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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 09:43

La récente chute des prix du pétrole n’est pas sans précédents [Christiane Baumeister et Lutz Kilian, 2015 ; John Baffes et alii, 2015]. Ils ont régulièrement connu d’amples fluctuations depuis la constitution de l’OPEP en 1960. Par exemple, depuis 1986, il y a eu six épisodes d’effondrements des prix du pétrole en un temps relativement court. Par exemple, les prix du pétrole ont fortement chuté lors de la crise financière mondiale, puis rapidement rebondi lors de la reprise, avant de connaître une nouvelle chute à partir de juin 2014.

Si la littérature tend à considérer qu’une hausse des prix du pétrole est susceptible de freiner la croissance mondiale (certains estimant même qu’elle est très souvent associée aux récessions américaines, voire aux récessions mondiales), elle tend symétriquement à considérer qu’une baisse des prix du pétrole est susceptible de stimuler la croissance mondiale. Lorsque les prix du pétrole diminuent, l’activité économique s’en trouve stimulée dans les pays importateurs de pétrole, dans la mesure où les entreprises domestiques voient leurs coûts de production diminuer et les ménages voient leur pouvoir d’achat augmenter. Par contre, les pays exportateurs de pétrole voient les recettes qu’ils tirent de l’exportation de pétrole décliner, ce qui incite les entreprises locales à moins investir, réduit le revenu des ménages, déprime les recettes publiques, etc. Les répercussions d’une baisse des prix du pétrole pourraient a priori se compenser, puisque le déclin de l’activité dans les pays exportateurs de pétrole s’accompagne d’une hausse de l’activité dans les pays importateurs. Or beaucoup jugent que la propension à consommer est plus faible dans les premiers que dans les seconds, si bien que la demande globale pourrait en définitive s’en trouver stimulée au niveau mondial.

Cependant, la récente baisse des prix du pétrole a remis en question l’idée généralement acceptée selon laquelle de plus faibles prix du pétrole seraient bénéfiques non seulement pour l’économie américaine, mais aussi pour l’économie mondiale. Elle a notamment été suivie par une baisse généralisée des cours boursiers, ce qui a pu suggérer que les marchés boursiers interprétaient la chute des prix du pétrole comme nocive à l’activité, donc aux dividendes. Ben Bernanke (2016), l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, a suggéré que la corrélation positive entre les cours boursiers et les prix du pétrole que l’on a pu observer par le passé suggère que l’économie mondiale connaît actuellement un ralentissement de l’activité économique, dans la mesure où un déclin de la demande globale au niveau mondiale tend à réduire les profits des entreprises et la demande de pétrole.

De leur côté, Maurice Obstfeld, Gian Maria Milesi-Ferretti et Rabah Arezki (2016) ont suggéré qu’avec des taux d’intérêt actuellement proches de zéro dans la plupart des pays développés et une économie américaine qui a repris l’exportation de pétrole, les canaux par lesquels la baisse des prix du pétrole se transmet à l’économie réelle se sont modifiés. En effet, suite à la Grande Récession, les banques centrales des pays développés ont ramené leurs taux directeurs à zéro, puis multiplié les mesures non conventionnelles. Si la Fed a commencé à resserrer sa politique monétaire en décembre, d’autres banques centrales, en particulier la BCE et la Banque du Japon, cherchent au contraire à davantage assouplir la leur. En effet, les pays développés restent confrontés à une inflation extrêmement faible et une baisse des prix du pétrole accroît donc le risque déflationniste. Or une baisse des prix peut non seulement déprimer les achats de biens durables (donc la demande globale), mais aussi accroître le fardeau d’endettement. En outre, la déflation, dans un contexte où les taux d’intérêt nominaux peuvent difficilement diminuer, entraîne une hausse des taux d’intérêt réels susceptible de déprimer la demande de crédit et donc l’investissement.

Kamiar Mohaddes et Hashem Pesaran (2016) ont utilisé un modèle économétrique pour déterminer si ces craintes sont exactes. Leur analyse suggère qu’une chute des prix du pétrole tend à réduire relativement vite les taux d’intérêt et l’inflation dans la plupart des pays, ainsi qu’à accroître les cours boursiers. Les effets sur la production réelle sont positifs, mais ils ne se matérialisent que plus tard, généralement un an après le choc. Ainsi, les données suggèrent qu’une baisse des prix du pétrole est une bonne nouvelle pour les Etats-Unis, ainsi que pour l’économie mondiale.

Mohaddes et Pesaran réexaminent ensuite les répercussions des faibles prix du pétrole sur l’économie américaine au cours de différentes périodes en utilisant les observations mensuelles relatives aux prix du pétrole, aux cours boursiers et aux dividendes. Ils confirment la perverse relation positive entre les prix du pétrole et les cours boursiers que beaucoup ont cru déceler suite à la crise financière de 2008. Toutefois, ils montrent que cette relation est instable lorsqu’ils étendent la période étudiée, en l’occurrence de 1946 à 2016. La relation positive qui a été récemment observée ne doit donc pas être considérée comme une preuve que la faiblesse des prix du pétrole soit nocive à l’économie réelle. Mohaddes et Pesaran observent ensuite le comportement des dividendes réels, qu’ils considèrent comme un meilleur indicateur de l’activité économique que les cours boursiers, tout du moins à long terme. En effet, ils partent du principe que si la demande s’adressant aux entreprises s’essouffle et que ces dernières voient leurs profits chuter, elles devront réduire leurs dividendes. Or les deux économistes constatent une relation négative stable entre, d’une part, les prix du pétrole et, d’autre part, les dividendes. Ce résultat les amène à nouveau à écarter l’idée que la baisse des prix du pétrole ait nui à l’économie américaine depuis 2008.

 

Références

BAFFES, John, M. Ayhan KOSE, Franziska OHNSORGE & Marc STOCKER (2015), « The great plunge in oil prices: Causes, consequences, and policy responses », CAMA, working paper, n° 23/2015, juin.

BAUMEISTER, Christiane, & Lutz KILIAN (2015), « Understanding the decline in the price of oil since june 2014 », CEPR, discussion paper, n° 10404, janvier.

BERNANKE, Ben (2016), « The relationship between stocks and oil prices », in Ben Bernanke’s blog, 19 février.

MOHADDES, Kamiar & Hashem PESARAN (2016), « Oil prices and the global economy: Is it different this time around? », CESIFO, working paper, n° 5992, juillet.

OBSTFELD, Maurice, Gian Maria MILESI-FERRETTI & Rabah AREZKI (2016), « Oil prices and the global economy: It’s complicated », in FMI, iMFdirect (blog), 24 mars 2016. Traduction française, « Prix du pétrole et économie mondiale : une histoire compliquée ».

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