne décèle pas non plus un impact négatif de l’immigration sur les revenus des autochtones. Même si au cours de ces trois épisodes la population active a pu localement s’accroître jusqu'à 10 %, ces diverses analyses suggèrent de faibles effets de l’immigration sur les salaires et sur l’emploi des autochtones. Leurs résultats ont toutefois pu être contestés par d’autres études. Borjas a par exemple remis en cause les conclusions de Card en notant que les natifs ont pu réagir à l’afflux d’immigrés cubains en quittant Miami et en recherchant un emploi ailleurs.

En résumant les études disponibles à l’époque, Rachel Friedberg et Jennifer Hunt (1995) concluaient que l’impact de l’immigration sur les salaires et le chômage des autochtones était faible : une hausse de 10 % du nombre d’immigrés ne réduit les salaires des autochtones que d’environ 1 %. Deux décennies après, il est difficile d’affirmer que la littérature soit parvenue à un quelconque consensus. D’un côté, plusieurs études (notamment celles publiée par Card) suggèrent que l’immigration a un impact peu significatif, voire positif, sur les travailleurs natifs. De l’autre, plusieurs études, en particulier celles de Borjas, estiment que l’immigration peut avoir de profonds coûts sur les autochtones. En étudiant les pays l’OCDE au cours de la période 1990-2000, Frédéric Docquier, Çaglar Ozden et Giovanni Peri (2014) estiment que l’immigration a eu un impact légèrement positif ou aucun impact sur les salaires moyens des autochtones dans chaque pays étudié. Ces effets, allant de 0 % à 4 %, sont généralement positivement corrélés avec le taux d’immigration du pays, c’est-à-dire la taille du flux d’immigrés relativement à la population. En outre, toujours parmi les pays de l’OCDE, l’immigration a eu les effets bénéfiques les plus amples sur les salaires des travailleurs les moins diplômés. En fait, plusieurs études ne suggèrent pas une concurrence entre autochtones et immigrés, mais plutôt entre immigrés eux-mêmes. Gianmarco Ottaviano et Giovanni Peri (2012), parmi d'autres, notent que ce sont ceux qui sont issus des plus récentes vagues d’immigration qui sont les plus affectés par les nouvelles vagues d’immigration ou, tout du moins, qui en tirent le moins de bénéfices.

Plusieurs études se sont focalisées sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail français. Par exemple, Javier Ortega et Gregory Verdugo (2011) ont étudié l’impact de l’immigration sur les salaires et l’emploi des autochtones en France entre 1962 et 1999. Une première estimation leur suggère qu’une hausse de l’immigration de 10 % se traduit par une hausse des salaires des autochtones de 3 % ; une seconde estimation, plus fine, leur suggère des gains plus faibles, mais toujours positifs. De son côté, Anthony Edo (2013) constate que l’immigration n’affecte pas les salaires des autochtones, mais qu’elle entraîne tout de même des effets négatifs sur l’emploi. Ce résultat suggère qu’avec la rigidité relativement plus forte des salaires en France que dans les autres pays développés, l’ajustement du marché du travail face à l’immigration se fait davantage via l’emploi. Edo constate que les immigrés sont moins réticents à connaître de plus mauvaises conditions de travail que les autochtones de même productivité, ce qui accroît leurs chances d’être embauchés relativement à ces derniers. Enfin, il note que les autochtones qui sont embauchés sur des contrats temporaires, qui sont marqués par une moindre rigidité salariale que les contrats à durée indéterminée, sont susceptibles de subir des baisses de salaires en conséquence de l’immigration.

 

Références

BORJAS, George (2003), « The labor demand curve is downward sloping: Reexamining the impact of immigration on the labor market », in Quarterly Journal of Economics, vol. 118, n° 4.

CARD, David (1990), « The impact of the Mariel boatlift on the Miami labor market », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 43, n° 2.

DOCQUIER, Frédéric , Çaglar OZDEN & Giovanni PERI (2014), « The labour market effects of immigration and emigration in OECD countries », in The Economic Journal, vol. 124, n° 579.

EDO, Anthony (2013), « The impact of immigration on native wages and employment », Centre d'économie de la sorbonne, working paper, n° 2013.64.

FRIEDBERG, Rachel M. (2001), « The impact of mass migration on the Israeli labor market », in Quarterly Journal of Economics, vol. 111.

