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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 21:34

Le secteur manufacturier américain a connu une chute séculaire de sa part dans le PIB, en particulier au cours des trois dernières décennies (cf. graphique). Ce déclin s’explique notamment par la substitution de la production domestique par des importations en provenance de pays en développement à bas coûts comme la Chine. A ce titre, la baisse de l’emploi manufacturier dans l’emploi total aux Etats-Unis est relativement similaire à celle observée dans les autres pays avancés.

GRAPHIQUE  Part de l'activité manufacturière dans le PIB américain (en %)

D-ez--Gopinath--part-industrie-manufacturiere-dans-PIB-E.png

source : Dίez et Gopinath (2014)

Certains ont suggéré que l’activité manufacturière américaine connaissait depuis peu une véritable « renaissance », comme le suggèrent la hausse de sa part dans le PIB entre 2010 et 2012 ou encore l’accroissement de la part des exportations américaines dans l’ensemble des exportations mondiales de biens manufacturés. Alors que la part de la production manufacturière mondiale réalisée par les Etats-Unis avait baissé entre 2000 et 2007, elle semble s’être stabilisée ces cinq dernières années à environ 20 %. La part de la la production manufacturière mondiale réalisée par la Chine, après avoir longtemps augmenté, semble également s’être stabilisée depuis la Grande Récession à 20 %. Certains ont ainsi suggéré que les Etats-Unis connaissaient depuis peu une vague de relocalisations mettant un terme à la vague de délocalisations qui a caractérisé les précédentes décennies. A titre d’exemple, Apple a ouvert des établissements au Texas et en Arizona.

La Grande Récession est la première récession parmi toutes celles qui sont survenues depuis le début des années quatre-vingt à avoir été suivie par un accroissement de la part de l’activité manufacturière dans le PIB. Oya Celasun, Gabriel Di Bella, Tim Mahedy et Chris Papageorgiou (2014) suggèrent que cette reprise s’explique essentiellement par les performances des secteurs produisant des biens durables. En l’occurrence, par rapport aux reprises qui ont suivi les récessions de 1990 et de 2001, la hausse de la production de biens durables a été bien plus forte durant la reprise actuelle, alors que la reprise de la production de biens non durables a été plus faible. Ce sont essentiellement les secteurs produisant des ordinateurs, de l’électronique, des véhicules motorisés et d’autres machines qui ont profité de ce rebond. Par contre, l’emploi manufacturier ne semble pas avoir connu un rebond aussi important que la production manufacturière : il avait diminué de 19 % entre 2001 et fin 2007, puis de 15 % durant la Grande Récession, avant de s’accroître de 2 % lors de la reprise subséquente. Là aussi, au cours des dernières années, la croissance des emplois a été forte dans les secteurs produisant des biens durables, alors qu’elle a stagné dans les secteurs produisant des biens non durables. 

Cette rupture, voire cette inversion, dans le déclin de l’activité manufacturière américaine s’expliquerait notamment par l’accroissement de la demande mondiale pour les biens manufacturés émanant des pays émergents à forte croissance [Dίez et Gopinath, 2014]. Elle pourrait également s’expliquer par une modification de la demande mondiale en faveur des biens américains en raison d’une baisse de leur prix relatifs. En effet, le coût du travail est resté relativement stable aux Etats-Unis au cours des dernières années. La délocalisation d’une partie importante de la production manufacturière vers les pays émergents d’Asie au cours des années quatre-vingt-dix et deux mille, puis l'accroissement du chômage avec la Grande Récession ont fait pression à la baisse sur les salaires américains. Par contre, comme les coûts du travail ont tendance à augmenter dans les pays émergents au fur et à mesure qu’ils se développent, l’avantage qu’ils détenaient en termes de coût à tendance à s’éroder et les entreprises manufacturières américaines ont pu au final gagner en compétitivité-prix vis-à-vis de leurs concurrentes étrangères. La dépréciation réelle du dollar due à la faiblesse de la demande et au chômage élevé a pu également contribuer à renforcer la compétitivité des entreprises américaines.

