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13 décembre 2013 5 13 /12 /décembre /2013 16:34

Les BRIC représentent aujourd’hui le quart de l’économie mondiale. En l’occurrence, la Chine et l’Inde représentaient 4 % du PIB mondial en 1980 et plus de 20 % en 2012. Leur émergence sur la scène manufacturière mondiale a profondément bouleversé les échanges mondiaux. La part des exportations mondiales réalisée par la Chine et l’Inde s’est fortement accrue entre 1970 et 2012 (cf. graphique). Plus d’un dixième des exportations mondiales est aujourd’hui réalisé par la seule économie chinoise. Avec la montée en puissance des BRIC, le commerce Nord-Sud est même devenu plus important que le commerce Nord-Nord à partir de 2010. Si le développement des pays émergents apparaît désirable pour leurs propres résidents, il a naturellement suscité de nombreuses craintes des deux côtés de l’Atlantique, les Américains appréhendant avant tout ses répercussions sur les salaires et les Européens s’alarmant davantage de son impact sur l’emploi.

GRAPHIQUE Part de la Chine et dans l’Inde dans le PIB mondial et les exportations mondiales (en %)

Stracca, part inde et chine exportations et PIB

source : Stracca (2013)

La littérature empirique a recherché les différents canaux par lesquels un tel essor des pays émergents sur les marchés internationaux est susceptible d’influencer les pays avancés. Selon les théories traditionnelles du commerce international, la multiplication des échanges est bénéfique à l’ensemble des partenaires. Les firmes des pays avancés peuvent externaliser une partie de leur production, ce qui favorise le commerce intrabranche. La concurrence des pays en développement inciterait les entreprises des pays avancées à investir davantage dans la recherche-développement pour innover, ce qui renforcerait leurs avantages comparatifs. Dans cette optique, la mondialisation se traduit par une spécialisation des pays avancés dans la recherche-développement et les pays en développement dans la production industrielle et cette forme de division internationale du travail est susceptible d’accélérer la croissance mondiale.

Toutefois, pour d’autres auteurs, le développement du commerce international ne procure pas forcément des gains pour chaque participant à l’échange, mais peut au contraire réduire irrémédiablement le bien-être de certains. C'est notamment un résultat obtenu par les nouvelles théories du commerce international. Paul Krugman et Anthony Venables (1995) montrent par exemple que le déclin des coûts de transport peut certes avantager dans un premier temps l’industrie dans les pays avancés en raison des effets d’agglomération et des rendements croissants d’échelle, mais qu’il peut ensuite leur être défavorable si les pays en développement deviennent plus rentables en raison de leurs moindres coûts du travail. La chute des barrières à l’échange va donc tout d’abord enrichir le Nord et appauvrir le Sud, mais la convergence que l’on observera par la suite risque de se faire en définitive au détriment des pays avancés. De son côté, Paul Samuelson (2004) a même conclu à partir d'une modélisation traditionnelle à la Ricardo que l’intégration croissante de la Chine dans le commerce mondial pouvait se révéler nuisible au bien-être des pays avancés. 

David Autor, David Dorn et Gordon Hanson (2013) ont récemment observé les répercussions que la plus grande concurrence des importations chinoises a pu avoir sur les zones d’emploi aux Etats-Unis. D’après leurs résultats, la hausse des importations entre 1990 et 2007 a entraîné une hausse du chômage et une baisse des salaires dans les zones d’emploi dont les activités industrielles étaient exposées à cette concurrence étrangère. Selon leurs estimations, la plus forte concurrence à l’importation expliquerait un quart de la baisse de l’emploi manufacturier aux Etats-Unis. 

Livio Stracca (2013) a poursuivi leur analyse en considérant non seulement l’impact de la Chine, mais aussi celui de l’Inde sur l’ensemble des pays avancés. Ses résultats sont plus optimistes. Tout d’abord, la plus forte concurrence des importations chinoises et indiennes semble être positivement associée à la croissance des revenus dans les pays avancés, tandis que la concurrence à l’exportation semble ne pas avoir eu d’impact significatif. Par conséquent, l’auteur en conclut que les pays avancés semblent en définitive avoir bénéficié de la plus forte concurrence exercée par les deux pays émergents. Ensuite, Stracca constate que si la concurrence à l’exportation ou à l’importation semble nuisible pour les emplois du secteur manufacturier, elle ne semble toutefois pas avoir affecté l’emploi total. Ces résultats suggèrent à l’auteur que la concurrence en provenance de Chine et d’Inde a effectivement enclenché un processus de réallocation dans les pays avancés qui les a amené à se désindustrialiser. Si cette réallocation lui apparaît bénéfique à long terme, elle se révèle toutefois coûteuse à court terme. Stracca en conclut que les pays avancés ont intérêt à faciliter le processus de réallocation, même si cela passe par une détérioration de la protection de l’emploi. 