FRIEDBERG, Rachel M., & Jennifer HUNT (1995), « The impact of immigrants on host countries wages, employment and growth », in Journal of Economic Perspectives, vol. 9.

HUNT, Jennifer (1992), « The impact of the 1962 repatriates from Algeria on the French labor market », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 45.

LEWIS, Ethan (2011), « Immigration, skill mix, and capital skill complementarity », in Quarterly Journal of Economics, vol. 126.

ORTEGA, Javier, & Gregory VERDUGO (2011), « Immigration and the occupational choice of natives: A factor proportions approach », Banque de France, document de travail, n° 335.

OTTAVIANO, Gianmarco, & Giovanni PERI (2012), « Rethinking the effects of immigration on wages », in Journal of the European Economic Association, vol. 10, n° 1.

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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 15:53
Comment le vieillissement démographique affecte-t-il la croissance de la productivité ?

Dans de nombreux pays développés, en particulier en Europe, les taux de fertilité déclinent dans un contexte où l’espérance de vie s’allonge et où l’immigration reste faible, si bien que la population tend à vieillir. Cela se traduit non seulement par une hausse des ratios de dépendance (par exemple, de la part des personnes âgées dans la population totale), mais également par une baisse des taux d’activité (la part des actifs dans la population en âge de travailler) et une hausse de l’âge moyen des personnes en emploi. La part des personnes âgées de plus de 55 ans devrait tout particulièrement s’accroître au cours des proches décennies, en particulier en Espagne, en Italie, au Portugal, en Grèce et en Irlande. Pour autant, même si l’Europe est aujourd’hui la région qui présente le plus grand pourcentage de personnes âgées de 60 ans ou plus, le reste du monde va également connaître un vieillissement rapide : en 2050, les plus de 60 ans représenteront plus du quart de la population dans chaque grande région du monde, à l’exception notable de l’Afrique [Aksoy et alii, 2015].

Si les économistes tendent à s’accorder pour considérer que la croissance démographique et le rajeunissement démographique stimulent la croissance économique (avec l’idée du « dividende démographique »), ils considèrent réciproquement que le vieillissement démographique freine la croissance économique, et ce via plusieurs canaux. Du côté de l’offre, le vieillissement de la population active, voire le déclin du nombre de personnes en âge de travailler, freine directement  la contribution du facteur travail à la croissance économique. Certes, il n’y a pas consensus autour de l’impact même sur l’épargne et (sa corollaire) la demande globale : pour autant, pour les néoclassiques, le vieillissement démographique tend à freiner la croissance économique en déprimant l’épargne agrégée ; pour les keynésiens, il tendrait au contraire à freiner la croissance et à alimenter les tensions déflationnistes en déprimant la demande globale. En poussant le taux d'intérêt naturel à la baisse, il serait l'une des principales causes de la stagnation séculaire  et contribuerait par là même à accroître la fréquence des épisodes de trappes à liquidité. La hausse des pensions de retraite dans un contexte d’affaiblissement des cotisations sociales et des rentrées fiscales tendrait à accroître la dette publique, donc à freiner la croissance économique en alourdissant le fardeau fiscal. 

Le vieillissement démographique est également susceptible d’affecter la croissance économique en modifiant la productivité. A un instant donné, les différentes classes d’âges dans la population active ne présentent pas le même niveau de productivité, si bien qu’une déformation de la composition en termes d’âge de la population active modifie le rythme de croissance de la productivité au niveau agrégé. En effet, la productivité d’un travailleur change tout au long de sa carrière. Plus il passe de temps en emploi, plus il acquiert d’expérience (notamment via l’apprentissage par la pratique). Par contre, plus il vieillit, plus il est lui est difficile d’acquérir de nouvelles compétences, d’apprendre à manier les nouvelles technologies ou à en créer de nouvelles, et plus les savoirs qu’il a déjà acquis se déprécient. Les compétences d’un travailleur pourraient dépendre tout particulièrement des compétences qu’il a initialement acquises, c’est-à-dire avant l’entrée même sur le marché du travail (lors de la scolarité) et lors des premiers temps dans la vie active : or plus le temps passe, plus ces compétences initiales s’usent ou deviennent obsolètes [Dixon, 2003]. Ainsi, la productivité d’un travailleur tendrait d’abord à augmenter, puis à décliner. Bref, il y aurait un âge, ou tout du moins une tranche d’âge, où la productivité atteindrait son maximum. Or, comme dans beaucoup de pays le salaire dépend de l’ancienneté, cela gonfler les coûts de production des entreprises alors même que leur main-d’œuvre perd en efficacité.