Enfin, certains suggèrent que l’exploitation du gaz de schiste a permis de rendre plus compétitif le secteur manufacturé américain en réduisant les coûts énergétiques.  Dans la théorie standard, un choc d’offre positif associé à un intrant déterminant tel que l’énergie va pousser les entreprises manufacturières à accroître leur production, stimulant l’offre globale du secteur et réduisant ainsi ses prix [Melick, 2014]. Si le choc d’offre d’énergie positif est localisé, ce qui est le cas pour le gaz naturel, les exportations de produits manufacturés doivent aussi s’accroître tandis que les importations de ces mêmes produits doivent chuter. En outre, comme les entreprises en place se développent et réorientent leur processus de production, tandis que de nouvelles entreprises entrent dans le secteur, l’investissement dans le secteur manufacturé devrait s’accroître.

Oya Celasun et ses coauteurs doutent que le regain de l’activité manufacturière suffira à faire d’elle le moteur de la croissance américaine, mais il peut significativement améliorer les performances commerciales des Etats-Unis. De leur côté, Federico Dίez et Gita Gopinath (2014) ont cherché à déterminer si le secteur industriel des Etats-Unis a effectivement vu sa compétitivité s’améliorer. L’analyse empirique qu’ils opèrent sur la période 1999-2012 ne suggère pas qu’il y ait une inversion significative dans les flux de délocalisations. La part de la demande domestique qui est satisfaite par les importations et les termes de l’échange ne semble pas avoir connu d’inversion significative, même dans les secteurs où dominent les importations en provenance de Chine. En revanche, certaines données empiriques suggèrent que l’exploitation américaine du gaz de schiste élève effectivement la compétitivité des secteurs américains intensifs en énergie.

Ces résultats tendent à confirmer ceux obtenus par William Melick (2014). Selon ce dernier, la baisse du prix du gaz naturel aux Etats-Unis par rapport au prix du gaz naturel en Europe (proche des deux tiers) a stimulé l’activité dans le secteur manufacturier américain dans son ensemble de 2 %, voire même de 3 %. Pour les quelques secteurs qui s’avèrent être de très grands utilisateurs de gaz naturel, les effets estimés sont bien plus larges, puisque leur activité a pu s’accroître de plus de 30 %. En outre, comme les entreprises ne réajustent habituellement leurs processus de production que graduellement, il se pourrait que les répercussions du boom énergétique ne soient pleinement visibles avant encore plusieurs années.

 

Références

CELASUN, Oya, Gabriel DI BELLA, Tim MAHEDY & Chris PAPAGEORGIOU (2014), « The U.S. manufacturing recovery: Uptick or renaissance? », FMI, working paper, n° 14/28, février.

DίEZ, Federico J., & Gita GOPINATH (2014), « The competitiveness of U.S. manufacturing », Federal Reserve Bank of Boston, working paper, n° 14-3.

MELICK, William R. (2014), « The energy boom and manufacturing in the United States », Board of Governors of the Federal Reserve System, international finance discussion paper, n° 1108, juin.

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6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 21:51

Selon Claudio Borio (2014), l'économiste en chef de la Banque des Règlements Internationaux (BRI), les régimes de politiques domestiques sont incapables de contenir l’accumulation de déséquilibres financiers et d’atténuer. Ils se caractérisent par ce que Borio qualifie d’une « élasticité financière excessive ». Or le système monétaire et financier international tendrait à amplifier cette dernière, entraînant de graves crises financières et une forte instabilité de la croissance.

Les perceptions des valeurs d’actifs et des risques sont faiblement ancrées et fortement procycliques : elles sont révisées à la baisse lors des booms et à la hausse lors des effondrements financiers. En l’occurrence, la révision des perceptions des risques à la baisse valide la hausse des prix d’actifs, ce qui encourage les agents à prendre davantage de risques, et réciproquement. Les agents ne sont pas incités à limiter leurs prises de risques lors des booms. Ils ont tendance à extrapoler les conditions actuelles pour les horizons de court terme. Il existe en outre de puissants effets rétroactifs entre les perceptions faiblement ancrées, les incitations à prendre des risques et les contraintes de liquidité. Par exemple, comme les agents révisent à la baisse leur perception du risque, les prix d’actifs s’élèvent et les contraintes de financement s’affaiblissent : le financement externe devient moins coûteux et plus abondant, tandis qu’il devient plus facile et moins cher de vendre des actifs. Le boom a alors tendance à s’alimenter lui-même, puisque la hausse des prix incite les agents à prendre davantage de risques. 

