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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 19:02

La réduction des atteintes portées à l’environnement passe par une réduction des émissions polluantes et plus largement par un changement dans le comportement tant des producteurs que des consommateurs. Le simple moindre usage des ressources naturelles va d’une part participer à cette réduction des émissions polluantes et d’autre part contribuer à maintenir le stock de ressources naturelles. La réduction de la consommation de combustibles fossiles réduit par exemple les émissions de gaz à effet de serre et contribue à garder un maximum de ressources fossiles à la disposition des générations futures. Les efforts déployés pour soutenir la croissance économique n’entrent pas forcément en contradiction avec la préservation de l’environnement. De même, si celle-ci contraint effectivement à court terme l’activité économique en allouant des ressources financières, humaines et physiques hors des activités productives proprement dites, elle n'est pas sans générer des gains à un plus lointain horizon temporel. Préserver des ressources naturelles est en outre essentiel au maintien de la croissance à plus long terme. La croissance verte définit en l’occurrence un modèle de développement visant à encourager la croissance économique à long terme tout en assurant la préservation de la nature.

L’innovation technologique a une place essentielle au cœur du modèle de croissance verte. Selon l’approche (relativement) optimiste de la soutenabilité faible, le développement soutenable dépend avant tout du progrès technique. Dans sa récente contribution pour la Banque mondiale, David Popp (2012) cherche à mettre en évidence comment l’innovation technologique peut contribuer à réduire les coûts associés à la protection de l’environnement et à l’adoption d’une croissance verte. C’est en usant de techniques avancées que les pays à revenu élevé ou intermédiaire ont réussi à atteindre une meilleure qualité environnementale en ce qui concerne certains polluants. Or de telles techniques impliquent initialement des coûts élevés, alors même que les bénéfices attendus, bien que substantiels (tels que l’amélioration de la qualité de vie, de la santé, l’allongement de la durée de vie), ne se traduisent qu’à plus long terme, ce qui peut soulever des débats sur la réelle opportunité d’adopter un modèle de croissance verte. Donner une plus grande efficacité énergétique aux biens de production et de consommation peut se traduire par une réduction des coûts d’usage des ressources, donc par des gains immédiats pour l’activité économique.

Puisque les pays développés ont déjà payé l’essentiel des coûts associés au développement des technologies vertes, le transfert de ces technologies revêt aujourd’hui toute son importance. La réussite d’un transfert technologique repose sur la bonne adéquation entre les besoins du pays destinataire et les technologies disponibles dans le pays d’origine. Les externalités de connaissance entre les pays sont un moteur important de l’innovation, or une plus grande distance technologique entre deux pays réduit le flux de connaissances entre eux. La distance technologique est en l’occurrence plus déterminante dans la géographie des transferts de connaissances que la distance spatiale elle-même. Puisque la distance technologique est plus grande entre des pays à niveaux de revenus différents, Popp en conclue que les pays en développement doivent davantage s’appuyer sur les transferts de technologies et l’adoption de technologies existantes plutôt que sur l’innovation elle-même. Ils ne vont pas rester passifs dans ce processus, puisqu’ils doivent adapter les technologies importées aux spécificités de leur économie. Leur activité domestique de recherche-développement peut améliorer l’ajustement des nouvelles technologies aux conditions des marchés locaux en y apportant des innovations incrémentales. Les processus productifs peuvent en l’occurrence être adaptés de manière à réduire les coûts sur les marchés locaux. 

Au sein d’un pays donné, la diffusion d’une nouvelle technologie est un processus dynamique profondément graduel. L’adoption des nouvelles technologies débute tout d’abord avec un nombre limitée d’utilisateurs, suivie par une période de plus rapide adoption avant que le taux d’adoption ne se stabilise une fois que la plupart des utilisateurs potentiels ont adopté la technologie. L’information joue un rôle important dans la dynamique de la diffusion technologique. L’apprentissage depuis autrui est essentiel pour sensibiliser les agents à la nouvelle technologie. Les projets de démonstration ou les subventions aux premiers utilisateurs facilitent la diffusion d’une technologie dans un marché. Les premiers utilisateurs jouent notamment un rôle essentiel en réduisant l’incertitude entourant la qualité des nouvelles technologies.

D’importantes divergences sont observées dans les rythmes d’adoption des technologies entre les pays développés et en développement. La maintenance et l’accès à la finance sont importants pour la réussite de l’adoption d’une technologie dans les pays en développement. L’entretien du projet doit être planifié dès le début du projet et ne doit pas nécessiter beaucoup de formation supplémentaire, sinon les usagers risquent d’abandonner la technologie dès la première défaillance. En raison des coûts élevés de démarrage, le financement est une barrière importante pour les projets dans les pays en développement, puisque les agents y ont un accès plus limité aux marchés du crédit. Il est alors essentiel de mettre en place des mécanismes alternatifs de financement pour résoudre ce problème d’accès au financement.

David Popp reconnaît que les moteurs de l’adoption des technologies vertes restent toutefois encore partiellement incompris. Les technologies rentables à haute efficacité énergétique ne connaissent qu’une lente diffusion dans l’économie, alors même qu’ils réduisent les coûts de production. Ce « paradoxe de l’efficacité énergétique » suggère que les défaillances de marché peuvent fortement contribuer à ralentir l’adoption des technologies vertes. Les externalités environnementales constituent une première défaillance de marché qui refrène le processus d’innovation environnementale. Puisque le marché échoue à donner un prix à la pollution, les entreprises et consommateurs sont insuffisamment incités à réduire leurs émissions polluantes en l’absence d’intervention publique. Les agents privés échouent à prendre en compte l’ensemble des bénéfices sociaux qui sont liés à l’utilisation des technologies réduisant la pollution. Non seulement les incitations sont alors insuffisantes pour que les agents privés génèrent de nouvelles technologies, mais même lorsque celles-ci sont disponibles, les agents privés seront insuffisamment incités à mettre pleinement en œuvre leur diffusion dans l’économie.

Une seconde défaillance de marché en raison de la nature de bien public que revête le savoir. L’innovateur ne peut récolter tous les fruits de son investissement si son innovation n’est pas mise à la disposition du public, mais si elle est mise à sa disposition, le savoir contenu dans l’innovation est également rendu public. Encore une fois, les rendements sociaux de l’innovation sont plus larges que les bénéfices privés qu’en retire l’innovateur. Celui-ci est alors insuffisamment incité à investir dans le développement de nouvelles technologies. D’autres défaillances de marché, notamment l’incomplétude des marchés du crédit ou l’incertitude, ralentissent la diffusion technologique. En l’occurrence, les acheteurs potentiels peuvent être incertains quant à la qualité d’une nouvelle technologie ou aux conditions futures du marché.

Puisque les forces du marché ne fournissent pas suffisamment d’incitations aux agents privés pour que ceux-ci investissent dans la création et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement, la politique publique va jouer un rôle déterminant en fournissant ces incitations et en favorisant directement le développement et la diffusion des technologies vertes. La politique environnementale des autorités publiques va directement stimuler la demande pour les technologies vertes en rendant les pollueurs directement responsables des dommages environnementaux que leur activité génère. Pour être efficace, elle doit en outre s’accompagner d’une politique technologique contribuant à pleinement récompenser les innovateurs pour les bénéfices publics qui résultent des externalités de connaissance.

 

Références Martin ANOTA

POPP, David (2012), « The role of technological change in green growth », Banque Mondiale, policy research workign paper, octobre, n° 6239.

ROTILLON, Gilles (2010), Économie des ressources naturelles, La Découverte.

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