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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 16:25

La poursuite de la récession et l’aggravation du chômage en zone euro ne conduisent aucunement ses dirigeants politiques à redéfinir leurs stratégies de sortie de crise. Les gouvernements se sont engagés à continuer leurs efforts de rigueur l’année prochaine pour ramener le niveau d’endettement public sur une trajectoire soutenable, ne faisant tout entier reposer une éventuelle dynamisation de l’activité économique que sur la mise en place de réformes structurelles. Dans un tel contexte, il est difficile de voir ce qui pourrait enrayer la dégradation de la situation sur les marchés du travail et empêcher le chômage de toucher 27 millions de résidents européens fin 2013 [Blot et alii, 2012].

Dans les circonstances actuelles, une quelconque manœuvre de consolidation budgétaire ne peut qu’échouer en zone euro. Comme l’ont notamment montré Emi Nakamura et Jón Steinsson (2012) dans leur analyse des impulsions budgétaires aux Etats-Unis, appartenir à une union monétaire amplifie substantiellement la taille des multiplicateurs budgétaires en période de crise. Par conséquent, si les relances budgétaires sont alors susceptibles d’être particulièrement efficaces, les plans d’austérité vont au contraire se révéler particulièrement dommageables à l’activité. Lorsque le chômage est élevé, davantage de ménages et d’entreprises sont contraints en termes de liquidité. De nombreux consommateurs vont ainsi dépenser la totalité de leurs revenus ; de tels comportements « non ricardiens » donnent à la politique budgétaire une extrême efficacité. En outre, les répercussions d’une consolidation budgétaire sur le PIB sont particulièrement exacerbées lorsque les taux directeurs avoisinent, voire atteignent leur bordure inférieure zéro (zero lower bound). Les autorités monétaires voient leur marge de manœuvre se réduire, si bien que la sortie de l’économie hors de la trappe à liquidité ne va dépendre en définitive que de la seule politique budgétaire.

Avec l'ouverture des économies, les politiques adoptées dans un pays sont susceptibles d'influer sur les performances économiques des autres pays. Alan J. Auerbach et Yuriy Gorodnichenko (2012) mettent en évidence que la politique budgétaire mise en oeuvre dans un pays donné a des effets significatifs sur la production des autres pays. L'ampleur de ces effets de débordement dépend de la conjoncture et ceux-ci sont particulièrement larges au cours des récessions, ce qui dénote l'importance de la coordination des politiques économiques lors des ralentissements de l'activité. Dans le cas d’une union monétaire en particulier, l’impact des plans d’austérité est amplifié en raison de l’interdépendance des pays-membres et plus particulièrement des liens commerciaux qui existent entre eux. Lorsque tous les pays consolident simultanément leurs finances publiques, la production de chaque pays est non seulement réduite par la consolidation budgétaire mise en œuvre dans l’économie domestique, mais elle sera également affectée par les consolidations budgétaires réalisées dans les autres pays-membres.

La multiplication des plans d’austérité dans une zone monétaire conduit inévitablement ceux-ci à échouer. La contraction de l’activité générée par l’austérité se traduit mécaniquement par une baisse des rentrées fiscales, voire également par une hausse des dépenses publiques en raison des stabilisateurs automatiques. Non seulement les ratios dette publique sur PIB risquent de ne pas diminuer, mais ils sont au contraire susceptibles de s’élever et de compliquer la stabilisation de l’endettement public. Plusieurs études du FMI reconnaissent que les consolidations budgétaires ne stimulent jamais l’activité économique; toutes les accélérations de l’activité domestique qui ont été observées suite à l’adoption d’un plan d’austérité s’expliquent par un boom de la demande extérieure, en général impulsée par une dépréciation réelle du taux de change. Or, les Etats-membres de la zone euro, notamment les pays les plus sévèrement touchés en périphérie, ne peuvent individuellement procéder à une telle dépréciation pour compenser le choc négatif généré par les plans d’austérité sur leur économie domestique.

