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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 21:02

A la fin des années soixante-dix, Deng Xiaoping amorce les réformes économiques en Chine. Cette modernisation de l’économie chinoise passe par sa libéralisation progressive et une stratégie de croissance explicitement déséquilibrée. Les investissements étrangers n’ont par exemple été initialement autorisés que dans un nombre limité de zones économiques spéciales, avant que 14 zones côtières ne soient ouvertes aux investisseurs étrangers en 1984. Le traitement préférentiel dont les provinces côtières font l’objet leur a permis de développer des institutions de marché et d’accumuler plus rapidement du capital que les autres régions. Avec les réformes, les performances des provinces ont ainsi divergé, les régions côtières ayant bénéficié d’une progression plus rapide de leurs niveaux de productivité et de revenu que les provinces de l’intérieur (cf. graphique 1).

GRAPHIQUE 1  Croissance de la productivité moyenne du travail (1979-2009) 

ConvergenceChina2.jpg

source : Andersson et alii (2013)

Aux yeux des autorités publiques, la concentration des activités économiques sur la façade maritime n’était pas appelée à perdurer. L’idée sous-jacente à la stratégie chinoise était que les gains de richesse générés dans les pôles de croissance situés le long de la côte ruisselleraient vers l’intérieur des terres ; des effets d’entraînement contribueraient à uniformiser les niveaux de richesse sur l’ensemble du pays. Les réformes ont effectivement permis d’accélérer la création de richesses et de sortir de la pauvreté 600 millions de Chinois lors des trois dernières décennies ; la part de la population vivant dans la pauvreté est ainsi passée de 81,6 à 10,4 % au cours de cette période. Toutefois, le ruissellement des richesses de la côte vers le reste du pays, c’est-à-dire la convergence des provinces, reste incertain. Plusieurs analyses suggèrent une persistance, voire une aggravation des inégalités interprovinciales de revenu et de productivité. Autrement dit, l’avantage initial des régions côtières se serait maintenu, voire accru au cours du temps.

Fredrik N.G. Andersson, David L. Edgerton et Sonja Opper (2013) ont observé les performances régionales en termes de croissance entre 1978 et 2009. Ils ont distingué les fluctuations de court terme des tendances qui sont à l’œuvre à long terme. Trois principaux résultats émergent de leur analyse. Tout d’abord, la divergence dans le rythme de croissance de long terme entre les différentes provinces a atteint un pic en 1994. A partir de cette date, l’écart tend à se réduire (cf. graphique 2). A partir de 2003, les provinces suiveuses enregistrent des taux de croissance de long terme supérieurs à ceux des provinces meneuses, si bien que les niveaux de productivité des deux clubs de provinces tendent depuis lors à converger. Ensuite, malgré qu’un processus de convergence soit à l’œuvre à long terme, les provinces côtières et les provinces intérieures peuvent toutefois connaître des divergences temporaires dans leurs performances. Les fluctuations touchant leurs taux de croissance s’étendent sur une période pouvant atteindre 16 ans, mais elles s’estompent au-delà, si bien que les forces de divergence n’ont aucun impact sur la croissance à long terme des économies régionales.

GRAPHIQUE 2  Croissance de la productivité moyenne du travail à long terme

ConvergenceChina1.jpg

source : Anderson et alii (2013)

Enfin, Andersson et alii montrent que les principaux facteurs contribuant à la croissance régionale varient au cours du temps. D’une part, l’importance relative de la productivité totale des facteurs s’accroît fortement dans les provinces meneuses, tandis que les taux d’accumulation du capital y voient leur importance relative diminuer au cours du temps. D’autre part, la stratégie de croissance des provinces suiveuses repose toujours principalement sur l’accélération des taux d’accumulation du capital. En 2009, le secteur agricole représentait 45 % de l’emploi total dans les provinces suiveuses, tandis qu’il ne représentait qu’un quart des emplois dans les provinces meneuses. Puisqu’une large différence dans le poids relatif de l’emploi agricole demeure, les différences observées la composition des facteurs contribuant à la croissance devraient encore persister ces prochaines années.

Chao Li et John Gibson (2012) se sont quant à eux penchés sur l’évolution des inégalités de revenu entre les différentes provinces chinoises et parviennent eux aussi à une conclusion optimiste. Les précédentes études ont échoué à mesurer précisément le PIB par tête de chaque province en surestimant ou bien en sous-estimant le nombre d’habitants dans chacune d’entre elles. En effet, ces études se fondaient sur les registres d’état civil (le hùkǒu). Or, la croissance chinoise a entraîné un important exode rural et ainsi l’apparition de nombreux migrants dénués de cartes de résidence. En 2010, environ 200 millions de Chinois avaient quitté leur lieu initial d’enregistrement. Dans les provinces côtières, le nombre de résidents est supérieur de plusieurs millions au nombre d’habitants recensé dans les registres ; symétriquement, dans les provinces continentales, le nombre effectif de résidents est largement inférieur au nombre officiel.

GRAPHIQUE 3  Indice de Gini des inégalités interprovinciales en matière de PIB par habitant selon divers dénominateurs

ConvergenceChina3.jpg

source : Li et Gibson (2012)

Après avoir corrigé le dénominateur du PIB par habitant, Chao Li et John Gibson montrent que les inégalités interprovinciales se sont continuellement réduites entre 1978 et 1990. Un tiers de cette réduction a toutefois été renversée lors des trois années suivantes (cf. graphique). L’évolution des inégalités interprovinciales est plus erratique dans la décennie suivante. Elles atteignent un nouveau pic au début des années deux mille, sans toutefois revenir aux valeurs observées avant la réforme. A l’instant du pic, ce sont alors les deux tiers de la réduction des inégalités obtenue entre 1978 et 1990 qui ont été inversés. Après 2005, les inégalités interprovinciales chutent rapidement pour finalement revenir en 2010 aux valeurs observées vingt ans auparavant. Les auteurs en concluent que le seul épisode de l’ère de la réforme au cours duquel les inégalités se sont renforcées à un rythme soutenu s’étale entre 1990 et 1993.

 

Références Martin ANOTA

ANDERSSON, Fredrik N.G., David L. EDGERTON & Sonja OPPER (2013), « A Matter of Time: Revisiting Growth Convergence in China », in World Development.

LI, Chao, & John GIBSON (2012), « Rising Regional Inequality in China: Fact or Artefact? », University of Waikato, Department of Economics, working paper, n° 12/9.

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