Borio note ensuite l’importance du régime des politiques. La libéralisation financière affaiblit les contraintes de financement, ce qui facilite les prises de risque. En outre, les déséquilibres financiers sont plus susceptibles de s’accumuler lorsque les autorités monétaires se focalisent sur la seule stabilité des prix : une banque centrale n’est pas incitée à resserrer sa politique monétaire tant que l’inflation reste faible et stable, laissant les bulles se gonfler. En l’occurrence, les déséquilibres financiers ont tendance à s’accumuler suite à de profondes améliorations du côté de l’offre, puisque celles-ci génèrent des pressions à la baisse sur les prix, tout en justifiant les anticipations optimistes des agents.

Au final, l’ensemble de ces forces amplifient les cycles financiers. Les booms financiers que la prise de risque alimente conduisent à un accroissement des bilans des agents et du risque d’effondrements, tout en dissimulant la fragilisation du système financier et de l’économie réelle. Les cycles financiers se caractérisent par une évolution conjointe du crédit privé et des prix immobiliers. Leur durée est plus longue que celle des cycles d’affaires. Surtout les effondrements du cycle financier sont associés à des récessions de bilans, or celles-ci sont plus sévères que les récessions habituelles, les pertes de production qui leur sont associées sont permanentes et les reprises qui les suivent sont particulièrement lentes.

Borio montre ensuite que le système monétaire et financier international amplifie lui-même ces faiblesses domestiques. Par exemple, l’interaction des régimes financiers accroît la mobilité des capitaux internationaux, si bien qu’elle fournit une source de financement externe qui alimente davantage les booms financiers : d’une part, les banques localisées dans le reste du monde accordent davantage de prêts aux résidents ; d’autre part, les banques domestiques empruntent davantage à l’étranger, ce qui les incite également à davantage prêter aux résidents. En outre, avec l’interaction des régimes financiers, les taux de change sont davantage sujets à la surréaction. Par exemple, l’appréciation de la devise génère des effets de richesse qui encouragent les emprunteurs domestiques à prendre davantage de risque lors que leurs dettes sont libellées en devise étrangère. 

Le système monétaire et financier international amplifie également les faiblesses domestiques à travers l’interaction des régimes de politiques monétaires et les effets de débordement qu’il génère : les conditions monétaires prévalant dans les économies du cœur se transmettent plus facilement au reste du monde, ce qui accroît le risque d’accumulation de déséquilibres financiers. D’une part, les  autorités monétaires peuvent chercher à contenir l’appréciation du taux de change, notamment par peur de perdre en compétitivité ou de subir une fuite des capitaux. Elles maintiennent des taux d’intérêt inférieurs à ce qu’ils auraient été sinon, elles interviennent sur les marchés des changes et elles accumulent des actifs libellés en devise étrangère, poussant à la baisse les rendements des titres étrangers. D’autre part, avec l’usage des monnaies (en particulier du dollar) au-delà de leur juridiction, les changements de politique monétaire dans leur pays émetteur (en particulier celle de la Fed) influencent les conditions financières dans le reste du monde. 

GRAPHIQUE 1  États-Unis : cycles financier et économique

BRI, États-Unis, cycles financier et économique

source : Borio (2014)

Selon Borio, l’histoire tend à confirmer l’hypothèse d’élasticité financière excessive. Il l'illustre avec quatre exemples. Premièrement, l’amplitude et la durée des cycles financiers se sont fortement accrues depuis le début des années quatre-vingt en raison de la libéralisation financière et de l’introduction de politiques monétaires anti-inflationnistes crédibles, notamment aux Etats-Unis (cf. graphique 1). Cela coïncide avec l’intégration de la Chine et des anciens pays du régime communiste dans le système commercial mondial. Alors que la durée du cycle d’affaires est d’environ 8 ans, celle du cycle financier est depuis le début des années quatre-vingt comprise entre 16 et 20 ans. 

Deuxièmement, les déséquilibres financiers mondiaux ont prédominé avant et après la crise financière mondiale. Si avant la crise les déséquilibres s’accumulaient principalement aux Etats-Unis, le Royaume-Uni et plusieurs pays de la zone euro, ils tendent aujourd’hui à s’accumuler dans plusieurs pays émergents et dans les pays avancés qui ont été les moins affectés par la crise. Dans l’un et l’autre cas, il y a (eu) une forte expansion du crédit et un boom des prix immobiliers, le crédit externe jouant un rôle important dans l’accumulation des déséquilibres.

