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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 21:58

« Instaurer la confiance entre individus et développer des règles institutionnelles bien adaptées aux systèmes écologiques utilisés sont d'une importance capitale pour résoudre les dilemmes sociaux. Le résultat surprenant selon lequel les utilisateurs des ressources en relativement bon état, ou même en voie d’amélioration, investissent dans divers moyens de surveillance mutuels est lié à la nécessité essentielle du renforcement de la confiance. Malheureusement, les analystes politiques, les représentants de la force publique et les chercheurs qui appliquent toujours les mêmes modèles mathématiques simples à l'analyse des paramètres de terrain n'ont pas encore assimilé les leçons centrales rappelées ici. »

Elinor OSTROM, « Par-delà les marchés et les Etats. La gouvernance polycentrique
des systèmes économiques complexes », in Débats et politiques, n° 120, 2011.

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 13:18

Tout un courant des théories de la croissance endogène postule que la croissance soutenue du capital par tête résulte de l’investissement en capital public qui accroît les incitations des investisseurs privés à accumuler un stock de capital privé. Si le taux de rendement social d’un investissement excède le rendement privé, alors les politiques budgétaires peuvent élever le taux de croissance en encourageant l’investissement. A l’origine de ces réflexions, Robert Barro (1990) a proposé un modèle d’obédience néoclassique où les dépenses publiques constituent une variable déterminante de la croissance. La technique productive se caractérise ici par des rendements d’échelle constants et incorpore du capital privé et du capital public, ce dernier constituant un bien collectif. Ces propriétés permettent au modèle de générer une croissance auto-entretenue. La détermination de la trajectoire optimale va dépendre du niveau du taux d’imposition du revenu. En l’occurrence, deux effets jouent en sens contraire. D’une part, une hausse des prélèvements obligatoires permet de financer et d’accumuler davantage de capital public. D’autre part, la hausse du poids des prélèvements, notamment en accroissant les coûts de production, décourage l’initiative privée. Il existe donc un taux optimal d’imposition, maximisant la croissance économique : en-deçà de ce seuil, une hausse du taux d’imposition stimule l’activité ; au-delà, les effets néfastes font plus que compenser les effets positifs et l’activité s’en trouve pénalisée.

Cette modélisation originelle a donné lieu a de multiples développements. Tandis que Barro (1990) suppose que l’investissement public affecte directement la production agrégée, Koichi Futugami et al. (1993) vont de leur côté supposer que l’investissement n’affecte la production globale qu’indirectement, via le stock de capital public qui stimule la production économique. Le modèle de croissance endogène développé par Futugami et al. donne lieu à des dynamiques de transition qui n’apparaissaient pas dans celui de Barro. Il décrit finalement comme ce dernier une relation en U inversé entre le taux de croissance d’équilibre et le taux d’imposition du revenu. Ces modèles séminaux ont également en commun de supposer un budget gouvernemental en équilibre en tout point du temps, laissant dans l'ombre l'interaction entre investissement public et croissance lorsque le premier est financé par endettement. Il faut attendre les travaux de Stephen Turnovsky (1995) pour que cette hypothèse soit levée. Selon Turnovsky, le capital public stimule effectivement l’investissement privé. En outre, la dette publique n’affecte pas l’allocation des ressources à long terme : elle n’a donc pas d’effets nuisibles sur la croissance. Ainsi, un surcroît d’investissement public financé par endettement élève le taux de croissance d’équilibre. Parmi d’autres, Alfred Greiner (2007) a également élaboré un modèle de croissance endogène pour analyser les effets que peut avoir sur la croissance une hausse de l’investissement public si celle-ci était financée par endettement. II suppose que l’excédent primaire est une fonction linéaire positive de l’endettement public afin d’assurer la soutenabilité de ce dernier. Le risque est que le gouvernement réduise ses dépenses d’investissement pour stabiliser le ratio dette publique sur PIB.

