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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 21:16

La mondialisation impose de puissantes contraintes aux systèmes économiques, financiers, sociaux et politiques. Michael Bordo et Harold James passent ainsi en revue quatre « trilemmes » identifiés par la littérature en finance internationale.

Le plus connu est le triangle des incompatibilités formalisé par Robert Mundell (1963). Selon lui, il ne peut y avoir simultanément liberté des mouvements des capitaux, fixité du taux de change et autonomie de la politique monétaire. Finalement, ce trilemme suggère que les pays doivent choisir entre deux alternatives : soit ils optent pour un approfondissement de la coopération international contraignant davantage les choix domestiques, soit ils adoptent des contrôles de capitaux pour sauvegarder l’autonomie de leur politique domestique. Tommaso Padoa-Schioppa (1982) a reformulé cette proposition en prenant en compte la politique commerciale et en parlant cette-fois-ci de « quatuor incohérent » à propos de la politique économique : il ne peut y avoir simultanément libre-échange, mobilité des capitaux, fixité des taux de change et indépendance de la politique monétaire. Hélène Rey (2013) a récemment montré que, dans un monde globalisé où les capitaux sont mobiles, la politique monétaire est contrainte, même si le taux de change est flottant. Elle identifie « un duo irréconciliable » en suggérant que les politiques monétaires ne peuvent retrouver leur indépendance qu’à la seule condition où le compte courant est administré, notamment via les mesures de politique macroprudentielle.

La globalisation financière et son lot de trilemmes

La plus grande fréquence des crises financières depuis les années quatre-vingt a amené les économistes à identifier d’autres incohérences. La libéralisation financière affaiblit les contraintes de financement, ce qui accroît le risque que le crédit connaisse une expansion excessive et que des déséquilibres financiers s’accumulent et finissent par se dénouer violemment par une crise financière. Tant que les capitaux afflux, les agents sont convaincus de la résilience du système financier domestique, ce qui les incite à prendre davantage de risques. Ainsi, au cours de l’histoire, l’irruption de capitaux dans les pays émergents caractérisés par un système bancaire fragile a régulièrement déclenché des crises financières internationales et certaines d’entre elles ont été suivies par des crises budgétaires avec le renflouement du secteur bancaire par l’Etat. En l’occurrence, comme le montre l’expérience de l’étalon-or, la crise asiatique ou plus récemment encore la crise de la zone euro, les afflux de capitaux se révèlent particulièrement perturbateurs lorsqu’ils surviennent dans un régime de taux de change fixe ou dans une union monétaire. Certains ont alors suggéré que l’adoption d’un régime de change flexible contribue à contenir les excès, puisqu’un afflux de capitaux devrait en principe entraîner une appréciation du taux de change qui ne peut que réduire l’attractivité des placements domestiques. Face aux afflux de capitaux, les pays doivent adapter leurs institutions, mais très souvent, ils échouent à le faire, si bien que les mouvements de capitaux alimentent finalement les comportements de chasse au rendement, la corruption et surtout l’instabilité financière. Ainsi, selon le deuxième trilemme, il est difficile de concilier l’ouverture du compte de capital, la fixité du taux de change et la stabilité financière.

La globalisation financière et son lot de trilemmes

Bordo et James prennent ensuite en compte la dimension politique de l'ouverture commerciale et financière. Ils rappellent que la mobilité des capitaux réduit la capacité des Etats démocratiques à opérer une redistribution des revenus et à taxer les hauts revenus. En outre, les Etats peuvent initialement apprécier les bénéfices associés aux entrées de capitaux, mais les Etats démocratiques peuvent toutefois désirer également décider de manière indépendante leur politique monétaire. Ils doivent alors arbitrer entre l’autonomie de leur politique monétaire et la capacité à attirer les capitaux. Chacune de ces deux options se caractérise par des problèmes d’incohérence temporelle : si la politique monétaire est d’autant plus efficace qu’elle n’est pas anticipée, les afflux de capitaux ne sont bénéfiques à l’économie que si les agents anticipent leur poursuite. Tant que les afflux se poursuivent, le système politique semble stable et l’opposition au gouvernement en place s’effrite. Par contre, lorsque l’économie subit une crise financière et économique suite à une fuite des capitaux, le système politique devient instable, les électeurs reportant le blâme sur les gouvernants en place et se tournant alors plus facilement vers des partis d’extrême-gauche ou d’extrême-droite. Pour Dani Rodrik (2000, 2007), nous ne pouvons poursuivre simultanément la démocratie, la souveraineté  nationale et la mondialisation. De leur côté, Bordo et James avancent un troisième trilemme : il y a une incompatibilité entre les flux de capitaux, l’indépendance de la politique monétaire et la démocratie.

