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11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 10:28
Gordon et l’hypothèse du taux de chômage naturel

Il y a soixante ans, Albin W. Phillips (1958) décelait une relation décroissante entre variation des salaires et taux de chômage en étudiant près d’un siècle de données empiriques relatives à l’économie britannique : plus le taux de chômage augmentait, moins les salaires augmentaient rapidement. En faisant l’hypothèse d’une croissance de la productivité constante, les keynésiens en déduisaient une relation décroissante entre inflation et taux de chômage : plus le taux de chômage augmente, moins les prix auraient tendance à augmenter, ce qui amena Paul Samuelson et Robert Solow (1960) à suggérer que les autorités monétaires pouvaient choisir un « menu » entre inflation et chômage. Les keynésiens adoptèrent ainsi la courbe de Phillips, non seulement parce qu’elle leur permit de confirmer l’idée de rigidité des salaires et de dynamiser leur cadre théorique en reliant l’évolution du chômage à celle des prix, mais aussi parce qu’ils pouvaient ainsi continuer de justifier l’adoption de politiques conjoncturelles : il suffisait a priori que les autorités laissent l’inflation s’accélérer pour réduire le chômage.

Lors de son allocution présidentielle à l’American Economic Association, le monétariste Milton Friedman (1968) assena il y a un demi-siècle ce qui semble être le premier coup sérieux porté au keynésianisme en avançant l’hypothèse du taux de chômage naturel. A court terme, il y a effectivement une courbe de Phillips, c’est-à-dire une relation décroissante entre inflation et chômage : une accélération de l’inflation réduit le chômage en amenant les travailleurs à  sous-estimer leur pouvoir d’achat, si bien que leurs salaires réels diminuent et que les entreprises sont incitées à accroître leur demande de travail. Mais une fois que les travailleurs ont pris conscience de leur erreur et qu’ils corrigent en conséquence leurs anticipations, ils réclament une hausse de leurs salaires nominaux, si bien que les entreprises réduisent leur demande de travail et le chômage revient à son niveau initial, celui-là même que Friedman qualifie de « naturel », mais l’inflation reste supérieure à ce qu’elle était initialement : c’est l’hypothèse accélérationniste. A long terme, la courbe de Phillips serait donc verticale : qu’importe le niveau d’inflation, le taux de chômage est à son niveau naturel. Friedman en concluait que la politique monétaire était neutre à long terme : elle ne peut durablement réduire le chômage en-deçà de son niveau naturel (à moins de générer une inflation insoutenable) et ce d’autant plus que ce dernier est déterminé par des facteurs du côté de l’offre.

Cette première attaque lancée contre la citadelle keynésienne ouvrit la voie à un second assaut, mené cette fois-ci par les nouveaux classiques. Robert Lucas et ses adeptes affirmèrent que la courbe de Phillips était verticale aussi bien à long terme qu’à long terme : dès lors que les agents ont des anticipations rationnelles, ils ne se trompent dans leurs anticipations d’inflation que si des chocs aléatoires touchent la politique monétaire. Même si les nouveaux classiques délaissent la question du chômage, les enseignements tirés de leurs modélisations sont clairs : le chômage en vigueur ne serait autre qu’un chômage naturel et ne pourrait donc refluer qu’à travers l’adoption de politiques structurelles. De leur côté, des keynésiens comme Robert Solow et James Tobin cherchèrent à répliquer, mais cela n’empêcha pas le concept de taux de chômage d’équilibre d’être largement accepté dans la profession, au point que, très rapidement, même des keynésiens comme Rudiger Dornbusch et Stanley Fischer ou Robert J. Gordon (1978) évoquèrent la courbe de Phillips verticale dans leurs manuels de macroéconomie respectifs. 

Plusieurs historiens de la pensée ont remis en question le récit habituellement fait de la diffusion de l’hypothèse du taux de chômage naturel [Cherrier et Goutsmedt, 2017]. Par exemple, James Forder (2014) a noté que Samuelson et Solow avaient eux-mêmes remarqué que la courbe de Phillips était instable et conclu que les autorités monétaires ne pouvaient s’appuyer dessus de façon assurée. Ainsi, Friedman aurait délibérément passé sous silence ces réserves lors de son allocution présidentielle. Récemment, Aurélien Goutsmedt et Goulven Rubin (2018) ont noté que ce ne sont pas les monétaristes et les nouveaux classiques qui contribuèrent le plus à la diffusion du concept de chômage naturel, mais les keynésiens eux-mêmes. 

Pour comprendre pourquoi et comment les keynésiens ont pu reprendre un concept qui avait initialement été introduit pour les ébranler, Goutsmedt et Rubin se alors sont concentrés sur la trajectoire intellectuelle de l’un d’entre eux, en l’occurrence Robert Gordon, l’économiste du MIT qui gagna en célébrité ces dernières années de ce côté-ci de l’Atlantique avec sa thèse d’une « fin de la croissance ».

Au début des années soixante-dix, Gordon s’opposait à l’hypothèse du taux de chômage naturel au motif qu’elle ne serait pas vérifiée par les données empiriques : les estimations que Solow (1969) (son directeur de thèse) et lui-même avaient réalisées chacun de leur côté indiquaient que le paramètre associé à l’inflation anticipée était inférieur à l’unité, ce qui suggérait que l’inflation ne s’ajustait pas totalement par rapport aux salaires. Gordon (1971a, 1971b) en concluait que la thèse accélérationniste de Friedman n’était pas valide et qu’il y avait bien un arbitrage entre inflation et chômage à long terme. Pour autant, il ne pensait pas que la courbe de Phillips était stable : comme Samuelson et Solow, il estimait qu’elle était susceptible de se déplacer, aussi bien à gauche qu’à droite. Ainsi, pour expliquer l’accélération de l’inflation que connaissait alors l’économie américaine, Gordon privilégiait l’explication qu’avançait George Perry (1970) : les pressions inflationnistes résulteraient des changements dans la composition de la population active, notamment avec l’arrivée massive des femmes et des jeunes sur le marché du travail dans les années soixante, qui aurait déplacé la courbe de Phillips sur la droite.

La conversion de Gordon commença vers 1972. Cette année-là, il introduisit un modèle intermédiaire incorporant un taux de chômage naturel au-delà d’un certain niveau d’inflation, mais où la pente de la courbe de Phillips à long terme était variable en-deçà de ce seuil, tout en soulignant que l’approche accélérationniste n’était pas valide dans le cadre d’une déflation. A partir de 1973, les nouvelles données empiriques amènent peu à peu Gordon à adopter l’hypothèse du taux de chômage naturel : au fil des années, la pente de la courbe de Phillips à long terme, telle qu’elle se dessinait à travers les données, se rapprochait de la verticale. En 1977, Gordon indiqua explicitement avoir adopté l’hypothèse du taux de chômage naturel. En 1978, dans son manuel, il abandonna son modèle intermédiaire en proposant un modèle plus simple, sûrement pour des raisons pédagogiques. 

La critique du nouveau classique Thomas Sargent (1971) a sûrement contribué à convaincre Gordon d’utiliser une courbe de Phillips verticale à long terme. Mais si cette critique montra que les tests utilisés par les keynésiens ne pouvaient pas rejeter l’hypothèse du taux de chômage naturel, ils ne la validaient pas non plus. Goutsmedt et Rubin notent que Gordon a adopté l’hypothèse du taux de chômage nature alors même que les données empiriques ne suggéraient toujours pas que le paramètre estimé sur l’inflation anticipée était proche de l’unité. Pour eux, le revirement de Gordon s’explique essentiellement par deux choses. D’une part, celui-ci subit directement l’influence de Friedman, qu’il côtoya à l’Université de Chicago. D’autre part, l’adoption de l’hypothèse du taux de chômage naturel ne l’empêchait pas de justifier l’adoption de politiques conjoncturelles en vue de stabiliser l’activité. En effet, il l’introduisit dans un modèle de concurrence imparfaite où les rigidités salariales empêchaient l’apurement des marchés et faisaient apparaître du chômage involontaire.

Ainsi, la diffusion du concept de taux de chômage naturel ne semble pas avoir été synonyme de défaite pour les keynésiens. Quelques décennies plus tôt, plusieurs d’entre eux cherchaient déjà à donner des fondements microéconomiques à la macroéconomie keynésienne. Don Patinkin (1956) tenta notamment de montrer que le keynésianisme n’était pas incompatible avec l’hypothèse d’un auto-ajustement de l’économie ; par contre, il estimait que le retour vers le plein-emploi était tellement lent que cela justifiait l’usage des politiques conjoncturelles pour stabiliser l’activité. Le raisonnement de Gordon était à peine différent : le taux de chômage tend peut-être vers son niveau naturel, mais il le fait si lentement que l’assouplissement des politiques conjoncturelles apparaît nécessaire. Mais alors que les keynésiens comme Patinkin jugeaient que la relance budgétaire était plus efficace que l’assouplissement monétaire, les nouveaux keynésiens comme Gordon jugent au contraire que cette dernière est plus efficace que la première pour éliminer la composante conjoncturelle du chômage.

