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14 janvier 2024 7 14 /01 /janvier /2024 17:02

La science économique est née avec des réflexions sur le partage des revenus ; David Ricardo (1817) considérait d’ailleurs que la question de la répartition des richesses était, avec celle de leur création, le principal problème de l’économie politique. Néanmoins, il fallut attendre le début du vingtième siècle, avec les avancées dans la collecte et le traitement des données, pour que les économistes aient des estimations chiffrées de la répartition des revenues à l’échelle du pays (1). Ces premiers travaux empiriques ont surpris, en montrant une certaine constance de la répartition du revenu national entre le travail et le capital à long terme. Notant une telle constance dans la répartition du revenu au Royaume-Uni et aux Etats-Unis des années 1910 aux années 1930, John Maynard Keynes (1939) évoquait un « miracle ». Pendant de nombreuses décennies, les économistes ont considéré que la constance du partage de la valeur ajoutée était immuable ; elle constitue d’ailleurs l’un des six « faits stylisés » de la croissance économique répertoriés par Kaldor (1957). Mais tous les économistes ne croyaient pas en une loi d’airain : par exemple, Robert Solow (1958) se déclarait sceptique, estimant que cette stabilité était « peut-être une illusion optique ».

Le partage du revenu national s’est effectivement révélé instable. Depuis une quarantaine d’années, la plupart des pays développés et plusieurs pays émergents ont connu une baisse de la part du revenu national rémunérant le travail. Selon les estimations privilégiées par Loukas Karabarbounis (2023), au niveau mondial, la part du travail a baissé d’environ 6 points de pourcentage depuis 1980. La déformation du partage de la valeur ajoutée a été particulièrement marquée aux Etats-Unis : toujours selon Karabarbounis, la part du travail a baissé de 7 points depuis la Seconde Guerre mondiale et a atteint en 2022 sont plus faible niveau depuis la Grande Dépression. En outre, le partage de la valeur ajoutée semble se déformer au détriment du travail dans la plupart des secteurs ; autrement dit, la baisse de la part du travail observée au niveau national ne s’explique pas par le fait que certains secteurs (en l’occurrence ceux où la part du travail est la plus faible) prennent plus du poids dans l’économie que les autres secteurs (ceux où la part du travail est la plus élevée). 

Part du travail dans une sélection de pays (en %)

Comment expliquer la baisse de la part du travail ?

Ces déformations du partage de la valeur ajoutée ne sont pas sans conséquences économiques. Elles affectent notamment les inégalités de revenu : dans la mesure où les revenus du travail sont moins concentrés que les revenus du capital, une baisse de la part du travail a tendance à augmenter les inégalités de revenu [Jacobson et Occhino, 2012 ; Bengtsson et Waldenström, 2017 ; Milanovic, 2017 ; Dao et alii, 2017]. Cela dit, si la déformation du partage de la valeur ajoutée a pu contribuer à la hausse des inégalités de revenu observée ces dernières décennies, il semble que cette dernière tienne avant tout à la hausse des inégalités salariales [Askenazy et alii, 2012 ; Francese et Mulas-Granados, 2015].

Les effets sur la croissance économique sont plus ambigus. Les salariés ayant une plus grande propension à consommer que les détenteurs du capital, une baisse de la part du travail a tendance à déprimer la consommation. Il n’est pourtant pas clair que cela déprime la demande globale. En effet, la hausse du taux de marge permet aux entreprises de financer plus facilement leurs projets d’investissement, si bien qu’une baisse de la consommation peut être compensée par une hausse de l’investissement. Reste la question de savoir si les entreprises sont contraintes par leurs débouchées ou par des contraintes financières : si la baisse de la consommation les amène à anticiper de faibles débouchés, les entreprises pourraient être désincitées à investir, même si elles peuvent plus facilement financer leurs investissements. D’autre part, cela dépend du modèle de croissance. Si la croissance économique dépend avant tout de la consommation, alors une baisse de la part du travail devrait déprimer la croissance. Mais si la croissance économique repose avant tout sur la demande extérieure, alors la déformation du partage du revenu au détriment du travail pourrait au contraire stimuler la croissance.

