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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:19

L’économie chinoise contribue à une part croissante de la production mondiale et des échanges internationaux. Par exemple, la Chine réalisait 9,5 % des exportations mondiales en 2008, contre 3,3 % en 1998. Une telle dynamique est susceptible d’alimenter la désindustrialisation et cette dernière peut en retour affecter le reste de l’économie domestique. La France est susceptible d’en être particulier pénalisée. En effet, comme d’autres pays à haut revenu, la France a vu les importations chinoises s’accroître à un rythme rapide ; en comparaison avec les autres pays à haut revenu, la France se singularise par un important déficit commercial vis-à-vis de la Chine.

L’essor de l’économie chinoise a ainsi alimenté des craintes dans les pays développés quant à son impact sur les salaires et l’emploi. Par là même, beaucoup craignent que l’ouverture de la Chine aux échanges internationaux se traduise par un creusement des inégalités de salaires dans les pays développés, comme le suggère le théorème Stolper-Samuelson : comme les pays développés  sont relativement abondants en main-d’œuvre qualifiée relativement aux pays émergents comme la Chine, les premiers se spécialisent dans les activités intensives en travail qualifié, tandis que les seconds se spécialisent dans les activités intensives en travail peu qualifié. Dans les pays avancés, ce sont alors les travailleurs les moins qualifiés qui sont les plus exposés aux baisses de salaires et aux destructions d’emplois associées aux délocalisations vers la Chine et aux faillites d’entreprises domestiques. Le reste de l’économie peut s’en trouver affectée, via la baisse des investissements (des entreprises du secteur manufacturier) et de la consommation (de la part des personnes travaillant dans le secteur manufacturier). D’un autre côté, l’ensemble des résidents bénéficie de produits moins chers grâce aux importations, ce qui contribue à soutenir le pouvoir d’achat des moins qualifiés et plus largement à stimuler la demande, notamment en faveur des produits nationaux.

Dans une étude très influente, David Autor, David Dorn et Gordon Hanson (2013) ont analysé les effets de l’intensification de la concurrence des importations chinoises sur les marchés du travail locaux des Etats-Unis entre 1990 et 2007. Ils ont confirmé que l’accroissement des importations chinoises avait entraîné une hausse du chômage, une baisse de la population active et une baisse des salaires dans les marchés du travail locaux. En l’occurrence, l’intensification de la concurrence chinoise pourrait expliquer un quart de la baisse de l’emploi manufacturier qui a été observée au cours de la période dans l’ensemble des Etats-Unis.

Reprenant l’approche adoptée par Autor et alii, mais en l’appliquant cette fois-ci au cas français, Clément Malgouyres (2016) a récemment étudié l’ajustement des marchés du travail locaux face à l’accroissement de la concurrence chinoise. En l’occurrence, il a examiné comment la concurrence des importations chinoises a affecté la structure de l’emploi et des salaires, aussi bien dans l’industrie française que dans le reste de l’économie française, sur la période s’étalant entre 1995 à 2007.

Malgouyres met en évidence un effet négatif de la concurrence chinoise sur l’emploi, aussi bien dans le secteur manufacturier que dans les autres secteurs. Entre 2001 et 2007, les importations chinoises ont pu entraîner la destruction de 90.000 emplois dans le secteur manufacturier et de 180.000 emplois dans le secteur des biens non échangeables. Ainsi, l’intensification de la concurrence des importations chinoises a pu contribuer à environ 13 % du déclin total de l’emploi manufacturier que l’on a pu observer sur la période. Ce chiffre est plus faible que celui-obtenu par Autor et alii dans le cas des Etats-Unis, mais plus important que les valeurs trouvées pour d’autres pays européens, notamment l’Allemagne et la Norvège. Malgouyres observe un véritable effet multiplicateur dans les destructions d’emplois en France, allant du secteur manufacturier au reste de l’économie locale : chaque emploi détruit dans le secteur manufacturier entraîne la destruction d’environ 1,5 emploi supplémentaire au niveau local. 

Lorsqu’il observe l’impact sur la composition des emplois, Malgouyres constate que les destructions d’emplois sont concentrées dans les professions à faibles compétences et dans les professions exigeant un niveau intermédiaire de compétences. La concurrence chinoise est associée à une polarisation de la structure des emplois dans le secteur manufacturier, puisqu’au sein de ce dernier les destructions d’emplois sont les plus fortes dans les professions à compétences intermédiaires. 