Dans le sillage de ces travaux, Edward Buffie et d’autres économistes du FMI (2012) ont récemment modélisé les effets macroéconomiques de l’investissement public réalisé dans les pays à faible revenu. Ces derniers font toujours face à d’importants défis infrastructurels. Puisque les montants d’aides qu’ils perçoivent restent relativement limités, ils pourraient être incités à profiter du faible niveau de leur dette et de leur plus grand accès aux marchés du crédit pour financer ces dépenses publiques par endettement. Buffie et al. se proposent dans ce cadre d’identifier les risques associés aux différents modes de financement à disposition des autorités publiques. Leur modèle se caractérise par une fonction de production néoclassique et incorpore du capital privé et du capital public. Puisque ce dernier est productif, son accumulation élève directement le niveau de production, mais évince également une partie de l’investissement privé. Ce modèle prend en compte deux importants problèmes auxquels les gouvernements de pays à faibles revenus font face. Tout d’abord, les hausses dans l’investissement public n’impliquent pas forcément une hausse équivalente du stock de capital public. Une partie des dépenses publiques peuvent être gaspillées ou dépensées dans des projets à faibles rendements, ce qui réduit l’efficacité de l’investissement. Ensuite, des problèmes de coordination et des goulots d’étranglement dans l’offre durant la période de gestation des projets d’investissement vont entraîner un problème de capacité d’absorption. Les taux d’investissement particulièrement élevés peuvent entraîner des dépassements de budget et peser sur le budget public. Par conséquent, l’impact final de l’investissement public du capital va être particulièrement sensible à son niveau d’efficacité et à la capacité d’absorption.

Les résultats de Buffie et al. laissent apparaît que les surcroîts de production et de revenu permis par l’investissement public ont un impact positif sur les finances publiques. Les hausses de l’investissement en infrastructures peuvent ainsi s’autofinancer à long terme, mais des difficultés sont susceptibles de survenir à court terme si le coût du programme d’investissement n’est pas entièrement couvert par le financement concessionnel. Couvrir l’écart en augmentant les impôts ou réduisant les dépenses publiques entraîne de sévères ajustements macroéconomiques : l’investissement privé et la consommation sont partiellement évincés, tandis que les bénéfices de l’investissement public en termes de croissance sont retardés dans leur matérialisation. Financer le surcoût en utilisant le marché de la dette domestique s’avère aussi peu avantageux : la hausse subséquente des taux domestiques accroît les difficultés de financement et s’accompagne à nouveau d’une éviction de l’investissement privé et de la consommation. L’appel à l’épargne étrangère facilite la mise en œuvre des ajustements, mais n’est pas dénuée de risques. Ainsi, l’endettement public peut rapidement devenir insoutenable en raison de la faiblesse des taux de rendement, de l’inefficacité de l’investissement public, de la lenteur des ajustements budgétaires ou de la faible capacité d’absorption.

 

Références Martin ANOTA

BARRO, Robert (1990), « Government Spending in a Simple Model of Endogenous Growth », in Journal of Political Economy, vol. 98, n° 5.

BUFFIE, Edward, Andrew BERG, Catherine PATTILLO, Rafael PORTILLO, and Luis-Felipe ZANNA (2012), « Public Investment, Growth and Debt Sustainability: Putting Together the Pieces », IMF working paper, juin.

FUTAGAMI, Koichi, Yuichi MORITA and Akihisa SHIBATA (1993), « Dynamic Analysis of an Endogenous Growth Model with Public Capital », in Scandinavian Journal of Economics, vol. 95, n° 4.

GREINER, Alfred (2007), « An Endogenous Growth Model with Public Capital and Sustainable Government Debt », in The Japanese Economic Review, vol. 58, n° 3.

GUELLEC, Dominique, & Pierre RALLE (2003), Les Nouvelles Théories de la croissance, troisième édition, La Découverte, Paris.

TURNOVSKY, Stephen J. (1995), Methods of Macroeconomic Dynamics, MIT Press, Cambridge.

