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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 02:20

Les économies avancées sortent de la Grande Récession avec un niveau élevé de dette publique. La crainte de voir leur endettement suivre une trajectoire insoutenable a incité les Etats à adopter des plans d’austérité pour réduire rapidement les ratios dette publique sur PIB. Ces tentatives de consolidation budgétaire sont toutefois susceptibles d’échouer lorsque l’activité est déprimée et les agents privés cherchent eux-mêmes à se désendetter. Dans un tel contexte, les multiplicateurs budgétaires sont en effet élevés, si bien que les baisses de dépenses publiques et les hausses d’impôt risquent d’endommager bien plus amplement l’activité économique qu’ils ne parviennent à réduire le montant de la dette. A l’extrême, les plans d’austérité peuvent entraîner une hausse des ratios dette publique sur PIB si le dénominateur diminue plus rapidement que le numérateur. Par conséquent, les keynésiens estiment de leur côté que les gouvernements doivent privilégier la restauration du plein et relancer immédiatement l’activité en accroissant leurs dépenses : certes, le volume de dette publique risque alors de s’accroître à court terme, mais l’accélération subséquente de la croissance permettra à l’Etat de percevoir davantage de recettes fiscales et finalement de stabiliser à moyen terme la trajectoire de l’endettement public. Or, la relance budgétaire n’est pas non plus dénuée de risques. En l’occurrence, rien n’assure que le creusement du déficit stimulera l’activité.

La solution idéale serait finalement de réduire les ratios dette publique sur PIB en accroissant le dénominateur. L’idée est alors de modifier la composition des dépenses publiques de manière à maximiser la croissance économique, c’est-à-dire en compensant la hausse de certaines dépenses par la baisse des autres dépenses. Pour déterminer quel poste de dépenses les autorités budgétaires devraient alors favoriser, Santiago Acosta-Ormaechea et Atsuyoshi Morozumi (2013) ont observé un échantillon de 56 pays sur la période s’écoulant entre 1970 et 2010. Leur analyse suggère que les réallocations des dépenses du gouvernement entre différents postes (qu’il s’agisse de la défense, des infrastructures, de la santé et de la protection sociale) ne sont généralement pas associées à une accélération de la croissance. Il y a toutefois une exception : une hausse des dépenses d’éducation, même à budget constant, est associée à une plus forte croissance à long terme. 

Ces résultats rejoignent les conclusions des théories de la croissance endogène. Robert Lucas (1988), parmi d’autres, a en effet affirmé que l’accumulation de capital humain jouait un rôle crucial dans la croissance économique. L’accumulation de capital humain accroît directement la productivité des travailleurs. En outre, puisque l’usage des technologies et l’activité de recherche-développement nécessitent des compétences, l’accumulation de capital humain accroît indirectement la productivité en accélérant l’innovation et la diffusion des technologies. Une économie éloignée de la frontière technologique accélèrera alors son processus de rattrapage sur les économies avancées, tandis qu’une économie qui se situe déjà sur la frontière pourra la repousser plus rapidement en élevant son taux d’innovation. Comme le suggèrent à nouveau Acosta-Ormaechea et Morozumi, les dépenses publiques d’éducation peuvent donc contribuer à stimuler la croissance à long terme en favorisant l’accumulation de capital humain. Si cet investissement public peut ne pas stimuler immédiatement l’activité, ni améliorer les finances publiques à court terme, il s’avère toutefois essentiel pour les pays avancés au sein desquels le vieillissement tendra durablement à réduire le potentiel de croissance et à dégrader les finances publiques. 


Références

ACOSTA-ORMAECHEA, Santiago, & Atsuyoshi MOROZUMI (2013), « Can a government enhance long-run growth by changing the composition of public expenditure? », IMF working paper, n° 13/162, juillet.

LUCAS, Robert (1988), « On the mechanics of economic development », in Journal of Monetary Economics, vol. 22.

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