Enfin, Malgouyres a étudié comment l’accroissement de la concurrence chinoise a influencé la distribution des salaires en France. Il confirme que cet effet est négatif, mais il constate aussi que celui-ci n’est pas le même d’un secteur à l’autre. C’est l’ensemble des salaires qui tend à diminuer dans le secteur manufacturier, un résultat qui contraste avec les résultats obtenus dans le cas des Etats-Unis ou dans le cas de l’Allemagne, où il ne semble pas y avoir d’impact sur les salaires du secteur manufacturier. Par conséquent, il n’y a pas eu d’accroissement des inégalités salariales dans le secteur manufacturier en France, malgré la polarisation des emplois entraînée par l’intensification de la concurrence chinoise. Par contre, l’impact de cette dernière se concentre sur le milieu de la distribution dans les autres secteurs : seuls les salaires au milieu de la distribution sont poussés à la baisse dans le secteur abrité. C’est donc dans ce dernier que la concurrence chinoise entraîne une polarisation des salaires. Malgouyres observe le ratio rapportant le salaire du 85ème centile sur le salaire afin de préciser l’impact sur les inégalités salariales. Il constate que ce ratio ne se modifie pas en moyenne, mais qu’il tend à s’accroître suite au choc associé aux importations chinoises dans les zones où le salaire minimum s’avère peu contraignant, ce qui montre que les institutions du marché du travail contribuent à façonner l’impact des chocs commerciaux sur la répartition des salaires.

 

Références

AUTOR, David H., David DORN & Gordon H. HANSON (2013), « The China syndrome: Local labor market effects of import competition in the United States », in American Economic Review, vol. 103, n° 6.

MALGOUYRES, Clément (2016), « The impact of Chinese import competition on the local structure of employment and wages: Evidence from France », Banque de France, document de travail, n° 603.

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17 septembre 2016 6 17 /09 /septembre /2016 11:18

Dans les pays développés, les taux d’intérêt réels restent à un faible niveau, aussi bien à court terme qu’à long terme, et les taux directeurs sont toujours contraints par la borne inférieure zéro. Et pourtant, l’activité économique y demeure bien faible ou, en tout cas, insuffisamment robuste pour permettre une normalisation de la politique monétaire, comme l’illustre les maints reports d’une nouvelle hausse du taux directeur de la Fed. A l’exception de l’Allemagne et des Etats-Unis, la production demeure en-deçà de son niveau potentiel dans la plupart des pays développés. Cette situation a pu suggérer que les taux d’intérêt réels observés sont supérieurs au taux d’intérêt naturel. La borne inférieure empêche notamment les taux d’intérêt nominaux de suffisamment baisser pour ramener l’économie au plein emploi. Plusieurs banques centrales ont certes commencé à pousser leurs taux directeurs en territoire négatif, mais rien n’assure qu’elles puissent les fixer loin de zéro. Pour beaucoup d’économistes, cette situation risque de durer. Reprenant une thèse développée par Alvin Hansen suite à la Grande Dépression, Larry Summers (2015) estime par exemple que les pays développés sont entrés dans une ère de stagnation séculaire, où l’insuffisance de la demande globale est structurelle.

Pierre-Olivier Gourinchas et Hélène Rey (2016) se sont récemment demandé si et pourquoi les taux d’intérêt réels mondiaux sont susceptibles de rester faibles. Tout d’abord, ils ont décomposé les fluctuations du ratio consommation sur richesse au cours de longues périodes de temps de quatre grands pays développés : l’Allemagne, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni. Ils montrent que les variations de ces ratios anticipent les variations du taux d’intérêt réel. Leurs estimations suggèrent que les taux d’intérêt réels de court terme est susceptible de rester copris entre -2% et 0% jusqu’à au moins 2021, avec un taux d’intérêt naturel très certainement plus faible encore. Ainsi, le taux d’intérêt réel mondial est susceptible de rester faible, voire négatif pendant une longue période de temps, et l’activité économique est par conséquent elle-même promise à rester faible. En fait, il y a eu deux épisodes historiques au cours desquels le ratio consommation sur richesse s’est retrouvé démesurément faible : le premier épisode débuta en 1929, avec l’éclatement de la Grande Dépression, et dura jusqu’à la Seconde Guerre mondiale (c’est-à-dire à l’époque où Alvin Hansen introduisit le concept de stagnation séculaire) ; le second débuta en 1997 et est toujours en cours (c’est durant cet épisode que Larry Summers s’est réapproprié la thèse de la stagnation séculaire). 

