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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 21:04

Lors de la Grande Récession, les gouvernements ont dû assouplir leur politique budgétaire pour stimuler la demande globale et ramener l’économie au plein emploi. Puisque la récession et la relance budgétaire ont contribué à fortement augmenter les ratios d’endettement (alors que ceux-ci étaient initialement élevés), les gouvernements ont ensuite resserré leur politique budgétaire pour rééquilibrer les finances publiques. Si les gouvernements ont affirmé que leurs mesures de relance auraient un effet significatif sur la croissance économique, ils ont paradoxalement écarté l’idée que l’austérité déprimerait fortement l’activité. Or, il se pourrait que l’austérité budgétaire menée au cœur d’une récession soit vouée à l’échec : elle n’améliore pas les finances publiques, mais au contraire les dégrade en comprimant davantage les recettes fiscales. Le ratio dette publique sur PIB est alors susceptible d’augmenter car le dénominateur diminue plus rapidement que le numérateur. 

La littérature macroéconomique cherche à évaluer la taille du multiplicateur budgétaire (c’est-à-dire le degré de sensibilité de l’activité économique aux variations des dépenses publiques) pour déterminer si un gouvernement doit assouplir ou resserrer sa politique budgétaire. En l’occurrence, si le multiplicateur est élevé, une relance est susceptible d’être particulièrement efficace pour stimuler l’activité, tandis qu’une consolidation budgétaire risque de fortement pénaliser l’activité et de dégrader davantage les finances publiques. Inversement, si le multiplicateur est faible, une éventuelle relance s’avérera peu efficace pour stimuler l’activité, tandis que la consolidation sera relativement bénigne. A l’extrême, si le multiplicateur est négatif (comme le pense notamment Alberto Alesina), une baisse des dépenses publiques et un allègement de la fiscalité sont susceptibles de stimuler l’activité, ne serait-ce qu’en alimentant la confiance des ménages et des entreprises et en les incitant par là à investir.

Les macroéconomistes ne sont pas parvenus à un consensus sur la taille du multiplicateur. Tout d'abord, les différences observées d’une estimation à l’autre s’expliquent en partie par des différences dans la méthodologie employée. En outre, la taille du multiplicateur dépendrait du contexte économique proprement dit, notamment du régime de change ou du degré d’ouverture commerciale de l’économie (en l'occurrence, plus l’économie est ouverte, plus les effets de la relance sur l’activité domestique sont dilués en raison des importations). Surtout elle semble étroitement liée à la position de l’économie dans le cycle d’affaires : elle est importante en récession et faible en période de prospérité. Plusieurs raisons ont été avancées pour expliquer cette forte sensibilité de l’activité aux dépenses publiques lors des récessions. Si les taux directeurs sont contraints par leur borne inférieure zéro (zero lower bound), la politique monétaire devient excessivement restrictive et soumet l’économie à un perpétuel choc de demande négatif ; si, dans une telle situation, le gouvernement resserre sa politique monétaire, la banque centrale sera incapable d’en compenser les effets récessifs. Bref un gouvernement doit adopter une politique budgétaire contracyclique : il doit l’assouplir lors d’une récession (quitte à détériorer à nouveau les finances publiques) et attendre que la reprise soit achevée pour la resserrer afin de ramener son endettement sur une trajectoire plus soutenable. 

Daniel Riera-Crichton, Carlos Vegh et Guillermo Vuletin (2014a, b) affirment que les estimations existantes des multiplicateurs associés aux dépenses budgétaires souffrent d’un biais dans leurs résultats, car leurs auteurs ne distinguent pas les hausses des baisses des dépenses publiques. En l’occurrence, les études antérieures ont certes pris en compte le fait que la taille du multiplicateur puisse varier le long du cycle économique, mais elles n’ont pas pris en compte le fait que la taille du multiplicateur à un instant donné du cycle puisse varier selon que le gouvernement accroisse ou réduise ses dépenses publiques. 

Prenant en compte cette possible asymétrie, Riera-Crichton et alii utilisent des méthodes non linéaires pour déterminer la taille du multiplicateur au cours du cycle en observant un échantillon de 29 pays de l’OCDE. Ils remarquent tout d’abord que dans 44 % des cas qu’ils observent, le gouvernement adopte une politique procyclique : soit il accroît ses dépenses en période de prospérité, soit il réduit ses dépenses lorsque l’activité est atone. Autrement dit, les gouvernements mettent souvent en œuvre une politique budgétaire inadéquate au regard de la conjoncture. 

Selon leurs estimations, le multiplicateur est maximal lorsque le gouvernement assouplit sa politique budgétaire lors d’une récession : il atteint 2,3 après quatre trimestres. Si l’on avait par contre ignoré la distinction entre les hausses et les baisses des dépenses pour déterminer le multiplicateur lors d’une récession, celui-ci se serait élevé à 1,3. Leurs résultats confirment qu'un gouvernement doit adopter une politique budgétaire contracyclique, mais ils laissent ouvertes plusieurs questions. Par exemple, les auteurs ne parviennent pas à expliquer pourquoi les dépenses publiques ont un effet asymétrique durant les récessions.

Riera-Crichton et ses coauteurs jugent en outre important de distinguer entre les récessions extrêmes et les récessions typiques, puisqu’ils notent que le multiplicateur est bien plus large (en l’occurrence de 70 %) lors des premières que lors des secondes. En effet, lors des récessions extrêmes, le multiplicateur s’élève à 1,2 à l’impact et à 3,2 à long terme. Autrement dit, lorsque le gouvernement réduit ses dépenses lors d’une récession typique, la production chute moins rapidement que les dépenses publiques ; par contre, lorsque le gouvernement réduit ses dépenses lors d’une récession extrême, la production décline plus rapidement que ses dépenses publiques. Ces résultats suggèrent que le ratio dette publique sur PIB est bel et bien susceptible de s’accroître si le gouvernement resserre sa politique monétaire lorsque la récession est particulièrement sévère, rendant vains les coûts économiques et sociaux qu’il inflige à la population. Les auteurs se montrent ainsi particulièrement critiques quant aux politiques contracycliques mises en œuvre dans les pays « périphériques » de la zone euro. 

 

Référence

RIERA-CRICHTON, Daniel, Carlos A. VEGH & Guillermo VULETIN (2014a), « Fiscal multipliers in recessions and expansions : does it matter whether government spending is increasing or decreasing ? », Banque mondiale, policy research working paper, n° 6993.

RIERA-CRICHTON, Daniel, Carlos A. VEGH & Guillermo VULETIN (2014b)« Procyclical and countercyclical fiscal multipliers: Evidence from OECD countries », National Bureau of Economic Research, working paper, n° 20533.

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