La littérature a évoqué plusieurs facteurs susceptibles d’expliquer la baisse de la part du travail [Piton et Vatan, 2018a ; Grossman et Oberfield, 2022 ; Karabarbounis, 2023]. Sans être exhaustifs, nous pouvons notamment évoquer :

1. Le progrès technique est le facteur le plus communément évoqué, en particulier par les économistes partant d’un cadre théorique d’inspiration néoclassique [Acemoglu et Restrepo, 2018]. Pour Karabarbounis et Neiman (2014), les avancées technologiques auraient poussé à la baisse le prix relatif des biens d’investissement : comme le coût relatif du capital diminue, les entreprises seraient plus incitées à adopter des combinaisons productives intensives en capital. Les économistes mettent particulièrement l’accent sur la robotisation de la production : les robots peuvent certes être complémentaires avec les travailleurs, mais ils peuvent aussi remplacer les travailleurs pour réaliser des tâches que ces derniers réalisaient jusqu’alors. Daron Acemoglu et Pascual Restrepo (2020) et Daron Acemoglu et alii (2020) ont, respectivement dans le cas américain et le cas français, décelé une relation négative entre l’usage des robots par les entreprises et la part du revenu qu’elles versent au travailleurs ; Bonfigliolo et alii (2020) ont abouti à des constats similaires en observant des entreprises françaises importatrices de robots.

2. Plusieurs économistes mettent l’accent sur la mondialisation commerciale. Avec la baisse des barrières à l’échange, les entreprises sont davantage incitées à fragmenter leurs chaînes de valeur et à réaliser des tâches à l’étranger, que ce soit en délocalisant leurs propres sites de production ou en recourant à la sous-traitance étrangère. C’est en particulier le cas des entreprises des pays développés, qui peuvent ainsi réduire leurs coûts de production en profitant du moindre coût du travail dans les pays émergents. Ainsi, dans les pays développés, des tâches qui étaient jusqu’alors réalisées par des résidents sont désormais réalisées à l’étranger. Plusieurs travaux font effectivement le lien entre la mondialisation commerciale et la déformation du partage de la valeur ajoutée [Harrison, 2005 ; Guscina, 2006 ; Jaumotte et Tytell, 2007 ; Sylvain, 2008 ; Elsby et alii, 2013 ; Reshef et Santoni, 2019]. Cela dit, la mondialisation n’est pas la seule coupable, car la baisse de la part s’observe dans la majorité des secteurs, notamment ceux qui ne sont pas exposés à la concurrence étrangère.

3. Les marchés des produits sont devenus de plus en plus concentrés [Gutiérrez et Philippon, 2017 ; Gutiérrez et Philippon, 2023] ; Autor et alii (2017) ont observé le poids croissant de « firmes superstars » aux Etats-Unis. Or, la plus grande concentration des marchés, en réduisant la concurrence, permet aux entreprises de gagner en pouvoir de marché et ainsi d’augmenter leurs marges de profit [Díez, 2018 ; Chen et alii, 2019 ; De Loecker et alii, 2020 ; Covarrubias et alii, 2020].

4. Si le partage de la valeur ajoutée s’est déformé au détriment du travail, c’est peut-être notamment aussi parce que le pouvoir de négociation des travailleurs vis-à-vis des entreprises s’est érodé ces dernières décennies. Olivier Blanchard (1997) et Blanchard et Giavazzi (2003) ont suggéré que les changements dans la réglementation du travail étaient susceptibles d’avoir déformé le partage de la valeur ajoutée dans les pays développés à partir des années 1970 en modifiant le rapport de force entre entreprises et travailleurs dans les négociations salariales. Selon Gabriele Ciminelli et alii (2018), les déréglementations des marchés du travail opérées depuis les années 1980 expliqueraient en moyenne environ 15 % de la baisse de la part du travail observée dans les pays développés. La désyndicalisation, en partie alimentée par les réformes libéralisant le marché du travail, a également dû contribuer à éroder le pouvoir de négociation des travailleurs. Dans le cas américain, Henry Farber et alii (2018) et Anna Stansbury et Larry Summers (2020) décèlent en effet une corrélation positive entre la part du travail et le taux de syndicalisation, notamment au niveau des Etats et des secteurs.

