Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 14:41

Bien que la crise de 2007 ait commencé dans un nombre restreint de pays développés, la récession qui s’ensuivit se diffusa rapidement à l’ensemble de l’économie mondiale en empruntant les canaux de la finance et du commerce. Aucun découplage miraculeux n’a immunisé le reste du monde contre les turbulences touchant l'économie américaine, ni même le monde émergent du ralentissement économique dans les pays avancés. Le choc qui se produisit dans le système bancaire américain perturba de nombreux secteurs financiers autour du monde. L'instabilité financière s’est peu à peu transmise à l’économie réelle en entrainant une profonde contraction de l’activité économique, du commerce international et des flux internationaux des capitaux. Si l’économie mondiale semble avoir amorcé une reprise en 2009, tirée en particulier par les émergents, la croissance demeure toutefois particulièrement lente et faiblement créatrice d’emplois.

L’impact de la Grande Récession sur l’activité économique a cependant fortement varié d’un pays à l’autre. Cela peut s’expliquer par des expositions et vulnérabilités différentes aux chocs et par l’hétérogénéité des cadres macroéconomiques et institutionnels, notamment des politiques économiques mises en place en réponse à la crise. L’espace lui-même a contribué à façonner la diffusion de la crise. On peut donc s’attendre à une hétérogénéité des réactions des entreprises aussi bien d’un pays à l’autre qu’à l’intérieur de chaque économie.

Leandro Medina (2012) a étudié la performance des entreprises pendant et après la crise mondiale en examinant 6581 entreprises manufacturières dans 48 pays développés et émergents pour tenter d’identifier les facteurs qui ont contribué à les rendre vulnérables à la crise ou bien à renforcer leur résistance aux chocs. L’économiste du FMI évalue l’impact d'une multitude de variables observées avant la crise mondiale sur la performance des entreprises en 2010, notamment leur taille, leur niveau d’endettement, leur actif immobilisé et leur niveau de dette de court terme, ainsi que les caractéristiques propres à leur secteur et à leur pays. Medina juge en outre intéressant de comparer la performance des entreprises des pays émergents avec celles réalisées par les firmes dans les pays avancés. En effet, la crise éclata dans les économies avancées. De plus, la reprise mondiale a été bien plus rapide dans les économies émergentes, en particulier en Asie et en Amérique latine, et le secteur bancaire de plusieurs économies émergentes s’est montré particulièrement résistant.

Sur le plan théorique, une hausse du levier est susceptible d’accroître le risque opérationnel pour l’entreprise et de se traduire ainsi par un renchérissement du coût du financement externe. Celui-ci va entraîner à son tour une réduction de l’investissement, des flux de liquidité et de la production, ce qui peut déclencher un ralentissement de l’activité. Ben Bernanke, Mark Gertler et Simon Gilchrist (1996) avaient notamment suggéré, au travers leur concept d’accélérateur financier, qu’un levier d’endettement élevé démultiplie les répercussions d’un ralentissement en amplifiant le choc initial lors de sa propagation. D’un autre côté, le levier ne va accroître la probabilité de faillite que s’il n’est pas compensé par des anticipations optimistes de croissance ou par de plus favorables conditions d’endettement. Dans une économie donnée, la vulnérabilité des entreprises aux chocs économiques et par là la sévérité d’une récession dépendraient en définitive du levier d’endettement des entreprises, des conditions macroéconomiques et politiques, ainsi que des perspectives futures de croissance. Par conséquent, il apparaît donc utile pour Medina d’évaluer l’éventuelle présence d’effets de seuil concernant le levier d’endettement pour déterminer si ses répercussions sur la performance des entreprises diffèrent selon qu’il s’établit à un niveau bas ou élevé.

L’analyse empirique met tout d’abord en évidence l'impact négatif du levier d’endettement dont firent usage les entreprises en 2007 sur leurs performances en 2010. Une hausse de 10 points de pourcentage du levier se traduit par une diminution des ventes trois ans plus tard représentant en moyenne 0,7 point de pourcentage. L’effet négatif du levier est non linéaire, puisqu’il se révèle particulièrement puissant dans les entreprises qui faisaient l’usage d’un important levier avant l’éclatement de la crise. En outre, le levier d’endettement a des répercussions particulièrement lourdes sur la performance des entreprises présentes dans les pays émergents.

Ensuite, l’analyse de Medina révèle que le ratio d’immobilisation d'avant-crise, qui rapporte le montant des actifs immobiliers sur le total des actifs, exerce un effet positif sur la croissance des entreprises en 2010. Une hausse de 10 points de pourcentage du ratio d’immobilisation de l’entreprise se traduit en moyenne par une accélération de la croissance des ventes de 0,8 point de pourcentage. Les études antérieures mettaient déjà en avant une plus grande sensibilité aux récessions des secteurs qui dépendent le moins des actifs immobilisés. L’analyse de Medina révèle en outre que l’immobilisation des actifs exerce surtout un effet positif sur la performance des entreprises des pays émergents.