La littérature a proposé plusieurs candidats susceptibles d’expliquer un déclin persistant des taux d’intérêt réels, notamment un ralentissement du progrès technique, le vieillissement démographique, un excès mondial d’épargne (global saving glut) et un déclin de l’investissement, dû par exemple à une baisse de son prix relatif [Eichengreen, 2015]. En effet, un ralentissement du progrès technique réduit la productivité marginale du capital ; la baisse de la fertilité et la hausse de l’espérance de vie sont susceptibles d’accroître l’épargne agrégée et de déprimer l’investissement ; le sous-développement financier et la forte croissance des pays émergents sont susceptibles de générer un excès mondial d’épargne, etc. Comme l’ont notamment suggéré Ricardo Caballero et Emmanuel Farhi (2014), la faiblesse des taux d’intérêt réels à court terme peut aussi résulter d’un accroissement de la demande d’actifs sûrs et en l’occurrence d’une pénurie d’actifs sûrs, en particulier suite aux crises financières. Suite à une crise financière, les entreprises, les ménages et les gouvernements peuvent chercher à se désendetter simultanément pour améliorer leurs bilans. Gourinchas et Rey estiment qu’aujourd’hui, tout comme lors de précédents épisodes historiques tels que la Grande Dépression, cette atonie des taux d’intérêt réels et de l’activité économie résulte d’un long et puissant processus de désendettement, qui se traduit par une raréfaction des actifs sans risque.

Gourinchas et Rey se penchent alors sur la question des déséquilibres internationaux. Ces derniers, lors des années quatre-vingt-dix et deux mille, résultaient, du moins selon certains, d’une combinaison de sous-développement financier et de forte croissance économique dans les pays émergents. Depuis la crise financière mondiale, l’économie mondiale est certes entrée dans une ère de faible croissance séculaire et les déséquilibres ont certes décliné, mais ces derniers persistent et peuvent même récemment avoir tendance à s’accroître de nouveau, notamment avec l’apparition et l’accroissement d’un excédent courant pour l’ensemble de la zone euro. Or, comme le suggèrent Caballero et alii (2015) et Eggertsson et alii (2015), lorsque les taux d’intérêt sont contraints par la borne inférieure zéro, les déséquilibres mondiaux deviennent particulièrement nuisibles. A la borne inférieure zéro, les excédents externes propagent la stagnation au reste du monde et font basculer l’ensemble de l’économie mondiale dans une trappe à liquidité : les pays cherchent à capter une plus grande part d’une demande mondiale déprimée, notamment en dépréciant leur devise, mais ils contribuent par là même à déprimer cette demande mondiale.

Enfin, Gourinchas et Rey analysent les fournisseurs d’actifs sûrs. Ils affirment que ces derniers font face à un arbitrage : soit ils s’exposent davantage aux chocs mondiaux avec le risque de larges pertes ex-post, soit ils laissent leur devise s’apprécier, mais ils en subissent alors immédiatement les effets réels négatifs. Dans ce contexte, Gourinchas et Rey parlent d’un « nouveau dilemme de Triffin » et d’une véritable « malédiction du fournisseur régional d’actifs sûrs ». Cet arbitrage est particulièrement aigu pour les plus petites économies. Ils estiment par exemple que cette malédiction est à l’œuvre dans deux fournisseurs régionaux d’actifs sûrs proéminents : la Suisse et le cœur de la zone euro, qui inclut non seulement l’Allemagne, mais également les Pays-Bas, la Belgique et la France. Or cette malédiction des fournisseurs d’actifs sans risques contribue significativement aux forces contraires auxquelles l’économie mondiale fait actuellement face.

 

Références

CABALLERO, Ricardo J., & Emmanuel FARHI (2014), « The safety trap », NBER, working paper, n° 19927, février.

CABALLERO, Ricardo J., Emmanuel FARHI & Pierre-Olivier GOURINCHAS (2015), « Global imbalances and currency wars at the ZLB », NBER, working paper, n° 21670, octobre.

EGGERTSSON, Gauti B., Neil R. MEHROTRA, Sanjay R. SINGH & Lawrence H. SUMMERS (2016), « A contagious malady? Open economy dimensions of secular stagnation », NBER, working paper, n° 22299, juin.

EICHENGREEN, Barry (2015), « Secular stagnation: The long view », NBER, working paper, n° 20836, janvier.

GOURINCHAS, Pierre-Olivier, & Hélène REY (2016), « Real interest rates, imbalances and the curse of regional safe asset providers at the zero lower bound », NBER, working paper, n° 22618, septembre.

SUMMERS, Lawrence (2014), « U.S. economic prospects: Secular stagnation, hysteresis, and the zero lower bound », in Business Economics, vol. 49, n° 2.

