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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 23:12

« Les engagements de réduction de déficit et les premières mesures prises dans ce sens dans le collectif budgétaire de juillet 2012, comme celle annoncées dans le débat d’orientation budgétaire de juin 2012, indiquent une stratégie dont la première étape est d’aboutir à la réduction, quoiqu’il en coûte, du déficit public à 3 % du PIB à la fin de l’année 2013. Par sa vertu budgétaire, c’est donc une stratégie de sortie de la crise, censée assainir la situation des comptes publics et ainsi rassurer les marchés financiers comme les autres agents économiques, et mettre en place les conditions d’une reprise future vigoureuse. Cette stratégie s’appuie sur une réduction des dépenses publiques et une hausse de la fiscalité (…).

Cette stratégie de sortie de crise est pour le moins risquée car elle ne prend pas toute la mesure de la crise qui menace l’Europe aujourd’hui. Elle pourrait se justifier si nous étions d’ores et déjà sur une trajectoire de sortie de crise et s’il s’agissait d’en aménager les priorités. Mais l’Europe reste dans une situation de très forte incertitude, vivant dans l’attente d’un défaut massif de tel ou tel État membre de la zone euro, craignant la faillite de telle ou telle institution financière, subissant les conséquences d’une spirale d’austérité alimentée par la hausse des taux souverains. Or dans une telle situation, tout concourt à renforcer le piège de la trappe à liquidité et conduit à des multiplicateurs budgétaires élevés. Dès lors, la réduction ex ante du déficit par la hausse des impôts ou la réduction des dépenses pèse lourdement sur l’activité, ce qui limite, voire annule, la réduction effective des déficits. La dynamique d’augmentation de la dette publique ne peut être inversée et la réduction de l’activité accroît le risque de la socialisation de dettes privées insoutenables. La hausse des taux souverains est alimentée par l’incapacité à tenir les objectifs de déficits et par la hausse de la dette publique et contribue à accroître les déficits publics, obligeant à une austérité plus forte encore.

Une réponse à cette dynamique qui est en train de provoquer la désagrégation de l’euro serait sous une forme ou une autre la mutualisation des dettes publiques en Europe. Cette mutualisation impliquerait un contrôle plus ou moins complet des budgets publics des pays membres par une instance fédérale à la légitimité démocratique forte. Cette réponse serait donc celle de plus d’Europe et permettrait alors de définir une austérité "bien tempérée", pour la France comme pour ses principaux partenaires commerciaux, qui ferait de la sortie du chômage de masse involontaire et de la trappe à liquidité les préalables à un ajustement des finances publiques. Cette réponse permettrait de maintenir la soutenabilité des finances publiques sans impliquer les décennies perdues qui sont en train de se préparer. »

Éric HEYER, Mathieu PLANE et Xavier TIMBEAU, « Évaluation du projet économique du quinquennat 2012-2017 », note de l'OFCE, 26 juillet 2012.

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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 10:33

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La Révolution industrielle constitua un puissant choc asymétrique pour l'économie mondiale. Les nouvelles technologies apparues en Grande-Bretagne se diffusèrent après un bref délai à ses principaux voisins de l’Europe de l’ouest et à l’Amérique du nord. L'écart relativement modeste en termes de niveaux de revenus qui existait dans la période pré-industrielle entre les principales économies de l’Europe occidentale et le reste du monde laissa place au dix-neuvième siècle à la Grande Divergence. En 1820, les revenus par tête en Europe de l’ouest étaient 2,7 fois plus élevés qu’en Afrique ; en 1923, ils étaient 5 fois plus élevés.

La Révolution industrielle se traduisit par une Grande Spécialisation, marquée par de nettes différences entre le Nord et le Sud dans les spécialisations productives et les flux du commerce international. La Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, les Etats-Unis et, dans une moindre mesure, les autres pays de l’Europe de l’ouest et de l’Amérique du nord trouvèrent dans les nouvelles technologies un puissant avantage comparatif dans le secteur industriel par rapport au reste du monde. Ce cœur industriel exporta de larges volumes de biens manufacturés à la périphérie et importa de celle-ci de larges volumes de matières premières.

