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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 19:18

Beaucoup considèrent que la faiblesse des taux d’intérêt au début des années deux mille aux Etats-Unis a alimenté l’endettement et ainsi l’accumulation des déséquilibres qui menèrent à la crise financière mondiale en 2007-2008. Selon eux, la politique monétaire américaine aurait dû être plus restrictive au cours de cette période, ce qui aurait désincité les banques à prêter et l'ensemble des agents privés à s'endetter, préservant ainsi la stabilité financière. L'offre de crédit n'a toutefois pas été alimentée par le seul secteur bancaire traditionnel, mais également par un véritable système bancaire alternatif (shadow banking system) échappant à la réglementation qui a été développée pour contenir les excès du premier. Le maintien d’une politique monétaire ultra-accommodante aux Etats-Unis et dans plusieurs pays avancés depuis la Grande Récession a de nouveau suscité les mêmes craintes. Certains préconisent ainsi de resserrer les politiques monétaires pour éviter l’accumulation de nouveaux déséquilibres et ainsi une nouvelle crise financière, même si ce resserrement freine quelque peu la croissance économique et le retour de l’économie au plein emploi.

Tobias Adrian et Hyun Song Shin (2008, 2009) suggèrent que la politique monétaire a un rôle à jour pour affecter les bilans des intermédiaires financiers. Plusieurs études, comme celle de Claudio Borio et Haibin Zhu (2008), ont ainsi étudié le rôle joué par le canal de la prise de risque (risk-taking channel) aux côtés du canal traditionnel du taux d’intérêt dans la transmission de la politique monétaire. Peu d’études ont cherché à évaluer quantitativement la relation entre la politique monétaire et les bilans des intermédiaires financiers.

Benjamin Nelson, Gabor Pinter et Konstantinos Theodoridis (2015) analysent plus profondément ce lien. Pour cela, ils compilent quelques faits stylisés à propos des dynamiques de l’intermédiation financière aux Etats-Unis au cours de l’histoire. Ils rappellent qu’il y eut quatre crises financières majeures aux Etats-Unis durant ces quatre dernières décennies : la crise des banques commerciales en 1973-1975, la crise des caisses d’épargne en 1984-1991, l’effondrement de la bulle internet en 2000-2001 et l’éclatement de la bulle immobilière en 2007-2008. Alors que les trois premières crises eurent des effets assez similaires d’un secteur à l’autre, il y eut un impact asymétrique sur les bilans des intermédiaires financiers durant la période d’accumulation des risques qui précéda la récente crise financière et au cours de celle-ci. Alors que la croissance des actifs de l’ensemble du système financier et les banques commerciales devint légèrement négative, tandis que la croissance des actifs des courtiers-négociants et des banques parallèles chuta respectivement de 45 points de pourcentage et de 25 points de pourcentage. 

GRAPHIQUE 1  Croissance annuelle des actifs financiers aux Etats-Unis (en %)

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Durant l’accumulation d’avant-crise et en particulier durant la période de faibles taux d’intérêt, les actifs des banques commerciales se sont accrus rapidement ; les actifs des intermédiaires non bancaires se sont accrus plus lentement par rapport au passé et ils ne semblent retrouver une expansion rapide qu’après le resserrement monétaire. La Fed assouplit sa politique monétaire entre le premier trimestre 2001 et le quatrième trimestre 2003 ; elle releva ses taux directeurs entre le deuxième trimestre 2004 et le troisième trimestre 2006. L’expansion rapide des actifs des banques commerciales a eu lieu durant la première phrase, mais déclina durant la seconde ; l’expansion des bilans des banques parallèles s’est poursuivie malgré le resserrement monétaire.

GRAPHIQUE 2  La politique monétaire de la Fed et l'expansion des bilans avant la Grande Récession

Nelson-Pinter--Theodoridis--taux-directeur-Fed--croissance-.png

Nelson et ses coauteurs observent alors les effets des surprises de politique monétaire sur la croissance des bilans des intermédiaires financiers, mais en distinguant entre les banques commerciales et les entités de secteur bancaire parallèle. En utilisant des modèles vectoriels autorégressifs, ils constatent que les chocs monétaires ont faiblement contribué à la croissance des actifs dans le secteur financier dans son ensemble. Moins de 10 % de la variation de la croissance trimestrielle des actifs des banques commerciales et des banques parallèles aux Etats-Unis au cours de la période 1966-2007 s’expliquent par les surprises monétaires. Depuis 2001, le laxisme non anticipé de la politique monétaire contribua peu à l’expansion des bilans des intermédiaires financiers aux Etats-Unis.

