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28 juillet 2014 1 28 /07 /juillet /2014 18:43

Les études se sont souvent penchées sur l’impact des variables macroéconomiques sur les élections ; elles ont par exemple suggéré qu’une forte croissance tend à conforter le gouvernement en place. Par contre, il y a moins d’études sur le sens de causalité inverse, c’est-à-dire sur l’impact des résultats des élections sur les agrégats macroéconomiques.

Alan Blinder et Mark Watson (2014) sont revenus sur un résultat bien connu, mais peu documenté : durant l’après-guerre, l’économie américaine a connu une plus forte croissance économique lorsque le Président est démocrate plutôt que républicain, en l’occurrence une croissance supérieure de 1,8 point de pourcentage en moyenne, alors même que le taux de croissance moyen s’est élevé à 3,3 % sur la période. Elle génère également davantage d’emplois, réduit davantage le taux de chômage, accroît les profits des entreprises et leurs dépenses d’investissement et se traduit par de meilleurs rendements sur les marchés boursiers.

GRAPHIQUE  Taux de croissance annuel moyen lors des différents mandats présidentiels (en %)

Blinder--croissance-democrates-republicains-Etats-Unis.png

source : Blinder et Watson (2014)

Blinder et Watson ont également observé l’impact de la nature partisane du gouvernement sur les performances macroéconomiques des autres pays avancés d’après-guerre. Si le taux de croissance moyen a également été plus élevé lorsqu’un parti de gauche était au pouvoir dans le cas du Canada, c’est au contraire lorsqu’un parti de droite était au pouvoir dans le cas du Royaume-Uni ou de l’Allemagne. Les auteurs ont également observé l’effet des mandats présidentiels sur la croissance Française depuis 1949. Sur les 253 trimestres qui se sont déroulés depuis, le taux de croissance du PIB s’élevait en moyenne à 3,19 % lors des 96 trimestres au cours desquels le gouvernement était de gauche, tandis qu’il s’élevait en moyenne de 3,42 % au cours des 157 trimestres où le gouvernement était de droite. 

Blinder et Watson se sont alors demandés pourquoi la croissance a été plus élevée aux Etats-Unis lorsque les démocrates étaient au pouvoir. Du point de vue des dépenses, l’écart de croissance vient de l’investissement des entreprises et les dépenses en biens durables ; il apparaît en l’occurrence principalement lors de la première année du mandat présidentiel. La plus forte croissance n’est pas attribuable à de meilleures conditions initiales, ni à des taux de croissance différents, ni même à un regain de confiance suite à l’élection d’un Président démocrate. L’écart de croissance ne semble pas non plus s’expliquer par des choix de politique macroéconomique : ce n’est pas parce que la politique monétaire ou la politique budgétaire sont plus accommodantes sous les démocrates que la croissance a été plus forte. En fait, l’analyse économétrique réalisée par Blinder et Watson suggère plutôt que l’explication est à chercher du côté de la chance : lorsque les démocrates sont au pouvoir, les chocs pétroliers sont plus bénins, la performance de la productivité totale des facteurs plus forte, l’environnement international plus favorable et les anticipations des consommateurs plus optimistes concernant l’avenir à court terme.

 

Référence

BLINDER, Alan S., & Mark W. WATSON (2014), « Presidents and the U.S. economy: An econometric exploration », National Bureau of Economic Research, working paper, n° 20324, juillet.

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26 juillet 2014 6 26 /07 /juillet /2014 16:03

Dans les années qui ont précédé la Grande Récession, plusieurs économies de la zone euro (les « pays périphériques » comme la Grèce, l'Irlande, l'Espagne et le Portugal, mais aussi les pays baltes) ont connu de larges déficits extérieurs et l’accumulation de déséquilibres internes. En l’occurrence, les capitaux extérieurs alimentèrent une forte expansion du crédit qui, elle-même, alimenta un boom dans l’économie domestique. Ce boom reposa essentiellement sur l’investissement dans les secteurs produisant des biens non échangeables (en particulier l’immobilier). Il entraîna une accélération de l’inflation et des hausses salariales, ainsi qu’un accroissement des importations. Avec la hausse des prix et coûts du travail domestiques, les entreprises exportatrices perdirent de leur compétitivité, en particulier vis-à-vis de leurs consœurs allemandes. L’accroissement des importations et la réduction des exportations dégradèrent le solde du compte courant (cf. graphique). Le processus resta soutenable tant que les capitaux extérieurs affluèrent. A la veille de la crise financière mondiale, les dettes externes de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne représentaient environ 100 % de leur PIB.