La globalisation financière et son lot de trilemmes

Bordo et James s’interrogent alors sur les interactions entre la démocratie, les mouvements de capitaux et l’ordre international. Les démocraties acceptent l’ordre international lorsqu’il leur permet d’attirer des capitaux. Ce sont surtout les formes d’engagement politiques (comme les traités et alliances entre pays) et non pas monétaires (comme l’appartenance à l’étalon-or ou à une union monétaire) qui convainquent les créanciers de prêter. Les alliances signalent aux investisseurs que les gouvernements des pays créanciers contraindront les banques à continuer de prêter, ce qui réduit le risque d’un arrêt soudain dans les flux de capitaux. La mobilité des capitaux et les limites imposées par l'ordre internationale contraignent toutefois fortement les politiques domestiques. Lorsque les capitaux refluent et les bénéfices qu'ils apportent à l'économie domestique s'évanouissent, les incitations à respecter les engagements internationaux disparaissent également. Bordo et James formulent ainsi un quatrième trilemme : nous ne pouvons concilier simultanément les flux de capitaux, la démocratie et un ordre politique international stable.

La globalisation financière et son lot de trilemmes

Bordo et James concluent en soulignant qu’il existe toujours des situations intermédiaires en pratique, si bien que les autorités monétaires disposent toujours des marges de manœuvre pour les autorités publiques. Par exemple, Mundell soulignait déjà qu’il n’y a jamais une mobilité parfaite des capitaux, ni une autonomie totale de la politique monétaire, si bien que les restrictions apportées aux mouvements des capitaux laissent ainsi une certaine marge de manœuvre aux autorités monétaires.

 

Références

BORDO, Michael, & Harold JAMES (2015), « Capital flows and domestic and international order: Trilemmas from macroeconomics to political economy and international relations », NBER, working paper, mars.

MUNDELL, Robert A. (1963), « Capital mobility and stabilization policy under fixed and flexible exchange rates », in Canadian Journal of Economic and Political Science, vol. 29, n° 4.

PADOA-SCHIOPPA, Tommaso (1982), « Capital mobility: Why is the treaty not implemented? ».

REY, Helene (2013), « Dilemma not trilemma: The global financial cycle and monetary policy independence », document de travail présenté à la conference de Jackson Hole, août.

RODRIK, Dani (2000), « How far will international economic integration go? », in Journal of Economic Perspectives, vol. 14, n° 1.

RODRIK, Dani (2007), « The inescapable trilemma of the world economy ».

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 22:23

De nombreuses études suggèrent que les mesures budgétaires et monétaires associées au New Deal de Roosevelt ont contribué à la reprise américaine en stimulant la demande globale. L’impact sur l’offre est toutefois plus controversé. D’un côté, parmi les nouveaux keynésiens, Gauti Eggertsson (2012) a affirmé que la sortie de la déflation joua un rôle important dans la sortie de la dépression. En facilitant la collusion entre les travailleurs et les entreprises, le New Deal entraîna une hausse des prix et des salaires et mit ainsi un terme à la déflation. A l’opposé, des économistes comme Christopher Erceg, Michael Bordo et Charles Evans (2000) ou encore Harold Cole et Lee Ohanian (2004) affirment que ces mesures eurent des effets récessifs en accroissant les salaires réels et en restreignant la production.