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 21:54

Jusqu’à la fin des années deux mille, la croissance chinoise reposait étroitement sur les exportations. Ce modèle a certainement contribué à ce que la Chine connaisse pendant deux décennies une croissance exceptionnellement forte et voie son niveau de vie tripler. Suite à son accession à l’OMC, la Chine est rapidement devenue le premier exportateur au monde. La crise financière mondiale de 2008 a toutefois montré la fragilité de ce modèle de croissance : avec la chute de la demande dans le monde, les exportations chinoises ont chuté, freinant brutalement la croissance chinoise. A long terme, même en l’absence de crise mondiale, ce modèle de croissance aurait révélé ses limites. En effet, si la Chine a pu bénéficier de faibles coûts salariaux et ainsi produire et exporter des biens à bas coûts, c’est notamment parce qu’elle a bénéficié d’un large réservoir de main-d’œuvre inemployée en provenance des campagnes, mais ce réservoir n’est pas inépuisable : à mesure qu’il se tarit, les salaires sont poussés à la hausse, érodant l’avantage comparatif de la Chine à l’exportation. Beaucoup ont alors jugé nécessaire que l’économie chinoise se rééquilibre, c’est-à-dire connaisse tout un ensemble de transformations structurelles contribuant à ce que sa croissance économique soit plus soutenable à long terme ; les autorités chinoises ont elles-mêmes multiplié les mesures pour veiller à ce que le rééquilibrage s’opère sans heurts. C’est précisément sur ce processus de rééquilibrage que Longmei Zhang (2016) s’est récemment focalisé.

Zhang rappelle que les déséquilibres de l’économie chinoise s'expliquent notamment par son taux d’épargne exceptionnellement élevé. Il est l’un des plus élevé au monde et s’explique essentiellement par la forte épargne des ménages. Entre la fin des années soixante-dix et ces dernières années, le taux d’épargne des ménages est passé de 5 % à 40 %. Avec l’introduction de la politique de l’enfant unique à la fin des années soixante-dix, la fertilité a fortement diminué dans les villes, ce qui accrut l’épargne des ménages, comme ces derniers dépensaient moins pour leurs enfants et durent davantage épargner pour leur retraite. En outre, la hausse de l’épargne au niveau agrégé peut également s’expliquer par la hausse de la part de la population en âge de travail. Enfin, le surcroît d’épargne peut aussi répondre à un motif de précaution. Cela pourrait être notamment le cas après la réforme des soins au début des années quatre-vingt-dix, qui obligea les ménages à prendre en charge une plus grande part des dépenses de santé, ou encore avec la réforme des entreprises publiques à la fin des années quatre-vingt-dix, avec la fin de l’emploi à vie dans les entreprises publiques, qui réduisit la sécurité de l’emploi pour les travailleurs.

Cette tendance à générer une épargne excessive n'est pas sans conséquence pour l'économie mondiale. Lorsque l’épargne dépasse les besoins pour l’investissement domestique, elle tend à être exportée dans le reste du monde, ce qui se traduit par un excédent de compte courant pour le pays. Avant la crise financière mondiale, la forte épargne chinoise a pu contribuer aux déséquilibres globaux en alimentant l’excès mondial d’épargne (global saving glut) et par là même à nourrir la spéculation et la formation de bulles en poussant les taux d’intérêt mondiaux à la baisse. En outre, que ce soit à la veille de la crise financière mondiale ou bien suite à celle-ci, la persistance de larges excédents courants génère des pressions déflationnistes sur le reste du monde et conduit à déprimer la demande globale. La réduction des déséquilibres que provoque la Chine au niveau mondiale ne peut alors passer que par une forte croissance de sa demande domestique.

Après la crise financière mondiale, la Chine a peut-être fait quelques progrès en termes de rééquilibrage externe, mais au prix de plus grands déséquilibres du côté de la demande interne. En effet, l’excédent de compte courant de la Chine atteignait 10 % du PIB en 2007 ; il s’élevait autour de 2-3 % du PIB au cours des dernières années (cf. graphique 1). La contribution des exportations nettes à la croissance s’élevait à 2 % du PIB par an à la veille de la crise ; elle a fluctué autour de zéro ces dernières années. Bref, les exportations ne sont plus le principal moteur de la croissance chinoise ; c’est bien la demande domestique qui tire cette dernière.

GRAPHIQUE 1 Solde du compte courant et investissement de la Chine (en % du PIB)

Où en est le rééquilibrage de l’économie chinoise ?