Pour conclure, Goutsmedt et Rubin soulignent à quel point le récit habituellement fait des débats autour de la courbe de Phillips lors des années soixante-dix ignore la richesse des échanges et en particulier des réactions de la part des keynésiens. Les travaux empiriques que ces derniers réalisaient à l’époque constataient que le coefficient associé aux anticipations d’inflation était variable, si bien qu’ils concluaient que la courbe de Phillips à long terme était susceptible de varier. La conversion de Gordon et des autres keynésiens n’a pas été sans coûts. Si Gordon n’avait pas abandonné son modèle à coefficient variable et si ce dernier avait été largement diffusé, les économistes n’auraient pas été surpris par l’absence d’inflation lors de la Grande Récession. Les dernières modélisations ont cherché à estimé le paramètre sur les anticipations d’inflation au lieu de considérer qu’elle est égale à l’unité. Elles trouvent une faible élasticité de l’inflation courante vis-à-vis de l’inflation passée, ce qui amène certains comme Olivier Blanchard (2016) à se demander si’ l’économie américaine ne s’est pas libérée de la « malédiction accélérationniste ». 

 

Références

BLANCHARD, Olivier (2016), « The US Phillips curve: Back to the 60s? », PIIE, policy brief, n° 16-1.

CHERRIER, Beatrice, & Aurélien GOUTSMEDT (2017), « The making and dissemination of Milton Friedman’s 1967 AEA presidential address », in The Undercover Historian (blog), le 27 novembre. Traduction française, « L’élaboration et la réception du discours présidentiel de Friedman », in Annotations (blog).

DORNBUSCH, Rudiger, & Stanley FISCHER (1978), Macroeconomics, McGraw-Hill Companies.

FORDER, James (2014), Macroeconomics and the Phillips Curve Myth, Oxford University Press.

FRIEDMAN, Milton (1968), « The role of monetary policy », in American Economic Review, vol. 58, n° 1.

GORDON, Robert J. (1971a), « Inflation in recession and recovery », in Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1971, n° 1.

GORDON, Robert J. (1971b), « Steady anticipated inflation: Mirage or oasis? », in Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1971, n° 2.

GORDON, Robert J. (1972), « Wage-price controls and the shifting Phillips curve », in Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1972, n° 2.

GORDON, Robert J. (1977), « Can the inflation of the 1970s be explained? », in Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1977, n° 1.

GORDON, Robert J. (1978), Macroeconomics, Little, Brown and Company.

GOUTSMEDT, Aurélien, & Goulven RUBIN (2018), « Robert J. Gordon and the introduction of the natural rate hypothesis in the Keynesian framework », Centre d’Economie de la Sorbonne, document de travail, n° 2018.13.

PATINKIN, Don (1956), Money, Interest and Prices.

PERRY, George L. (1970), « Changing labor markets and inflation », in Brookings Papers on Economic Activity, vol. 1970, n° 3.

PHILLIPS, Albin William (1958), « The relation between unemployment and the rate of change of money wage rates in the United Kingdom, 1861–1957 », in Economica, vol. 25, n° 100. 

SAMUELSON, Paul A. & Robert M. SOLOW (1960), « Problem of achieving and maintaining a stable price level: Analytical aspects of anti-inflation policy », in American Economic Review, vol. 50, n° 2.

SARGENT, Thomas J. (1971), « A note on the “accelerationist” controversy », in Journal of Money, Credit and Banking, vol. 3, n° 3.

SOLOW, Robert M. (1969), Price Expectations and the Behavior of the Price Level, Manchester University Press.

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17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 21:45
Informatisation, productivité et emploi

A la fin des années quatre-vingt, Robert Solow (1987) notait que « les ordinateurs sont partout, sauf dans les statistiques de productivité ». En fait, c’est au cours de la décennie suivante que le développement des technologies d’information et de communication a amorcé une forte accélération de la croissance de la productivité. Et celle-ci a naturellement alimenté les craintes pour l’emploi.

Selon des économistes comme Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee (2011, 2014), le développement des technologies de l’information a stimulé et devrait continuer de stimuler la croissance de la productivité dans tous les secteurs aux Etats-Unis, en particulier ceux intensifs en technologies de l’information, si bien que le paradoxe de Solow ne serait vraiment plus d’actualité ; mais en outre, cet essor conduirait à une substitution croissante des travailleurs par les machines. D’une part, la baisse de la part du revenu national rémunérant le travail et, d’autre part, le découplage entre croissance de la productivité et croissance du salaire moyen [Stansbury et Summers, 2017], deux tendances que l’on observe aussi bien aux Etats-Unis que dans d’autres pays développés, tendent à accréditer une telle thèse ; d’ailleurs, Loukas Karabarbounis et Brent Neiman (2014) expliquent cette déformation du partage de la valeur ajoutée par une baisse des prix des biens d’investissement qui serait associée à la diffusion des technologies d’information.

Daron Acemoglu, David Autor, David Dorn, Gordon Hanson et Brendan Price (2014) ont cherché à savoir si les avancées technologiques associées aux technologies de l’information ont eu tendance à accroître la productivité aux Etats-Unis tout en y rendant les travailleurs redondants. Premièrement, en se focalisant sur les secteurs qui utilisent les nouvelles technologies de l’information plutôt que sur les secteurs qui les produisent, ils peinent à mettre en évidence que la croissance de la productivité soit plus rapide dans les secteurs les plus intensifs en technologies de l’information. En tout cas, les données ne suggèrent pas que la croissance de la productivité soit plus rapide dans les secteurs intensifs en technologies de l’information depuis le tournant du siècle. Deuxièmement, si les technologies de l’information accroissent la productivité et réduisent les coûts, cela devrait accroître la production dans les secteurs intensifs en technologies de l’information. Or, il apparaît que dans les secteurs intensifs en technologies de l’information où la croissance de la productivité du travail s’est accélérée, cette accélération a été associée à une baisse de la production et à une baisse encore plus rapide de l’emploi. Il est difficile de concilier ce constat avec l’idée que l’informatisation et les nouveaux équipements intensifs en technologies d’information impulsent un nouvel essor de la productivité. Pour Acemoglu et ses coauteurs, leurs résultats amènent non seulement à revoir les explications habituellement avancées pour résoudre le paradoxe de Solow, du moins en ce qui concerne l’industrie, mais aussi à douter de la thèse de Brynjolfsson et McAfee.

Se demandant alors pourquoi les machines seraient substituées par des machines, si ce n’est pour accroître la productivité, Charles-Marie Chevalier et Antoine Luciani (2018) ont cherché à déterminer si ce sont les mêmes endroits au sein du secteur manufacturier ou non qui connaissent à la fois de destructions d’emplois et d’une absence de gains de productivité du travail sous l’effet de l’informatisation. Pour cela, ils ont étudié les données françaises allant de 1994 à 2007 et relatives à 228 secteurs manufacturiers, en distinguant les secteurs selon leur niveau technologique et les emplois selon leur niveau de qualification. En effet, le travail peut aussi bien être complémentaire que substituable avec le capital : comme l’ont souligné David Autor, Frank Levy et Richard Murnane (2003), cela dépend du degré routinier des tâches assurées par les travailleurs, puisqu’un travailleur a d’autant plus de chances d’être remplacé par une machine qu’il assure des tâches routinières. C’est d’ailleurs ce qui explique la polarisation de l’emploi, c’est-à-dire le déclin de la part des emplois moyennement qualifié et la hausse tant de la part des emplois qualifiés que des emplois non qualifiés : puisque ce sont les tâches réalisées par les travailleurs moyennement qualifiées qui sont les plus routinières, ce sont eux qui, pour l’heure, ont le plus de chances d’être remplacés par des machines [Harrigan et alii, 2016].

L’analyse réalisée par Chevalier et Luciani suggère que, contrairement à l’économie américaine, les secteurs français qui produisent du capital informatique ne présentent pas de gains de productivité en lien avec l’informatisation, ce qui suggère que la « French tech » souffre bien d’un sous-développement. Par contre, en ce qui concerne les secteurs qui se contentent d’utiliser ce capital informatique, l’informatisation tend à légèrement stimuler la productivité du travail, tout en réduisant significativement la taille des effectifs. Ces baisses d’effectifs sont concentrées dans les industries de faible technologie, en particulier pour la main-d’œuvre peu qualifiée, et s’accompagnent au final par de significatifs gains de productivité. De tels effets ne sont pas manifestes en ce qui concerne les secteurs de moyenne ou haute technologie : l’informatisation ne s’y traduit pas par une réduction des effectifs, et ce qu’importe le niveau de qualification de la main-d’œuvre, mais par contre par une hausse de la part de l’emploi qualifié. L’informatisation semble favoriser les ventes et l’emploi dans le secteur tertiaire, sans pour l’heure s’y traduire par des gains significatifs en termes de productivité du travail. Au final, au niveau agrégé, il apparaît que l’informatisation semble alimenter de profonds changements structurels : d’un côté, elle améliore la productivité dans les secteurs en déclin et, de l’autre, elle entraîne un enrichissement en travail pour les secteurs en essor. 

 

Références

ACEMOGLU, Daron, David AUTOR, David DORN, Gordon H. HANSON & Brendan PRICE (2014), « Return of the Solow paradox? IT, productivity, and employment in US manufacturing », in American Economic Review, vol. 104, n° 5.

AUTOR, David, Frank LEVY & Richard J. MURNAME (2003), « The skill content of recent technological change: an empirical exploration », in The Quarterly Journal of Economics, vol. 118, n° 4.

BRYNJOLFSSON, Erik, & Andrew MCAFEE (2011), Race Against the Machine, Digital Frontier Press.

BRYNJOLFSSON, Erik, & Andrew MCAFEE (2014), The Second Machine Age, W. W. Norton & Company

CHEVALIER, Charles-Marie, & Antoine LUCIANI (2018), « Computerization, labor productivity and employment: Impacts across industries vary with technological level », INSEE, document de travail, n° G2018/2.

HARRIGAN, James, Ariell RESHEF & Farid TOUBAL (2016), « The march of the techies: Technology, trade, and job polarization in France, 1994-2007 », NBER, working paper, n° 22110.