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7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 22:31

La zone euro, dans sa configuration institutionnelle actuelle, ne fait qu’accroître l’hétérogénéité entre les Etats-membres et générer de l’instabilité macroéconomique, mais surtout elle s’avère incapable de résoudre la crise actuelle. Le marché financier et l'union monétaire européens ne peuvent survivre en l’absence d’union bancaire et d’union budgétaire, voire à terme une véritable union politique. Ces différentes étapes de l’intégration économique impliquent chacune une perte de souveraineté toujours plus grande et toujours plus délicate. Les Etats-Unis démontrent en outre la lenteur d’un tel processus : l’intégration de leur marché bancaire ne s’est réellement achevée qu’à la seconde moitié du vingtième siècle. La crise de la zone euro avait peut-être débuté où ses membres prirent la décision de ne sauver que leurs propres banques domestiques [Münchau, 2012]. La persistance des turbulences bancaires et l’actuel épisode espagnol pourraient accélérer le programme d’intégration économique. Christine Lagarde s’est déjà prononcée en avril en faveur d’une supervision financière unifiée, d’une autorité de résolution bancaire unique et d’un seul fond d’assurance dépôt afin d’éliminer les perverses interactions entre les dynamiques d’endettement public et les difficultés bancaires. Le même mois, Mario Draghi avait appelé au renforcement de la supervision et de la résolution bancaires au niveau européen afin d’assainir le fonctionnement de l’Union Economique et Monétaire. 

Véron (2012b) identifie trois priorités dans l’établissement d’une union bancaire en zone euro. Tout d’abord, les banques devront partager plus largement leurs risques. L’actuelle pratique européenne crée des incitations perverses et rend les contribuables captifs des créanciers : les gouvernements européens ont tendance à rembourser l’ensemble créanciers des établissements en faillite et à réduire les pertes qu’ils encourent. Ensuite, les autorités européennes doivent disposer de la capacité opératoire de procéder à des restructurations bancaires sans nécessiter l’aval des autorités nationales. Pour cela, il est vital de mettre en place une structure d’intervention composée d’experts en restructuration et pouvant agir immédiatement au nom de l’ensemble de la zone euro. Enfin, il est urgent d’améliorer la confiance des déposants envers les banques et de prévenir les mouvements paniques de retraits en garantissant l’ensemble des dépôts de la zone euro via le FESF ou son successeur. Ainsi, selon Münchau (2012), une union bancaire devrait se composer de quatre éléments centralisés, en l’occurrence un fonds de résolution et de recapitalisation, un fonds d’assurance-dépôt illimitée, un régulateur centrale et un pouvoir de supervision central.

L’intégration de la politique bancaire fait face à de nombreux obstacles dans sa mise en œuvre [Véron, 2012a]. Tout d’abord, le Royaume-Uni constitue le principal centre financier en Europe, or il ne s’agit pas d’un Etat-membre de la zone euro. Il résiste à tout empiètement sur sa souveraineté en ce qui concerne la supervision et résolution bancaire. Ses plus grosses banques sont en outre en dehors du continent. Instaurer une union bancaire dans la seule zone euro est pourtant peu conciliable avec l’unification des marchés financiers au niveau de l’ensemble de l’Union européenne. Ensuite, les Etats-membres voient dans la politique bancaire un instrument essentiel de leur politique industrielle. Ils sont engagés à renforcer les champions bancaires nationaux (comme dans le cas du patriotisme économique en France) ou à protéger les liens existant au niveau local entre les communautés bancaires et politiques. De plus, la répression financière est une entrave supplémentaire au changement institutionnel : les Etats (sur)endettés sont en effet incités à s’appuyer sur leur système financier domestique pour réduire leurs propres difficultés financières en leur imposant d’acheter leur dette souveraine. La mise ne place d’une union bancaire priverait les Etats d’une partie des leviers pour procéder à la répression financière. Enfin, une union bancaire impliquerait des transferts transfrontaliers qui sont pour l’heure particulièrement controversés. Il n’est pas certain que les pays du nord de l’Europe acceptent de nouveau de payer pour les prises de risque excessives de la périphérie sud. Non seulement l’unification politique facilite le processus, mais il empêche que le dispositif d’assurance-dépôt génère un risque moral en encourageant les pays à quitter la zone euro en connaissance de cette garantie.


Références Martin ANOTA

MÜNCHAU, Wolfgang (2012), « A real banking union can save the Eurozone », in Financial Times, 3 juin.

VÉRON, Nicolas (2012a), « Banking union or financial repression? Europe has yet to choose », in VoxEU.org, 26 avril.

VÉRON, Nicolas (2012b), « Is Europe ready for banking union?  », in VoxEU.org, 23 mai.

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