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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 15:07

Ces dernières décennies ont été marquées par une forte volatilité des taux de change et par l’essor des mouvements internationaux de capitaux, contribuant à accroître la fréquence des crises de change et des sorties de capitaux, en particulier dans les pays en développement. Pour faire face aux répercussions de la volatilité des taux de change et préserver leur stabilité financière, les pays ont dû ressortir de nombreuses mesures, notamment les mesures macroprudentielles, les contrôles des capitaux et l’intervention sur le marché des changes. Pourtant, l’efficacité de chacun de ces instruments reste toujours sujette à débat.

La littérature a identifié deux canaux à travers lesquels les interventions sur le marché des changes sont susceptibles d’influencer les taux de change, en l’occurrence le canal du signalement et le canal de rééquilibrage des portefeuilles. Selon la théorie du canal du signalement (signaling channel), les interventions stérilisées sur le marché des changes peuvent influencer le taux de change en révélant des informations quant aux intentions de la banque centrale. Selon la théorie du canal du rééquilibrage des portefeuilles (portfolio balance channel), les interventions sur le marché des changes peuvent influencer le taux de change dans la mesure où les actifs domestiques et étrangers sont d’imparfaits substituts. Les interventions stérilisées accroissent alors l’offre relative d’actifs domestiques, ce qui pousse le taux de change à la baisse.

Durant les années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix, plusieurs études se sont focalisées sur interventions des pays avancés sur le marché des changes. Elles sont difficilement parvenues à conclure quant à leur efficacité à influencer le taux de change, si ce n’est lors des interventions menées de façon coordonnée par les principales banques centrales. Par la suite, les études se sont surtout focalisées sur les interventions des pays en développement sur le marché des changes. Celles-ci ont offert des résultats plus encourageants, quoique nuancés, sur l’efficacité des interventions à affecter les taux de change. La plupart de ces études portent toutefois sur des pays en particulier, si bien que leurs résultats sont difficilement généralisables. En fait, les études qui concluent à l’efficacité des interventions sur le marché des changes ne portent que sur certains cas spécifiques, sûrement en raison de l’endogénéité des décisions d’interventions de change. Même lorsque les auteurs parviennent à surmonter les problèmes d’endogénéité, les stratégies empiriques qu’ils utilisent échouent souvent à conclure sur l’efficacité des interventions de change. La plupart de ces études ont utilisé des données à haute fréquence, notamment intrajournalières, afin d’atténuer la causalité inverse, en partant du principe que les interventions de change sont prises à une plus faible fréquence que les variations du taux de change. En général, les études qui ont suivi cette approche ont conclu à l’efficacité à court terme des interventions de change sur le taux de change, mais elles ne sont pas concluantes quant à leurs effets au-delà de quelques jours. Ces études ont également pour défaut de ne porter que sur des pays en particulier à un moment donné, ce qui complique la généralisation de leurs résultats. 

A partir des données mensuelles sur la période 1996-2013 relatives à 52 pays, Gustavo Adler, Noemie Lisack et Rui Mano étudient l’impact d’une intervention sur le marché des changes sur le taux de change. Ils constatent que l’intervention affecte le niveau du taux de change d’une manière significative. L’achat d’une devise étrangère d’un point de pourcentage du PIB entraîne une dépréciation du taux de change nominal comprise entre 1,7 et 2 % et une dépréciation du taux de change réel comprise entre 1,4 et 1,7 %. Ces effets sont en outre assez durables : ils disparaissent de moitié entre 12 à 23 mois. Adler et ses coauteurs poursuivent leur analyse en s’interrogeant sur une possible asymétrie dans les répercussions des interventions sur le marché des chances : ils constatent que ces dernières sont aussi efficaces à combattre les appréciations que les dépréciations du taux de change.

 

Références

ADLER, Gustavo, Olivier BLANCHARD & Irineu de CARVALHO FILHO (2015), « Can foreign exchange intervention stem exchange rate pressures from global capital flow shocks? », document de travail.

ADLER, Gustavo, Noemie LISACK & Rui C. MANO (2015), « Unveiling the effects of foreign exchange intervention: A panel approach », FMI, working paper, juin.