GRAPHIQUE  Solde du compte courant des pays périphériques de la zone euro et des pays baltes (en % du PIB)

FMI--solde-courant-pays-peripheriques-baltes.png

source : Kang et Shambaugh (2014)

Avec la Grande Récession, les pays périphériques perdirent leur accès au financement extérieur. Le crédit fléchissant, les bulles commencèrent à éclater, ce qui conduisit tout d’abord à un ralentissement de l’activité économique, puis à un fort creusement des déficits publics et finalement à une crise de la dette souveraine. Les pays périphériques connaissent depuis lors un rééquilibrage de leur économie. Pour améliorer leurs performances commerciales et leur position extérieure, les pays périphériques nécessitent une dépréciation réelle de leur taux de change et des gains de productivité dans les secteurs produisant des biens échangeables, ce qui améliorerait la compétitivité des entreprises exportatrices relativement aux concurrents étrangers et contribuerait à substituer les importations par les biens domestiques. Puisque les pays périphériques ont pour monnaie l’euro, ils ne peuvent toutefois ajuster leur taux de change nominal. Ils ont alors mis en œuvre une « dévaluation interne », c’est-à-dire cherché à baisser les prix domestiques par rapport aux prix étrangers pour « simuler » une dépréciation du taux de change nominal. D’une part, la baisse relative des prix des biens échangeables produits par les entreprises domestiques par rapport aux prix des biens échangeables produits par les concurrents étrangers contribue en principe à améliorer les performances à l’exportation ; d’autre part, la baisse relative des prix des biens non échangeables par rapport aux biens échangeables contribue en principe à réorienter la production au détriment des biens non échangeables et au profit des biens échangeables, rendant la croissance plus soutenable.

Entre 2008 et 2012, le compte courant s’améliora en Grèce, en Irlande, au Portugal et en Espagne de 8 à 10 % du PIB [Kang et Shambaugh, 2014 ; Tressel et Wang, 2014]. Cette dynamique s’explique notamment par la contraction des importations (en particulier en Grèce et au Portugal) et une hausse des exportations (en particulier en Irlande, en Espagne et au Portugal). L’ajustement externe a contribué à améliorer le compte courant de l’ensemble de la zone euro ; cette dernière a dégagé fin 2013 un excédent courant équivalent à 2,3 % de son PIB. Pour les pays périphériques, l’ajustement s’est traduit par une chute de la production et par une forte aggravation du chômage. Cinq ans après le début de la crise, la production demeure sous son potentiel et les taux de chômage atteignaient les deux chiffres, ce qui suggère une sous-utilisation massive du facteur travail et dissimule dans certains pays une contraction de la population active.

Plusieurs études ont cherché ces dernières années à expliquer l’accumulation de déséquilibres lors du boom et à décrire le processus d’ajustement que connaissent les pays périphériques suite à la crise financière mondiale. Par exemple, Ruo Chen, Gian-Maria Milesi-Ferretti et Thierry Tressel (2012) se sont par exemple focalisés sur la première phase, tandis que Ruben Atoyan, Jonathan Manning et Jesmin Rahman (2013) se sont penchés sur la seconde. 

Plus récemment, Joong Shik Kang et Jay Shambaugh (2014) ont observé comment le coût unitaire du travail s’est ajusté dans les pays périphériques et les pays baltes depuis la crise financière mondiale. Les coûts unitaires du travail ont diminué dans tous les pays. L’ajustement a été réalisé via une baisse des salaires et une amélioration de la productivité relativement aux partenaires commerciaux. Sauf en Grèce, les gains de productivité ont particulièrement contribué à l’amélioration des coûts unitaires du travail, dans la mesure où le nombre d’emplois a diminué plus rapidement que la production. Inversement, en Grèce, la production a diminué plus rapidement que le nombre d’emplois, entraînant une baisse de la productivité. Les fortes réductions des salaires ont fortement contribué à la réduction des coûts unitaires du travail dans certains pays comme la Grèce et la Lettonie.