5. La financiarisation des économies a également pu contribuer à déformer le partage de la valeur ajoutée. Les grandes entreprises ont davantage cherché maximiser la valeur actionnariale, c’est-à-dire à accroître les dividendes et à racheter les actions pour en faire augmenter le cours, ce qui, de surcroît, a pu les amener à contenir davantage la masse salariale. L’essor du capitalisme actionnarial n’a pas été évoqué seulement par les économistes hétérodoxes, d’obédience marxiste ou postkeynésienne [Kohler et alii, 2018]. Selon Antonio Falato et alii (2022), le plus grand pouvoir des actionnaires dans la gouvernance d’entreprise expliquerait un quart de la baisse de la part du travail observée aux Etats-Unis ; selon Sophie Piton et Antoine Vatan (2018b), il pourrait expliquer la moitié de la baisse de la part du travail observée aux Etats-Unis et en Europe. 

La littérature a évoqué plusieurs coupables susceptibles d’avoir contribué à la baisse de la part du travail et les analyses empiriques tendent à confirmer l’implication de plusieurs d’entre eux. En fait, la littérature a « trop » expliqué le phénomène : pour reprendre les termes de Gene Grossman et Ezra Oberfield (2022), si l’on fait la somme des montants expliqués par plusieurs mécanismes, le total équivaut à trois ou quatre fois celui de la baisse observée de la part du travail. 

Grossman et Oberfield évoquent deux raisons pour expliquer ce surdénombrement. D’une part, l’essentiel des études se focalisent sur des causes immédiates de la baisse de la part du travail, non sur ses causes fondamentales. Par exemple, les avancées technologiques ont contribué à la mondialisation et notamment à la fragmentation des chaînes de valeur ; réciproquement, la plus forte concurrence étrangère peut pousser les entreprises à davantage automatiser leur production ; si elles bénéficient de façon disproportionnée aux grandes entreprises, l’innovation et la mondialisation augmentent peut-être la concentration des marchés des produits et y essouffle la concurrence ; l’automatisation, la concurrence étrangère, la menace des délocalisations et l’érosion de la concurrence sur le marché des produits contribuent à réduire le pouvoir de négociation des travailleurs, etc. D’autre part, Grossman et Oberfield estiment qu’il pourrait y avoir d’importants biais de recherche et de publication : dans la mesure où le constat d’une baisse de la part du travail est assez largement admis, les économistes pourraient être incités à se focaliser sur les seuls facteurs susceptibles de pousser la part du travail vers le bas et à négliger les facteurs susceptibles de contrer cette baisse en poussant la part du travail vers le haut.

Plusieurs travaux ont essayé de considérer le rôle respectif de plusieurs suspects possibles. Du côté du FMI, Mai Chi Dao et alii (2017) estiment que le progrès technique explique environ la moitié de la baisse de la part du travail dans les pays développés ; en revanche, ce sont l’ouverture commerciale et le développement des chaînes de valeur internationales qui semblent avoir affecté le partage de la valeur ajoutée dans les pays émergents en augmentant l’intensité en capital de la production. 

Dans un nouveau document de travail, Ann Harrison (2024) a utilisé des millions d’enregistrements pour départager le rôle du changement technologique, du pouvoir de marché des entreprises et de la mondialisation commerciale dans la baisse de la part du travail. Son analyse suggère qu’entre 1995 et 2019 le progrès technique a constitué le principal facteur derrière la baisse des parts du travail et, dans une moindre mesure, la hausse du pouvoir de marché. Quant au rôle de la mondialisation, elle arrive à des résultats mitigés : les parts du commerce sont parfois corrélées négativement avec la part du travail, mais dans le cas de la Chine il y a une forte corrélation positive entre les exportations et les parts du travail au niveau de l’entreprise.

 

Notes

(1) Il faut dire qu’il n’y a pas de consensus sur la façon de quantifier la répartition du revenu national. Il y a des débats quant à savoir quel dénominateur utiliser (le PIB ? le RNB ?), comment départager les revenus mixtes (puisque ces derniers rémunèrent indissociablement un travail et un patrimoine), s’il faut ou non exclure le secteur immobilier, etc. Cela contribue à expliquer pourquoi les estimations et conclusions, notamment concernant le signe même de la variation de la part du travail, peuvent fortement différer d’une étude à l’autre. 

