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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 21:23

La Chine avait bénéficié de l’expansion mondiale d’avant-crise grâce à son modèle de croissance orienté vers les exportations, mais ce dernier l’a rendue très vulnérable à l’effondrement de la demande globale lors de la Grande Récession. Les autorités publiques ont alors adopté un plan de relance massif et facilité l’accès au crédit pour atténuer les répercussions de la crise mondiale sur l’économie domestique. La croissance chinoise a très rapidement rebondi avec la reprise mondiale. Malheureusement, elle n’a cessé de ralentir par la suite : elle avait atteint un pic à la veille de la crise financière mondiale en atteignant alors 14 %, mais elle fut inférieure à 8 % en 2013. 

De nombreuses études ont cherché à déterminer si la croissance chinoise de ces dernières décennies reposait avant tout sur l’accumulation des facteurs ou sur la croissance de la productivité totale des facteurs sans parvenir à un consensus. Dans leur méta-analyse basée sur 150 études, Xu Tian et Xiaohua Yu (2012) estiment que la croissance de la productivité totale des facteurs s’est élevée en moyenne à 2 % entre 1978 et 2009, contribuant ainsi à un cinquième de la croissance chinoise au cours de l’ensemble de cette période. La croissance de la productivité totale des facteurs a toutefois fortement varié au cours du temps : elle était en moyenne de 1 % sur la période 1985-89 et sur la période 1995-1999, mais comprise entre 4,5 et 5 % le reste de la période observée.

Lant Pritchett et Larry Summers (2014) estiment que le fait le plus robuste à propos de la croissance est le retour à la moyenne. De ce point de vue, la forte croissance que la Chine a connue pendant plusieurs décennies apparaît comme une anomalie. Pritchett et Summers considèrent ainsi que les performances chinoises seraient tout à fait exceptionnelles au regard de l'histoire si elles se poursuivaient. Ils estiment que la croissance chinoise va très certainement ralentir et qu'elle sera probablement comprise entre 4 et 5 % à la fin de la prochaine décennie. Le récent ralentissement de la croissance chinoise vient accréditer une telle thèse. Plusieurs analyses ont par ailleurs cherché à déterminer le rôle respectif des facteurs structurels et conjoncturels derrière ce ralentissement. Harry Wu (2014) et David Hoffman et Andrew Polk (2014) constatent que la croissance de la productivité globale des facteurs en Chine a fortement ralenti suite à la crise financière mondiale : l’allocation du capital est devenue moins efficace après le boom prolongé de l’investissement, si bien qu’il est très probable que la Chine connaisse un fort ralentissement structurel et que le taux de croissance tendancielle soit proche de 4 %. Le FMI (2014) estime que la croissance potentielle a ralenti et qu’elle atteint environ 7,5 %. Le ralentissement de la croissance potentielle s’explique avant tout par le ralentissement de la croissance de la productivité : malgré ses niveaux élevés, l’investissement devient de moins en moins efficace, comme le confirment Rahul Anand, Kevin Cheng, Sidra Rehman et Longmei Zhang (2014). 

Plusieurs études se sont penchées sur le rôle des facteurs conjoncturels et notamment sur De leur côté, Chengsi Zhang, Butan Zhang, Zhe Lu et Yasutomo Murasawa (2013) ont cherché à estimer l’évolution de l’écart de production (output gap) entre 1980 et 2010. Ce dernier semble légèrement positif en fin de période, ce qui suggère que la production chinoise était alors supérieure à son potentiel et que le récent ralentissement de la croissance s’explique (du moins en partie) par la conjoncture. Le FMI (2014) estime que l’écart de production est légèrement négatif. L’investissement alimenté par le crédit a accru les capacités de production de l’économie sans accroître de nouvelles sources insoutenables de la demande autre que l’investissement lui-même, mais ce dernier est peu susceptible de se poursuivre au vu des inefficacités croissantes et du levier d’endettement élevé.

Wojciech Maliszewski et Longmei Zhang (2015) se sont à leur tour penchés sur les récentes dynamiques de la croissance chinoise. Ils s’attendent à ce que la croissance chinois continue de ralentir à moyen terme. Les cycles financiers jouent un rôle significatif dans les dynamiques de croissance en Chine. En prenant en compte le cycle financier, les auteurs mettent en évidence un large écart de production positif. Ce dernier reflète les déséquilibres qui se sont accumulés dans l’économie chinoise depuis la crise financière mondiale et qui sont liés à la forte croissance du crédit observée depuis. Un ajustement est non seulement probable, mais nécessaire pour rapprocher l’économie de l’équilibre. La correction des déséquilibres aura des coûts en termes de production. Certains d’entre eux seront temporaires, grâce à la réallocation des facteurs de production vers d’autres usages, tandis que d’autres sont permanents, dans la mesure où le capital mal alloué se déprécie après l’ajustement. Quant à elles, les mesures traditionnelles de l’écart de production basées sur l’inflation ou l’utilisation des capacités de production suggèrent que celui-ci étant en 2013 négatif, mais faiblement. Les pressions déflationnistes sont pour l’heure contenues, mais l’équilibre entre l’offre et la demande est instable, si bien que les pressions déflationnistes risquent de se renforcer lorsque la demande se contractera avec la correction de l’équilibre. Enfin, Maliszewski et Zhang confirment que la croissance potentielle ralentit. Ce ralentissement est normal dans la mesure où la Chine se rapproche des économies avancées, mais elle devra mettre en œuvre des réformes structurelles pour rejoindre définitivement leur club.

 

Références

ANAND, Rahul, Kevin C. CHENG, Sidra REHMAN et Longmei ZHANG (2014), « Potential growth in emerging Asia », FMI, working paper, n° 14/2.

FMI (2014), « People’s Republic of China, Article IV Consultation », country report, n° 14/235.

HOFFMAN, David, & Andrew POLK (2014), « The long soft fall in Chinese growth business: Realities, risks and opportunities », Conference Board Research Report.

PRITCHETT, Lant, & Lawrence H. SUMMERS (2014), « Asiaphoria meets regression to the mean », NBER, working paper, n° 20573.

MALISZEWSKI, Wojciech, & Longmei ZHANG (2015), « China’s growth: Can goldilocks outgrow bears? », FMI, working paper, n° 15/113, mai.

TIAN, Xu, & Xiaohua YU (2012), « The enigmas of TFP in China: A meta-analysis », in China Economic Review, vol. 23, n° 2.

WU, Harry (2014), « China’s growth and productivity performance debate revisited—Accounting for China’s sources of growth with a new data set ».

ZHANG, Chengsi, Butan ZHANG, Zhe LU & Yasutomo MURASAWA (2013), « Output gap estimation and monetary policy in China », in Emerging Markets Finance and Trade, vol. 49, n° S4.

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publié par Martin Anota
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