KARABARBOUNIS, Loukas, & Brent NEIMAN (2014), « The global decline of the labor share », in Quarterly Journal of Economics, vol. 129, n° 1.

SOLOW, Robert M. (1987), « We’d better watch out ».

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 18:03
La croissance de la productivité menace-t-elle l’emploi ? 

Plusieurs études empiriques ont cherché à déterminer si les récentes avancées technologiques ont réduit la demande agrégée de travail ou freiné la croissance des salaires. Par exemple, Terry Gregory, Anna Salomons et Ulrich Zierahn (2016) ont estimé que les effets négatifs que l’automatisation des tâches routinières a pu avoir sur les emplois moyennement qualifiés en Europe ont été compensés par une création d’emplois via l’accroissement de la demande. En observant 17 pays européens, Georg Graetz et Guy Michaels (2015) estiment que la diffusion des robots industriels a stimulé la productivité du travail, la valeur ajoutée, les salaires et la productivité globale des facteurs ; elle n’a pas significativement affecté la durée du travail, sauf peut-être pour les travailleurs peu ou moyennement qualifiés. Plus pessimistes, Daron Acemoglu et Pascual Restrepo (2017) concluent de leur côté que les robots peuvent réduire l’emploi et les salaires : aux Etats-Unis, l'ajout d'un robot industriel pour mille travailleurs réduit le ratio emploi sur population de 0,18 à 0,34 points de pourcentage et les salaires de 0,25 à 0,5 %.

David Autor et Anna Salomons (2017) jugent que les constats auxquelles ces études aboutissent sont toutefois très difficilement généralisables. En effet, les robots n'opèrent que dans un ensemble limité d'applications industrielles, essentiellement dans l'industrie lourde, or à mesure que l'usage des robots s'étendra en dehors de l'industrie, les répercussions que l'automatisation a sur l'emploi seront susceptibles de changer. Autor et Salomons ont donc cherché à élargir la focale en étudiant la relation entre la croissance de la productivité et l’emploi dans 19 pays sur plus de 35 ans. Ils constatent que l’emploi au niveau du pays s’accroît généralement à mesure que la productivité agrégée augmente. Autrement dit, au cours des dernières décennies, la croissance de la productivité s’est révélée être bénéfique, et non nocive, pour l’emploi. Ce résultat demeure même avec des mesures alternatives de l’emploi, qu’il s’agisse du nombre de travailleurs occupant un emploi ou du ratio rapportant le nombre de travailleurs occupés sur le nombre de personnes en âge de travailler.

Et pourtant, Autor et Salomons constatent aussi que l’emploi au niveau sectoriel chute à mesure que la productivité sectorielle augmente. En fait, les effets négatifs que peut avoir une hausse de la productivité au niveau sectoriel sont compensés par des effets de débordement positifs sur le reste de l’économie. Ceux-ci sont tellement importants qu’ils font plus que compenser les pertes d’emploi dans les secteurs réalisant de forts gains de productivité. L’impact direct (négatif) et l’impact indirect (positif) de la croissance de la productivité sur l’emploi sont tous deux très importants ; pour autant, son effet net sur l'emploi est certes positif, mais au final assez modeste. Ce résultat demeure même quand Autor et Salomons considèrent des mesures alternatives de la productivité, qu’il s’agisse de la production par travailleur, de la valeur ajoutée par travailleur ou de la productivité au niveau sectoriel. En outre, ils notent aussi que ce résultat reste vérifié, non seulement pour l’emploi, mais aussi pour la consommation finale, ce qui leur suggère que la croissance de la productivité entraîne une réaction de la production qui compense l’effet direct et négatif que la croissance de la productivité a sur l’emploi.

Si la croissance de la productivité a été neutre pour la demande de travail agrégée, celle ne l'a pas été pour la demande de travail en fonction des qualifications. Autor et Salomons constatent en effet qu’une croissance rapide de la productivité dans les secteurs primaire et secondaire, en particulier dans l’industrie manufacturière, a entraîné une forte réallocation des travailleurs vers le tertiaire, que ce soit dans les services très intensifs en qualifications, notamment la santé, l’éducation ou la finance, mais aussi dans les services peu intensifs en qualifications, comme la restauration, le nettoyage et l’hôtellerie. Or, les emplois de services présentent une répartition bimodale en termes de compétences : les emplois peu qualifiés et très qualifiés représentent une part disproportionnée de l’emploi tertiaire. Par conséquent, la réallocation de la main-d’œuvre au profit des services contribue à la polarisation de la demande de travail au niveau agrégé que l’on a pu observer ces dernières décennies aussi bien en Europe [Goos et alii, 2009] qu’aux Etats-Unis [Autor et alii, 2006] : les parts des emplois peu qualifiés et des emplois très qualifiés dans l’emploi total ont eu tendance à augmenter ou, pour le dire autrement, la part des emplois moyennement qualifiés a eu tendance à décliner. 

Autor et Salomons estiment que la croissance de la productivité n’apparaît pas être le principal facteur derrière l’accroissement ou le déclin de l’emploi. Les variations nettes de l’emploi résultant aussi bien directement qu’indirectement de la croissance de la productivité sont assez modestes : elles ne représentent que quelques points de pourcentage de l’emploi total sur l’espace de trois décennies. Le principal facteur de la croissance de l’emploi est la croissance démographique : le nombre de travailleurs varie de concert avec la croissance globale de la population d’un pays. Ce sont fondamentalement l’offre de travail et la demande finale de biens et services qui déterminent conjointement le niveau d’emploi ; et ces deux forces sont elles-mêmes directement impulsées par la croissance de la population de travailleurs-consommateurs.

Bien sûr, Autor et Salomons rappellent que leurs résultats sont tirés des données passées ; rien ne certifie que la relation entre la croissance de la productivité et l’emploi restera aussi bénigne qu’elle l’a été par le passé. Leur analyse suggère que les récentes avancées technologiques ont eu jusqu’à présent pour effet pervers, non pas de déprimer la demande agrégée de travail, mais plutôt d’alimenter les inégalités de revenu : la croissance des emplois disponibles a beau se maintenir peu ou prou au rythme de la croissance démographique, beaucoup des nouveaux emplois créés par une économie de plus en plus automatisée sont instables et n’offrent à leur détenteur qu’un faible salaire.

 

Références

ACEMOGLU, Daron, & Pascual RESTREPO (2017), « Robots and jobs: Evidence from U.S. labor markets », NBER, working paper, n° 23285.

AUTOR, David H., Lawrence F. KATZ, Melissa S. KEARNEY (2006), « The polarization of the labor market », in American Economic Review, vol. 96, n° 2.

AUTOR, David, & Anna SALOMONS (2017), « Does productivity growth threaten employment? », 19 juin.

GOOS, Maarten, Alan MANNING & Anna SALOMONS (2009), « Job polarization in Europe », in The American Economic Review, vol. 99, n° 2.

GRAETZ, Georg, & Guy MICHAELS (2015), « Robots at work », CEP, discussion paper, n° 1335.

GREGORY, Terry, Anna SALOMONS, & Ulrich ZIERAHN (2016), « Racing with or against the machine? Evidence from Europe », ZEW, discussion paper.

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21 juin 2017 3 21 /06 /juin /2017 18:10
Comment la fiscalité a pu freiner l’emploi non qualifié

Les marchés du travail ont pu avoir tendance à se polariser au sein des pays développés au cours des dernières décennies. David Autor et David Dorn (2013) se sont notamment penchés sur la polarisation de la structure de l’emploi aux Etats-Unis depuis les années quatre-vingt : les parts des emplois peu rémunérés et très rémunérés (qui sont respectivement très intensifs en tâches manuelles et en tâches abstraites) ont eu tendance à augmenter, si bien que la part des emplois moyennement rémunérés (qui sont très intensifs en tâches routinières) a eu tendance à décliner. Ce phénomène découlerait directement du progrès technique et notamment des avancées en matières de technologies d’information et de communication : les tâches les plus routinières sont celles qui peuvent être le plus facilement réalisées par des machines, donc les travailleurs réalisant des tâches routinières sont ceux qui ont le plus de chances de perdre leur emploi du fait de l’automatisation. Le progrès technique impulse alors une réallocation de la main-d’œuvre : les travailleurs qui perdent leur emploi du fait de l’automatisation des tâches routinières pourraient en retrouver un parmi les emplois qui sont très intensifs en tâches manuelles ou bien en tâches abstraites. David Autor, David Dorn et Gordon Hanson (2013) estiment que la polarisation de l’emploi n’avait pas d’impact significatif sur l’emploi et notamment l’emploi non qualifié au niveau agrégé ; ce serait plutôt le commerce extérieur qui contribuerait surtout à expliquer la chute d’emplois que les Etats-Unis ont pu connaître au cours des années deux mille.

Sylvain Catherine, Augustin Landier et David Thesmar (2015) ont également mis en évidence une polarisation de l’emploi en France. James Harrigan, Ariell Reshef et Farid Toubal (2016) ont relié ce phénomène au progrès technique et à la mondialisation. De leur côté, Julien Albertini, Jean-Olivier Hairault, François Langot et Theptida Sopraseuth (2015) ont cherché à observer comment les institutions du marché du travail ont pu affecter l’impact du progrès technique sur la polarisation de l’emploi français entre 1980 et 2008 ; ils estiment que les Etats-Unis ont su tirer des gains d’emplois du progrès technique, tandis que ce dernier a plutôt eu tendance à détruire les emplois en France en raison de la hausse régulière du salaire minimum. 