Plusieurs études empiriques suggèrent que la productivité et la propension à innover d’un individu atteignent leur maximum entre 40 et 50 ans [Aiyar et alii, 2016]. Par exemple, en analysant un large échantillon de pays développés et en développement entre 1960 et 1990, James Feyrer (2007, 2008) confirme en effet l’existence d’une relation en cloche entre l’âge et le niveau de productivité : la croissance de la productivité s’accélère lorsque la proportion des 40-49 ans parmi les travailleurs augmente, puis elle ralentit lorsque la proportion de travailleurs âgés augmente. A partir de données américaines sur la période 1975- 1995, Feyrer (2008) suggère que l’âge médian des innovateurs est stable autour de 48 ans, tandis que l’âge médian des dirigeants qui adoptent de nouvelles idées est plus proche de 40 ans. De son côté, Benjamin Jones (2010) constate que l’innovation est positivement associée aux cohortes jeunes et d’âge moyen, mais négativement affectée par les cohortes les plus vieilles. Yunus Aksoy, Henrique Basso, Ron Smith et Tobias Grasl (2015) montrent que les travailleurs âgés de plus de 50 ans ont un impact fortement négatif sur le nombre total de demandes de brevets. Par contre, les études portant sur des données plus désagrégées, par exemple celles obtenus au niveau des secteurs ou des entreprises prises individuellement rapportent des résultats plus nuancés. Axel Börsch-Supan et Matthias Weiss (2016) constatent par exemple que la productivité des travailleurs d’un grand constructeur automobile allemand commence à décliner à partir de 60 ans environ. Ces résultats pourraient suggérer que des externalités négatives tendraient à estomper au niveau agrégé certains effets positifs associés aux travailleurs âgés.

Au final, le vieillissement de la population active pourrait ainsi initialement stimuler l’innovation et la croissance de la productivité agrégée (dans la mesure où une part croissante des travailleurs se rapprochent de la tranche d’âge où ils sont les plus efficaces et innovants), avant de les déprimer (dans la mesure où une part croissante des travailleurs dépassent l’âge où leur productivité est maximale).

En analysant les données américaines, Nicole Maestas, Kathleen Mullen et David Powell (2016) montrent qu’un accroissement de 10 % de la part des 60 ans et plus dans la population déprime la croissance du PIB par tête américain de 5,5 %. Ainsi, le vieillissement démographique contribuerait à réduire la croissance annuelle du PIB américain de 1,2 point de pourcentage au cours de cette décennie et de 0,6 au cours de la suivante. Ce ralentissement s’expliquerait pour les deux tiers par la baisse du taux de croissance du PIB par travailleur (c’est-à-dire de la productivité du travail) et pour le tiers restant par le ralentissement de la croissance de la population active. En outre, ils constatent que le déclin de la croissance de la productivité occasionné par le vieillissement de la population active s’observe à chaque tranche d’âges des travailleurs. Autrement dit, une plus forte présence de travailleurs âgés rend les autres travailleurs moins efficaces.

En analysant les données relatives à 28 pays européens, Shekhar Aiyar, Christian Ebeke et Xiaobo Shao (2016) constatent que la croissance du nombre de travailleurs âgés de plus de 55 ans a contribué à réduire la croissance de la productivité totale des facteurs de 0,1 point de pourcentage en moyenne au cours des deux dernières décennies. L’impact n’a bien évidemment pas été le même d’un pays à l’autre : en Lettonie, en Lituanie, en Finlande, aux Pays-Bas et en Allemagne, ce sont environ 0,2 points de pourcentage qui ont été amputés chaque année à la croissance de la productivité totale des facteurs. Entre 2014 et 2035, le vieillissement de la population active devrait réduire la croissance de la productivité totale des facteurs de 0,2 points de pourcentage en moyenne. Cet effet serait encore plus sévère dans les pays comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal, la Grèce et l’Irlande où l’on prévoit un vieillissement rapide de la main-d’œuvre dans un contexte de fort endettement public.