Ensuite, ils constatent que les resserrements non anticipés de la politique monétaire ont eu tendance à réduire la croissance des actifs des banques commerciales. Contrairement à une idée répandue, les resserrements monétaires non anticipés tendent à accroître la croissance des actifs des banques parallèles et non à la réduire. Ce constat est confirmé par le fait que l’activité de titrisation tend à s’accroître suite aux resserrements monétaires.

Ces divers résultats amènent les auteurs à douter de l’utilité d’utiliser une politique monétaire allant à contre-courant pour poursuivre des objectifs de stabilité financière. Premièrement, le resserrement de la politique monétaire devrait être particulièrement fort pour limiter la croissance rapide des bilans des banques commerciales. Deuxièmement, la tendance aux fuites à travers la titrisation met en doute l’idée que la politique monétaire affecte l’ensemble du système financier. Par conséquent, pour assurer le maintien de la stabilité financière, le mieux reste de renforcer la réglementation des banques commerciales et d’étendre la supervision aux pans du secteur bancaire parallèle qui sont les plus exposés à la prise de risque excessive. La politique monétaire peut ainsi se focaliser plus efficacement sur ses objectifs de stabilisation de l’activité et de l’inflation.

 

Références

ADRIAN, Tobias, & Hyun Song SHIN (2008), « Financial intermediaries, financial stability, and monetary policy », Federal Reserve Bank of New York, staff report, n° 346.

ADRIAN, Tobias, & Hyun Song SHIN (2009), « Financial intermediaries and monetary economics », Federal Reserve Bank of New York, staff report, n° 398.

BORIO, Claudio, & Haibin ZHU (2008), « Capital regulation, risk-taking and monetary policy: A missing link in the transmission mechanism? », Banque des règlements internationaux, working paper, n° 268.

NELSON, Benjamin, Gabor PINTER & Konstantinos THEODORIDIS (2015), « Do contractionary monetary policy shocks expand shadow banking? », Banque d’Angleterre, working paper, n° 521, janvier. 

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 10:57

Les pays avancés sont entrés dans la Grande Récession avec des niveaux élevés de dette publique et ceux-ci se sont alors davantage détériorés avec la faiblesse de l’activité et la mise en œuvre de relances budgétaires, au point d’atteindre des niveaux sans précédents en temps de paix. Les commentaires et les études se sont alors multipliés ces dernières années pour identifier les leviers sur lesquels les gouvernements peuvent s’appuyer pour assainir leurs finances publiques. Suite à la crise mondiale, beaucoup ont jugé que les pays avancés devaient impérativement mettre en œuvre des consolidations budgétaires pour ramener leur endettement plus soutenable, mais ces plans d’austérité freinent une croissance déjà très lente et parviennent difficilement à réduire les ratios dette publique sur PIB (en réduisant tout autant le dénominateur que le numérateur). Certains espèrent une accélération de la croissance pour accroître les recettes fiscales et réduire les ratios dette publique sur PIB (en accroissant plus rapidement le dénominateur que le numérateur) et préconisent un creusement momentané des déficits publics pour mettre en œuvre des plans de relance. Ces deux options ne sont toutefois pas les seules possibles…

Au fil de leurs publications, Carmen Reinhart, Kenneth Rogoff et leurs divers coauteurs ont montré que les ratios dette sur PIB ont été réduits au cours de l'histoire par la croissance économique, les plans d’austérité budgétaire, les défauts et restructurations de la dette, une accélération de l’inflation et la répression financière, mais ces deux dernières options ne sont disponibles que pour les dettes libellées en devise domestique. Il semble que l’on ait collectivement oublié que la répression financière prévalait à travers le monde entre 1945 et le début des années quatre-vingt et qu’elle joua un rôle déterminant dans la réduction ou la liquidation des stocks massifs de dette publique que les pays avancés héritèrent de la Seconde Guerre mondiale.

Le terme de « répression financière » fut introduit par Edward Shaw et Ronald McKinnon à la fin des années soixante-dix. Celle-ci consiste finalement à taxer les obligataires et les épargnants en imposant des taux d’intérêt réels négatifs ou inférieurs aux taux du marché. Lorsqu’une combinaison de taux d’intérêt nominaux administrés et d’inflation génère des taux d’intérêts réels négatifs, elle liquide l’encours de dettes. Les gouvernements peuvent réduire les intérêts qu’ils doivent verser même lorsque les taux d’intérêt réels restent positifs, mais pour cela ils doivent les maintenir plus faibles qu’ils ne l’auraient été sinon en plafonnant les taux d’intérêt, en instaurant des contrôles de capitaux, en relevant les réserves obligatoires, en en introduisant des mesures prudentielles exigeant des institutions (en particulier les fonds de pension) qu’elles détiennent des titres publics domestiques dans leurs portefeuilles, en prenant possession des banques, etc.