Sébastien Bock (2017) a relié le déclin de l’emploi non qualifié qu’a pu connaître la France ces dernières décennies au phénomène de polarisation de l’emploi. Selon lui, si l’emploi non qualifié a décliné, ce n’est pas parce que la mécanique polarisation de l’emploi s’est poursuivie à son rythme, mais parce qu’elle s’est trouvée enrayée. En l’occurrence, jusqu’en 1993, les pertes en termes d’emplois non qualifiés ont pu être alimentées par un niveau élevé et croissant d’imposition du travail ; par la suite, cette tendance a été contenue par des mesures de réduction du coût du travail ciblées sur les travailleurs à faible salaire. Selon les estimations de Bock, les pertes d’emplois non qualifiés auraient été deux fois plus importantes si ces mesures d’allègement du coût du travail n’avaient pas été prises. En effet, la polarisation de l’emploi réalloue les opportunités d’emploi non qualifié des emplois routiniers vers les emplois manuels et le travail non marchand. L’imposition du travail interagit avec ce processus de réallocation en modifiant les incitations à travailler dans les emplois manuels relativement au travail non marchand. Cela s’explique par le fait que les travailleurs manuels produisent des services qui sont de proches substituts aux biens non marchands, ce qui rend les incitations à travailler dans ces emplois particulièrement sensibles à l’imposition du travail.

L’étude de Bock s’inscrit dans cette vaste littérature qui a cherché à relier les différences en termes d’offre de travail que l’on peut observer d’un pays à l’autre aux différences en matière de fiscalité. Par exemple, Edward Prescott (2004) a constaté que la plus forte imposition dans les pays européens qu’aux Etats-Unis contribuait à expliquer pourquoi le temps de travail est beaucoup plus faible dans les premiers que dans les seconds. De son côté, Richard Rogerson (2008) a suggéré que la croissance relativement faible du secteur tertiaire que l’on a observée dans les pays d’Europe continentale par rapport aux Etats-Unis s’explique par le fait que les premiers imposent plus lourdement le travail que ces derniers, mais aussi par le fait que les services sont facilement substituables avec les biens produits dans l’économie domestique. Thomas Piketty (1998) et Pierre Cahuc et Michèle Debonneuil (2004) ont cherché à identifier quels étaient les secteurs sous-développés en France. Ils estiment que si la France avait eu le même taux d’emploi dans le commerce et dans l’hôtellerie-restauration qu’aux Etats-Unis, il y aurait eu en France 2,8 millions de travailleurs supplémentaires en emploi en 1996 et 3,4 millions en 2001, ce qui correspond au nombre de chômeurs. Selon Piketty ce déficit d’emplois que connaît la France dans les secteurs du commerce et de l’hôtellerie-restauration s’expliquerait par le niveau relativement élevé du coût du travail peu qualifié.

 

Références

 

ALBERTINI, Julien, Jean-Olivier HAIRAULT, François LANGOT & Theptida SOPRASEUTH (2015), « Aggregate employment, job polarization and inequalities: A transatlantic perspective », document de travail.

AUTOR, David, H. & David DORN (2013), « The growth of low-skill service jobs and the polarization of the US labor market », in American Economic Review, vol. 103, n° 5.

AUTOR, David H., David DORN & Gordon H. HANSON (2013), « Untangling trade and technology: Evidence from local labor markets », NBER, working paper, n° 18938.

BOCK, Sébastien (2017), « Job polarization and unskilled employment losses in France », PSE, working paper, n° 2017-14.

CAHUC, Pierre, & Michèle DEBONNEUIL (2004), Productivité et emploi dans le tertiaire, rapport du CAE, n° 49.

CATHERINE, Sylvain, Augustin LANDIER & David THESMAR (2015), « Marché du travail : la grande fracture », Institut Montaigne.

HARRIGAN, James, Ariell RESHEF & Farid TOUBAL (2016), « The march of the techies: Technology, trade, and job polarization in France, 1994-2007 », NBER, working paper, n° 22110.

PIKETTY, Thomas (1998), « L'emploi dans les services en France et aux Etats-Unis : une analyse structurelle sur longue période », in Economie et Statistique, vol. 318, n° 1.

PRESCOTT, Edward C. (2004), « Why do Americans work so much more than Europeans? », in Quarterly Review.

ROGERSON, Richard (2006), « Understanding differences in hours worked », in Review of Economic Dynamics, vol. 9, n° 3.

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 19:01
Le progrès technique explique-t-il les reprises sans emplois ?

Suite aux diverses récessions qui touché l’économie américaine au cours des décennies qui ont immédiatement suivi la Seconde Guerre mondiale, le PIB et l’emploi avaient tendance à fortement rebondir. Par contre, depuis le début des années quatre-vingt-dix, les reprises qui ont suivi les différentes récessions américaines ont été marquées par une faible création d’emploi : la croissance de l’emploi durant les deux années qui ont suivi le creux d’une récession s’élevait à un peu plus de 5 % avant 1990, mais elle a été inférieure à 1 % depuis. (1)

Une interprétation qui est régulièrement avancée et qui a notamment été développée par Nir Jaimovich et Henry Siu (2014) pour expliquer ces reprises sans emplois donne un rôle crucial au progrès technique : les emplois moyennement qualifiés, qui impliquent souvent des tâches routinières, c’est-à-dire des tâches qui peuvent être facilement réalisées par des machines, seraient ceux les plus exposés à la destruction lors des récessions, mais leur création serait particulièrement lente durant les expansions, notamment parce que les entreprises en profiteraient pour les automatiser ; autrement dit, les destructions d’emplois moyennement qualifiées qui surviendraient durant les récessions seraient permanentes. Par conséquent, les travailleurs moyennement qualifiés qui perdraient leur emploi durant une récession auraient des difficultés à se reclasser par la suite. Au niveau agrégé, l'ensemble des emplois tendrait à se polariser, les parts des emplois très qualifiés et peu qualifiés ayant tendance à augmenter.

Or, le remplacement des travailleurs moyennement qualifiés par des machines et la polarisation des emplois ne sont pas des phénomènes spécifiques aux Etats-Unis ; ils ont également touché le reste des pays développés. Par conséquent, si les reprises sans emplois aux Etats-Unis s’expliquent par la technologie, les autres pays développés devraient également tendre à connaître des reprises sans emplois.

Georg Graetz et Guy Michaels (2017) ont testé cette hypothèse en utilisant les données relatives aux reprises consécutives à 71 récessions dans 17 pays entre 1970 et 2011. Ils constatent que même si le PIB a effectivement connu une plus faible reprise après les récentes récessions dans les autres pays développés, cela n’a pas été le cas de l’emploi. Autrement dit, les reprises n’ont pas été faiblement créatrices d’emplois. Graetz et Michaels constatent en outre que les secteurs qui ont utilisé le plus de tâches routinières et ceux qui sont les plus exposés à la robotisation n’ont pas non plus connu ces dernières décennies une plus faible reprise de l’emploi suite aux récessions. Au final, les emplois moyennement qualifiés n’ont pas été marqués par une reprise plus lente après les récentes récessions, même dans les entreprises intensives en tâches routinières. L’ensemble de ces constats amène les deux auteurs à conclure que la technologie n’a pas provoqué de reprises sans emplois dans les pays développés autres que les Etats-Unis.

Reste alors à expliquer pourquoi les Etats-Unis se singularisent par des reprises sans emplois depuis quelques décennies. Graetz et Michaels estiment qu’il existe deux grandes classes d’explications, mais ils ne cherchent pas à trancher entre les deux. La première explication pourrait être que l’adoption des (nouvelles) technologies ne s’opère pas de la même façon, pas à la même vitesse, aux Etats-Unis que dans les autres pays développés. Une seconde classe d’explications, très hétérogène, met l’accent sur la spécificité des politiques ou des institutions des Etats-Unis par rapport aux autres pays développés. Par exemple, Kurt Mitman et Stanislav Rabinovich (2014) ont affirmé que l’extension de l’indemnisation des chômeurs lors des récessions ralentit la croissance de l’emploi durant les reprises en conduisant les travailleurs à relever leurs salaires de réservation. De son côté, David Berger (2015) estime plutôt que si la substitution des travailleurs lors des récessions et reprises a été plus intense ces dernières décennies, c’est en raison du recul des syndicats.

 

(1) Tout le monde ne partage toutefois pas ce diagnostic. Pour Laurence Ball, Daniel Leigh et Prakash Loungani (2013) par exemple, les variations de l’emploi sont restées cohérentes avec les variations même du PIB, aussi bien aux Etats-Unis que dans les autres pays développés : la « loi d’Okun » est toujours valide. Autrement dit, si les récessions qui ont touché l’économie américaine ces dernières décennies ont eu tendance à être suivies par une reprise sans emploi, c’est précisément parce que la croissance de la production a été trop faible lors de la reprise pour inciter les entreprises à embaucher. C'est alors la faiblesse de la croissance économique lors des reprises qu'il faudrait expliquer.

 

Références

BALL, Laurence, Daniel LEIGH & Prakash LOUNGANI (2013), « Okun’s law: Fit at fifty », NBER, working paper, n° 18668.

BERGER, David (2016), « Countercyclical restructuring and jobless recoveries », document de travail.

GRAETZ, Georg, & Guy MICHAELS (2017), « Is modern technology responsible for jobless recoveries? », CEP, discussion paper, n° 1461, janvier 2017. 

JAIMOVICH, Nir, & Henry SIU (2012), « The trend is the cycle: Job polarization and jobless recoveries », NBER, working paper, n° 18334.