 

Références

AUTOR, David, David DORN & Gordon H. HANSON (2013), « The China syndrome: Local labor market effects of import competition in the United States », in American Economic Review.

KRUGMAN, Paul & Anthony J. VENABLES (1995), « Globalization and the inequality of nations », in The Quarterly Journal of Economics, vol. 110, n° 4.

SAMUELSON, Paul (2004), « Where Ricardo and Mill rebut and confirm arguments of mainstream economists supporting globalization », in Journal of Economic Perspectives, vol. 18, n° 3, été, pp. 135–146.

STRACCA, Livio (2013), « The rise of China and India: Blessing or curse for the advanced countries? », ECB working paper, n° 1620, décembre.

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21 septembre 2013 6 21 /09 /septembre /2013 17:21

La mondialisation et le progrès technique ont beau avoir entraîné un déclin des coûts de transport et des autres barrières à l’échange, cela n’a pas sonné la fin de la « tyrannie de la distance » [Prager et Thisse, 2010]. L’espace joue toujours un rôle déterminant dans la répartition des activités économiques et les flux de biens, de services, de capitaux, de travailleurs, etc. En l’occurrence, les contraintes géographiques continuent de puissamment façonner le commerce international. Depuis toujours, chaque pays privilégie les territoires qui lui sont proches pour échanger des biens et services. Certes, le commerce avec les pays éloignés s’est accru au cours du temps ; mais, parallèlement, les échanges avec les pays à proximité se sont accrus encore plus rapidement.

Jan Tinbergen (1962) s’est inspiré de la loi de la gravitation universelle énoncée par Newton pour décrire la dynamique des échanges bilatéraux. En physique, deux corps quelconques s’attirent en raison directe de leur masse et en raison inverse de la distance séparant leurs centres de gravité. Selon l’équation de gravité du commerce international établie par Tinbergen, le volume d’échanges (X) que réalisent deux pays A et B entre eux est, d’une part, proportionnel à leur produit intérieur brut (PIB) et, d’autre part, inversement proportionnel à la distance (d) qui les sépare.

gravity-equation.png

Autrement dit, plus la taille des partenaires économiques est importante, plus ils échangent entre eux ; ou encore, plus ils sont éloignés l’un de l’autre, moins leurs échanges bilatéraux sont importants. Les études économétriques ont alors cherché à évaluer G, α, β et γ. Elles concluent que les exposants α et β sont stables et proches de l’unité. Si la distance avait un impact négligeable sur les flux commerciaux, l’exposant γ de la distance serait proche de zéro. Or, toutes les estimations empiriques de l’équation de gravité suggèrent que la valeur de γ est également proche de l’unité. Anne-Célia Disdier et Keith Head (2006) ont compilé 1467 estimations de l’équation de gravité à partir de 103 articles et trouvent que l’effet moyen est d’environ 0,9 %, avec 90 % des estimations comprises entre 0,28 et 1,55. Autrement dit, une hausse de 10 % de la distance se traduit en moyenne par une baisse de 9 % des échanges bilatéraux. Ces divers coefficients se sont révélés stables dans le temps et dans l’espace, si bien que l’équation de gravité apparaît comme l’une des régularités empiriques les plus stables et robustes en science économique.

Le rôle que joue la taille des économies sur leurs échanges extérieurs est bien compris. Par exemple, le modèle de Paul Krugman (1980), pionnier dans les nouvelles théories du commerce international, montre comment le volume des échanges qu’un pays entretient avec le reste du monde est proportionnel à sa taille et négativement affecté par les barrières commerciales. En raison des rendements croissants et des coûts de transport, les entreprises sont incitées à concentrer leur production au plus proche de leur marché. Puisque les consommateurs ont un goût pour la variété, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans une variété donnée d’un bien (de manière à profiter des économies d’échelle) et d’importer ses autres variantes (afin d’accroître le bien-être de la population), donc des pays relativement similaires ont tout de même intérêt à échanger. 

En revanche, si l’importance de la distance pour les échanges est vérifiée au niveau empirique, il est apparu difficile de la justifier théoriquement. Plusieurs auteurs ont avancé des explications, mais celles-ci reposent sur des facteurs (par exemple, les techniques de transport, les droits de douane, la nature des biens échangés, etc.) qui ont connu de profondes évolutions au fil des décennies, si bien qu’aucune d’entre elles ne parvient véritablement à expliquer la stabilité de l’exposant γ de la distance.