 

Références

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21 décembre 2023 4 21 /12 /décembre /2023 22:04

Face à l’inflation que nous avons connue ces dernières années, les banques centrales n’ont initialement pas réagi parce qu’elles jugeaient comme transitoires les chocs à l’origine de cette inflation et leurs effets. Mais une fois qu’elles ont commencé à relever leurs taux directeurs, elles les ont relevés rapidement. A présent que l’inflation reflue, les banques centrales s’attribuent le crédit pour cette désinflation. L’un des débats est de savoir dans quelle mesure elles ont effectivement contribué à celle-ci et, surtout, si leurs resserrements passés ne risquent pas de faire basculer les économies dans la récession ces prochaines trimestres [Amatyakul et alii, 2023 ; Wren-Lewis, 2023]. Si la désinflation s’explique simplement par la disparition des chocs eux-mêmes, notamment la baisse des prix de l’énergie, les effets récessifs de la politique monétaire ne se sont peut-être pas encore pleinement faits sentir.

En effet, la politique monétaire n’affecte pas immédiatement l’activité économique et les prix. Milton Friedman (1961) estimait que la transmission de la politique monétaire souffre de « délais longs et variables ». Cela explique ses réticences à ce que les banques centrales cherchent à amortir le cycle d’affaires : le temps que leurs effets se matérialisent, les assouplissements monétaires risquent de stimuler une activité économique qui n’a plus besoin d’être stimulée, entraînant une surchauffe, et les resserrements monétaires risquent de déprimer une activité économique qui n’a plus besoin d’être déprimée, provoquant ou aggravant une récession ; autrement dit, la politique monétaire risque, selon Friedman, non pas d’atténuer, mais d’amplifier les fluctuations de l’activité. Ainsi, il est essentiel que les banques centrales anticipent un maximum les effets des chocs lorsqu’elles prennent leurs décisions de politique monétaire.

Les estimations varient fortement d'une étude à l'autre. Dans leur méta-analyse de soixante-sept études relatives à une trentaine d’économies, Tomas Havranek et Marek Rusnak (2013) concluaient que le délai de transmission moyen est de 29 mois environ. Dans une récente étude utilisant un échantillon de données relatives à 33 pays développés et émergents pour ces trois dernières décennies, Pragyan Deb, Julia Estefania-Flores, Melih Firat, Davide Furceri et Siddharth Kothari (2023) estiment qu’à la suite d’une hausse des taux directeurs de 100 points de base le PIB réel décline en moyenne de 0,3 % au cours des deux trimestres suivants et que les effets persistent jusqu’au huitième trimestre. Les effets sur les prix à la consommation se matérialisent plus lentement : ils ne sont significatifs qu’après le deuxième trimestre et ils atteignent leur pic autour du sixième trimestre (cf. graphique).

GRAPHIQUE  Transmission de la politique monétaire au PIB réel et aux prix à la consommation

La transmission de la politique monétaire : lente, hétérogène et asymétrique

En observant les données relatives à l’utilisation des cartes bancaires par les ménages allemands, Francesco Grigoli et Damiano Sandri (2022) estiment que les effets des hausses des taux d’intérêt sur les dépenses des ménages se matérialisent après un délai d’environ six mois. Ils notent aussi que les hausses des taux d’intérêt de court terme semblent avoir des effets plus rapides sur les dépenses des ménages que les hausses des taux d’intérêt de long terme, ce qui suggère que la politique monétaire conventionnelle (agissant via les taux d’intérêt de court terme) est plus efficace que les mesures non conventionnelles de politique monétaire (comme l’assouplissement quantitatif et le forward guidance, agissant via les taux d’intérêt de long terme).

Dans leur méta-analyse de la littérature empirique, Havranek et Rusnak (2013) concluaient que les délais de transmission de la politique monétaire tendent à être plus longs dans les pays développés que dans les pays en transition : ils seraient compris entre 25 et 50 mois pour les premiers et entre 10 et 20 mois pour les seconds. Selon eux, cette différence s’explique par le degré de développement financier : lorsque le niveau de développement financier est avancé, les agents ont davantage d’opportunités pour se couvrir contre les décisions de politique monétaire, ce qui devrait retarder et atténuer les effets de ces dernières. A l’inverse, Georgios Georgiadis (2014) estime que plus le secteur financier est concurrentiel, plus les banques sont promptes à répercuter les variations des taux directeurs sur leurs propres taux d’intérêt. Pragyan Deb et alii (2023) observent que la politique monétaire semble être plus efficace dans les pays présentant un niveau élevé de développement financier, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que ce dernier favorise le canal du crédit.