MITMAN, Kurt, & Stanislav RABINOVICH (2014), « Unemployment benefit extensions caused jobless recoveries? », PIER, working paper, vol. 14-013.

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 23:39
Quel est l’impact de l’immigration sur l’emploi et les salaires ?

Dans un contexte de lente progression des salaires (notamment aux Etats-Unis) et de chômage élevé (en particulier en France), les populations des pays développés ont pu montrer ces dernières décennies une certaine hostilité vis-à-vis de l’immigration : celle-ci est régulièrement accusée de détruire l’emploi des autochtones ou de pousser leurs salaires à la baisse. La récente vague de réfugiés provoquée par le conflit syrien a accentué ces inquiétudes en Europe. Pourtant, tant les analyses théoriques que les études empiriques sont loin de leur donner raison.

Certes, la théorie néoclassique la plus standard suggère que l’immigration, en accroissant l’offre de travail, est susceptible de réduire les salaires, notamment parce qu’elle accroît la concurrence entre les travailleurs. Si les salaires ne sont pas pleinement flexibles, tout du moins à la baisse, l'ajustement risque de ne pas se faire (seulement) par les prix, mais (aussi) par les quantités : l’accroissement de l’offre de travail est susceptible d’entraîner une hausse du chômage. Ce raisonnement reste toutefois simpliste.

Tout d’abord, les travailleurs immigrés ne sont pas totalement « substituables » avec les travailleurs natifs, si bien que l’une des deux catégories risque d’être plus exposée au chômage que l’autre. Ensuite, dans la mesure où les immigrés n’ont souvent pas le même niveau de qualification que les travailleurs natifs, l’afflux de travailleurs immigrés est susceptible d’avoir de profonds effets redistributifs parmi la population autochtone. En effet, il est susceptible de détériorer les perspectives d’emploi des travailleurs natifs qui présentent des qualifications similaires, avec lesquels ils sont « substituables », et d’améliorer les perspectives d’emploi des travailleurs qui présentent des qualifications différentes, avec lesquels ils sont « complémentaires ». En effet, ces derniers voient leur efficacité augmenter, si bien qu’ils sont davantage demandés (leurs chances de se retrouver au chômage diminuent) et leurs salaires sont poussés à la hausse. Ainsi, l’afflux d’immigrés (peu qualifiés) dans les pays développés est susceptible d’y accroître le chômage des travailleurs peu qualifiés ou de réduire leurs salaires, tout en poussant les salaires des travailleurs qualifiés à la hausse.

L’immigration peut compenser l’un des effets pervers du progrès technique. Les machines sont souvent substituées aux travailleurs les moins qualifiés (ce qui a pu pousser leurs salaires à la baisse) et se révèlent complémentaires avec les travailleurs de qualifications intermédiaires (qui ont alors pu voir leurs salaires être poussés à la hausse). Or, en étudiant les données américaines, Ethan Lewis (2011) a constaté que dans les zones où l’immigration a été la plus forte, les usines ont moins investi dans l’automatisation, ce qui a compensé l’impact de l’immigration sur l’emploi et les salaires des moins qualifiés. En effet, l’immigration pousse le coût relatif du travail (non qualifié) à la baisse, donc le coût relatif du capital à la hausse.

L’immigration peut aussi compenser l’un des effets pervers de la mondialisation. En l’occurrence, l’accroissement de l’offre domestique de travail non qualifié est susceptible de réduire les incitations des entreprises domestiques à délocaliser leurs activités vers les pays à faible coût du travail. Donc elle réduit les chances que les travailleurs (non qualifiés) natifs perdent leur emploi en raison des délocalisations.

Surtout, l’afflux d’immigrés va contribuer à accroître la consommation, si bien qu’il va stimuler les débouchés des entreprises domestiques ; ces dernières vont répondre au surcroît de demande en augmentant leurs capacités de production, c’est-à-dire en embauchant et en investissant davantage. La hausse de l’investissement va elle-même contribuer à accroître les débouchés des entreprises produisant des biens d’investissement, ce qui va également les inciter à embaucher. La hausse de la demande de travail va en outre tendre à pousser les salaires à la hausse. C’est l’ensemble des catégories de travailleurs, autochtones et immigrés, qualifiés et non qualifiés, qui sont alors susceptibles de bénéficier de ces effets. A nouveau, les éventuels effets négatifs que l’immigration est susceptible d’exercer directement sur l’emploi et les salaires des autochtones non qualifiés s’en trouveront compensés par ce biais-là.

Quelques études ont cherché à s’appuyer sur des expériences naturelles qu’ont pu constituer les vagues de réfugiés passées. Jennifer Hunt (1992) a par exemple étudié le rapatriement des centaines de milliers de pieds-noirs en France en 1962, suite à l’indépendance de l’Algérie. Elle a constaté que l’impact de ce rapatriement s’est résorbé en quelques années. David Card (1990) a quant à lui étudié l’« exode de Mariel » de 1980, un épisode au cours duquel plusieurs dizaines de milliers de Cubains migrèrent à Miami. Cette vague de réfugiés a immédiatement augmenté la part des travailleurs non qualifiés parmi les actifs de Miami. Pourtant, Card ne parvient pas à mettre en évidence un impact durable qui soit significatif sur les salaires ou l’emploi des natifs les moins qualifiés de la ville ; le chômage à Miami a par exemple brutalement augmenté, mais il s’est ensuite résorbé en quelques mois. Enfin, Rachel Friedberg (2001) a étudié la vague d’immigration qu’a connue Israël au début des années quatre-vingt-dix suite à l’éclatement du bloc soviétique ; elle ne décèle pas non plus un impact négatif de l’immigration sur les revenus des autochtones. Même si au cours de ces trois épisodes la population active a pu localement s’accroître jusqu'à 10 %, ces diverses analyses suggèrent de faibles effets de l’immigration sur les salaires et sur l’emploi des autochtones. Leurs résultats ont toutefois pu être contestés par d’autres études. Borjas a par exemple remis en cause les conclusions de Card en notant que les natifs ont pu réagir à l’afflux d’immigrés cubains en quittant Miami et en recherchant un emploi ailleurs.

En résumant les études disponibles à l’époque, Rachel Friedberg et Jennifer Hunt (1995) concluaient que l’impact de l’immigration sur les salaires et le chômage des autochtones était faible : une hausse de 10 % du nombre d’immigrés ne réduit les salaires des autochtones que d’environ 1 %. Deux décennies après, il est difficile d’affirmer que la littérature soit parvenue à un quelconque consensus. D’un côté, plusieurs études (notamment celles publiée par Card) suggèrent que l’immigration a un impact peu significatif, voire positif, sur les travailleurs natifs. De l’autre, plusieurs études, en particulier celles de Borjas, estiment que l’immigration peut avoir de profonds coûts sur les autochtones. En étudiant les pays l’OCDE au cours de la période 1990-2000, Frédéric Docquier, Çaglar Ozden et Giovanni Peri (2014) estiment que l’immigration a eu un impact légèrement positif ou aucun impact sur les salaires moyens des autochtones dans chaque pays étudié. Ces effets, allant de 0 % à 4 %, sont généralement positivement corrélés avec le taux d’immigration du pays, c’est-à-dire la taille du flux d’immigrés relativement à la population. En outre, toujours parmi les pays de l’OCDE, l’immigration a eu les effets bénéfiques les plus amples sur les salaires des travailleurs les moins diplômés. En fait, plusieurs études ne suggèrent pas une concurrence entre autochtones et immigrés, mais plutôt entre immigrés eux-mêmes. Gianmarco Ottaviano et Giovanni Peri (2012), parmi d'autres, notent que ce sont ceux qui sont issus des plus récentes vagues d’immigration qui sont les plus affectés par les nouvelles vagues d’immigration ou, tout du moins, qui en tirent le moins de bénéfices.

Plusieurs études se sont focalisées sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail français. Par exemple, Javier Ortega et Gregory Verdugo (2011) ont étudié l’impact de l’immigration sur les salaires et l’emploi des autochtones en France entre 1962 et 1999. Une première estimation leur suggère qu’une hausse de l’immigration de 10 % se traduit par une hausse des salaires des autochtones de 3 % ; une seconde estimation, plus fine, leur suggère des gains plus faibles, mais toujours positifs. De son côté, Anthony Edo (2013) constate que l’immigration n’affecte pas les salaires des autochtones, mais qu’elle entraîne tout de même des effets négatifs sur l’emploi. Ce résultat suggère qu’avec la rigidité relativement plus forte des salaires en France que dans les autres pays développés, l’ajustement du marché du travail face à l’immigration se fait davantage via l’emploi. Edo constate que les immigrés sont moins réticents à connaître de plus mauvaises conditions de travail que les autochtones de même productivité, ce qui accroît leurs chances d’être embauchés relativement à ces derniers. Enfin, il note que les autochtones qui sont embauchés sur des contrats temporaires, qui sont marqués par une moindre rigidité salariale que les contrats à durée indéterminée, sont susceptibles de subir des baisses de salaires en conséquence de l’immigration.

 

Références

BORJAS, George (2003), « The labor demand curve is downward sloping: Reexamining the impact of immigration on the labor market », in Quarterly Journal of Economics, vol. 118, n° 4.

CARD, David (1990), « The impact of the Mariel boatlift on the Miami labor market », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 43, n° 2.

DOCQUIER, Frédéric , Çaglar OZDEN & Giovanni PERI (2014), « The labour market effects of immigration and emigration in OECD countries », in The Economic Journal, vol. 124, n° 579.

