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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 14:05

U.S. Recoveries Really Aren’t Different

Alors que la plupart des récessions consécutives à la Seconde Guerre mondiale ont présenté un profil en V aux Etats-Unis, la reprise de la Grande Récession se caractérise par une faible croissance et une faible création d’emplois. Cinq ans après la crise du crédit subprime, le PIB par habitant américain reste toujours en-deçà de son niveau d’avant-crise et le taux de chômage demeure à un niveau élevé. Selon la définition qu’en retiennent Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff (2008, 2012), une crise systémique affecte une large part du système financier de l’économie. La crise qui débuta en 2007 a pu très tôt être qualifiée de systémique. Or, d’après les travaux réalisés par Reinhart et Rogoff, les crises financières de dimension systémique se sont toujours traduites par une lente reprise. Il n’est alors pas surprenant que l’actuelle reprise de l’activité économique aux Etats-Unis soit effectivement lente.

Réactualisant leurs résultats antérieurs, les auteurs se sont récemment à nouveau penchés sur les cinq crises financières systémiques que les Etats-Unis connurent après 1870. Il s’agit de la crise de 1873 (qui fut appelée Grande Dépression jusqu’à ce que survienne la crise des années trente), de la crise de 1893, de la panique de 1907, de la Grande Dépression des années trente et donc de la Grande Récession de 2007 (les auteurs préférant qualifier cette dernière de Seconde Grande Contraction). La comparaison de ces crises systémiques ne soutiennent pas l’idée selon laquelle les reprises de l’activité aux Etats-Unis qui survinrent avant la Première Guerre mondiale furent en moyenne plus rapides que les suivantes, ni même l’idée que les Etats-Unis ont réalisé ces dernières années une performance macroéconomique plus médiocre que lors des précédentes crises systémiques ; ils ont au contraire connu une meilleure performance en termes de revenu par habitant et de chômage. En s’appuyant sur le revenu par habitant, les auteurs comparent ensuite les récentes performances macroéconomiques des Etats-Unis avec celles des autres pays avancés qui subirent des crises financières depuis 2007, qu’elles soient ou non de nature systémique. D’une part, il apparaît que les économies qui ont récemment souffert de crises financières systémiques ont généralement subi de plus grands dommages macroéconomiques que les pays où le problème financier s’est révélé moins sévère. D’autre part, les données montrent que si les Etats-Unis subissent au cours de la Grande Récession de plus forts dommages que les pays soumis à des crises non systémiques, leurs performances sont toutefois meilleures que celles observées dans les pays confrontés à des crises systémiques.

GRAPHIQUE 1  PIB réel par habitant lors des crises systémiques américaines (en indices)

Reinhart,1

Note : la moyenne des 5 crises systémiques inclue les crises de 1873, 1892, 1907, 1929 et 2007. La moyenne des 3 crises systémiques exclue la Grande Dépression et la crise actuelle.

Source : Reinhart et Rogoff (2012)

La premier graphique compare l’évolution du PIB par habitant aux Etats-Unis lors de la crise qui débute en 2007 avec son évolution lors des quatre précédentes crises systémiques. La contraction du PIB par tête est moins forte lors de la récente crise, même si l’on exclut la Grande Dépression de l’échantillon. Cinq ans après le pic d’activité, le niveau du PIB par habitant est relativement plus élevé que lors des crises précédentes. L’actuelle reprise est en outre plus forte que celles consécutives aux crises de 1873, de 1893 et de 1907. Il fallut cinq ans pour que le PIB par tête revienne à son niveau initial suite aux crises de 1873 et de 1893, mais il fallut onze ans pour qu’il revienne à son niveau d’avant-crise lors de la Grande Dépression.

GRAPHIQUE 2  Evolution du taux de chômage annuel moyen lors des crises systémiques américaines (en points de pourcentage)

Reinhart,2

Source : Reinhart et Rogoff (2012)

Le deuxième graphique présente l’évolution du taux de chômage depuis le pic de l’activité lors des divers épisodes de crises systémiques. La crise de 2007 est associée à des taux de chômage significativement plus faible que lors des dépressions des années 1890 et 1930. Le taux de chômage était de 3 % en 1892 ; il atteignit 14,4 % cinq ans après. Il était de 3,2 % en 1929, puis de  14,9 % cinq ans après. Il était de 4,6 % en 2007 et s’élève aujourd’hui à 9 %. L’évolution du chômage lors de la crise actuelle ressemble davantage à celle observée suite à la panique de 1907. Le taux de chômage était de 1,7 % en 1906 ; il atteignit 6 % cinq ans après. L’histoire économique montre que, suite à une crise systémique, il faut au minimum une décennie pour que le taux de chômage revienne à son niveau d’avant-crise. Il fallut quatorze ans pour que le chômage retrouve son niveau initial après les crises de 1893 et 1929. Il lui fallut douze ans pour revenir à son niveau initial après la crise de 1907.

