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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 16:38

Les échanges internationaux se concentrent dans une poignée de très grandes entreprises qui produisent simultanément dans plusieurs pays et dans divers secteurs d’activité. Selon la définition retenue par Richard Caves (2007), ainsi que par Pol Antràs et Stephen Yeaple (2013), une multinationale est une entreprise qui contrôle et gère des unités productives dans au moins deux pays différents. Une multinationale se compose d’une maison-mère et de ses filiales. La maison-mère, implantée dans un pays donné, contrôle les moyens de production, tandis que les filiales sont situées dans le reste du monde. Le maison-mère s’approprie les moyens de production en procédant à des investissements directs à l’étranger (IDE). En l’occurrence, soit elle procède à des acquisitions transfrontalières, en prenant une participation majoritaire dans une entreprise préexistante, soit elle procède à un green-field investment, c’est-à-dire met en place un établissement entièrement nouveau dans le pays étranger.

L’importance des firmes multinationales dans les échanges mondiaux a obligé les théories du commerce international à placer les entreprises, en lieu et place des pays, au centre de leur analyse. Les théories traditionnelles ne considéraient les multinationales que comme des arbitragistes allouant leurs capitaux dans les pays où les rendements sont les plus élevés. Stephen Hymer (1960) a profondément renouvelé l’analyse en développant l’idée selon laquelle certaines entreprises possèdent des actifs spécifiques qui leur confèrent un avantage stratégique sur les firmes locales des marchés étrangers. Ces entreprises devront toutefois directement s’impliquer si les imperfections du marché empêchent les entités externes d’utiliser ces actifs.

L’approche originelle d’Hymer a été affinée par plusieurs auteurs et notamment par John Dunning (1981) qui développe le modèle OLI pour expliquer l’émergence d’une multinationale. Celle-ci possède en effet trois avantages. Premièrement, la propriété (ownership) d’actifs spécifiques permet à la multinationale d’opérer dans des environnements qui ne lui sont pas familiers. C’est notamment le cas lorsqu’une entreprise possède une technologie brevetée ou une réputation qui lui permet d’exercer un pouvoir de marché ou d'acquérir un avantage de compétitivité-coût par rapport aux entreprises locales. Deuxièmement, la firme multinationale possède un avantage de localisation (location), qui permet à des établissements présents dans plusieurs pays d’exploiter efficacement les actifs spécifiques. Le développement de ces actifs entraîne parfois d’importants coûts fixes, mais ils peuvent ensuite être utilisés simultanément dans divers pays de façon non rivale, ce qui permet aux multinationales d’exploiter un maximum les économies d’échelle. Si la production peut être géographiquement fragmentée, chaque partie du processus productif est alors réalisée dans le pays où elle s’avère la plus rentable. Troisièmement, la multinationale a un avantage d’internalisation (internalization) : les actifs spécifiques ne peuvent être exploités par une entreprise externe à cause des défaillances de marché. Par exemple, en raison de la nature non excluable, non rivale et non codifiable de la technologie, le marché échoue à opérer des transferts technologiques. Les inefficacités associées aux échanges marchands de biens ou services intermédiaires hautement personnalisés peuvent également conférer un avantage d’internalisation.

Antràs et Yeaple (2013) ont observé la structure des opérations mondiales réalisées par les multinationales et en tirent six faits stylisés. Tout d’abord, l’activité multinationale est principalement concentrée dans les pays développés et elle s'y opère principalement à double sens. De leur côté, les pays en développement sont davantage susceptibles d’être la destination des activités multinationales plutôt que leur source. Ensuite, selon le secteur d’activité, il existe d’importantes variations dans la part de l’activité réelle à laquelle contribuent les multinationales. Par exemple, les firmes multinationales sont surreprésentées dans la production de biens intensifs en capital et en recherche-développement. Une part significative des flux d’IDE croisés est par nature intra-sectorielle. Antràs et Yeaple analysent ensuite l’impact de la distance sur l’activité des filiales étrangères. Pour servir les marchés étrangers, une entreprise peut soit exporter ses produits depuis son pays d’origine, soit les exporter en établissant une filiale dans le pays de destination. Il apparaît que la production des filiales diminue avec la distance, mais plus lentement que le volume agrégé des exportations ou bien que le volume d’intrants exportés par les maisons-mères à leurs filiales.

Par rapport aux entreprises non multinationales, les maisons-mères et filiales des multinationales tendent à être plus larges, plus productives, plus intensives en recherche-développement et plus orientées vers l’exportation. Les larges volumes d’échanges internationaux qui sont observés entre les sociétés-mères et leurs filiales s’inscrivent dans une spécialisation verticale entre elles. Au sein des multinationales, les maisons-mères sont en effet relativement plus spécialisées en recherche-développement, une manière pour elle de se constituer des « avantages de propriété ». Par contre, leurs filiales n’ont pas pour fonction de fournir des intrants ou des biens finaux au pays d’origine, mais plutôt d’opérer la commercialisation des biens sur les marchés étrangers, en particulier sur leurs propres marchés domestiques. Enfin, Antràs et Yeaple observent comment les multinationales acquièrent des unités de production à l’étranger. Une entreprise peut en l’occurrence soit ouvrir une nouvelle usine, soit acquérir une usine préexistante. L’analyse empirique montre que les fusions-acquisitions transfrontalières représentent une part importante des IDE et sont un mode privilégié pour entrer sur les marchés des pays développés.

 

Références

Antràs, Pol, & Stephen R. Yeaple (2013), « Multinational firms and the structure of international trade », NBER working paper, n° 18775, février.

Caves, Richard E. (2007), Multinational Enterprise and Economic Analysis, Cambridge University Press.

Dunning, John H. (1981), International Production and the Multinational Enterprise, Allen and Unwin.

Hymer, Stephen H. (1960), « The international operations of national firms: A study of direct foreign investment », thèse.

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publié par Martin Anota - dans Economie internationale
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