EDO, Anthony (2013), « The impact of immigration on native wages and employment », Centre d'économie de la sorbonne, working paper, n° 2013.64.

FRIEDBERG, Rachel M. (2001), « The impact of mass migration on the Israeli labor market », in Quarterly Journal of Economics, vol. 111.

FRIEDBERG, Rachel M., & Jennifer HUNT (1995), « The impact of immigrants on host countries wages, employment and growth », in Journal of Economic Perspectives, vol. 9.

HUNT, Jennifer (1992), « The impact of the 1962 repatriates from Algeria on the French labor market », in Industrial and Labor Relations Review, vol. 45.

LEWIS, Ethan (2011), « Immigration, skill mix, and capital skill complementarity », in Quarterly Journal of Economics, vol. 126.

ORTEGA, Javier, & Gregory VERDUGO (2011), « Immigration and the occupational choice of natives: A factor proportions approach », Banque de France, document de travail, n° 335.

OTTAVIANO, Gianmarco, & Giovanni PERI (2012), « Rethinking the effects of immigration on wages », in Journal of the European Economic Association, vol. 10, n° 1.

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13 novembre 2016 7 13 /11 /novembre /2016 22:00
Faut-il taxer les contrats à durée déterminée ?

Dans de nombreux pays européens marqués par une forte protection de l’emploi, comme l’Espagne, la France, l’Italie et le Portugal, la majorité des emplois occupés correspondent à des contrats à durée indéterminée ; par contre, la majorité des embauches se font avec des contrats à durée déterminée. Les contrats à durée indéterminée n’ont pas de date d’échéance, mais leur rupture est très coûteuse pour les employeurs : elle implique de complexes procédures administratives et d’importantes indemnités de licenciement. Lorsque les employeurs s’attendent à ce que la durée de l’emploi soit courte, ils peuvent utiliser des contrats temporaires qui stipulent la date d’échéance de l’emploi ; l’employeur a alors le devoir de rémunérer son salarié jusqu’à la date d’échéance, mais il n’a pas à supporter de coûts supplémentaires lors de cette dernière.

Bien sûr, les autorités imposent une forte réglementation des contrats à durée limitée (notamment la limitation de leur nombre de renouvellements) et une forte protection des contrats à durée illimitée (notamment en accroissant les coûts de licenciement qui leur sont associés) dans l’optique de favoriser ces derniers. Mais toute une littérature suggère que la protection de l’emploi nuit en définitive à ce dernier en désincitant les employeurs à embaucher : les titulaires de contrats à durée indéterminée gagneraient en termes de sécurité de l’emploi, mais cela se ferait au détriment des autres actifs, qui enchaîneraient alors plus fréquemment les emplois précaires et les périodes de chômage. Au niveau agrégé, la plus grande protection de l’emploi pourrait se traduire par un plus faible volume d’emplois.

Pour inciter les employeurs à embaucher sur de longues périodes, même avec des contrats à durée déterminée, les gouvernements ont pu avoir tendance à taxer les contrats temporaires. Ce sont les contrats temporaires de faible durée qui sont tout particulièrement taxés en Espagne, en France et au Portugal, tandis que ce sont tous les contrats temporaires qui sont taxés en Italie. La France a par exemple introduit en 2013 une taxe correspondant à 3 % du salaire brut pour les contrats temporaires durant moins d’un mois et à 1,5 % du salaire brut pour les contrats temporaires durant entre un et trois mois ; mais si l’emploi temporaire est transformé en contrat à durée indéterminée, la taxe est remboursée à l’entreprise. L’année dernière, le gouvernement avait précisément projeté d’accroître la taxation des emplois à durée déterminée pour mieux faire passer la loi El Khomri.

Pierre Cahuc, Olivier Charlot, Franck Malherbet, Hélène Benghalem et Emeline Limon (2016) ont analysé les conséquences de la taxation des emplois temporaires que les gouvernements de plusieurs pays européens ont récemment mis en œuvre en appliquant un modèle aux données françaises. Leur analyse suggère que la taxation des contrats temporaires n’est pas une mesure appropriée pour inciter les entreprises à créer davantage d’emplois stables dans les pays d’Europe continentale qui sont caractérisés par une forte protection des emplois permanents. Certes, la taxation des contrats de courte durée peut inciter les entreprises à substituer des contrats à plus longue durée à des contrats de plus faibles durée, ainsi qu’à substituer des contrats permanents à des contrats provisoires si cela leur permet d’éviter de payer la taxe. La réduction de l’instabilité de l’emploi est amplifiée si la taxe est remboursée lorsque les contrats à durée déterminée sont transformés en contrats à durée indéterminée ou encore si la taxe sur les contrats temporaires de courte durée est augmentée tout en étant compensée par une réduction de la taxe sur les contrats temporaires de longue durée et sur les contrats permanents.

Toutefois, l’analyse de Cahuc et alii suggère que la taxation des contrats à durée déterminée réduit la durée moyenne des emplois et aggrave le chômage. L’analyse aboutit également à ce résultat lorsque la taxation est ciblée sur les contrats temporaires de court terme tout en étant compensée par une moindre taxation des contrats à durée indéterminée et des emplois temporaires de longue durée. Ils en concluent qu’il faut donc mettre en œuvre d’autres politiques pour contrer la forte segmentation des marchés du travail européens entre les emplois stables et les emplois instables. Pour accroître l’emploi et le bien-être des chômeurs, Cahuc et ses coauteurs rejoignent les conclusions obtenues par des auteurs comme Olivier Blanchard et Jean Tirole (2008) en estimant qu’il vaut mieux réduire les coûts de licenciement des contrats à durée indéterminée plutôt que de taxer les contrats temporaires pour réduire l’instabilité de l’emploi.

 

Références

BLANCHARD, Olivier J., & Jean TIROLE (2008), « The joint design of unemployment insurance and employment protection: A first pass », in Journal of the European Economic Association, vol. 6, n° 1.

CAHUC, Pierre, Olivier CHARLOT, Franck MALHERBET, Hélène BENGHALEM & Emeline LIMON (2016), « Taxation of temporary jobs: Good intentions with bad outcomes? », IZA, discussion paper, n° 10352, novembre.

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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 10:20

 

Avec la Grande Récession de 2008, les pays développés ont connu une forte hausse du chômage, avec un rythme de destructions d’emplois plus rapide que le rythme de créations d’emplois. Même en temps de croissance soutenue, le tissu productif est soumis en permanence à la destruction créatrice, certaines entreprises déclinant et disparaissant, tandis que d’autres émergent et se développent. Une création nette d’emplois peut ainsi dissimuler de nombreuses destructions d’emplois, compensées par des créations brutes d’emplois plus nombreuses. Si les médias se focalisent tout particulièrement sur les licenciements collectifs provoqués par les plans de restructuration et les faillites de grands établissements, ceux-ci ne doivent pas nous faire oublier que les destructions d’emploi qu’ils occasionnent ne sont qu’une partie de l’ensemble des destructions d’emploi, ni même que de nombreux emplois sont parallèlement créés.

Pour le salarié, le licenciement est un choc financier, psychologique et social. Pour l’économie, le chômage représente un coût d’opportunité : il s’agit des richesses que les chômeurs auraient pu produire s’ils étaient embauchés. Les administrations publiques perdent en recettes fiscales et en cotisations sociales, alors même qu’elles doivent accroître leurs dépenses pour indemniser les chômeurs. L’indemnisation permet toutefois d’atténuer l’impact du chômage tant sur les chômeurs eux-mêmes que sur l’activité. En outre, même si le chômage ne résulte pas d’une insuffisance de la demande globale, il est d’autant plus difficile pour les autorités de le réduire qu’il se maintient durablement à un niveau élevé. En effet, les travailleurs perdent d’autant plus en compétences, en motivation et en réseau social qu’ils sont longtemps au chômage, ce qui réduit la probabilité qu’ils soient réembauchés et accroît la probabilité qu’ils finissent par sortir de la population active par découragement. Le chômage de longue durée constitue en lui-même un mauvais signal aux yeux des potentiels employeurs. Ainsi, un chômage purement keynésien devient de plus en plus « structurel » à mesure qu’il persiste. Or ces effets d’hystérèse peut alors avoir des répercussions durables sur la production potentielle et la croissance à long terme : par exemple, une fois réembauchés, les chômeurs sont moins performants que s’ils étaient restés en emploi, non seulement parce qu’ils ont vu leurs compétences s’effriter durant leur période de chômage, mais aussi parce qu’ils n’ont pas pu acquérir de nouvelles compétences en continuant de travailler. Le chômage est également susceptible d’alimenter la pauvreté, la criminalité, le pessimisme, la défiance et les tensions sociales, ce qui n’est pas sans également peser sur la croissance. Ainsi, en licenciant, une entreprise émet une véritable externalité négative : le coût d’un licenciement pour l’entreprise est bien inférieur au coût de ce licenciement pour l’ensemble de la collectivité.

A partir des années quatre-vingt, plusieurs études focalisées sur les Etats-Unis ont cherché à déterminer les répercussions des licenciements pour motif économique sur la carrière et les revenus des personnes qui les subissent. Cette littérature suggère que les travailleurs perdant leur emploi pour des motifs indépendants de leur performance,  subissent par la suite une perte de revenu comprise entre 10 % et 25 % par rapport aux travailleurs restant en emploi. Cette perte de revenu ne s’explique pas par la seule période de chômage ; elle résulte essentiellement d’une baisse permanente du salaire de ces mêmes travailleurs, une fois qu’ils sont réembauchés.