GRAPHIQUE 3  PIB réel par tête (2007-2011)

Reinhart-3.jpg

Source : Reinhart et Rogoff (2012)

Le troisième graphique compare l’évolution depuis 2007 du PIB par habitant aux Etats-Unis avec celle constatée en moyenne dans les autres pays ayant subi une crise systémique ou bien non systémique au cours de la même période. L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, les Etats-Unis, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont tous connu des crises bancaires systémiques. Les crises financières subies par la France, l’Italie, le Portugal, la Suède et la Suisse sont de nature non systémique, leur secteur bancaire ayant été confrontés à de moindres turbulences. L’Italie et le Portugal ont toutefois connu une très grave détérioration de la situation sur leur marché du travail et d’importantes difficultés budgétaires. Les données montrent que les crises systémiques sont caractérisées par une contraction relativement plus forte et plus prolongée du PIB par habitant que les crises non systémiques. En outre, les Etats-Unis ont connu une contraction du PIB par tête similaire au déclin que l’on peut observer dans d’autres pays européens soumis à une crise systémique, mais l’économie américaine expérimenta aussi une reprise plus rapide par la suite.

Les études de Reinhart et Rogoff soutiennent ainsi l’idée que les crises financières tendent à provoquer de lentes reprises économiques, la récession prenant au final une forme en U voire en L. Leurs conclusions s’opposent aux résultats obtenus par Michael Bordo et Joseph Haubrich (2012) : selon ces derniers, les reprises sont habituellement très rapides après les crises financières. Si les conclusions de Reinhart et Rogoff sont bonnes, c’est-à-dire si les Etats-Unis ont effectivement eu de relativement meilleures performances économiques qu’au cours des précédents épisodes de crises systémiques, alors il est possible de conclure l’administration Obama s’est avérée efficace dans la gestion macroéconomique des Etats-Unis. Si au contraire l’analyse de Bordo et Haubrich s’avère juste, le gouvernement américain pourrait être accusé d’avoir ralenti la reprise de l’activité. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les économistes soutenant Romney, en particulier John Taylor, dénigrent les conclusions de Reinhart et Rogoff, tout en plébiscitant l’étude de Bordo et Haubrich.

Comme le souligne Noah Smith (2012), il existe de nombreuses différences méthodologiques entre les deux travaux qui relativisent cette divergence des résultats obtenus par les deux équipes d’économistes. Tout d’abord, si Bordo et Haubrich ne se penchent que sur les seuls Etats-Unis, Reinhart et Rogoff incorporent les données de plusieurs pays étrangers dans le champ de leur analyse. Ensuite, Reinhart et Rogoff offrent une définition plus étroite de la crise financière. Enfin, Bordo et Haubrich définissent la force de la reprise comme le taux de croissance du PIB suite au creux de l’activité économique, alors que Reinhart et Rogoff la définissent comme le nombre d’années que nécessite le PIB par habitant pour retrouver son niveau d’avant-crise. Sur ce point, si les deux travaux mesurent différemment un même phénomène, leurs résultats peuvent finalement trouver une certaine cohérence entre eux.

 

Références Martin ANOTA

BORDO, Michael, & Joseph HAUBRICH (2012), « Deep recessions, fast recoveries, and financial crises: Evidence from the american record », NBER Working Paper, n° 18194, juin 2012.

REINHART, Carmen M., & Kenneth S. ROGOFF (2008), Cette fois, c’est différent. Huit siècles de folie financière, Pearson.

REINHART, Carmen M., & Kenneth S. ROGOFF (2012), « This time is different, again? The United States five years after the onset of subprime ».

SMITH, Noah (2012), « Reinhart-Rogoff vs. Bordo-Haubrich (with grandstanding by John Taylor) », in Noahpinion (blog), 18 octobre.

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