Le défi posé aux économies périphériques était de rejoindre le club des pays industrialisés à forte croissance. Dans ce contexte, si la chute des coûts de transport expose de manière croissante leurs industries à la concurrence européenne, elle leur permet également d’obtenir de moins chères ressources naturelles, essentielles comme intrants dans les processus productifs. Agustín S. Bénétrix, Kevin H. O’Rourke et Jeffrey G. Williamson (2012) ont observé les différentes phases de l’élargissement de l’industrie moderne aux économies en développement avec notamment comme objectif de déterminer quels régimes de commerce international ont favorisé ces dynamiques d’industrialisation. Ils dégagent huit faits stylisés concernant la convergence industrielle de la périphérie sur le cœur aux dix-neuvième et vingtième siècles.

1. La croissance industrielle rapide commença dans la périphérie au cours des années 1870 en Amérique latine et dans la périphérie européenne. Elle se diffusa à l’Asie après 1890 et à l’Afrique et au Moyen-Orient durant l’entre-deux-guerres. Il n’y a pas un modèle d’industrialisation similaire d’une région à l’autre. Si par exemple l’Amérique latine et la périphérie européenne se sont rapidement industrialisées en maintenant leurs barrières tarifaires, l’Asie du dix-neuvième siècle connut également une rapide croissance industrielle dans un contexte d’ouverture commerciale.

2. Bénétrix et alii identifient ensuite l’instant où débute le rattrapage industriel pour chaque région périphérique. Entre 1920 et 1989, les taux de croissance industrielle en périphérie ont été uniformément plus élevés que ceux observés dans les régions meneuses originelles. La convergence de la périphérie européenne et de l’Amérique latine sur le cœur industriel a commencé vers 1870 et elle ne s’interrompit qu’après 1990. De leur côté, l’Asie s’engagea dans un mouvement de convergence après 1890 et l’Afrique et le Moyen-Orient durant l’entre-deux-guerres ; ces trois régions poursuivent toujours leur convergence en fin de période. En outre, Bénétrix et alii remarquent qu’entre 1890 et 1972, le rattrapage s’explique essentiellement par l’accélération de la croissance dans la périphérie ; après le premier choc pétrolier, la convergence universelle de la périphérie sur le cœur industriel est essentiellement due au ralentissement de la croissance économique au sein de ce dernier.

3. Bien que l’Amérique latine ait connu une croissance industrielle extrêmement rapide entre 1879 et 1890, le point culminant de l’industrialisation périphérique se situe dans la période s’étalant de 1950 à 1972. Cette période marque également le point d’orgue de la convergence de la périphérie sur le cœur industriel.

4. La croissance industrielle rapide commença à se diffuser en Scandinavie, dans la périphérie européenne et en Amérique latine avant la Première Guerre mondiale ; en Asie durant l’entre-deux-guerres ; au Moyen-Orient et en Afrique du nord entre la Seconde Guerre mondiale et le premier choc pétrolier ; et enfin en Afrique subsaharienne durant les années quatre-vingt-dix. Les décennies comprises entre 1890 et 1938 virent s’opérer la plus rapide diffusion de l’industrialisation à la périphérie. 

5. Alors qu’une importante littérature empirique tend à montrer que les pays les plus pauvres ne connaissent pas une croissance plus rapide que les plus riches, Bénétrix et alii se demandent si les économies avec un plus faible niveau de production par personne expérimentent systématiquement une plus rapide croissance dans la production industrielle que les économies avec la production industrielle par tête élevée. D’après leurs données, les pays les moins industrialisés ont connu les taux de croissance industrielle les plus élevés statistiquement entre 1920 et 1989 ; cette convergence a été la plus forte entre 1950 et 1972.

6. Les taux de croissance ont été les plus volatiles, ainsi que les plus variables d’un pays à l’autre, durant l’entre-deux-guerres. La volatilité des taux de croissance et leur variabilité entre les pays, après avoir culminé dans l’immédiat après-guerre, ont ensuite très rapidement décliné pour connaître durablement leurs plus faibles niveaux historiques.