DAUDE, Christian, Eduardo LEVY YEYATI & Arne NAGENGAST (2014), « On the effectiveness of exchange rate Interventions in emerging markets », OCDE, working paper, n° 324.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 22:59

La forte croissance que la Chine a connue ces trois dernières décennies a été particulièrement intensive en matières premières. En effet, en 2011, la Chine était à l'origine de 11 % de la consommation mondiale de pétrole, de 41 % de la consommation mondiale de cuivre et de 54 % de la consommation mondiale de fer. Les niveaux élevés d’investissement et l’urbanisation rapide ont fortement stimulé la demande chinoise de métaux. Par conséquent, la forte croissance chinoise a contribué à la hausse des prix du pétrole et plus largement à un véritable « supercycle » des prix des matières premières au cours de la dernière décennie. Cela a directement stimulé l’activité dans les pays exportateurs nets de matières premières, notamment ceux d’Amérique latine, d’Afrique subsaharienne, d’anciennes républiques soviétiques et du Moyen-Orient. Par contre, la hausse du prix des matières premières à pu peser sur l’activité économique des pays qui en sont des importateurs nets.

Or, malgré un rebond lors de la reprise consécutive à la Grande Récession, la croissance chinoise ralentit depuis le début de l’année 2011. L’économie chinoise a peut-être réorienté son modèle de croissance en réduisant sa dépendance vis-à-vis de la demande extérieure, mais elle se caractérise par de nombreux déséquilibres, notamment un surinvestissement, la constitution de capacités excédentaires, une envolée de l’endettement privé et certainement la formation d’une bulle immobilière. Si la majorité des prévisionnistes privilégient le scénario d’un atterrissage en douceur (soft landing) de l’économie chinoise, beaucoup n’écartent pas le scénario d’un atterrissage brutal (hard landing), marqué par une croissance durablement faible et par un effondrement de l’investissement. L'actuel krach boursier rend encore plus crédible ce second scénario.

Or, au fur et à mesure que la Chine prend une place toujours plus importante au sein de l'économie mondiale, cette dernière devient de plus en plus sensible à ses dynamiques domestiques. Ashvin Ahuja et Malhar Nabar ont ainsi observé les possibles répercussions mondiales d’un ralentissement de l’investissement chinois. Leur analyse suggère qu’une baisse d’un point de pourcentage de l’investissement en Chine se traduit par une réduction de la croissance mondiale de moins de 0,1 point de pourcentage. De leur côté, Ashvin Ahuja et Alla Myrvoda (2012) ont cherché à déterminer l’impact d’un effondrement de l’investissement immobilier de la Chine sur ses partenaires à l’échange. Ils ont constaté qu’une baisse de 1 % de l’investissement immobilier chinois entraînerait une baisse de 0,1 % du PIB domestique la première année et une baisse de 0,05 % de la production mondiale. Le Japon, la Corée du Sud et l’Allemagne seraient les économies qui en seraient les plus affectées.

Dans un récent document de travail de la Banque de France, Ludovic Gauvin et Cyril Rebillard (2015) ont cherché à évaluer quel serait l’impact d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise sur le reste du monde en se focalisant plus étroitement sur les canaux des échanges internationaux et des prix des matières premières. En l’occurrence, ils utilisent un modèle vectoriel autorégressif (VAR) pour observer les répercussions d'un ralentissement marqué de la croissance chinoise à 3 % et de la stagnation de l’investissement chinois. Ils s’appuient sur un échantillon de 36 pays avancés et en développement, composés aussi bien de pays exportateurs qu’importateurs de matières premières, représentant ensemble 88 % de l’économie mondiale. 

Gauvin et Rebillard constatent un impact significatif de l’atterrissage brutal sur les prix du pétrole et un impact encore plus important sur les prix des métaux. Ils identifient cinq canaux à travers lesquels les exportateurs de matières premières peuvent être affectés. Premièrement, une baisse des prix de matières premières réduirait la valeur des exportations, effriterait les recettes budgétaires et comprimerait au final le revenu national. Deuxièmement, les volumes d’exportations déclineraient également. Gauvin et Rebillard estiment toutefois que cet impact est moins important pour les exportateurs de matières premières que pour les voisins immédiats de la Chine. Troisièmement, l’investissement se détériorait, en raison des moindres incitations à investir dans le secteur extracteur de ressources naturelles et en raison du déclin des investissements publics associé au tarissement des recettes fiscales. Quatrièmement, les relations commerciales indirectes joueraient également un rôle via les effets de proximité. Par exemple, alors que chaque pays latino-américain a tendance à être un exportateur net de matières premières, ses propres voisins ont également tendance à être également des exportateurs nets de matières premières, si bien qu’un effet cumulé devrait s’exercer sur l’ensemble de la région. Enfin, le taux de change réel peut agir comme tampon dans certains pays exportateurs de matières premières. A l’inverse, les pays dont les taux de change sont ancrés au dollar américain soufreraient de son appréciation réelle.