Jérémie Cohen-Setton, Joshua Hausman et Johannes Wieland (2015) ont voulu éclairer ce débat en se penchant sur l’expérience française au milieu des années trente. En 1936, le gouvernement du Front populaire abandonna politiques déflationnistes que lui imposait l’étalon-or, il procéda à une dévaluation et il adopta plusieurs politiques d’offre ayant pour effet de stimuler l’inflation. En l'occurrence, avec les accords de Matignon de juin 1936, les salaires privés furent relevés de 7 à 15 %, les travailleurs bénéficièrent de deux semaines de congés payés et la durée hebdomadaire du travail fut ramenée à 40 %, à nouveau sans réduction de salaire. L’élection du Front populaire en mai 1936 conduisit à une forte révision à la hausse des anticipations d’inflation. Les prix de gros avaient chuté de 5 % en 1935, mais ils augmentèrent de 16 % en 1936, de 38 % en 1937 et de 14 % en 1938. La forte accélération de l’inflation, dans un contexte où les taux d’intérêt nominaux ne varièrent que faiblement, entraîna une chute des taux d’intérêt réels de près de 40 points de pourcentage. Selon les modèles des nouveaux keynésiens, cette baisse des taux d’intérêt réels aurait dû conduire à une hausse soutenue de la production. Pourtant, contrairement aux prédictions de ces modèles et à l’expérience des autres pays, la production française stagna : entre mai 1936 et novembre 1938, la production industrielle (corrigée des variations saisonnières) chuta de pratiquement 10 %.

Les données temporelles et transversales suggèrent que les politiques d’offre, en particulier les 40 heures, contribuèrent effectivement à la stagnation française. Comparé aux autres pays durant les années trente, la France fut quasiment la seule à connaître à la fois une forte accélération de l’inflation et une stagnation de la production. Les variations des prix et de la production au sein de l’économie française coïncidèrent véritablement avec les actions entreprises par le gouvernement. Les prix commencèrent à augmenter lorsque le gouvernement du Front populaire fut élu en mai 1936 et ils grimpèrent encore plus rapidement lorsque la France abandonna l’étalon-or en septembre 1936. La production chuta tout d’abord suite à la prise de pouvoir du gouvernement du Front populaire, puis elle se releva peu après que la France ait dévalué. Lorsque la réduction de la durée hebdomadaire du travail fut pleinement entrée en vigueur, la production chuta à nouveau.

Cohen-Setton et ses coauteurs proposent alors un modèle de déséquilibres qui soit cohérent, d’une part, avec les effets expansionnistes associés à la baisse des salaires réels et, d’autre part, avec les effets récessifs associés à la hausse des salaires réels. Ils supposent que les salaires ne peuvent chuter en-deçà d’un certain seul. Lorsque la productivité du travail chute en-deçà de ce seuil, les entreprises considèrent qu’il n’est plus rentable d’embaucher de nouveaux travailleurs et d’accroître la production. Il y aurait donc un niveau maximal de production. Aussi longtemps que l’économie n’est pas contrainte en termes d’offre, la production croît d’autant plus que les anticipations d’inflation sont révisées à la hausse. Par contre, une hausse excessive des salaires réels empêche les entreprises de répondre à une plus forte demande, même lorsque la production est bien inférieure à son niveau potentiel. Lorsque la demande des ménages est rationnée, même une large baisse des taux d’intérêt réels peut échouer à stimuler la production.

Cette étude est particulièrement éclairante pour les politiques économiques menées aujourd’hui. De nombreuses banques centrales, incapables de baisser leurs taux d’intérêt en raison de la borne inférieure zéro, cherchent à relever les anticipations d’inflation, notamment la Banque du Japon en déployant la « première flèche » de l’abenomics. Cohen-Setton et ses coauteurs considèrent qu’un relèvement des anticipations d’inflation est essentiel pour sortir l’économie d’une trappe à liquidité. Leur étude les amène toutefois à conclure qu’il y a de bonnes et de mauvaises manières de les relever. En l’occurrence, la dévaluation du franc fut une bonne manière de stimuler les anticipations d’inflation ; elle permit ainsi à l’économie française de renouer avec une expansion, même de courte durée. Ce résultat est cohérent avec la conclusion de Barry Eichengreen et Jeffrey Sachs (1985) selon laquelle la plupart des pays connurent une reprise, suite à la Grande Dépression, que lorsqu’ils procédèrent à une dévaluation. Malheureusement le gouvernement du Front populaire s’appuya également sur une mauvaise manière pour relever les anticipations d’inflation : il imposa une hausse des salaires et des restrictions d’offre.  En l’absence de contraintes du côté de l’offre la France aurait connu une reprise rapide après avoir abandonné l’étalon-or. Ils confirment ainsi l’hypothèse de Barry Eichengreen (1992) selon laquelle les politiques d’offre du Front populaire ont pu annuler les gains que la France tira de la dévaluation.