7. Les taux de croissance industrielle furent plus volatils dans les zones suiveuses que parmi les régions meneuses à chaque période de l’échantillon, excepté celle s’étalant de 1920 à 1938, les guerres mondiales et la Grande Dépression ayant affecté plus fortement le cœur industriel que la périphérie. Cela confirme l’idée selon laquelle la croissance économique s’avère bien plus volatile dans les pays en développement. La plus forte volatilité apparaît en outre comme un aspect intimement lié à l’activité industrielle.

8. Bénétrix et alii s’interrogent enfin sur la persistance des taux de croissance élevés au cours du temps ; ils cherchent à déterminer dans quelle mesure les pays à forte croissance lors d’une période donnée tendent à connaître également une haute croissance au cours de la période suivante. D’après leurs données, la rapide croissance industrielle de long terme n’apparaît pas avoir été pas particulièrement persistante au cours du vingtième siècle malgré d’importantes exceptions. En l’occurrence, le Brésil, la Bulgarie, la Chine, l’Inde, le Japon et la Russie affichent régulièrement d’exceptionnelles performances en termes de croissance, laissant suggérer aux trois économistes que la rapide industrialisation des BRIC constitue un phénomène aux profondes racines historiques.

 

Référence Martin ANOTA

BÉNÉTRIX, Agustín S., Kevin H. O'ROURKE & Jeffrey G. WILLIAMSON (2012), « The Spread of Manufacturing to the Periphery 1870-2007: Eight Stylized Facts », NBER working paper, n° 18221.

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23 juillet 2012 1 23 /07 /juillet /2012 20:05

L’offshoring, c’est-à-dire le transfert à l’étranger de l’ensemble des activités  d’une production donnée ou bien de certaines d’entre elles, tient une place importante parmi les débats publics et académiques au sein des pays développés. Les interrogations entourant ses répercussions sur l’économie domestique rejoignent plus largement celles concernant l’impact de la mondialisation sur l’emploi et les revenus. Si par exemple les préoccupations aux Etats-Unis tournent avant tout autour de l’impact de l’offshoring sur le niveau domestique des salaires, les Européens s’inquiètent plutôt de ses effets sur l’emploi. La présence d’une information codifiable plutôt que tacite, l’importance des tâches de routine ou encore l’exigence d’un contact physique et d’une proximité géographique jouent sur le caractère potentiellement transférable d’une activité productive à l'étranger. En prenant en compte ces caractéristiques, Blinder et Krueger (2009) estiment par exemple qu’un quart des emplois aux Etats-Unis sont délocalisables.

Gene M. Grossman et Esteban Rossi-Hansberg (2008) ont cherché à fournir un cadre théorique cohérent pour étudier la plus fine division du travail à l’œuvre à travers la fragmentation internationale du processus productif (qu’ils désignent sous le terme de « commerce de tâches) et son impact sur les prix, l’emploi et les revenus. En modélisant une économie à deux secteurs et incorporant deux types de travailleurs aux niveaux de qualifications différents, Grossman et Rossi-Hansberg montrent que l’offshoring est propre à générer un effet productivité qui bénéficie au facteur dont les tâches sont transférées à l’étranger. En d’autres termes, même si les emplois à faibles qualifications sont plus facilement transférables à l’étranger que les emplois à hautes qualifications, les travailleurs peu qualifiés peuvent finalement tirer profit des délocalisations. L’offshoring diminue en effet les coûts de production dans les secteurs employant intensivement du travail faiblement qualifié. La productivité des travailleurs peu qualifiés restants va alors augmenter et leurs salaires tendre également à s’accroître. De tels enchaînements sont contraires aux effets distributifs que les théories traditionnelles du commerce international associent habituellement à une diminution des coûts d’échange.

Deux effets vont toutefois contrarier cette dynamique de hausses salariales. D’une part, s’exerce en parallèle un effet Stolper-Samuelson : une diminution des prix relatifs des biens intensifs en travail faiblement qualifié, consécutive à l’accroissement de leur offre mondiale, va réduire les salaires relatifs des travailleurs peu qualifiés (les travailleurs qualifiés voient donc les leurs s’accroître). D’autre part, l’offshoring va libérer de la main-d’œuvre faiblement qualifiée dans l’économie domestique et l’offre excessive en travail peu qualifié qui en résulte va également tendre à diminuer les salaires relatifs de cette catégorie de travailleurs. Au final, si l’offshoring d’activités intensives en travail peu qualifié profite aux plus qualifiés, son impact sur les travailleurs les moins qualifiés apparaît ambigu et dépend de la puissance relative des forces à l’œuvre.