Après la seconde Guerre mondiale, les pays mirent en œuvre des contrôles de capitaux et des réglementations qui créèrent une audience captive pour la dette publique en limitant l’érosion de la base imposable (cf. graphique 1). Pour déterminer l’impact de ces mesures de répression financière, Carmen Reinhart et Belen Sbrancia (2015) ont développé et analysé une nouvelle base de données détaillées sur les caractéristiques et la composition de la dette publique domestique au cours de la période 1945-1980, c’est-à-dire avant la libéralisation financière et la mondialisation des marchés des capitaux, et ce pour 12 pays : en l’occurrence, l’Afrique du Sud, l’Argentine, l’Australie, la Belgique, les Etats-Unis, la France, l’Inde, l’Irlande, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et la Suède. 

GRAPHIQUE 1  Les hausses des dettes publiques et leur résolution

La répression financière qui caractérisa la période 1945-1980 contribua significativement à réduire rapidement la dette publique dans plusieurs pays avancés au cours de cette période. La plupart (pour ne pas dire la totalité) des taux d’intérêts réels furent significativement plus faibles durant la période 1945-1980 que dans les périodes de libéralisation des marchés des capitaux avant la Grande Dépression et après les années quatre-vingt (cf. graphique 2). Pour les économies avancées, les taux d’intérêt réels furent négatifs la moitié du temps sur la période 1945-1980. La combinaison de la répression financière et d’une forte inflation joua un rôle significatif pour limiter les intérêts que devaient verser les gouvernements et pour réduire le volume des dettes publiques. Sur la période 1945-1980, les économies réalisées sur les intérêts étaient comprises en moyenne entre 1 et 5 % du PIB pour l’échantillon de 12 pays. Les plus fortes économies ont été réalisées au sortir de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les niveaux d’endettement étaient les plus élevés, et au cours des années soixante-dix, lorsque l’inflation s’accéléra fortement. La répression financière est en effet plus efficace pour réduire la dette publique si elle s’accompagne d’une forte inflation ; cette dernière ne doit nécessairement être élevée, ni prendre forcément par surprise les participants au marché pour que la répression financière soit efficace.

GRAPHIQUE 2  Taux d’intérêt réel ex post sur les bons du Trésor (moyenne mobile sur 3 ans, en %)

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Pour Reinhart et Sbrancia, l’histoire du Royaume-Uni illustre parfaitement l’efficacité de la répression financière. Suite aux guerres napoléoniennes, la dette publique du Royaume-Uni représentait 260 % du PIB. Il fallut 40 ans pour la ramener à 100 % du PIB grâce aux mesures de répression financière, dans un contexte de stabilité des prix et de forte mobilité du capital ancrée par l’étalon-or. Suite à la Deuxième Guerre mondiale, le ratio dette publique sur PIB du Royaume-Uni diminua de la même ampleur en 20 ans. 

Reinhart et Sbrancia suggèrent que la répression financière pourrait faire à nouveau partie de la boîte à outils pour faire face à la récente hausse de la dette publique dans les pays avancés. La répression financière n’est pas une relique barbare restreinte au passé ou aux seuls pays émergents. La Chine utilise une combinaison de taux d’intérêt administrés, de contrôlés de capitaux, de crédit direct et de forte inflation pour réduire la dette publique domestique. Suite à la Grande Récession, les pays avancés ont de nouveau embrassé la répression financière, notamment à travers la refondation de la réglementation, des plafonnements (implicites ou explicites) de taux d’intérêt nominaux, des contrôles de capitaux et même la pression morale pour pousser les institutions domestiques à détenir davantage de dette publique. L’épisode actuel de surendettement se distingue toutefois des précédents : outre les gouvernements, les entreprises, les ménages et le secteur bancaire ont également connu une forte expansion de leur dette. 

 

Références

REINHART, Carmen M. (2012), « The return of Financial Repression », in Financial Stability Review, n° 16, avril.

REINHART, Carmen M., Vincent R. REINHART, & Kenneth S. ROGOFF (2012), « Public debt overhangs: Advanced-economy episodes since 1800 », in Journal of Economic Perspectives, vol. 26, n° 3, été.

REINHART, Carmen M., & Kenneth S. ROGOFF (2011), « The forgotten history of domestic debt », in Economic Journal, vol. 121, n° 552, mai.