Cohen-Setton et ses coauteurs soulignent que leur étude se contente d’observer les conséquences macroéconomiques des politiques d’offre françaises et non leurs répercussions sur le bien-être de la population. Ces politiques ont peut-être été la meilleure option qui se présentait au gouvernement français au vu des contraintes sociales et politiques auxquelles il faisait face. En d’autres termes, elles ont pu être un « moindre mal ».

 

Références

COHEN-SETTON, Jérémie, Joshua K. HAUSMAN & Johannes F. WIELAND (2015), « Supply-side policies in the Depression: Evidence from France », document de travail, 26 février.

COLE, Harold L., & Lee E. OHANIAN (2004), « New Deal policies and the persistence of the Great Depression: A general equilibrium analysis », in Journal of Political Economy, vol. 112, n° 4.

EGGERTSSON, Gauti B. (2012), « Was the New Deal contractionary? », in American Economic Review, vol. 102, février.

EICHENGREEN, Barry (1992), Golden Fetters: The Gold Standard and the Great Depression, 1919-1939.

EICHENGREEN, Barry, & Jeffrey SACHS (1985), « Exchange rates and economic recovery in the 1930s », in Journal of Economic History, vol. 45, n° 4.

ERCEG, Christopher J., Michael D. BORDO & Charles L. EVANS (2000), « Money, sticky wages, and the Great Depression », in American Economic Review, vol. 90, n° 5.

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 10:12

Entre 1983 et 2008, les importations américaines de biens manufacturés ont doublé, tandis que l’emploi des firmes multinationales américaines tripla dans les pays à faible revenu. Une part essentielle de ces dynamiques concerne la Chine. Suite à l’accession de cette dernière à l’OMC en 2001, les exportations chinoises vers les Etats-Unis ont connu un boom. Entre 1983 et 2008, 8 % de l’ensemble des importations américaines sur cette période ont été réalisées en provenance de la Chine. Or, le secteur manufacturé américain abritait 16 millions d’emplois en 2008, contre 22 millions en 1983. Ce sont 2 millions d’emplois additionnels qui ont été supprimé depuis la Grande Récession de 2008. Beaucoup ont ainsi suggéré que la mondialisation et plus particulièrement l’essor de la Chine sur les marchés internationaux ont accentué la désindustrialisation aux Etats-Unis et provoqué une délocalisation des « bons emplois » de l’industrie américaine vers les pays émergents.

Beaucoup des précédentes études qui ont analysé l’impact du commerce international sur le marché du travail américain se sont focalisées sur le commerce des marchandises. Pourtant, la fragmentation de la production et les délocalisations sont susceptibles d’affecter un bien plus large ensemble de travailleurs. La fragmentation aux multinationales de séparer les différentes étapes de la production d’un bien donné en tâches à forte compétence et en tâches à faibles compétences, puis de faire réaliser plusieurs de ces tâches (même les tâches à haute valeur ajoutée) dans les pays où le travail est moins cher. Alors que les importations touchent souvent des secteurs à faible valeur ajoutée (par exemple la production de jouets), l’emploi étranger des multinationales américaines est surtout créé dans les secteurs à forte valeur ajoutée (automobile, électronique, etc.). Ces derniers secteurs ont eu historiquement des taux élevés de syndicalisations et des salaires élevés. Les délocalisations sont donc potentiellement plus dangereuses pour les travailleurs américains car elles réduisent leur pouvoir de négociation. Puisque la menace de délocaliser une usine dans les pays émergents est crédible, la mondialisation peut exercer une pression à la baisse sur les salaires américains et même affecter les travailleurs dont l’emploi n’est pas délocalisé à l’étranger. En outre, les salaires peuvent être tellement réduits par rapport aux normes historiques que beaucoup des travailleurs les plus âgés peuvent être incités à quitter la population active.