Thomas Chaney (2013) cherche à expliquer pourquoi cet exposant s'est révélé stable au cours du temps à partir d’une modélisation des chaînes de production verticales. Dans son modèle, les entreprises combinent du capital et du travail avec les biens intermédiaires fournis par les firmes présentes en amont. L’auteur suppose que les entreprises ont deux manières de contourner les obstacles liés au commerce international. Soit elles payent un coût direct pour créer un contact à l’étranger, soit elles communiquent avec leurs contacts existants et cherchent à en apprendre davantage sur leurs propres clients, ce qui implique une interaction directe et un coût indirect. Si le progrès technique affecte le premier coût et peut-être même la fréquence des interactions en facilitant les déplacements et la communication, il ne réduit pas pour autant la nécessité d’une interaction directe. La répartition des exportations d’une entreprise dans l’espace dépend alors de la manière par laquelle la distance influence le coût direct associé à la création de contacts.

La répartition géographique des fournisseurs et des clients d’une entreprise donnée va évoluer au cours du temps : comme une firme acquiert de plus en plus de fournisseurs et de clients, les fournisseurs et les clients tendent en moyenne à être de plus en plus éloignés. Ainsi, les plus grandes entreprises importent et exportent sur des distances moyennes de plus en plus longues. L’impact de la distance sur le commerce international dépendra alors de la distribution de la taille des entreprises. Puisque les grandes entreprises échangent sur de longues distances, le volume d’échanges qu’un pays réalise à destination d’une région éloignée dépendra finalement du nombre de grandes entreprises présentes sur son territoire. En particulier, si la distribution de la taille des entreprises est proche de la loi de Zipf (la deuxième plus grande entreprise est deux fois plus petite que la première, la troisième plus grande entreprise est trois fois plus petite que la première, etc.), alors le modèle de Chaney montre que le volume des flux commerciaux est inversement proportionnel à la distance géographique. 

 

Références

CHANEY, Thomas (2013), « The gravity equation in international trade: An explanation », NBER working paper, n° 19285, août.

DISDIER, Anne-Célia & Keith HEAD (2008), « The puzzling persistence of the distance effect on bilateral trade », in Review of Economics and Statistics, vol. 90, n° 1.

KRUGMAN, Paul (1980), « Scale economies, product differentiation, and the patterns of trade », in American Economic Review, vol. 70, n° 5.

PRAGER, Jean-Claude, & Jacques-François THISSE (2010), Economie géographique du développement, La Découverte.

TINBERGEN, Jan (1962), « An analysis of world trade flows », Shaping the World Economy.

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17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 21:53

Elhanan Helpman (2013) passe en revue les études qui ont bouleversé l’étude du commerce international et notamment de l’investissement direct à l’étranger (IDE). Il met particulièrement l’accent sur les deux révolutions majeures de ces trois dernières décennies, en l’occurrence l’intégration de concurrence monopolistique, puis la prise en compte de l’hétérogénéité des entreprises. 

Si Adam Smith s’est penché sur les échanges internationaux, c’est toutefois David Ricardo (1817) qui est crédité pour avoir formulé la première véritable théorie du commerce international. Sa théorie des avantages comparatifs suppose que la productivité relative des secteurs varie d’un pays à l’autre et que cette variation détermine les flux commerciaux : un pays exporte les produits des secteurs dans lesquels il est relativement le plus productif. De son côté, en analysant les effets du commerce sur la rémunération des facteurs, Eli Heckscher (1919) jette les fondements de la théorie des dotations factorielles. Plusieurs auteurs (son élève Bertil Ohlin, Paul Samuelson, etc.) ont modélisé ses intuitions et prolongé sa réflexion. Selon cette théorie, les pays qui ont accès aux mêmes technologies et qui ont par conséquent les mêmes niveaux de productivité sectoriels échangent les uns avec les autres en raison des différences dans leurs dotations factorielles : un pays exporte des produits qui sont intensifs en facteur dont il est relativement bien doté et importe les produits intensifs en facteur dont il est relativement peu doté. 