REINHART, Carmen M., & Kenneth S. ROGOFF (2013), « Financial and sovereign debt crises: Some lessons learned and those forgotten », FMI, working paper, décembre.

REINHART, Carmen M., & M. Belen SBRANCIA (2011), « The liquidation of government debt », NBER, working paper, n° 16893, mars.

REINHART, Carmen M., & M. Belen SBRANCIA (2015), « The liquidation of government debt », FMI, working paper, n° 15/7, janvier.

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24 janvier 2015 6 24 /01 /janvier /2015 17:25

Les inégalités de genre sont susceptibles d’affecter la croissance économique via plusieurs canaux [Morrison et alii ; Amin et alii, 2015]. Un premier lien repose sur le capital humain, c’est-à-dire la qualité du facteur travail : l’accumulation du capital humain (c’est-à-dire l’accumulation de compétences, mais aussi les progrès en termes de santé) accroît la productivité du travail. Le faible investissement dans le capital humain des femmes restreint alors le potentiel de croissance de l’économie, surtout si les rendements marginaux de la scolarité pour les femmes excèdent ceux des hommes. Un deuxième lien concerne l’allocation des facteurs de production. Si des barrières empêchent les femmes de travailler dans certains secteurs ou certaines professions, alors les facteurs ne sont pas alloués vers leur meilleur usage productif : l’allocation des ressources est inefficace, ce qui pèse à nouveau sur la croissance potentielle. Un troisième lien entre les inégalités de genre et la croissance repose sur les propensions marginales à épargner. En l’occurrence, les femmes seraient davantage incitées que les hommes à épargner, notamment en raison du plus grand altruisme intergénérationnel dont elles feraient preuve. Or, dans un cadre néoclassique, l’épargne est essentielle pour l’accumulation du capital, en particulier dans les pays en développement, peu dotés de capacité de financement. Selon cette perspective, l’incapacité des femmes à percevoir librement un revenu (notamment du travail), donc d’épargner, freinerait tout particulièrement le décollage des pays en développement. 

Les études macroéconomiques portant sur le lien entre inégalités de genre et développement se sont multipliées depuis le début des années quatre-vingt-dix, lorsque les données relatives aux revenus ont enfi été disponibles pour de nombreux pays développés et en développement. En l’occurrence, elles se sont avant tout penchées sur l’impact des inégalités face à l'éducation. Sur le plan empirique, plusieurs études constatent que les progrès réalisés dans l’éducation des femmes stimulent leurs salaires et que les rendements de l’éducation sont fréquemment plus élevés pour les femmes que pour les hommes [Schultz, 2002 ; Morrison et alii]. En outre, les progrès dans l'éducation des femmes contribueraient au développement humain, notamment en réduisant la mortalité infantile et en améliorant plus glabolement la santé et la scolarité dans la société. Puisque le développement humain favorise la croissance économique, cela suggère que la réduction des inégalités de genre dans l’éducation favorise cette dernière.

Plusieurs études empiriques ont décelé une corrélation négative entre les inégalités de genre dans l’éducation et le niveau de vie. L’étude réalisée par Anne Hill et Elizabeth King (1993) est parmi les premières à estimer l’impact de l’écart de réussite dans le primaire et le secondaire sur le PIB par tête. A partir des données relatives à la période 1975-1985, elles décèlent une corrélation négative statistiquement et économiquement significative. De leur côté, Stephen Knowles, Paula Lorgelly et Dorian Owen (2002) reprennent le modèle de Solow pour y incorporer séparément le capital humain détenu par les femmes et celui détenu par les hommes pour estimer l’impact des écarts d’accumulation sur le niveau de revenu à l’état régulier. A partir des données de la période 1960-1990, ils constatent une corrélation négative entre l’écart de réussite scolaire et le revenu : pour un niveau donné de réussite scolaire des hommes, une moindre réussite scolaire des femmes est associée à un plus faible niveau de revenu à l’état régulier.