 

Références

AIYAR, Shekhar, Christian EBEKE & Xiaobo SHAO (2016), « The impact of workforce aging on European productivity », FMI, working paper, n° 16/238.

AKSOY, Yunus, Henrique S. BASSO, Ron P. SMITH & Tobias GRASL (2015), « Demographic structure and macroeconomic trends », Banco de España, documento de trabajo, n° 1528.

BÖRSCH-SUPAN, Axel, & Matthias WEISS (2016), « Productivity and age: Evidence from work teams at the assembly line », in The Journal of the Economics of Ageing, vol.7.

DIXON, Silvia (2003), « Implications of population ageing for the labour market », in Labour Market Trends.

FEYRER, James (2007), « Demographics and productivity », in The Review of Economics and Statistics, vol. 89, n° 1.

FEYRER, James (2008), « Aggregate evidence on the link between age structure and productivity », in Population and Development Review.

JONES, Benjamin (2010), « Age and great invention », in The Review of Economics and Statistics, vol. 92, n° 1.

MAESTAS, Nicole, Kathleen J. MULLEN & David POWELL (2016), « The effect of population aging on economic growth, the labor force and productivity », NBER, working paper, n° 22452.

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 21:09
Quel lien entre croissance démographique et émissions de gaz à effet de serre ? 

Depuis Malthus, beaucoup accusent régulièrement la croissance démographique d’être à l’origine des dégâts environnementaux et désormais des émissions de gaz à effet de serre. Or, cette relation est loin d’être évidente. Les modes de vie changent continuellement, notamment sous l’impulsion de dynamiques aussi diverses que la hausse du niveau de vie, le progrès technique et l’urbanisation, et ils peuvent devenir plus ou moins polluants, si bien qu’une population peut aussi bien davantage polluer tout en restant constante que continuer à croître en polluant moins. Si Paul Erlich et John Holdren (1971) ont par exemple affirmé que la croissance démographique constituait le principal facteur contribuant à l’accroissement des dégâts environnementaux, Barry Commoner (1972) a minimisé le rôle qu’elle pouvait jouer et mis plutôt l’accent sur l’impact des changements technologiques. Afin de mieux isoler l’importance respective des différents facteurs susceptibles de contribuer aux dégâts environnementaux, Barry Commoner a proposé l’équation IPAT, qui se note ainsi :

I = P x A x T

Cette identité comptable indique que l’impact d’une population sur l’environnement (I) dépend de la taille de la population (P), du niveau de production ou de consommation par tête (« affluence » en anglais, A) et d’un effet technologie (T) correspondant à la quantité de pollution émise par unité produite ou consommée. Elle rappelle que les nuisances environnementales tendent à augmenter si la population augmente, si la consommation ou la production moyenne par individu augmente ou encore si chaque unité produite ou consommée tend à être de plus en plus polluante. Réciproquement, elles peuvent rester constantes, voire décliner, si la propension à polluer de chaque unité produite et consommée diminue suffisamment pour compenser la croissance démographique et l’augmentation de la production et de la consommation par tête.

Les plus optimistes (notamment les néoclassiques) mettent précisément l’accent sur le progrès technique pour affirmer que la croissance démographique et la croissance économique peuvent tout à fait se poursuivre tout en permettant une baisse des émissions polluantes. Autrement dit, il pourrait exister une « courbe de Kuznets environnementale » et le progrès technique constituerait non seulement le principal moteur de la croissance économique à long terme, mais également le remède à l’un de ses plus grands « maux ». Les plus pessimistes (notamment les décroissants) estiment par contre que le progrès technique ne parviendra pas à contenir l’épuisement des ressources naturelles et le réchauffement climatique en raison de l’effet rebond qu’il entraîne : en réduisant la propension à polluer de chaque unité produite ou consommée, dont leur coût d’usage ou de production, les avancées technologiques sont susceptibles d’inciter les agents à davantage consommer et produire, ce qui tend au contraire à accroître la pollution.