Certains pays (comme l’Irlande) ont très rapidement réduit leurs salaires et amélioré leur productivité en contractant l’emploi, tandis que d’autres ont amélioré plus lentement leur productivité. Par contre, à la fin du premier trimestre 2013, la productivité en Grèce était toujours inférieure à son niveau d’avant-crise. Les pays qui ont connu les plus fortes hausses de salaires avant la crise ont connu par la suite les plus fortes baisses de salaires. Dans tous les pays, sauf en Grèce, les coûts unitaires du travail ont chuté plus rapidement dans le secteur produisant des biens échangeables et les productions réelles de biens échangeables sont plus élevées qu’avant-crise. Cet ajustement repose toutefois sur une puissante récession : en effet, l’emploi reste sous son niveau d’avant-crise, même dans les secteurs qui produisent des biens échangeables et les taux de chômage atteignent des niveaux insoutenables dans plusieurs pays périphériques et pays baltes.

Thierry Tressel et Shengzu Wang (2014) ont prolongé l’étude réalisée par Chen et alii (2012). Selon eux, peu de preuves empiriques suggèrent une réallocation des ressources utilisées dans les secteurs produisant des biens non échangeables vers les secteurs produisant des biens échangeables. L’amélioration du compte courant s’explique essentiellement par la compression des importations et non par l’accroissement des exportations. La performance à l’export dépend toujours de la demande émanant du reste du monde et en particulier du reste de la zone euro. La faiblesse persistante de la demande en zone euro freine particulièrement la croissance des exportations dans certains pays comme l’Italie et le Portugal. Le rééquilibrage même des pays périphériques contribue lui-même à entretenir la faiblesse de la demande dans la zone euro : en réduisant ses importations, chaque pays périphérique réduit la demande extérieure qui s’adresse aux autres pays-membres, ce qui complique le rééquilibrage de leur économie.

Tressel et Wang ont cherché à déterminer si l’ajustement était essentiellement structurel ou conjoncturel. S’il est principalement structurel, c’est-à-dire s’il inclut un rééquilibrage interne de la production vers les biens échangeables, alors les pays vont progressivement retourner à une trajectoire de croissance potentielle qui est cohérente avec un resserrement de la contrainte extérieure et qui serait suffisamment fort pour réduire le chômage. Si par contre l’ajustement est principalement conjoncturel, par exemple s’il reflète une faiblesse de la demande domestique, alors les déséquilibres extérieurs réapparaitront aussitôt que la production reviendra à son niveau d’avant-crise et croîtra à son potentiel. Selon l’analyse réalisée par Tressel et Wang, les ajustements de comptes courant qui sont à l’œuvre reflètent des changements structurels, mais aussi des forces conjoncturelles, ce qui suggère qu’une partie des progrès disparaîtront lorsque les conditions conjoncturelles s’amélioreront. En d’autres termes, les déficits du compte courant reviendront au fur et à mesure que la production poursuivra sa reprise.

 

Références

ATOYAN, Ruben, Jonathan MANNING & Jesmin RAHMAN (2013), « Rebalancing: Evidence from current account adjustment in Europe », Fonds monétaire international, working paper, n° 13/74, mars.

CHEN, Ruo, Gian-Maria MILESI-FERRETTI & Thierry TRESSEL (2012), « External imbalances in the euro area », Fonds monétaire international, working paper, n° 12/236, septembre.

KANG, Joong Shik, & Jay C. SHAMBAUGH (2014), « Progress towards external adjustment in the euro area periphery and the Baltics », Fonds monétaire international, working paper, n° 14/131, juillet.

TRESSEL, Thierry, & Shengzu WANG (2014), « Rebalancing in the euro area and cyclicality of current account adjustments », Fonds monétaire international, working paper, n° 14/130, juillet.