De plus, le ratio d’endettement à court terme, rapportant ce dernier sur la dette totale, exerce un effet négatif sur la performance des entreprises en 2010. Une hausse de 10 points de pourcentage du ratio se traduit en moyenne par un ralentissement de 0,3 point de pourcentage de la croissance des ventes. En théorie, les entreprises des pays émergents ont un moindre accès aux marchés financiers et dépendent par conséquent plus fortement du financement de court terme. Pourtant, l’analyse empirique révèle que la dette de court terme s'avère bien plus dommageable pour les entreprises dans les pays avancés que dans les émergents.

L’auteur se penche ensuite sur l’impact de la taille des entreprises sur leur résilience face à la crise. Les données ne font apparaît aucun effet statistiquement significatif sur la performance des entreprises dans les économies émergentes ; en revanche, il y a un effet particulièrement négatif de ce facteur sur la performance des entreprises dans les pays avancés. La littérature théorique suggère l’existence de deux effets contraires. D’un côté, les plus grandes entreprises devraient avoir un meilleur accès au crédit, donc la taille devrait influencer positivement sur la performance. D’un autre côté, la productivité est susceptible de diminuer au fur et à mesure que la taille de l’entreprise s’élargit. L’auteur conclut que le second effet tend à l’emporter sur le premier dans les pays avancés.

Le cadre macroéconomique importe aussi fortement pour la croissance de l’entreprise. Medina met en l’occurrence l’accent sur l’importance des variations du taux du change. En théorie, les répercussions de ces dernières sur les entreprises dépendront de la structure en devises de leur endettement. D’un côté, si les entreprises sont endettées en devise étrangère alors que leurs actifs sont libellés en monnaie domestique, une dépréciation du taux de change gonfle la valeur de leur endettement et réduit leur valeur nette, ce qui accroît les coûts de financement auxquelles elles font face et peut entraîner une contraction de leurs niveaux d’investissement et de production. D’un autre côté, une dépréciation peut améliorer la compétitivité des entreprises qui produisent les biens dans l’économie domestique et les vendent à l’étranger. Le second effet semble l’avoir remporté sur le premier lors de la crise mondiale, puisque l’analyse empirique montre que, dans les pays ayant connu une dépréciation de leur taux de change, les entreprises ont connu une plus rapide reprise dans les secteurs qui dépendent particulièrement du commerce extérieur.

 

Références Martin ANOTA

BERNANKE, Ben, Mark GERTLER & Simon GILCHRIST (1996), « The financial accelerator and the flight to quality », in The Review of Economics and Statistics, vol. 78, n° 1, février.

MEDINA, Leandro (2012), « Spring forward or fall back? The post-crisis recovery of firms », FMI, working paper, n° 292, décembre.

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 18:36

Deux interprétations sont en concurrence pour expliquer la Grande Récession. D’un côté, une conception rend les déséquilibres globaux directement responsables de la crise mondiale. Lors de la dernière décennie, certains pays comme les Etats-Unis avaient en effet accumulé de larges déficits de compte courant et d’autres, comme les émergents asiatiques, ont accumulé de massifs excédents courants. Les premiers ont constitué la nécessaire contrepartie des seconds : l’endettement des ménages américains n’aurait pas été possible si les économies émergentes n’avaient pas dégagé et exporté un excès d’épargne (saving glut). Si les déséquilibres globaux alimentaient puissamment la croissance mondiale en soutenant la demande américaine et en stimulant la croissance chinoise, les massifs transferts de capitaux qu’ils engendraient au niveau mondial suscitaient régulièrement des inquiétudes parmi les économistes et les responsables politiques tout au long de la décennie. Selon les commentaires les plus catastrophiques, les déséquilibres de comptes courants étaient susceptibles de se dénouer en provoquant de profonds bouleversements de l’économie mondiale, au premier rang desquels se trouvaient l’effondrement du dollar et la faillite des Etats-Unis.

Dans les multiples commentaires réalisés sur le sujet, les autorités publiques ont été d’une manière ou d’une autre tenues pour responsables de ces déséquilibres globaux, que ce soit en accumulant de larges réserves de devises dans le cas des pays émergents ou bien en creusant de larges déficits publics dans le cas des Etats-Unis. Pourtant, la crise mondiale ne trouve absolument pas son origine dans une crise budgétaire, chose que beaucoup tendent à oublier aujourd’hui. Les larges flux transfrontaliers qui avaient été observés tout au long de la décennie en Europe sont avant tout de nature privée, le secteur bancaire ayant directement contribué à transférer massivement l’épargne des pays du Nord vers la périphérie sud pour y financer bulles immobilières et booms de la consommation. L’unification monétaire avait quant à elle particulièrement contribué à accélérer ces transferts et dissimuler les risques qui les entouraient. Les problèmes de soutenabilité de l’endettement public ne sont apparus qu’après coup et sont le résultat direct du puissant ralentissement de l’activité économique et des multiples plans de sauvetages bancaires mis en œuvre pour maintenir la stabilité du secteur financier. D’où le développement d’une seconde interprétation de la crise mondiale, plus minskyenne, qui attribue directement celle-ci aux systèmes financiers en affirmant que les booms du crédit ont alimenté une suraccumulation de risques macrofinanciers.