Avraham Ebenstein, Ann Harrison, Margaret McMillan et Shannon Phillips (2014) ont constaté de significatives réductions salariales pour les travailleurs américains exposés à la mondialisation, en particulier les travailleurs réalisant des tâches de routine qui peuvent être a priori facilement réalisées à l’étranger. En raison de l’insuffisance de données, ils ne s’étaient toutefois contentés d’étudier que la seule période s’écoulant ente 1983 et 2002.

Dans leur nouvelle analyse, Ebenstein, Harrison et McMillan (2015) parviennent à étendre leurs données jusqu’à l’année 2008, ce qui leur permet de prendre en compte une période marquée par l’accroissement de la pénétration à l’import, l’essor de la Chine et le développement rapide des délocalisations. Ils constatent de significatifs effets de la mondialisation sur le marché du travail américain. En effet, la délocalisation vers les pays à faible salaire et les importations associées à des déclins salariaux pour les travailleurs domestiques. Une hausse de 10 % de l’exposition d’une profession à la concurrence à l’import est associée à une baisse de 2,7 % des salaires réels pour les travailleurs réalisant des tâches de routine. Ebenstein et alii décèlent également un fort impact sur les salaires des délocalisations vers les pays émergents. En effet, une hausse de 10 % de l’exposition spécifique d’une profession à l’emploi étranger dans les pays à faible salaire est associée à une baisse de 0,27 % des salaires des travailleurs réalisant des tâches de routine pour l’ensemble de leur échantillon et presque une baisse de 1 % pour la seule période s’écoulant entre 2000 et 2008. Les salaires des travailleurs peu qualifiés et des travailleurs âgés sont en l’occurrence disproportionnellement affectés par les délocalisations.

Ils suggèrent que la mondialisation a entraîné une réallocation des travailleurs hors des emplois manufacturiers à haut salaire vers d’autres secteurs et d’autres professions. Les reclassements ont peu d’impacts sur les salaires lorsqu’ils sont confinés au secteur manufacturier. Par contre, ils sont associés à de fortes réductions salariales lorsqu’ils conduisent les travailleurs à quitter le secteur manufacturier pour les services.

Les auteurs analysent alors plus finement l'impact de la concurrence chinoise. Les importations en provenance de Chine et les délocalisations à destination de la Chine sont associées à de plus faibles salaires américains. Une hausse de 10 points de pourcentage de la part de marché des entreprises chinoises est associée à une baisse des salaires de 5,6 %. 

Au sortir de la Grande Récession, les Etats-Unis présentèrent des taux de chômage élevés et des taux d’activité historiquement faibles ; certains ont relié cette performance du marché du travail américain au vieillissement démographique, mais le rôle que le commerce international a pu joué dans cette dynamique reste imprécis. Ebenstein et ses coauteurs se penchent alors sur les liens entre commerce international, délocalisations et taux d’activité. Ils constatent une corrélation négative entre l’exposition aux délocalisations vers la Chine et le taux d’activité, mais une relation positive entre les taux d’activité et la concurrence chinoise à l’import. Les facteurs associés à l’informatisation et à l’accroissement de l’intensité capitalistique semblent associés bien plus significativement au déclin de l’emploi. Ils constatent de faibles impacts de la mondialisation sur la population active, mais un large impact sur cette dernière de l’informatisation et du prix des biens d’investissement. La chute des prix des biens d’investissement est associée à un plus grand usage du capital ; le plus grand usage des ordinateurs et du capital est associé à un plus faible emploi, à un chômage plus élevé et à de plus faibles taux d’activité.

 

Références

AUTOR, David H. David DORN & Gordon H. HANSON (2013), « The China syndrome: Local labor market effects of Import Competition in the United States », in American Economic Review, 103(6): 2121-68.

EBENSTEIN, Avraham, Ann HARRISON, Margaret MCMILLAN & Shannon PHILLIPS (2014), « Estimating the impact of trade and offshoring on American workers using the current population surveys », in Review of Economics and Statistics, voL. 96, n° 4, octobre.

EBENSTEIN, Avraham, Ann HARRISON & Margaret MCMILLAN (2015), « Why are American workers getting poorer? China, trade and offshoring », NBER, document de travail, n° 21027, mars.

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