Les régions les plus affectées par un atterrissage brutal de la Chine sont les régions qui sont soit géographiquement proches de la Chine et fortement intégrées avec celle-ci, soit qui constituent de grands exportateurs de matières premières. Par exemple les pays de l’ASEAN connaissent une perte cumulée équivalente à 9,4 % de leur PIB et les pays d’Amérique latine connaîtraient une perte cumulée équivalente à 7,5 % de leur PIB. Les pays avancés seront par contre moins affectés : après cinq ans, leurs pertes cumulées s’élèveraient à 2,8 % du PIB. En effet, ils sont essentiellement des importateurs nets de matières premières et ils commercent essentiellement entre eux. Par conséquent, l’écart de croissance entre les pays avancés et les pays en développement devrait diminuer et passer de 6 points de pourcentage (en moyenne entre 2007 et 2009) à moins d’un point de pourcentage, si bien que Gauvin et Rebillard parlent alors d’un « recouplage partiel ». Les deux auteurs offrent ainsi une explication au découplage observé dans les années deux mille entre les économies avancées et les économies en développement.

 

Références

AHUJA, Ashvin, & Alla MYRVODA (2012), « The spillover effects of a downturn in China’s real estate investment », FMI, working paper, n° 266, novembre.

AHUJA, Ashvin, & Malhar NABAR (2012), « Investment-led growth in China: global spillovers », FMI, working paper, n° 267, novembre.

GAUVIN, Ludovic, & Cyril REBILLARD (2015), « Towards recoupling? Assessing the global impact of a Chinese hard landing through trade and commodity price channels », Banque de France, working paper, n° 562, juin.

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 22:18

Après quatre années de relative stabilité autour de 105 dollars le baril, le prix du pétrole a fortement chuté depuis juin 2014, mettant peut-être ainsi un terme au supercycle des prix des matières premières qui s’était amorcé à la fin des années quatre-vingt-dix. John Baffes, Ayhan Kose, Franziska Ohnsorge et Marc Stocker (2015) ont analysé les causes de la baisse des prix du pétrole et ses répercussions macroéconomiques et financières.

La chute des prix du pétrole est certes importante, mais les quatre auteurs rappellent qu’elle n’est pas non plus sans précédents. Au cours des trois dernières décennies, il y a eu cinq autres épisodes au cours desquels les prix du pétrole ont baissé de plus de 30 % en moins de sept mois. La récente baisse des prix du pétrole possède plusieurs caractéristiques que l’on retrouve également avec la chute des années 1985-1986 ; cette dernière suivait une période de forte expansion de l’offre de pétrole de la part des producteurs n’appartenant pas à l’OPEP et elle résulte de la décision de l’OPEP d’accroître sa production. Les autres épisodes s’expliquent principalement par un affaiblissement de la demande mondiale ; ce fut le cas suite à la récession américaine de 1990, à la crise asiatique en 1997, à la récession américaine de 2000 et à la crise financière mondiale en 2008. 

La récente baisse des prix du pétrole s’explique par plusieurs facteurs : plusieurs années de hausses surprises de la production de pétrole non conventionnel, une faible demande mondiale, un changement significatif de la politique de l’OPEP, l’assouplissement de certains risques géopolitiques (réduisant les craintes de perturbations dans l’approvisionnement) et une appréciation du dollar américain. Bien que le rôle exact de chaque facteur soit difficile à évaluer, la renonciation par l’OPEP d’un soutien des prix et l’expansion rapide de l’offre de pétrole non conventionnel apparaissent avoir joué un rôle décisif à partir du milieu de l’année 2014. Jusqu’alors, la politique de l’OPEP contribuait tout particulièrement à soutenir les prix à un niveau élevé. Les estimations empiriques que réalisent Baffes et ses coauteurs suggèrent que les facteurs relatifs à l’offre expliquent davantage la baisse des prix que les facteurs relatifs à la demande. Dans la mesure où la plupart des facteurs à l’origine de la baisse des prix du pétrole sont susceptibles d’être toujours à l’œuvre à moyen terme, les prix du pétrole devraient rester à un niveau durablement faible, sans pour autant cesser d’être volatiles.