La théorie ricardienne et l’approche Heckscher-Ohlin n’expliquent que les flux de commerce intersectoriels. Or, Herbert Grubel et Peter Lloyd (1975) constatent que la moitié des échanges internationaux relèvent du commerce intrabranche. En d’autres termes, les pays tendent à échanger entre eux les mêmes produits. Par exemple, la France exporte des vêtements à l’Allemagne et importe des vêtements en provenance de cette dernière, etc. Aujourd’hui, dans les pays industrialisés, ce sont les deux tiers des échanges internationaux qui relèvent du commerce intrabranche. Une autre observation empirique remet également en cause la vision intersectorielle du commerce : les échanges ont lieu entre des pays au même niveau de développement, c’est-à-dire qui diffèrent très peu les uns des autres. Ces observations empiriques et les développements théoriques associés à l’analyse de la concurrence monopolistique ont révolutionné la théorie du commerce. De nouveaux modèles (réalisés par Kelvin Lancaster, Paul Krugman, Elhanan Helpman, etc.) sont en effet développés pour rendre compte du commerce intrabranche et des larges volumes d’échange entre pays similaires. Dans ces modèles, les secteurs sont composés d’entreprises qui produisent des produits différenciés et les entreprises vendent leurs produits sur les marchés domestiques et étrangers. Puisque les consommateurs recherchent la variété, la spécialisation des entreprises dans la production d’une variante donnée de produits mène au commerce intrabranche et aux échanges entre pays similaires.

Comme les précédents modèles du commerce international, les modèles en concurrence monopolistique ne se focalisent que sur les dynamiques sectorielles. Ils traitent en effet les entreprises d’un secteur donné de façon symétrique : celles-ci disposent des mêmes technologies, utilisent la même composition en termes de facteurs, fixent leurs prix de façon similaire, etc. Or, les études empiriques mettent à mal l’hypothèse d’une symétrie au sein des secteurs. En général, dans un secteur donné, seule une infime fraction des entreprises exporte et ces entreprises ne constituent pas un échantillon aléatoire : les exportateurs sont de plus grande taille et plus productifs que les entreprises qui n’exportent pas et ils versent des salaires plus élevés que ces derniers. En outre, les études mettent en évidence que les secteurs connaissent de profondes réallocations en réponse à la libéralisation des échanges : d'une part, les entreprises les moins productives tendent à sortir du secteur ; d'autre part, les parts de marché sont réallouées des entreprises les moins productives vers les plus productives. 

Marc Melitz (2003) a révolutionné la théorie du commerce international en concevant un cadre analytique où les entreprises sont hétérogènes et la concurrence monopolistique. A la différence des modèles à la Krugman ou Lancaster, une entreprise qui entre dans un secteur ne connaît pas la productivité de sa technologie ; ce n’est qu’après avoir payé les coûts d’entrée qu’une entreprise découvre son niveau de productivité. Au final, les entreprises les moins productives ne vont pas rester en activité, tandis que les entreprises les plus productives vont exporter. Les entreprises ayant une productivité intermédiaire ne vont servir que le marché intérieur, tandis que les exportateurs servent également le marché intérieur. Au final, ce modèle permet de reproduire les dynamiques observées au niveau empirique lors des épisodes de libéralisations des échanges. En effet, une réduction des coûts des échanges pousse les entreprises les moins productives à sortir du secteur et conduit à une redistribution des parts de marché des entreprises les moins productives vers les plus productives, en l’occurrence les exportateurs. Parce qu’elle élimine les entreprises les moins productives et donne plus de poids aux entreprises à forte productivité dans un secteur donné, la libéralisation du commerce accroît la productivité moyenne de ce dernier. Plusieurs auteurs ont alors repris et développé le modèle de Melitz pour mesurer les gains à l’échange lorsqu’un secteur ou un pays s’ouvre à la concurrence étrangère. 

Les modèles de concurrence monopolistique intégrant une hétérogénéité des entreprises éclairent l’impact du commerce international sur les inégalités de revenu. Les précédentes analyses mettaient traditionnellement l’accent sur les salaires relatifs de travailleurs ayant différents niveaux de qualifications ou sur les salariés travaillent dans différents secteurs ou métiers. Par exemple, l’ouverture pousse les pays avancés à se spécialiser dans la production de produits intensifs en capital et travail qualifié ; l’essor des exportations se traduit alors par une plus forte demande de travail qualifié dans les pays avancés, donc par des gains salariaux pour les travailleurs qualifiés et un creusement des inégalités (c’est le théorème Stolper-Samuelson). Toutefois, le développement des qualifications n’explique pas la totalité des inégalités salariales. Les inégalités augmentent même pour les individus ayant des caractéristiques (et notamment des niveaux de qualifications) similaires. Elhanan Helpman, Oleg Itskhoki et Stephen J. Redding (2010) ont élaboré un modèle théorique où ces inégalités salariales résiduelles sont influencées par le commerce extérieur. Dans leur modélisation, les entreprises les plus productives sont plus grandes, emploient de meilleurs travailleurs et versent de plus hauts salaires que les entreprises les moins productives ; et parmi elles, les plus productives exportent. Le modèle suggère une relation en forme de U inversé entre le degré d’ouverture et les inégalités salariales. En effet, lorsqu’aucune entreprise n’exporte, une réduction des coûts d’échange pousse plusieurs entreprises à exporter, si bien que celles-ci vont accroître leurs salaires par rapport aux entreprises non exportatrices et les inégalités vont alors augmenter. Inversement, lorsque toutes les entreprises exportent, une hausse des coûts d’échange pousse plusieurs entreprises à cesser d’exporter et réduit le salaire que celles-ci versaient par rapport aux firmes exportatrices, si bien que les inégalités tendent à augmenter.  