Le taux de change joue également sur la vitesse de transmission. Pragyan Deb et alii (2023) constatent que la production et les prix réagissent beaucoup moins dans un régime de change fixe que dans un régime de change flexible. En l’occurrence, si le taux de change est flexible, il aura tendance à s’apprécier lorsque la banque centrale resserre sa politique monétaire, ce qui, d’une part, déprimera le volume des exportations et par ce biais la production et, d’autre part, réduira les prix des produits importés, donc poussera l’inflation à la baisse. 

Enfin, la transmission de la politique monétaire semble asymétrique : ses effets diffèrent selon son orientation et la position de l’économie dans le cycle : un resserrement monétaire déprimerait l’activité économique lors des expansions, mais un assouplissement monétaire ne stimulerait guère l’activité économique lors des récessions. Keynes développait déjà cette idée ; plusieurs travaux empiriques portant sur les effets de la politique monétaire américaine la confirment [Tenreyro et Thwaites, 2016 ; Angrist et alii, 2018 ; Barnichon et Matthes, 2018 ; Forni, 2020]. En étudiant les données relatives à l’utilisation de la carte bancaire des ménages allemands, Francesco Grigoli et Damiano Sandri (2022) constatent que les baisses des taux d’intérêt ne stimulent pas les dépenses des ménages, mais que les hausses des taux d’intérêt entraînent en revanche une baisse significative de ces dépenses. Les résultats sont en revanche bien ambigus sur une éventuelle asymétrie des effets de la politique monétaire sur l’inflation.

Selon Tenreyro et Thwaites, l’asymétrie des effets de la politique monétaire pourrait notamment s’expliquer par le comportement de la politique budgétaire, qui tendrait à contrer la politique monétaire dans les récessions, mais aurait tendance à la renforcer lors des booms de l’activité. Ils notent également que les chocs récessifs sont plus puissants que les chocs expansionnistes, mais dans la mesure où leur fréquence est la même lors des récessions que lors des expansions, il leur apparaît douteux que cela explique la moindre efficacité de la politique monétaire lors des récessions. D’autres explications ont été avancées, mettant l’accent sur de possibles changements de comportement des entreprises en matière de fixation des prix quand l’inflation augmente [Nakamura et Steinsson, 2008] et sur l’existence de rigidités nominales à la baisse, notamment sur les salaires [Forni et alii, 2020]. Le comportement des banques commerciales pourrait également être asymétrique : elles seraient plus promptes à relever leurs taux d’intérêt quand la banque centrale augmente les siens qu’à les baisser quand la banque centrale baisse les siens.

 

Références

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DEB, Pragyan, Julia ESTEFANIA-FLORES, Melih FIRAT, Davide FURCERI & Siddharth KOTHARI (2023), « Monetary policy transmission heterogeneity: Cross-country evidence », FMI, working paper, n° 23/204.

FORNI, Mario, Davide DEBORTOLI, Luca GAMBETTI& Luca SALA (2020),« Asymmetric effects of monetary policy easing and tightening », CEPR, discussion paper, n° 15005.

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GRIGOLI, Francesco, & Damiano SANDRI (2023), « Monetary policy and credit card spending », BRI, working paper, n° 1064.

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NAKAMURA, Emi, & Jón STEINSSON (2008), « Five facts about prices: A reevaluation of menu cost models », in The Quarterly Journal of Economics, vol. 123, n° 4. 

TENREYRO, Silvana, & Gregory THWAITES (2016), « Pushing on a string: US monetary policy is less powerful in recessions », in American Economic Journal: Macroeconomics, vol. 8, n° 4.

WREN-LEWIS, Simon (2023), « Lessons (so far) from the inflation bubble of 2021-3 », in Mainly Macro (blog), 12 décembre.