Les travaux portant sur les autres pays développés sont apparus plus tardivement et demeurent encore bien rares. Dans une étude pionnière dans le cas français, David Margolis (2000) s’est appuyé sur des données relatives aux années quatre-vingt pour analyser l’impact que les licenciements associés aux fermetures d’entreprise peuvent avoir sur les revenus des salariés licenciés. Il constate que les hommes licenciés qui parviennent à retrouver un emploi gagnent un salaire inférieur de 28 % à celui que gagnent les hommes qui n’ont pas connu d’interruption de carrière, tandis que les femmes licenciées accusent une perte de 47 %. Margolis (2002) note que les licenciés pour motif économique retrouvent plus rapidement un emploi que ceux qui se sont séparés de leur employeur pour d’autres motifs. Par contre, parmi eux, ceux qui avaient la plus grande ancienneté dans leur entreprise ont plus de difficultés à retrouver un emploi que les autres ; les femmes mettent plus de temps avant de retrouver un emploi que les hommes. Enfin, qu’importe la raison de la séparation entre l’employeur et le salarié, ce dernier retrouve d’autant plus rapidement un emploi que son niveau de formation est élevé. Poursuivant les travaux de Margolis, mais avec des données plus récentes, Jean-François Royer (2011) a analysé l’impact des brusques fermetures d’entreprise sur la trajectoire professionnelle des salariés en s’appuyant sur les données relatives à la France métropolitaine entre 1995 et 1999. Il constate que les personnes qui perdent leur emploi suite à un tel événement ont 6 % de chances en plus de quitter la vie active au cours des deux années suivantes que les autres travailleurs. Ceux qui parviennent à retrouver un emploi suite à la fermeture de leur entreprise gagnent un salaire moindre que les salariés toujours en poste ; d’après ses estimations, l’écart est d’environ 5 % sept ans après.

Ces diverses études se sont appuyées sur les épisodes de fermetures d’entreprises, mais Vahé Nafilyan (2016) juge une telle méthode inadéquate pour saisir les répercussions exactes d’un licenciement pour motif économique. Par exemple, elle conduit à une surestimation du nombre de licenciés pour motif économique, dans la mesure où certains salariés peuvent quitter l’entreprise pour des raisons autres que la situation économique.

Nafilyan a alors examiné la trajectoire professionnelle des personnes licenciées pour motif économique, mais en se basant sur les résultats de l’enquête Emploi en continu de l’INSEE entre 2003 et 2011. D’après son analyse, les salariés qui sont licenciés pour motif économique traversent une longue période de non-emploi, et, s’ils sont réembauchés, l’emploi qu’ils retrouvent est généralement d’une moindre qualité que celui qu’ils ont perdu. En effet, ceux qui sont réembauchés voient leur salaire chuter de 15 % à 20 %. La moitié de cette perte est due à une réduction du nombre d’heures travaillées, tandis que l’autre s’explique par une baisse du taux de salaire horaire. Certains sont ainsi moins rémunérés parce qu’ils acceptent un temps partiel (éventuellement subi). Quant à la chute du salaire horaire, elle ne peut s’expliquer par la seule déqualification professionnelle, dans la mesure où ce n’est seulement qu’une minorité des licenciés économiques qui sont réembauchés dans une profession requérant moins de qualifications que la profession qu’ils occupaient avant leur licenciement. Si les salariés reclassés gagnent un plus faible salaire horaire, c’est en raison du manque d’expérience dont ils font preuve dans leur nouvelle profession, mais aussi en raison de la perte des rentes qu’ils percevaient dans leur précédente entreprise du fait de leur ancienneté ou encore de la perte du capital humain spécifique à leur précédente entreprise qu’ils avaient acquis en travaillant dans celle-ci. En outre, lorsqu’ils retrouvent effectivement un emploi, ils ont une plus forte chance de travailler à temps partiel, d’avoir moins de vacances rémunérées et d’avoir moins de responsabilités que les autres salariés, si bien qu’ils ont moins de chances de progresser vers les échelons hiérarchiques supérieurs. En outre, ils font face à une plus forte insécurité de l’emploi. En effet, deux ans après avoir été licenciés pour motif économique, ils ont sept fois plus de chances de perdre leur emploi que des travailleurs qui sont restés en emploi ; deux ans après leur licenciement, seulement 30 % des travailleurs qui étaient en CDI avant leur licenciement sont réembauchés avec un CDI.

 

Références

LEFRANC, Arnaud (2003), « Labor market dynamics and wage losses of displaced workers in France and the United States », William Davidson Institute, working paper, n° 614.

MARGOLIS, David N. (2000), « Worker displacement in France », document de travail.

MARGOLIS, David N. (2002), « Licenciements collectifs et délais de reprise d’emploi », in Économie et Statistique, n° 351.

NAFILYAN, Vahé (2016), « Lost and found?: The cost of job loss in France », OCDE, social, employment and migration working paper, n° 194.

ROYER, Jean-François (2011), « Évaluation des effets des brusques fermetures d’établissements sur les trajectoires salariales », in Économie et statistique, n° 446.

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:19

L’économie chinoise contribue à une part croissante de la production mondiale et des échanges internationaux. Par exemple, la Chine réalisait 9,5 % des exportations mondiales en 2008, contre 3,3 % en 1998. Une telle dynamique est susceptible d’alimenter la désindustrialisation et cette dernière peut en retour affecter le reste de l’économie domestique. La France est susceptible d’en être particulier pénalisée. En effet, comme d’autres pays à haut revenu, la France a vu les importations chinoises s’accroître à un rythme rapide ; en comparaison avec les autres pays à haut revenu, la France se singularise par un important déficit commercial vis-à-vis de la Chine.

L’essor de l’économie chinoise a ainsi alimenté des craintes dans les pays développés quant à son impact sur les salaires et l’emploi. Par là même, beaucoup craignent que l’ouverture de la Chine aux échanges internationaux se traduise par un creusement des inégalités de salaires dans les pays développés, comme le suggère le théorème Stolper-Samuelson : comme les pays développés  sont relativement abondants en main-d’œuvre qualifiée relativement aux pays émergents comme la Chine, les premiers se spécialisent dans les activités intensives en travail qualifié, tandis que les seconds se spécialisent dans les activités intensives en travail peu qualifié. Dans les pays avancés, ce sont alors les travailleurs les moins qualifiés qui sont les plus exposés aux baisses de salaires et aux destructions d’emplois associées aux délocalisations vers la Chine et aux faillites d’entreprises domestiques. Le reste de l’économie peut s’en trouver affectée, via la baisse des investissements (des entreprises du secteur manufacturier) et de la consommation (de la part des personnes travaillant dans le secteur manufacturier). D’un autre côté, l’ensemble des résidents bénéficie de produits moins chers grâce aux importations, ce qui contribue à soutenir le pouvoir d’achat des moins qualifiés et plus largement à stimuler la demande, notamment en faveur des produits nationaux.

Dans une étude très influente, David Autor, David Dorn et Gordon Hanson (2013) ont analysé les effets de l’intensification de la concurrence des importations chinoises sur les marchés du travail locaux des Etats-Unis entre 1990 et 2007. Ils ont confirmé que l’accroissement des importations chinoises avait entraîné une hausse du chômage, une baisse de la population active et une baisse des salaires dans les marchés du travail locaux. En l’occurrence, l’intensification de la concurrence chinoise pourrait expliquer un quart de la baisse de l’emploi manufacturier qui a été observée au cours de la période dans l’ensemble des Etats-Unis.

Reprenant l’approche adoptée par Autor et alii, mais en l’appliquant cette fois-ci au cas français, Clément Malgouyres (2016) a récemment étudié l’ajustement des marchés du travail locaux face à l’accroissement de la concurrence chinoise. En l’occurrence, il a examiné comment la concurrence des importations chinoises a affecté la structure de l’emploi et des salaires, aussi bien dans l’industrie française que dans le reste de l’économie française, sur la période s’étalant entre 1995 à 2007.

Malgouyres met en évidence un effet négatif de la concurrence chinoise sur l’emploi, aussi bien dans le secteur manufacturier que dans les autres secteurs. Entre 2001 et 2007, les importations chinoises ont pu entraîner la destruction de 90.000 emplois dans le secteur manufacturier et de 180.000 emplois dans le secteur des biens non échangeables. Ainsi, l’intensification de la concurrence des importations chinoises a pu contribuer à environ 13 % du déclin total de l’emploi manufacturier que l’on a pu observer sur la période. Ce chiffre est plus faible que celui-obtenu par Autor et alii dans le cas des Etats-Unis, mais plus important que les valeurs trouvées pour d’autres pays européens, notamment l’Allemagne et la Norvège. Malgouyres observe un véritable effet multiplicateur dans les destructions d’emplois en France, allant du secteur manufacturier au reste de l’économie locale : chaque emploi détruit dans le secteur manufacturier entraîne la destruction d’environ 1,5 emploi supplémentaire au niveau local. 

Lorsqu’il observe l’impact sur la composition des emplois, Malgouyres constate que les destructions d’emplois sont concentrées dans les professions à faibles compétences et dans les professions exigeant un niveau intermédiaire de compétences. La concurrence chinoise est associée à une polarisation de la structure des emplois dans le secteur manufacturier, puisqu’au sein de ce dernier les destructions d’emplois sont les plus fortes dans les professions à compétences intermédiaires. 