En ramenant l'analyse des secteurs à celle des entreprises, des recherches récentes ont également permis de mieux comprendre le rôle et l’organisation des firmes multinationales (FMN). Une entreprise procède à un IDE horizontal lorsqu’elle acquiert une filiale à l'étranger afin de servir le marché domestique ; une entreprise réalise un IDE vertical lorsqu’elle acquiert une filiale étrangère afin de produire des intrants intermédiaires pour son propre usage. Il est coûteux d’exporter, comme il est coûteux d’acquérir une filiale à l’étranger. Par conséquent, on considère que l’IDE horizontal résulte d’un arbitrage entre la proximité et la concentration. Elhanan Helpman, Marc Melitz et Stephen Yeaple (2004) introduisent l'hétérogénéité des entreprises dans le cadre de l'arbitrage proximité-concentration. Leur modèle implique que, parmi les entreprises qui restent dans un secteur, les moins productives servent uniquement le marché intérieur, les plus productives servent les marchés étrangers via leurs filiales et les entreprises avec des niveaux de productivité intermédiaires optent pour l’exportation. 

L’IDE vertical diminue le coût de production d'intrants intermédiaires, principalement en raison de la faiblesse des salaires dans le pays d'accueil. L’existence d’espaces caractérisés par de faibles coûts de fabrication encourage les IDE verticaux, mais seulement si le coût de la fragmentation de la production n'est pas trop élevé. Pour comprendre les chaînes de valeur complexes qui ont émergé à partir des années quatre-vingt (parallèlement au développement des NTIC qui a permis de sensiblement réduire le coût de fragmentation), il est alors nécessaire de comprendre l’arbitrage entre l'externalisation et l'intégration d'une part, et entre l’externalisation domestique et étrangère de l'autre. Pol Antràs et Elhanan Helpman (2004) ont introduit l'hétérogénéité des entreprises dans un modèle avec contrats incomplets. Dans ce cadre, les entreprises choisissent entre des formes d'organisation en se basant sur la productivité totale des facteurs. Parmi les entreprises qui restent dans un secteur, les plus productives délocalisent et les moins productives servent uniquement le marché domestique. Parmi les entreprises nationales, les plus productives internalisent, tandis que les moins productives externalisent. De même, parmi les entreprises qui desservent les marchés étrangers, les plus productives internalisent en acquérant des filiales pour produire les produits intermédiaires, tandis que la moins productives externalisent en se contentant d’acheter les produits intermédiaires aux entreprises étrangères non affiliées. 

 

Références

ANTRÀS, Pol & Elhanan HELPMAN (2004), « Global sourcing », in Journal of Political Economy, vol. 112.

GRUBEL, Herbert G. & Peter J. LLOYD (1975), Intra-Industry Trade: The Theory and Measurement of International Trade in Differentiated Products, Macmillan, Londres.

HECKSCHER, Eli F. (1919), « The effect of foreign trade on the distribution of income ».

HELPMAN, Elhanan (2013), «  Foreign trade and investment: Firm-level perspectives », NBER working paper, n° 19057, mai.

HELPMAN, Elhanan, Oleg ITSKHOKI & Stephen J. REDDING (2010), « Inequality and unemployment in a global economy », in Econometrica, vol. 78, n° 4.

HELPMAN, Elhanan, Marc J. MELITZ & Stephen R. YEAPLE (2004), « Export versus FDI with heterogeneous firms », in American Economic Review, vol. 94.

MELITZ, Marc J. (2003), « The impact of trade on intra-industry reallocations and aggregate industry productivity », in Econometrica, vol. 71.

RICARDO, David (1817)On the Principles of Political Economy and Taxation.

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