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26 novembre 2023 7 26 /11 /novembre /2023 13:59

Il y a une dizaine d’années, Arvind Subramanian et Martin Kessler (2013) qualifiaient d’« hypermondialisation » (hyperglobalization) la forte croissance qu’a connue le commerce mondiale entre 1992 et 2008 : alors que le PIB mondiale n’augmentait en moyenne « que » de 6 % par an, les exportations mondiales augmentaient au rythme moyen de 10 % par an. En conséquence, la part des exportations dans le PIB mondial et les PIB nationaux est passée de moins de 20 % à plus de 30 % au cours de la période (cf. graphique 1). L’un des moteurs de cette croissance du commerce mondial a été l’allongement des chaînes de valeur internationales, c’est-à-dire le fait que de plus en plus tâches de production d’un bien donné soient réalisées à l’étranger : en 1993, les marchandises traversaient en moyenne 1,5 fois les frontières avant que le produit final ne soit exporté ; en 2011, ce ratio atteignait 1,92.

GRAPHIQUE 1  Exportations mondiales (en % du PIB mondial)

L’hypermondialisation est morte ! Mais à quoi a-t-elle laissé place ?

La hausse des échanges commerciaux à partir de la Seconde Guerre mondiale, puis son accélération à partir des années 1980, s’expliquent avant tout par des facteurs technologiques : des canaux transocéaniques aux conteneurs, en passant par l’informatique, les avancées technologiques en matière de transport et de communication ont permis de fortement réduire les coûts de transport et les délais de livraison. Mais la baisse des barrières à l’échange tient aussi au retrait des barrières commerciales : au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les Etats ont cherché à éviter que se reproduisent les guerres commerciales de l’entre-deux-guerres, si bien qu’ils ont notamment entrepris plusieurs cycles de négociations pour réduire les droits de douane. L’accession de la Chine à l’OMC en 2001 marque notamment une date charnière dans l’histoire de la libéralisation commerciale : elle a été suivie d'une forte hausse des exportations des produits à bas coûts en provenance de Chine.

Quant aux spécialisations des pays, elles s'expliquent assez bien par le modèle Heckscher-Ohlin : selon ce dernier, les pays qui n'ont pas les mêmes dotations factorielles n'ont pas les mêmes avantages comparatifs, ce qui les amène à commerce davantage ensemble. Ainsi, les pays en développement, relativement bien dotés en main-d'œuvre non qualifiée, tendent à exporter des produits relativement intensifs en travail non qualifié, tandis que les pays développés, relativement bien dotés en main-d'œuvre qualifiée, tendent à exporter des produits relativement intensifs en travail qualifié. 

L’hypermondialisation a permis une convergence des niveaux de vie des pays : après plusieurs décennies de stagnation, voire de divergence, les niveaux de vie des pays pauvres ont eu tendance à rattraper ceux des pays riches [Patel et alii, 2021]. En conséquence, les inégalités mondiales de revenu ont diminué ces dernières décennies, pour la première fois depuis le milieu du dix-neuvième siècle [Milanovic, 2022]. Ces évolutions tiennent tout particulièrement à l’essor de l’économie chinoise : son ouverture au commerce international dans les années 1980 lui a permis de connaître plusieurs décennies de croissance à deux chiffres, ce qui permis à des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté extrême.

Mais d’un autre côté, l’hypermondialisation a pu aussi avoir des effets négatifs sur les salaires et l’emploi dans les pays développés, notamment y accroître les inégalités de revenu [Krugman, 2019 ; Dorn et Levell, 2021]. L'intégration de la Chine, de l'Inde et des anciens pays du bloc soviétique au commerce international a conduit, selon Freeman (2006), à doubler le nombre de travailleurs disponibles dans l'économie mondiale, mais ce sont surtout les rangs de la main-d'œuvre non qualifiée qui s'en sont trouvés grossis. Soumis à une plus forte concurrence, les travailleurs les moins qualifiés ont constitué les « perdants » de la mondialisation dans les pays développés. Cela n’aurait pas dû surprendre les économistes : le modèle Heckscher-Ohlin amène à prédire un creusement des inégalités de revenu entre qualifiés et non-qualifiés dans les pays développés, les premiers étant davantage demandés, donc davantage en position de force pour réclamer des hausses de salaires, et les seconds moins demandés, donc exposés à la stagnation salariale et au chômage. Aux Etats-Unis, le « choc chinois » (China shock) aurait ainsi expliqué une part substantielle de la désindustrialisation [Autor et alii, 2013 ; Autor et alii, 2016 ; Autor et alii, 2021], mais l'emploi français n’a pas non plus été épargné par la concurrence chinoise [Malgouyres, 2016].  