Enfin, Malgouyres a étudié comment l’accroissement de la concurrence chinoise a influencé la distribution des salaires en France. Il confirme que cet effet est négatif, mais il constate aussi que celui-ci n’est pas le même d’un secteur à l’autre. C’est l’ensemble des salaires qui tend à diminuer dans le secteur manufacturier, un résultat qui contraste avec les résultats obtenus dans le cas des Etats-Unis ou dans le cas de l’Allemagne, où il ne semble pas y avoir d’impact sur les salaires du secteur manufacturier. Par conséquent, il n’y a pas eu d’accroissement des inégalités salariales dans le secteur manufacturier en France, malgré la polarisation des emplois entraînée par l’intensification de la concurrence chinoise. Par contre, l’impact de cette dernière se concentre sur le milieu de la distribution dans les autres secteurs : seuls les salaires au milieu de la distribution sont poussés à la baisse dans le secteur abrité. C’est donc dans ce dernier que la concurrence chinoise entraîne une polarisation des salaires. Malgouyres observe le ratio rapportant le salaire du 85ème centile sur le salaire afin de préciser l’impact sur les inégalités salariales. Il constate que ce ratio ne se modifie pas en moyenne, mais qu’il tend à s’accroître suite au choc associé aux importations chinoises dans les zones où le salaire minimum s’avère peu contraignant, ce qui montre que les institutions du marché du travail contribuent à façonner l’impact des chocs commerciaux sur la répartition des salaires.

 

Références

AUTOR, David H., David DORN & Gordon H. HANSON (2013), « The China syndrome: Local labor market effects of import competition in the United States », in American Economic Review, vol. 103, n° 6.

MALGOUYRES, Clément (2016), « The impact of Chinese import competition on the local structure of employment and wages: Evidence from France », Banque de France, document de travail, n° 603.

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 22:59

Si certains, comme Robert Gordon (2012), craignent que la croissance s’essouffle avec le ralentissement de l’innovation, d’autres pensent que cette dernière se poursuit au contraire à un rythme soutenu, mais avec de profonds effets pervers. Beaucoup, comme Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee (2012), craignent que les avancées technologiques, notamment celles associées à la révolution numérique, entraînent une réduction du nombre d’emplois disponibles dans l’économie. Certains, comme Lukas Karabarbunis et Brent Neiman (2013) estiment que la réduction de la part du revenu national rémunérant le travail que l’on a pu également observer ces dernières décennies dans les pays développés, en particulier aux Etats-Unis, s’explique précisément par le progrès technique : la baisse du prix des biens d’investissement, liée aux technologies d’information et de communication, pousserait les entreprises à délaisser le travail pour le remplacer par du capital dans le processus de production. Enfin beaucoup estiment également que le progrès technique a alimenté les inégalités salariales ces dernières décennies. Il serait en effet « biaisé en faveur du travail qualifié » (skill-biased) : les machines tendent à être plutôt complémentaires avec le travail qualifié, mais substituables avec le travail peu qualifié. D’un côté, les avancées technologiques permettent d’automatiser un nombre croissant de tâches de production, ce qui réduit la demande de main-d’œuvre qualifiée. De l’autre, l’innovation et l’adoption de machines toujours plus complexes accroissent la demande de main-d’œuvre très qualifiée. Comme la rémunération d'un facteur est censée être d'autant plus forte qu'il est demandé, les travailleurs peu qualifiés voient leurs salaires stagner, voire diminuer, tandis que les travailleurs qualifiés voient leurs salaires augmenter.

Daron Acemoglu et Pascual Restrepo (2016a, 2016b) jugent que certaines de ces craintes sont exagérées. Beaucoup par le passé, notamment certains des économistes les plus influents, qu’il s’agisse de Ricardo, de Keynes, de l’historien Heilbroner ou encore de Leontief, ont estimé que le « travail humain » deviendrait « redondant » et qu’un véritable « chômage technologique » se généraliserait. Les événements ont donné tort à ces auteurs... pour l'instant. Cela ne signifie pas que la présente vague d’innovations technologiques n’est pas destructrice d’emplois. Mais pour Acemoglu et Restrepo, rien ne suggère non plus qu’elle diffère des précédentes vagues d’innovations. Les dynamiques sur les marchés du travail des pays développés seraient en effet impulsées par deux forces technologiques : d’une part, l’automatisation des tâches existantes et, d’autre part, la création de nouvelles tâches de production complexes. Ces deux forces contribuent à la croissance économique, mais elles n’ont pas le même impact sur les prix des facteurs, l’emploi et les parts du revenu national rémunérant chaque facteur. L’automatisation permet aux entreprises de réaliser des tâches qui étaient autrefois réalisées par les travailleurs avec du capital, tandis que la création de nouvelles tâches complexes (pour lesquelles les travailleurs disposent d’un avantage comparatif par rapport aux machines) permet aux entreprises de remplacer les vieilles tâches par de nouvelles variantes pour lesquelles les travailleurs sont plus productifs.

Acemoglu et Restrepo proposent alors une modélisation pour examiner les répercussions de ces deux formes de progrès technique sur la croissance, l’emploi, les salaires et la répartition du revenu national. Ils s'inscrivent pleinement dans la tradition néoclassique en considérant que l'usage et la rémunération de chaque facteur de production dépend avant tout de son prix relatif. Dans la version statique de leur modèle, le capital est fixe et la technologie exogène. Ils montrent alors que la mécanisation réduit l’emploi et le part du revenu national rémunérant le travail, mais qu’elle est également susceptible de réduire les salaires. La création de tâches plus complexes conduit à l’enchaînement inverse : non seulement elle entraîne une hausse de l’emploi, de la part du revenu national rémunérant le travail et des salaires, mais elle est également susceptible de pousser le taux de rendement du capital à la baisse. Dans cette optique, pour que les avancées technologiques ne conduisent pas à l’avenir à une destruction nette d’emplois, la création de tâches domestiques doit être au moins aussi rapide que le processus d’automatisation.

Acemoglu et Restrepo complètent ensuite leur modèle en endogénéisant l’accumulation du capital et l’orientation de la recherche-développement en faveur de l’une ou de l’autre des forces technologiques en fonction des opportunités de profit qu’elles offrent respectivement. Par exemple, plus le coût du capital diminue, plus l’automatisation sera profitable, ce qui stimule cette dernière. Un sentier de croissance équilibrée et stable est possible, mais à la condition que l’automatisation et la création de nouvelles tâches complexes progressent au même rythme. La réponse du capital assure que les gains de productivité tirés de l’automatisation et de l’introduction de nouvelles tâches complexes affectent directement le travail (le facteur qui est relativement inélastique) et accroissent les salaires globaux à long terme, ce qui correspond à ce qu’Acemoglu et Restrepo qualifient d’« effet de productivité ». Même si ce dernier pousse les salaires réels à la hausse, l’automatisation réduit toujours la part du revenu national rémunérant le travail. Toutefois, à long terme, la réponse endogène de la technologie ramène la part du travail dans le revenu national et l’emploi à leurs niveaux initiaux, en raison d’effets-prix. Par exemple, si l’automatisation est plus rapide que la création de nouvelles tâches complexes, les forces du marché provoquent un ralentissement de l’automatisation et une accélération de la création de nouvelles tâches complexes. En effet, une hausse de l’automatisation réduit le coût d’usage du travail dans la production, ce qui décourage l’automatisation de nouvelles tâches et réoriente la recherche-développement en faveur de la création de nouvelles tâches intensives en travail. Au final, après avoir diminué, la part du revenu national rémunérant le travail augmente à nouveau. En outre, Acemoglu et Restrepo suggèrent qu’une automatisation rapide ne signale pas forcément une régression du travail, mais qu’elle pourrait au contraire précéder une phase d’innovations technologiques favorisant le travail.

Bien que l’économie possède de puissantes forces autocorrectrices, l’équilibre se caractérise cependant par un excès d’automatisation et par d'insuffisantes créations de nouvelles tâches complexes. Cette inefficacité apparaît parce que la mécanisation, qui permet aux entreprises d’économiser en termes de masse salariale, réagit aux hauts salaires : lorsqu’une partie des salaires correspond à des rentes, alors il y aura davantage d’automatisation que ne le désirerait un planificateur social et la technologie est alors biaisée, de façon inefficace, en faveur de la substitution du travail par le capital.

Finalement, Acemoglu et Restrepo étendent leur modèle pour prendre en compte la diversité des compétences et ils considèrent que la main-d’œuvre qualifiée présente un avantage comparatif dans les nouvelles tâches complexes. L’automatisation détruit les emplois des travailleurs peu qualifiés, ce qui accroît les inégalités de revenu en réduisant la demande de travail peu qualifié. De même, toujours parce que les travailleurs qualifiés ont un avantage comparatif dans les nouvelles tâches complexes, la création de telles tâches contribue également à accroître les inégalités de revenu, mais cette fois-ci en stimulant la demande de travail qualifié. Mais des forces autocorrectrices limitent la hausse des inégalités à long terme. En effet, les nouvelles tâches finissent pas être standardisées, si bien qu'elles peuvent employer des travailleurs peu qualifiés de façon plus productive.

 

Références

ACEMOGLU, Daron, & Pascual RESTREPO (2016a), « The race between machine and man: Implications of technology for growth, factor shares and employment », NBER, working paper, n° 22252, mai.

ACEMOGLU, Daron, & Pascual RESTREPO (2016b), « The race between machines and humans: Implications for growth, factor shares and jobs », in voxEU.org, juillet.

BRYNJOLFSSON, Erik, & Andrew MCAFEE (2014), The Second Machine Age, Norton.

GORDON, Robert (2012), « Is U.S. economic growth over? Faltering innovations confronts the six headwinds », NBER, working paper, n° 18315.

KARABARBUNIS, Lukas, & Brent NEIMAN (2013), « The global decline of the labor share », NBER, working paper, n° 19136.

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