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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 09:29

Depuis la crise financière mondiale, les mesures macroprudentielles sont de plus en plus utilisées à travers le monde. Elles comprennent le plafonnement des ratios prêt sur valeur, le plafonnement des ratios dette sur revenu, les limitations de croissance du crédit et autres restrictions de bilans, les exigences en capital, les exigences en réserves, etc.

Ces mesures visent à atténuer le cycle financier et par là ses répercussions sur l’économie, en contenant l’expansion excessive du crédit et des prix d’actifs lors de la phase haussière du cycle (ce qui réduit la probabilité qu’ils s’effondrent brutalement), mais aussi en contenant leur chute lors de la phase baissière. Plusieurs études ont suggéré que la banque centrale devait avoir explicitement pour mandat le maintien de la stabilité financière en resserrant préventivement sa politique monétaire lors des phases haussières pour freiner l’endettement, la spéculation et la hausse des prix d’actifs, au risque de pénaliser la croissance économique ; toutefois, le consensus actuellement est plutôt que la politique macroprudentielle doit être utilisée pour assurer la stabilité financière (ou tout du moins pour freiner l’emballement lors des phases haussières du cycle), ce qui permettrait à la politique monétaire de se focaliser sur la stabilité des prix, la croissance et le plein emploi.

Plusieurs études se sont penchées sur l’impact des mesures macroprudentielles sur les marchés de l’immobilier ; elles ont conclu que ces mesures contiennent effectivement l’expansion du crédit immobilier et des prix du logement. Christopher Crowe, Deniz Igan, Giovanni Dell’Ariccia et Pau Rabanal (2011) ont constaté que ce sont des mesures comme le plafonnement du ratio prêts sur valeur qui ont le plus de chances de contenir un boom immobilier. Le FMI (2011) constate que ces divers outils sont efficaces pour empêcher que l’expansion du crédit stimule la hausse des prix de l’immobilier ou que la seconde stimule en retour la première. A partir de données provenant de 57 pays sur plus de trois décennies, Kenneth Kuttner et Ilhyock Shim (2013) constatent que des mesures autres que la hausse des taux d’intérêt comme le plafonnement du ratio service de la dette sur revenu, le plafonnement du ratio prêts sur valeur ou encore les taxes immobilières affectent particulièrement la croissance du crédit immobilier. Le resserrement des limitations de ratios dettes sur revenue réduisent le crédit immobilier de 4 à 7 %, tandis que le resserrement des limitations des ratios prêts sur valeur réduit le crédit immobilier d’environ 1 %.

Les précédents études ont montré que les limitations des ratios prêts sur valeur et dette sur revenu peuvent contribuer à stabiliser le marché immobilier et qu’il est plus efficace de resserrer ces plafonnements que de les assouplir. Chris McDonald (2015) a chercher à déterminer si cette asymétrie dépendait de la position du cycle immobilier où les mesures sont mises en œuvre. Il constate que le resserrement des mesures est plus efficace lorsque le crédit connaît une forte expansion et lorsque les prix de l’immobilier sont relativement élevés par rapport au revenu. Resserrer ces mesures (par exemple réduire le ratio prêts sur valeur maximal) durant les phases haussières réduit le niveau de crédit immobilier de 4 à 8 % et le niveau des prix immobiliers de 6 à 12 % au cours de l’année suivante ; durant les phases baissières, ces mesures réduisent le crédit immobilier de 2 à 3 % et les prix immobiliers de 2 à 4 %. Il est plus efficace de resserrer le plafonnement des ratios prêts sur valeur et dette sur revenu pour contraindre le crédit que d’assouplir ce plafonnement pour stimuler le crédit. Les différences d’efficacité entre le resserrement et l’assouplissement de ce plafonnement sont relativement faibles lors des phases baissières, c’est-à-dire lorsque la croissance du crédit est faible et les prix de l’immobilier sont faibles, ce qui est cohérent avec l’idée que l’assouplissement est peu efficace parce qu’il survient en général durant les ralentissements.

Eugenio Cerutti, Stijn Claessens et Luc Laeven (2015) ont étudié l’usage d’une douzaine mesures macroprudentielles dans 119 pays au cours de la période 2000-2013 pour déterminer leur efficacité à atténuer les cycles d’affaires. Les pays émergents utilisent le plus fréquemment les politiques macroprudentielles, en particulier celles associées au taux de change. Les pays avancés utilisent davantage de mesures basées sur l’emprunteur (par exemple le plafonnement des ratios prêts sur valeur et dette sur revenu) que les pays émergents. Ces mesures sont généralement associées à une plus faible croissance du crédit, notamment du crédit des ménages, ainsi qu’avec une plus faible hausse des prix de l’immobilier. Les politiques basées sur l’emprunteur (telles que les plafonnements des ratios prêts sur valeur et dette sur revenu) et les politiques basées sur les institutions (telles que le plafonnement du levier d’endettement ou le provisionnement dynamique) semblent être les plus efficaces. Ces politiques sont plus efficaces lorsque la croissance du crédit est forte, mais elles sont moins efficaces lors des effondrements. Les effets sont également moindres dans les économies les plus développées financièrement et les plus ouvertes, ce qui suggère un certain contournement ; leur usage s’accompagne d’un plus grand emprunt transfrontalier, ce qui suggère à nouveau un certain contournement.

Ainsi, les politiques macroprudentielles sont plus efficaces lors des booms que lors des phases d’effondrement des cycles financiers, ce qui suggère la politique macroprudentielle peut prendre en charge le maintien de la stabilité financière lors des phases haussières, ce qui rend moins nécessaire que les banques centrales resserrent leur politique monétaire préventivement pour empêcher la formation de bulles spéculatives. Par contre, les banques centrales ont très certainement à intervenir lors des phases baissières pour enrayer la baisse des prix d’actifs, stimuler le crédit et contenir les répercussions de cet effondrement sur l’économie réelle en assouplissant leur politique monétaire.

 

Références

CERUTTI, Eugenio, Stijn CLAESSENS & Luc LAEVEN (2015), « The use and effectiveness of macroprudential policies: New evidence », FMI, working paper, n° 15/61, mars.

CROWE, Christopher W., Deniz IGAN, Giovanni DELL’ARICCIA & Pau RABANAL (2011), « How to deal with real estate booms », FMI, staff discussion note, n° 11/02.

FMI (2011), « Macroprudential policy: An organizing framework ».

KUTTNER, Kenneth N., & Ilhyock SHIM (2013), « Can non-interest rate policies stabilize housing markets? Evidence from a panel of 57 economies », BRI, working paper, n° 433.

MCDONALD, Chris (2015), « When is macroprudential policy effective? », BRI, working paper, n° 496, mars.

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publié par Martin Anota - dans Instabilité financière
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