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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 19:35

Les marchés financiers internationaux ne fonctionnent pas sans frictions ; l’effet taille de marché et les asymétries d’information contribuent à leur segmentation, à leur modelage spatial. Le commerce en actifs financiers entre notamment en étroite interaction avec le commerce en biens et services. L’histoire aussi importe dans la géographie de la finance internationale. En l’occurrence, comme le mettent en avant Livia Chiţu, Barry Eichengreen et Arnaud Mehl (2012) dans leur récent document de travail pour la Banque centrale européenne, l’investissement financier passé peut significativement influencer l’investissement courant en raison de l’existence de coûts fixes. Si les entreprises en entrant sur un marché ont dû supporter des coûts fixes qu’elles ne pourront que difficilement récupérer en en sortant, les chocs transitoires que constituent les pénétrations de marché sont alors propres à influencer à long terme l’agencement des flux commerciaux. Les sociétés financières font notamment face à des coûts fixes lorsqu’elles cherchent à commercialiser des obligations étrangères auprès d’investisseurs domestiques ; les banques, par exemple, peuvent alors créer des filiales à l’étranger de manière à recueillir les informations relatives aux marchés étrangers.

Les coûts fixes ne doivent pas nécessairement être importants pour exercer des effets persistants sur la géographie des détentions en actifs ; il suffit simplement qu’ils diffèrent d’un pays à l’autre. En l’occurrence, s’il y a asymétrie d’information, même un léger avantage informationnel à propos des actifs domestiques suffira à générer un biais domestique significatif. La plus grande information disponible réduira le risque associé aux actifs domestiques tel qu’il est perçu par les participants au marché, si bien que ces derniers seront incités à accroître leur demande pour ces actifs et à acquérir encore davantage d’informations les concernant. Un avantage informationnel initialement faible peut donc tendre à s’amplifier au cours du temps. Des coûts fixes d’investissement initialement plus faibles dans certains pays peuvent de la même manière se traduire au cours du temps par un investissement toujours plus important à destination de ces pays.  

Les détentions passées en obligations d’un pays donné constituent un indicateur indirect des coûts fixes auxquels font face les investisseurs financiers, dans la mesure où ces derniers ont dû subir des coûts pour acquérir les informations relatives à ces titres. Chiţu, Eichengreen et Mehl ont donc utilisé les données relatives aux détentions d’obligations étrangères par les investisseurs américains dans 88 pays en 1943 pour observer les effets de dépendance au sentier qu’impliquent les coûts irrécouvrables dans l’entrée et sortie du marché obligataire. Il apparaît alors que la configuration des dotations américaines en titres d’il y a sept décennies expliquent en partie leur allocation actuelle : une hausse de 1 % dans le volume d’actifs détenus dans un pays donné en 1943 par les investisseurs américains est associée à une hausse de 1% dans le volume d’actifs possédés aujourd’hui dans ce même pays. L’impact de l’histoire sur les détentions américaines en obligations étrangères dépend de la devise en laquelle sont libellés ces titres. L’« effet histoire » est en l’occurrence deux fois plus important pour les obligations libellées en dollars, ce qui s'expliquerait par la relative importance des coûts auxquels sont confrontés les investisseurs américains lorsqu’ils font l’acquisition d’actifs libellés dans une devise autre que le dollar. Le rôle que le dollar joue actuellement en tant que devise de placement international constitue véritablement un héritage de l’époque où il détrôna la livre sterling.

 

Référence Martin ANOTA

CHIŢU, Livia, Barry EICHENGREEN & Arnaud MEHL (2012), « History, gravity, and international finance », ECB working paper, n° 1466, septembre.

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publié par Martin Anota - dans Economie géographique
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