La nature même des mesures de rigueur va conditionner l’ampleur de leurs répercussions sur l’activité. Nicoletta Batini, Giovanni Callegari et Giovanni Melina (2012) confirment les effets dépressifs des consolidations et constatent que les réductions de dépenses publiques sont bien plus dommageables à l’activité que les hausses d’impôts. Christopher J. Erceg et Jesper Lindé (2012) ont de leur côté développé un modèle DSGE de deux économies pour observer comment l’appartenance à une union monétaire façonne précisément les effets d’une consolidation selon qu’elle prenne la forme d’une hausse d’impôts ou bien d’une réduction des dépenses publiques. Une consolidation entraîne une contraction de l’activité dans la totalité des environnements monétaires qu’ils étudient. Toutefois, à court et moyen termes, une contraction des dépenses publiques déprimera davantage la production que si la consolidation budgétaire avait pris la forme d’une hausse d’impôts. Par contre, le modèle suggère que les réductions des dépenses sont moins dommageables à l’activité à long terme, ce qui amène Erceg et Lindé à finalement préconiser une combinaison de réductions de dépenses et de hausses d’impôts si l’Etat-membre d’une union monétaire était contraint à consolider ses comptes publics. Les deux auteurs reconnaissent toutefois sous-estimer les répercussions que les réductions de dépenses publiques peuvent avoir sur la croissance potentielle. Les dépenses d’infrastructure sont en effet susceptibles de stimuler la productivité du capital privé, tandis que les dépenses en éducation améliorent la productivité de long terme de la main-d’œuvre en stimulant l’accumulation de capital humain, deux canaux que leur modélisation ne prend pas en compte.

Dawn Holland et Jonathan Portes (2012) ont observé quelles ont été les répercussions des divers plans d’austérité adoptés en zone euro. Les politiques économiques poursuivies ces dernières années par les pays européens se révèlent au final particulièrement nocives pour l’activité. En outre, le resserrement budgétaire a entraîné une hausse du ratio dette publique sur PIB dans chaque pays-membre, excepté en Irlande. La consolidation coordonnée des politiques budgétaires s’est traduite par une hausse du ratio d’approximativement 5 points de pourcentage pour la zone euro dans son ensemble. Les plans d’austérité ont généralement été mis œuvre afin d’atténuer les tensions sur les marchés de la dette souveraine et éviter une contagion, or il apparaît qu’ils ont pu conduire au contraire à une hausse des taux d’intérêt, exacerber les effets négatifs sur la production et finalement accroître les ratios dette sur PIB. Non seulement la croissance aurait été plus élevée si de telles politiques n’avaient pas été mises en œuvre, mais les ratios dette publique sur PIB auraient également été plus faibles. Hier comme aujourd’hui, décaler dans le temps les efforts d’ajustement budgétaire permettrait de réduire les coûts sur l’emploi et la croissance, sans forcément que l’endettement s’éloigne de sa trajectoire soutenable. La croissance économique reste le principal déterminant de la soutenabilité des finances publiques.

 

Références Martin ANOTA

Auerbach, Alan J., & Yuriy Gorodnichenko (2012), « Output spillovers from fiscal policy », NBER working paper, n° 18578, novembre.

BATINI, Nicoletta, Giovanni CALLEGARI & Giovanni MELINA (2012), « Successful austerity in the United States, Europe and Japan », FMI working paper, n° 190, juillet.

BLOT, Christophe, Jérôme CREEL et Xavier TIMBEAU (2012), « iAGS, un rapport annuel indépendant », in Blog de l’OFCE, 30 novembre.

ERCEG, Christopher J., & Jesper LINDÉ (2012), « Fiscal consolidation in a currency union: Spending cuts vs. tax hikes », Federal Reserve, International finance discussion paper, n° 1063, novembre 2012.

HOLLAND, Dawn, & Jonathan PORTES (2012), « Self-defeating austerity? », in VoxEU.org, 1er novembre.

NAKAMURA, Emi, & Jón STEINSSON (2011), « Fiscal stimulus in a monetary union: Evidence from U.S. regions », in NBER working paper, n° 17391, septembre.

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