Baffes et ses coauteurs jugent ces résultats cohérents avec ce que les précédentes études ont pu suggérer. Rabah Arezki et Olivier Blanchard (2014) ont par exemple estimé que les facteurs relatifs à la demande n’ont contribué qu’à environ 20-35 % de la baisse des prix. Selon eux, les facteurs relatifs à l’offre et la décision de l’OPEP de ne pas réduire la production expliquent l’essentiel de cette baisse. James Hamilton (2014) suggère que la faiblesse de la demande mondiale n’explique qu’environ deux cinquièmes de la chute des prix. Enfin, Christiane Baumeister et Lutz Kilian (2015) estiment que la moitié de cette baisse reflète les effets cumulatifs de chocs d’offre et de demande antérieurs à juin 2014 ; l’autre moitié s’explique par des chocs qui sont survenus après, en particulier un affaiblissement de la demande de pétrole lié au ralentissement de l’économie mondiale en décembre ; par contre, aucun choc d’offre significatif ne semble s’être produit entre juin et décembre 2014.

La chute des prix du pétrole va entraîner de substantiels transferts de revenus des pays exportateurs de pétrole vers les pays importateurs, ce qui va stimuler l’activité économique à moyen terme. En l’occurrence, l’analyse des données historiques amènent Baffes et ses coauteurs à estimer qu’une baisse des prix du pétrole de 45 % liée à l’offre à l’offre tend à accroître la croissance mondiale de 0 ,7 à 0,8 points de pourcentage à moyen terme et à réduire l’inflation mondiale d’environ 1 point de pourcentage à court terme. Comme les biens alimentaires sont intensifs en énergie, cette même baisse devrait entraîner une baisse de 10 % des prix alimentaires, contribuant ainsi au ralentissement de l’inflation. L’activité économique des pays importateur s’en trouvera stimulée : la baisse des prix du pétrole va réduire les coûts de production des entreprises et accroître le pouvoir d’achat des ménages. Le solde extérieur des pays importateurs aura tendance à s’améliorer.

L’impact économique sur les pays exportateurs sera par contre négatif et bien plus immédiat. Les pays exportateurs vont connaître une détérioration de leur solde extérieur avec la contraction de la valeur des exportations, mais aussi une dégradation du solde budgétaire avec le tarissement des recettes fiscales tirées de l’exportation de pétrole. Les autorités budgétaires peuvent alors être incitées à consolider leurs finances publiques, ce qui contribuera à déprimer l’activité domestique. Les pays importateurs auront alors tendance connaître des sorties de capitaux, des pertes sur leurs réserves et de brutales dépréciations de leur devise. Les banques centrales sont alors incitées à resserrer leur politique monétaire pour stabiliser l’inflation et préserver la confiance des marchés, ce qui contribuera également à déprimer l’activité domestique.

En outre, plusieurs facteurs peuvent réduire l’impact expansionniste dans les pays importateurs. Le ralentissement de la baisse des prix du pétrole facilite a priori la mission des banques centrales des pays importateurs en réduisant les pressions inflationnistes. Or, dans les pays avancés, le ralentissement de l’inflation, dans un contexte où celle-ci est initialement faible, accroît le risque que les anticipations d’inflation ne soient plus ancrées et que l’économie bascule dans la déflation. En l’occurrence, plusieurs banques ont déjà ramené leurs taux directeurs au plus proche de zéro, si bien qu’elles peuvent difficilement assouplir davantage leur politique monétaire.

 

Références

AREZKI, Rabah, & Olivier BLANCHARD (2014), « Seven questions about the recent oil price slump », in iMFdirect (blog), 22 décembre 2014. Traduction française, « Sept questions sur la chute récente des cours du pétrole ».

BAFFES, John, M. Ayhan KOSE, Franziska OHNSORGE & Marc STOCKER (2015), « The great plunge in oil prices: Causes, consequences, and policy responses », CAMA, working paper, n° 23/2015, juin.

BAUMEISTER, Christiane, & Lutz KILIAN (2015), « Understanding the decline in the price of oil since june 2014 », CEPR, discussion paper, n° 10404, janvier.

HAMILTON, James (2014), « Oil prices as an indicator of global economic conditions », in Econbrowser (blog), 14 décembre.

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