Lorsque l’on adopte un point de vue de plus long terme, l’histoire révèle une assez large corrélation entre l’ampleur des déséquilibres extérieurs et la fréquence des crises financières. La mobilité internationale des capitaux a suivi au cours du temps une évolution en forme de U. Jusqu’en 1913, sous le régime de l’étalon-or, il n’y avait potentiellement pas de barrières aux transferts internationaux des capitaux. Par contre, dans l’entre-deux-guerres, en particulier lors des années trente, les pays adoptèrent une forme d’autarcie en limitant les flux transfrontaliers. Les années quatre-vingt ont marqué le début d’une nouvelle période de libéralisation des mouvements des capitaux.

Les crises financières ont parallèlement suivi le même profil d’évolution. Les économies avancées étaient régulièrement confrontées à l’instabilité financière à la fin du dix-neuvième siècle. Les crises attinrent une intensité exceptionnelle avec la Grande Dépression. En revanche, l’économie mondiale a connu une période durable de stabilité financière après la Seconde Guerre mondiale. Si les pays en développement purent alors essuyer quelques crises, les pays avancés furent de leur côté totalement épargnées par celles-ci. Depuis le début des années quatre-vingt en revanche, les économies en développement subissent régulièrement des épisodes d’instabilité financières. Les pays avancés ont également connu quelques crises financières ces dernières décennies, la plus violente étant incontestablement celle qui fit basculer l’économie mondiale dans la Grande Récession en 2008.

S’il est indéniable que l’analyse historique fait émerger une corrélation entre l’intégration financière internationale avec l’instabilité financière, la seconde n’est toutefois pas nécessairement une conséquence de la première. En outre, le maintien de la stabilité financière dans l’après-guerre tient peut-être à la plus grande régulation de l’activité bancaire qui existait à l’époque. Durant les années trente, les dirigeants politiques avaient en effet répondu aux paniques bancaires et détresses financières en renforçant puissamment la réglementation et la supervision du secteur financier. Ces modifications du cadre institutionnel avaient alors fortement contraint l’usage du levier d’endettement, donc les prises de risque de la part des agents financiers. Indépendamment de déplacement vers une plus grande autarcie, les modifications du paysage financier domestique ont peut-être suffi pour instaurer un régime macrofinancier moins risqué.

Il faut donc davantage pousser l’analyse pour déterminer, entre les deux ensembles de politiques qui furent mises en place au milieu du vingtième siècle, lequel joua un rôle de premier plan dans la stabilisation durable de l’environnement macrofinancier. Alan M. Taylor (2012) procède à une telle analyse, avec pour objectif celui de confronter les deux interprétations concurrentes de l’actuelle crise mondiale au regard de l’histoire macrofinancière.

Rejoignant les précédentes conclusions d’auteurs tels que Claudio Borio, l’étude historique de Taylor suggère que le boom du crédit a constitué, depuis la naissance de la finance moderne, l’indicateur avancé le plus pertinent pour les crises financières. Au cours de l’histoire, les booms et effondrements du crédit ont été aussi bien générés par l’épargne domestique que par l’épargne domestique. C’est bien lorsque les flux financiers, qu’ils soient d’origine domestique ou étrangère, s’accumulent en engendrant de larges expositions de crédit dans le système financier domestique que les risques d’une crise financière s’avèrent particulièrement élevés et que les coûts du désendettement consécutif s’accroissent fortement. Les déséquilibres globaux apparaissent quant à eux comme moins corrélés avec les épisodes de détresse financière que ces derniers ne le sont avec les indicateurs de crédit. Par conséquent, la moindre prégnance des déséquilibres globaux depuis l’éclatement de la crise mondiale et l’effondrement subséquent du commerce international ne peut nullement laisser présager une plus grande stabilité macrofinancière. En revanche, la persistance d’un niveau élevé d’endettement dans le secteur privé suggère que l’économie mondiale demeure particulièrement vulnérable à une nouvelle phase d’instabilité financière.

Ainsi, les conditions de crédit importent bien davantage que les déséquilibres extérieurs pour le cycle financier et même les cycles d’affaires plus typiques. Certes, une variable externe comme les comptes courants demeurent un indicateur pertinent pour analyser les facteurs de crise externe, que ce soit l’accès au marché des capitaux, des primes de risque élevées, un défaut souverain ou un recours aux programmes du FMI. Mais une variable interne comme le crédit se révèle plus utile pour analyser les sources de crise interne, que ce soit une détresse des agents financiers domestiques, des paniques bancaires ou encore les faillites des établissements financiers.

 

Référence Martin ANOTA

Alan M. Taylor (2012), « External imbalances and financial crises », NBER working paper, n° 18606, décembre.

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:02
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : D'un champ l'autre
  • : Méta-manuel en working progress
  • Contact

Twitter

Rechercher