Depuis sa création, l’équation IPAT est devenue l’un des cadres privilégiés des études démo-écologique, notamment pour déterminer le rôle exact des divers facteurs susceptibles de contribuer aux émissions de gaz à effet de serre. En s’appuyant sur elle, Thomas Dietz et Eugene Rosa (1997) constatent que l’élasticité des émissions de dioxyde de carbone (CO2) vis-à-vis de la croissance démographique est proche de l’unité. Autrement dit, une hausse de la population de 1 % se traduit par une hausse d’environ 1 % des émissions de CO2. Appliquant également le cadre IPAT pour étudier les données relatives à 93 pays entre 1975 et 1996, Anqing Shi (2003) constate que l’élasticité du dioxyde de carbone vis-à-vis de la croissance démographique est comprise entre 1,41 et 1,65 en fonction le modèle utilisé. En outre, elle semble bien plus élevée dans les pays en développement que dans les pays développés. Toutefois, ces diverses études ne prennent pas en compte le fait que cette élasticité puisse varier avec le niveau de la population et se concentrent sur un unique gaz à effet de serre. Matthew Cole et Eric Neumayer ont élargi la focale en étudiant également le dioxyde de souffre (SO2) et en tenant compte du fait que l’élasticité des émissions de polluants vis-à-vis de la croissance démographique puisse varier avec la taille même de la population. En ce qui concerne les émissions de CO2, ils constatent que les accroissements démographiques s’accompagnent de hausses proportionnelles des émissions, tandis qu’une hausse du taux d’urbanisation et une baisse de la taille des ménages accroissent les émissions. Pour les émissions de SO2, Cole et Neumayer constatent une relation en forme de U, avec l’élasticité des émissions vis-à-vis de la croissance démographique augmentant à des niveaux élevés de population.

Gregory Casey et Oded Galor (2016) ont récemment utilisé une équation tirée de l’équation IPAT pour estimer l’effet de la moindre fertilité sur les émissions de carbone. Ils observent comment les modifications de comportements en matière de fertilité affectent les émissions de carbone via trois canaux : la taille de la population, la structure en âges de la population et la production économique. Ils constatent que l’élasticité des émissions vis-à-vis de la population est presque sept fois plus élevée que l’élasticité des émissions vis-à-vis du revenu par tête. Les résultats de la régression impliquent que la croissance de la population peut ralentir de 1 % et le niveau de vie s’accroître de 7 % sans que la pollution n’augmente. Ces résultats ont de profondes implications, à la fois pour la politique économique et la politique environnementale. Les autorités publiques font (ou croient faire) face à un arbitrage en matière de politiques climatiques : la réglementation environnementale, les écotaxes ou les marchés des quotas d’émission peuvent certes réduire les émissions de carbone, mais en freinant la croissance économique, du moins à court terme (1). Les constats auxquels aboutissent Casey et Galor suggèrent qu’une baisse de la fertilité peut simultanément accroître le revenu par tête et réduire les émissions de carbone, c’est-à-dire contribuer à freiner le réchauffement climatique sans qu’il y ait de coûts économiques, ce qui permet de contourner l’arbitrage auquel les politiques climatiques font face.

 

(1) L’arbitrage ne tient pas forcément à plus long terme. Certes, les mesures contribuant à protéger l’environnement ont certes un coût économique (par exemple, la taxation environnementale réduit la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages), mais le réchauffement climatique lui-même freine la croissance. Or, de nombreuses études suggèrent que le coût des mesures nécessaires pour freiner le réchauffement climatique est certainement inférieur au coût de ce dernier : il est moins coûteux d’agir que de ne pas agir.

 

Références

CASEY, Gregory, & Oded GALOR (2016), « Population growth and carbon emissions », CEPR, discussion paper, n° 11659, novembre.

COLE, Matthew A., & Eric NEUMAYER (2004), « Examining the impact of demographic factors on air pollution », in Population and Environment, vol. 26, n° 1.

COMMONER, Barry (1972), « The environmental cost of economic growth », in Population, Resources and the Environment.

DIETZ, Thomas, & Eugene A. ROSA (1997), « Effects of population and affluence on CO2 emissions », in Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 94, n° 1.

EHRLICH, Paul R., & John P. HOLDREN (1971), « Impact of population growth », in Science, vol. 171.

SHI, Anqing (2003), « The impact of population pressure on global carbon dioxide emissions, 1975–1996: evidence from pooled cross-country data », in Ecological Economics, vol. 44, n° 1.

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