Quelques progrès ont été réalisés dans la réorientation de la demande interne de l’investissement vers la consommation. L’investissement, qui contribuait déjà fortement à la croissance chinoise avant la crise financière mondiale a atteint des niveaux encore plus élevés après, notamment sous l’impulsion des amples plans de relance adoptés par les autorités chinoises (cf. graphique 1). L’investissement représente toujours 43 % du PIB, tandis que la consommation privée représente seulement 38 % du PIB, ce qui fait apparaître l'économie chinoise comme une anomalie statistique au regard des autres pays émergents et des pays développés (cf. graphique 2). Dans cette optique, les hausses salariales contribuent certes à dégrader la compétitivité des produits chinois sur les marchés internationaux (ce qui impose à l'économie chinoise de se rééquilibrer), mais elles contribuent aussi à stimuler la consommation (ce qui facilite le rééquilibrage de l'économie chinoise).

GRAPHIQUE 2 Formation brute de capital fixe et consommation privée dans les pays émergents et développés (en % du PIB)

Où en est le rééquilibrage de l’économie chinoise ?

Du côté du crédit, Zhong note une détérioration des déséquilibres : l’économie chinoise est encore plus dépendante du crédit qu’avant la crise financière mondiale. Si l’expansion du crédit par le passé a pu s’expliquer essentiellement par l’investissement, le fait qu’elle se soit récemment poursuivie à un rythme rapide alors même que l’investissement diminuait suggère que l’allocation du crédit a perdu en efficacité. L’intensité du crédit, qui correspond au montant de nouveaux prêts associé à chaque unité additionnelle de production, a plus que doublé depuis la crise financière mondiale. La détérioration de l’allocation du crédit est passée par le financement d’entreprises fragiles et notamment des entreprises publiques, qui financent la constitution de surcapacités dans la construction, la métallurgie, etc. Cette dynamique n’accroît pas seulement le risque de crise financière, elle fragilise davantage l’économie chinoise. Si une crise financière éclate, la croissance chinoise pourrait fortement décliner ; même si aucune crise financière n’éclate, la mauvaise allocation des ressources est susceptible de freiner la croissance à long terme et d’accréditer l’hypothèse que la Chine est susceptible de se retrouver piégée dans une trappe à revenu intermédiaire (middle-income trap), comme plusieurs pays émergents à forte croissance ont pu le faire par le passé.

GRAPHIQUE 3 Indice de Gini en Chine, avant et après redistribution

Où en est le rééquilibrage de l’économie chinoise ?

Les progrès ont été également nuancés en ce qui concerne l’environnement et les inégalités. L’intensité énergétique de la production a chuté, mais la pollution de l’air reste particulière forte dans les villes. L’indice de Gini était passé en Chine de 0,3 à 0,53 entre les années quatre-vingt et 2013, si bien qu’il atteignait l’un des niveaux les plus élevés au monde. Les inégalités de revenu demeurent encore particulièrement fortes, malgré la hausse régulière de la part du revenu rémunérant le travail. La politique budgétaire reste peu redistributive, dans la mesure où l’indice de Gini après redistribution n’est guère différent de l’indice de Gini avant redistribution (cf. graphique 3). Peut-être que le creusement des inégalités a pu contribuer à la croissance chinoise il y a quelques décennies, notamment pour financer l'accumulation du capital ; mais leur maintien, aujourd'hui, à un niveau élevé est susceptible de freiner la transition vers un modèle de croissance fondé sur la consommation des ménages.

GRAPHIQUE 4 Variation de la part de l'industrie dans le PIB (en % du PIB) dans les années qui suivent son pic

Où en est le rééquilibrage de l’économie chinoise ?

Par contre, Zhang note que le rééquilibrage de l’économie chinoise a été particulièrement prononcé du côté de l’offre. Comme les pays développés par le passé, la Chine a commencé à se désindustrialiser lorsque son niveau de vie a atteint environ 9.000 dollars américains (aux prix internationaux de 1990), le part de l’industrie dans la production nationale ayant atteint son pic en 2011. Depuis 2012, la part nominale de l’industrie a régulièrement diminué en Chine, à peu près au même rythme qu’elle l’avait fait dans les pays développés lorsqu’ils amorcèrent leur désindustrialisation (cf. graphique 4). Ce déclin s’explique tout particulièrement par l’effet-prix, puisque la baisse de la part réelle de l’industrie a été bien plus modeste. La part des emplois industriels dans l’ensemble des emplois a également atteint un pic en 2012 et diminue régulièrement depuis. Selon Zhang, l’essor de la consommation va contribuer au développement du secteur tertiaire ; et la tertiarisation de l'économie chinoise contribue en retour à l’essor de la consommation en alimentant les revenus du travail.

 

Référence

ZHANG, Longmei (2016), « Rebalancing in China––Progress and prospects », FMI, working paper, n° 16/183, septembre.

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