La crise financière mondiale de 2008 a mis un terme à l’hypermondialisation. Les échanges se sont fortement contractés lors de la récession mondiale [Baldwin, 2009]. Ensuite, les échanges commerciaux ont rebondi rapidement et vigoureusement, puis ils ont continué de croître, mais cette croissance a été plus lente qu’avant-crise. Depuis 2011, le ratio exportations mondiales sur PIB n’augmente plus ; il a ponctuellement baissé, pour ensuite rebondir, lors d’événements comme la pandémie de Covid-19 en 2020 ou la reprise de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 (cf. graphique 1).

Pol Antràs (2020) et Pinelopi Goldberg et Tristan Reed (2023) écartent le terme de « démondialisation » pour décrire l’ère ouverte par la crise financière mondiale. Certes, les flux commerciaux, les flux de capitaux et les flux humains ralentissent depuis celle-ci, voire semblent stagner, mais il n’est pas clair qu’ils déclinent. Le commerce international s’est révélé finalement assez résilient durant l’épidémie de Covid-19. Certes, la pandémie de Covid-19 a suscité des inquiétudes quant à la résilience des chaînes d’approvisionnement internationales, conduisant à des appels à la relocalisation (reshoring) d’une partie de la production ; la montée des tensions géopolitiques, en particulier autour du conflit ukrainien ou entre la Chine et les Etats-Unis, a à la fois exprimé et alimenté des inquiétudes relatives à la sécurité nationale, si bien que certains responsables ont appelé à une réorientation de l’approvisionnement en provenance de pays hostiles vers des pays jugés plus sûrs géopolitiquement (friendshoring). Mais pour l’instant, cela s’est davantage traduit par une réorganisation des échanges internationaux plutôt que par leur contraction.

GRAPHIQUE 2  Exportations mondiales de biens manufacturés et de services (en % du PIB mondial)

L’hypermondialisation est morte ! Mais à quoi a-t-elle laissé place ?

De leur côté, Arvind Subramanian, Martin Kessler et Emanuele Properzi (2023) confirment que l’hypermondialisation a pris fin. Selon eux, la nouvelle ère qui s’est ouverte avec la crise financière mondiale se caractérise, d’une part, par une démondialisation des biens et, d’autre part, par une mondialisation des services ralentie. En effet, entre 2011 et 2019, le ratio exportations mondiales de biens manufacturés sur PIB mondial est passé de 15,6 % à 14,5 %, tandis que le ratio exportations mondiales de services sur PIB passait de 6 à 7 %.

Pour Subramanian et ses coauteurs, plusieurs forces ont été à l’œuvre pour mettre un terme à l’hypermondialisation :

(i) Des pays de même taille échangent davantage que des pays de tailles différentes. Avec la convergence des niveaux de vie, les pays ont eu tendance à commercer davantage entre eux ; la plus grande égalité dans la répartition de la production expliquerait 30 % de la hausse du ratio exportations sur PIB mondial [Patel et alii, 2021]. Par contre, à partir de la crise financière mondiale, la convergence a ralenti, si bien qu’elle a moins contribué à soutenir les échanges.

(ii) La part de la valeur ajoutée qui a été échangée dans le secteur manufacturier est passée de 55 % à 87 % entre le milieu des années 1990 et 2008. Les services sont certes moins échangeables que les biens, mais la part des services échangée a tout de même augmenté sur la même période, en l’occurrence de 5 points de pourcentage environ. Après la crise financière mondiale, la part échangée des biens manufacturés a baissé, tandis que celle des services a stagné. Cela s’explique notamment par les changements dans l’économie chinoise : celle-ci a pendant longtemps réexporté des biens qu’elle avait importés ; désormais, elle produit l’essentiel de ses intrants [Baldwin, 2022]. Or, cela augmente la part de la Chine dans l’activité manufacturière mondiale tout en réduisant la part échangée des biens manufacturiers. 