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22 juillet 2014 2 22 /07 /juillet /2014 22:58

Plusieurs pays européens sortent de la Grande Récession en connaissant simultanément une faible croissance et des niveaux élevés de dette publique, ce qui suscite des craintes quant à la soutenabilité de cette dernière. Une récession dégrade mécaniquement les finances publiques en déprimant les recettes fiscales, si bien que la dette peut très rapidement suivre une trajectoire explosive si l’économie ne renoue pas avec une forte croissance. En outre, certains suggèrent que la dette publique pénalise la croissance, tout du moins lorsqu’elle atteint un certain seuil. Pour ramener leurs ratios d’endettement sur une trajectoire jugée plus soutenable, les gouvernements cherchent alors à générer de larges excédents primaires, notamment en adoptant des plans d’austérité budgétaire, mais ces derniers peuvent déprimer l'activité économique, donc à nouveau les recettes fiscales.

Le Moniteur des finances publiques du FMI et le Pacte budgétaire européen prévoient que les pays européens fortement endettés doivent générer des excédents budgétaires primaires supérieurs à 5 % au cours des 10 prochaines années pour assurer la soutenabilité de leur dette publique et ramener leur dette publique sous la cible des 60 % du PIB qui est associée au Pacte budgétaire européen. Par exemple, le FMI suggère que l’endettement public restera soutenable sur la période 2020-2030 si l’excédent primaire s’élève en moyenne à 5,6 % pour l’Irlande, à 6,6 % en Italie, à 5,9 % pour le Portugal, à 4 % en Espagne et à 7,2 % en Grèce. 

Barry Eichengreen et Ugo Panizza (2014) montent que des excédents primaires aussi larges et persistants se sont révélés rares au cours de l’histoire. En observant un échantillon de 54 pays à revenu élevé et intermédiaire sur la période s’étalant entre 1974 et 2013, ils constatent qu’il y a eu seulement 3 épisodes au cours desquels les pays surent générer des excédents primaires représentant plus de 5 % du PIB pendant 10 ans : il s’agit de la Belgique à partir de 1995, de la Norvège à partir de 1999 et de Singapour à partir de 1990. En l'occurrence, les circonstances associées à ces trois épisodes ont été exceptionnelles, donc difficilement reproductibles. 

Eichengreen et Panizza ont ensuite donné une définition moins restrictive aux épisodes d’excédents persistants en considérant des excédents primaires qui se sont maintenus en moyenne à plus de 3 % du PIB pendant 5 ans. Ils constatent alors que les épisodes d’excédents persistants sont plus probables lorsque la croissance est forte, lorsque le compte courant est en excédent (ce qui est le cas lorsque les taux d’épargne sont élevés), lorsque le ratio dette publique sur PIB est élevé (accentuant l’urgence d’un ajustement budgétaire) et lorsque le parti au pouvoir contrôle toutes les chambres parlementaires (ce qui lui permet de bénéficier d'un fort pouvoir de négociation). Les gouvernements de gauche sont davantage susceptibles de générer des excédents primaires larges et persistants que les gouvernements de droite. Dans les pays avancés, les systèmes de représentation proportionnels qui donnent lieu à de larges coalitions sont associés à des épisodes d’excédents.

Eichengreen et Panizza concluent leur étude sur une note pessimiste, puisqu’elle suggère qu’un pays comme l’Italie est peu susceptible de générer un excédent de budget primaire aussi larges et persistant que celui attendu par le FMI et par la Commission Européenne. Les deux auteurs rejoignent Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2013) lorsqu’ils préconisent aux pays avancés surendettés d’opter pour des solutions « barbares » habituellement réservées aux pays en développement, en l’occurrence les effacements et les restructurations de dette, l’aide extérieure et l’inflation.

 

Références

EICHENGREEN, Barry, & Ugo PANIZZA (2014), « A surplus of ambition: Can Europe rely on large primary surpluses to solve its debt problem? », National Bureau of Economic Research, working paper, n° 20316, juillet.

REINHART, Carmen, & Kenneth ROGOFF (2013), « Financial and sovereign debt crises: Some lessons learned and those forgotten », Fonds monétaire international, working paper, n° WP/13/266, décembre.

 

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