Hugo Rojas-Romagosa (2011) considère que les résultats obtenus par Grossman et Rossi-Hansberg constituent un cas particulier et ne tiennent pas sous des hypothèses moins restrictives en ce qui concerne les dotations factorielles ou la taille de l’économie. A partir d’un modèle d’équilibre général de commerce des tâches, il conclut que l’offshoring est susceptible de mener à de plus fortes inégalités dans les économies avancées, en particulier lorsque ces dernières sont larges, et éventuellement à une réduction des inégalités salariales dans les pays pauvres. Les dynamiques à l’œuvre seraient ainsi contraires à celles attendues dans les théories traditionnelles de commerce des biens finals.

Les études empiriques trouvent que les effets de l’offshoring sur l’emploi domestique sont soit négatifs, mais faibles, soit positifs. Si l’impact sur l’emploi est ambivalent, l’impact sur les salaires est plus précis. Les études s’accordent en effet pour montrer que l’offshoring a participé à l'accroissement des inégalités salariales entre les travailleurs qualifiés et les non qualifiés. L’externalisation des tâches productives à l’étranger se traduit généralement par une plus forte demande de travail qualifié et donc une hausse des salaires pour les plus qualifiés. Sascha O Becker, Karolina Ekholm et Marc Muendler (2009), en observant les multinationales allemandes, constatent en l’occurrence une corrélation positive entre la pratique de l’offshoring et la proportion de travailleurs hautement diplômés dans les entreprises.

Plus spécifiquement, les études se sont ces dernières années portées sur l’impact sur l’emploi et les salaires de l’offshoring de services : si celle-ci demeure encore relativement réduite, elle tend toutefois à rapidement se développer. En observant le comportement des firmes du Royaume-Uni sur la période s’étalant entre 1992 et 2004, Ingo Geishecker, Holger Görg et Christiane Krieger-Boden (2011) ont par exemple constaté que la délocalisation des activités de services affecte négativement le salaire réel des travailleurs faiblement et moyennement qualifiés, tandis qu’elle bénéficie aux travailleurs très qualifiés au travers de plus hauts salaires réels, ce qui contribue à accroître les inégalités salariales. L’impact sur l’emploi demeure également ambigu dans le domaine des services.

Dans un travail récent basé sur un panel de 1511 petites et moyennes entreprises japonaises, Yasuyuki Todo (2012) observe que les transferts d’activités réalisés par les PME nipponnes vers le reste du monde ne réduisent pas forcément l’emploi domestique. Les données révèlent une corrélation positive entre l’offshoring et les variations du nombre de travailleurs, mais celle-ci est due à la causalité allant de l’emploi à l’offshoring et non du dernier au premier. Les effets des délocalisations sur l’emploi au Japon apparaissent au final statistiquement peu significatifs. En outre, les entreprises transférant tout ou partie de leurs activités à l’étranger emploient une part croissante de travailleurs diplômés. Enfin, Todo (2012) décèle une légère amélioration du niveau de productivité des PME ; les gains de productivité ne constituent pas une source d’effet négatif de l’offshoring sur l’emploi.

 

Références Martin ANOTA

BECKER, Sascha O, Karolina EKHOLM & Marc MUENDLER (2009), « Offshoring and home employment », in VoxEU.org, 9 novembre.

BLINDER, Alan S., & Alan B. KRUEGER (2009), « Alternative Measures of Offshorability: A Survey Approach », CEPS working paper, n° 190.

GEISHECKER, Ingo, Holger GÖRG & Christiane KRIEGER-BODEN (2011), « Services offshoring increases wage inequality », in VoxEU.org, 24 décembre.

GROSSMAN, Gene M., & Esteban ROSSI-HANSBERG (2008), « Trading Tasks: A Simple Theory of Offshoring », in American Economic Review, n° 98.

ROJAS-ROMAGOSA, Hugo (2011), « Wage inequality in trade-in-tasks models ».

TODO, Yasuyuki (2012), « Effects of offshoring on home employment and skill upgrading », in VoxEU.org, 15 juillet.

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