(iii) Par le passé, la mondialisation commerciale a été corrélée avec la globalisation financière et l’accélération de la mondialisation commerciale observée à partir des années 1980 a elle-même été synchrone avec une puissante vague de globalisation financière. Or, avec la crise financière mondiale, certains flux financiers mondiaux ont eu tendance à décliner ; c’est particulièrement le cas des flux de portefeuille et des investissements directs à l’étranger.

(iv) Alors que les précédentes décennies étaient marquées par un retrait des barrières commerciales, ces dernières se sont renforcées après la crise financière mondiale. Ce fut le cas dans le monde développé, par exemple avec le Brexit au Royaume-Uni, amorcé par le référendum de 2016, et la guerre commerciale lancée par l’administration Trump, mais aussi dans le monde en développement, notamment en Chine et en Inde.

(v) L’hypermondialisation a tenu à l’ouverture de grands émergents, notamment l’Inde et surtout la Chine, au commerce international. Peut-être que l’économie mondiale a atteint son niveau optimal d’échanges avec la Chine, si bien que le niveau d’ouverture commerciale de cette dernière a atteint son niveau d’équilibre. De même, les entreprises des pays développés ont peut-être atteint leur niveau optimal d’intégration aux chaînes de valeur avec les pays émergents. 

L’hypermondialisation a été le produit de forces à la Heckscher-Ohlin. Mais Subramanian et ses coauteurs estiment que celles-ci tendent désormais à s’atténuer. En effet, pour les pays développés, le commerce avec les pays à bas revenu stagne, mais le revenu relatif de leurs partenaires à l’échange augmente, à mesure que les niveaux de vie convergent à travers le monde. Le commerce à la Heckscher-Ohlin n’a pas pour autant disparu, mais il s’est stabilisé. Ses pressions sur les salaires et l’emploi des moins qualifiés dans les pays développés se sont ainsi atténuées.

 

Références

ACEMOGLU, Daron, David AUTOR, David DORN, Gordon H. HANSON & Brendan PRICE (2016), « Import competition and the great U.S. employment sag of the 2000s », in Journal of Labor Economics, vol. 34.

ANTRAS, Pol (2020), “De-globalisation? Global value chains in the post-COVID-19 age », NBER, working paper, n° 28115.

AUTOR, David H., David DORN & Gordon H. HANSON (2013), « The China syndrome: Local labor market effects of import competition in the United States », in American Economic Review, vol. 103, n° 6.

AUTOR, David H., David DORN & Gordon H. HANSON (2021), « On the persistence of the China shock », NBER, working paper, n° 29401.

BALDWIN, Richard (2009), The Great Trade Collapse: Causes, Consequences and Prospects, CEPR.

BALDWIN, Richard (2022), « Globotics and macroeconomics: Globalisation and automation of the service sector », NBER, working paper, n° 30317.

DORN, David, & Peter LEVELL (2021), « Trade and inequality in Europe and the US », IZA, discussion paper, n° 14914.

FREEMAN, Richard B. (2006), The Great Doubling: The Challenge of the New Global Labour Market. In Ending Poverty in America: How to Restore the American Dream, New Press.

GOLDBERG, Pinelopi K., & Tristan REED (2023), « Is the global economy deglobalizing? And if so, why? And what is next? », Banque mondiale, policy research working paper, n° 10392.

KRUGMAN, Paul (2019), « Globalization: What did we miss? », in Luís Catão & Maurice Obstfeld (dir.), Meeting Globalization's Challenges

MALGOUYRES, Clément (2016), « The impact of Chinese import competition on the local structure of employment and wages: Evidence from France », Banque de France, document de travail, n° 603.

MILANOVIC, Branko (2022), « The three eras of global inequality, 1820-2020 with the focus on the past thirty years », Stone Center on Socio-Economic Inequality, working paper, n° 59.

PATEL, Dev, Justin SANDEFUR & Arvind SUBRAMANIAN (2021), « The new era of unconditional convergence », Center for Global Development, working paper, n° 566.

SUBRAMANIAN, Arvind, & Martin KESSLER (2013), « The hyperglobalization of trade and its future », PIIE, working paper, n° 13-6.

SUBRAMANIAN, Arvind, Martin KESSLER & Emanuele PROPERZI (2023), « Trade hyperglobalization is dead. Long live…? », PIIE, working paper, n° 23-11.

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