D’autres études ont observé le lien entre inégalités de genre dans l’éducation et croissance économique. Robert Barro et Jong-Wha Lee (1994) et Robert Barro et Xavier Sala-i-Martin (1995) ont estimé l’impact de la durée de scolarité des filles sur la croissance du PIB par tête. Leurs études suggèrent qu’une plus grande scolarisation des femmes dans le primaire et secondaire (c’est-à-dire une moindre inégalité dans l’éducation) est négativement corrélée avec la croissance économique. David Dollar et Roberta Gatti (1999) réévaluent l’impact de la réussite des femmes dans le secondaire sur la croissance, mais en contrôlant les taux de réussite dans le secondaire pour les hommes. A la différence de Barro et de ses coauteurs, ils constatent qu’une plus grande réussite des femmes dans le secondaire (en l’occurrence, une plus grande part des femmes parmi la population adulte qui est diplômée dans le secondaire) est associée à un plus haut taux de croissance, mais seulement dans les pays où les femmes sont déjà fortement éduquées. Leur étude n’analysait toutefois l’impact sur la croissance que sur des intervalles de cinq ans. Stephan Klasen (1999) a alors utilisé un plus grand intervalle de croissance en faisant l’hypothèse que le capital humain n’est rentable qu’à long terme. Il utilise, d’une part, le ratio rapportant le nombre d’années de scolarité des femmes sur celui des hommes et, d’autre part, le taux de croissance de ce ratio au cours du temps. Il constate alors que ces deux mesures sont positivement corrélées avec la croissance économique.

GRAPHIQUE 1  Croissance du PIB par tête et indice d'inégalités de genre

Amin, Kuntchev Schmidt, inégalités de genre et croissance

source : Amin et alii (2015)

Mohammad Amin, Veselin Kuntchev et Martin Schmidt (2015) ont utilisé les données relatives à 107 pays pour analyser la relation entre inégalités de genre et croissance. Leur étude se distingue des précédentes sur deux plans. D’une part, elle s’appuie sur l’indice des inégalités de genre des Nations Unies, qui prend en compte la santé, l’emploi et l’émancipation politique. Ainsi, les trois auteurs utilisent une mesure des inégalités de genre qui va bien au-delà des inégalités de genre dans l’éducation, contrairement à la plupart des études. D’autre part, ils analysent l’hétérogénéité qu’est susceptible de connaître la relation entre inégalités de genre et croissance, notamment en fonction du niveau de revenu du pays. Ainsi, ils cherchent à déterminer si les inégalités de genre et le développement économique sont des substituts ou bien des compléments pour la croissance.

GRAPHIQUE 2  Croissance du PIB par tête et indice d'inégalités de genre après avoir contrôlé la convergence entre pays

Amin--Kuntchev-Schmidt--inegalites-de-genre-et-c-copie-1.png

source : Amin et alii (2015)

Leurs résultats confirment que de plus grandes inégalités de genre est fortement associé à une plus faible croissance du revenu par tête. Cependant, cette relation négative entre inégalités de genre et croissance s’explique par les données des pays pauvres, les données relatives aux pays riches ne présentant pas une telle relation : à des niveaux de revenu suffisamment élevés, il n’y a pas de relation statistiquement significative et robuste entre les inégalités de genre et la croissance économique (cf. graphiques 1 et 2). Comme les pays en développement se caractérisent par de faibles niveaux de vie et de fortes inégalités de genre, ils peuvent à la fois réduire les inégalités de genre et stimuler leur croissance économique en mettant en œuvre des politiques de lutte contre les inégalités de genre.


Références

AMIN, Mohammad, Veselin KUNTCHEV & Martin SCHMIDT (2015), « Gender inequality and growth. The case of rich vs. poor countries », Banque mondiale, policy research working paper, n° 7172

BANDIERA, Oriana, & Ashwini NATRAJ (2013), « Does gender inequality hinder development and economic growth? Evidence and policy implications », Banque mondiale, policy research working paper, n° 6369, février.

BARRO, Robert, & Jong-Wha LEE (1994), « Sources of economic growth », Carnegie-Rochester Series on Public Policy, vol. 40, n° 1.

BARRO, Robert, & Xavier SALA-I-MARTIN (1995), Economic Growth.

DOLLAR, David, & Roberta GATTI (1999), « Gender inequality, income, and growth: Are good times good for women? », Banque mondiale, policy research report on gender and development, n° 1, mai.

HILL, M. Anne, & Elizabeth M. KING (1995), « Women’s education and economic well-being », in Feminist Economics, vol. 1, n° 2.

KLASEN, Stephan (1999), « Does gender inequality reduce growth and development? Evidence from cross-country regressions », Banque mondiale, policy research report on gender and development, n° 7, novembre.

KNOWLES, Stephen, Paula K. LORGELLY & P. Dorian OWEN (2002), « Are educational gender gaps a brake on economic development? Some cross-country empirical evidence », Oxford Economic Papers, vol. 54.

MORRISON, Andrew, Dhushyanth RAJU & Nistha SINHA (2007), « Gender equality, poverty and economic growth », Banque mondiale, policy research working paper, n° 4349, septembre.

SCHULTZ, T. Paul (2002), « Why governments should invest more to educate girls », World Development, vol. 30, n° 2.

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