GRAPHIQUE 2  Le taux directeur appliqué par les banques centrales et celui que suggère une règle de Taylor (en %)

BRI--Claudio-Borio--taux-directeur--regle-de-Taylor--Marti.png

source : Borio (2014)

Troisièmement, la politique monétaire mondiale s’est révélée excessivement accommodante au niveau mondial, que ce soit avant ou après la Grande Récession. Les taux d’intérêt ont été inférieurs  à ceux impliquées par une règle de Taylor (cf. graphique 2). La politique monétaire pourrait être encore bien plus accommodante que ne le suggère l’observation de la règle de Taylor, d’une part, parce que les banques centrales ont également adopté la pratique du forward guidance et des achats d’actifs à grande échelle et, d’autre part, parce que l’écart entre la production courante et la production soutenable tend à être sous-estimé lorsque des déséquilibres financiers s’accumulent [Borio et al., 2013].

Quatrièmement, la politique monétaire américaine influence les conditions monétaires et financières dans le reste du monde, ce qui suggère que les taux de change ne protègent pas efficacement les pays. Par exemple, les taux directeurs de la Fed influencent fortement la fixation des taux directeurs des autres banques centrales [Rey, 2013].

 

Références

BORIO, Claudio (2014), « The international monetary and financial system: its Achilles heel and what to do about it », Banque des Règlements Internationaux, working paper, n° , septembre. 

BORIO, Claudio, Piti DISYATAT & Mikael JUSELIUS (2013), « Rethinking potential output: Embedding information about the financial cycle », Banque des Règlements Internationaux, working paper, n° 404, février.

REY, Hélène (2013), « Dilemma not trilemma: The global financial cycle and monetary policy independence », document de travail présenté à Jackson Hole, 24 août.

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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 18:18

Les économistes tendent à s’accorder que la croissance du PIB américain sera comprise entre 3 et 3,5 % au cours des deux, voire trois prochaines années, alors qu’elle n’atteignait que 2,1 % sur la période comprise entre le milieu de l’année 2009 (marquant la fin de la Grande Récession) et aujourd’hui. Si Robert Gordon (2014b) est d’accord avec l’idée d'une amélioration du côté de la demande, il suggère que l’offre ne parviendra pas à suivre, si bien que les prévisions de croissance officielles lui paraissent excessivement optimistes. En effet, entre fin 2009 et juin 2014, le taux de chômage est passé de 10 % à 6,1 %. Au regard de la lenteur avec laquelle la production a crû sur la période, Gordon juge la baisse du taux de chômage rapide et cela suggère que le PIB potentiel des Etats-Unis est particulièrement faible.

GRAPHIQUE 1  Croissance tendancielle de la production, de la productivité et des heures par travailleur aux Etats-Unis (en %)

Robert-Gordon--croissance-productivite-production-heures-E.png

Le taux de croissance du PIB se ramène à la somme des taux de croissance de la productivité du travail, du nombre d’heures par travailleur, du taux d’emploi, du taux de participation à la vie active et de la population en âge de travailleur. Pour que la croissance du PIB soit durablement supérieure aux 2,1 % observés ces quatre dernières années, il faudrait une accélération de la croissance de la productivité, du nombre d’heures par travailleur, du taux d’emploi et/ou du taux de participation à la population active.

Les estimations consensuelles de la croissance de la productivité du travail suggèrent qu’elle atteindra 1,2 % par an entre 2014 et 2020, soit le même taux qu’au cours de la dernière décennie. Gordon (2014a) a toutefois suggéré dans sa récente analyse de la croissance à long terme qu’elle s’établira à 1,3 % par an. En effet, c’est précisément à ce rythme que s’est accrue la productivité du travail entre 1972 et 2014, si l’on fait abstraction de la période exceptionnelle de 1996-2004 où elle s’est fortement accélérée avec la diffusion des nouvelles technologies d’information et de communication. Gordon considère en effet la période 1996-2004 comme non reproductible. John Fernald (2014) a confirmé que le sursaut de la productivité observé entre 1996 et 2004 s’avère exceptionnel et qu’il n’aura pas d’implications pour la croissance de la productivité à long terme. Gordon doute que la productivité puisse être supérieure à 1,3 %, ne serait-ce parce qu’il n’y a pas eu de réponse conjoncturelle de la productivité du travail aux variations de l’écart de production depuis le milieu des années quatre-vingt, comme il a pu le constater dans une précédente étude [Gordon, 2010]. Une accélération lui apparaît d’autant plus improbable dans l’immédiat que le taux de croissance annuel moyen de la productivité du travail s’est établi à 0,6 % au cours des quatre dernières années. Bref, rien n’assure que la croissance de la productivité sera suffisante pour qu’il n’y ait pas d’excès de demande par rapport à la capacité du côté de l’offre. 

Puisqu’une accélération substantielle de la productivité semble exclue, Gordon identifie trois conditions pour que le taux de croissance du PIB réel s’élève effectivement à un taux proche de 3 % en 2015 et en 2016 comme le suggèrent les prévisions faisant consensus aux Etats-Unis. Premièrement, il faudrait que le taux de chômage continue de diminuer régulièrement jusqu’à atteindre 4,8 %. Deuxièmement, le déclin actuel du taux de participation à la population active ne se contente pas de ralentir, mais stoppe. Troisièmement, non seulement le taux de participation à la population active des jeunes générations doit cesser de décliner, mais il doit aussi suffisamment augmenter pour compenser la vague de départs à la retraite des baby boomers

Le Congressional Budget Office (CBO) prévoit que la croissance potentielle de la production américaine s’établira en moyenne à 2,2 % pour la période 2014-2020. Même en adoptant des hypothèses qu’il juge optimistes, Gordon ne parvient pas à obtenir ce résultat. Selon lui, le taux de croissance annuel moyen de la production potentielle s’élèvera au mieux à 1,8 %, mais très certainement plutôt aux alentours de 1,6 %. 

GRAPHIQUE 2  Evolution du ratio dette publique sur PIB (en %)

Robert-Gordon--Etats-Unis--ratio-dette-publique-sur-PIB.png

La croissance du PIB est pourtant essentielle, puisqu’elle détermine l’évolution du niveau de vie à long terme. Elle affecte directement la demande en réduisant la demande pour les biens d’investissement, dans la mesure où les entreprises ne voient alors pas l’intérêt d’accumuler du capital et où les ménages disposent d’un moindre revenu disponible pour verser des loyers ou assurer le service de leur dette hypothécaire. En outre, la faiblesse de la croissance potentielle a de profondes implications pour les autorités publiques, notamment pour la trajectoire de l’endettement et l’orientation de la politique budgétaire. Le niveau du PIB américain au troisième trimestre 2024 tel que l’anticipe Gordon sera inférieur de 9 % (soit 1.900 milliards de dollars) sous le niveau anticipé par le CBO, ce qui se traduira par une perte de 6000 dollars sur le revenu par habitant. Le ratio dette publique sur PIB sera alors plus important qu’attendu : la baisse du PIB réduit directement le numérateur et accroît indirectement le dénominateur en réduisant les recettes fiscales. Le CBO prévoit que la dette publique représentera 78 % du PIB en 2024 ; selon Gordon, elle s’établira à 87 % du PIB (cf. graphique 2). Cela n’est pas non plus sans implications pour la politique monétaire. Si la croissance du PIB potentiel a ralenti, l’écart entre le PIB courant et son niveau potentiel est plus faible que ne l’estime la Fed et le taux de chômage est plus proche du NAIRU. En d’autres termes, le PIB atteindra son niveau potentiel bien plus rapidement que prévu, au risque de générer des tensions inflationnistes.

 

Références

FERNALD, John (2014), « Productivity and potential output before, during, and after the Great Recession », Federal Reserve of San Francisco, working paper, n° 2014-15.

GORDON, Robert J. (2010), « Okun’s law and productivity innovations », in American Economic Review Papers and Proceedings, vol. 100, mai.

GORDON, Robert J. (2014a), « The demise of U.S. economic growth: Restatement, rebuttal, and reflections », National Bureau of Economic Research, working paper, n° 19895, février.

GORDON, Robert J. (2014b), « A new method of estimating potential real GDP growth: Implications for the labor market and the debt/GDP ratio », National Bureau of Economic Research, working paper, n° 20423, août.

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